L’essentiel
À une passante est un sonnet de Charles Baudelaire tiré des Fleurs du mal, section Tableaux parisiens (édition de 1861). Dans une rue bruyante, le poète croise une femme en deuil, éblouissante, qui disparaît aussitôt. Le poème fait de cet instant l’image d’un amour impossible et de la beauté fugitive.
À une passante de Baudelaire en bref
À une passante porte le numéro XCIII dans l’édition de 1861 des Fleurs du mal. Il appartient aux Tableaux parisiens, section ajoutée dans cette édition, où Baudelaire fait de la grande ville moderne un sujet poétique.
Le sonnet met en scène une rencontre de quelques secondes. Rien ne se passe, ou presque : tout le poème se joue dans un échange de regards.
| Élément | Réponse |
|---|---|
| Auteur | Charles Baudelaire |
| Recueil | Les Fleurs du mal, Tableaux parisiens (1861) |
| Forme | Sonnet en alexandrins |
| Rimes | ABBA CDDC EFE FGG |
| Thèmes | La ville, la beauté, la fuite du temps, l’amour |
Astuce : Le sonnet est irrégulier : dans un sonnet classique, les deux quatrains ont les mêmes rimes. Ici, le second en change.
Analyse d’À une passante strophe par strophe
| Strophe | Ce qui se passe | Ce qu’il faut remarquer |
|---|---|---|
| 1er quatrain | La rue hurle, une femme passe | « La rue assourdissante autour de moi hurlait » : la ville agresse. Puis le rythme se ralentit et s’adoucit : « Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse ». |
| 2e quatrain | Le poète la regarde et se fige | Sa « jambe de statue » la rapproche d’une œuvre d’art. Le poète « buvait » dans son œil : le regard devient ivresse. Deux forces se mêlent : « La douceur qui fascine et le plaisir qui tue ». |
| 1er tercet | Elle disparaît | « Un éclair… puis la nuit ! » : l’image résume la rencontre, sa fulgurance et sa fin. Le poète s’adresse à elle : « Fugitive beauté ». |
| 2e tercet | Il pleure ce qui n’a pas eu lieu | Les exclamations s’accumulent : « trop tard ! jamais peut-être ! ». Le dernier vers fait entendre le regret d’un amour possible. |
Les vers à retenir et les figures de style
| Figure | Exemple | Effet |
|---|---|---|
| Personnification | « La rue […] hurlait » | La ville devient une force hostile |
| Métaphore | « Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan » | L’œil concentre une menace et une tempête intérieure |
| Antithèse | « La douceur qui fascine et le plaisir qui tue » | L’amour est mêlé à la mort |
| Phrase nominale | « Un éclair… puis la nuit ! » | La brièveté mime l’instant |
| Apostrophe | « Fugitive beauté » | La femme devient l’image de la beauté elle-même |
| Chiasme | « j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais » | Les deux êtres se croisent sans se rejoindre |
Le sens du dernier vers
Le verbe « j’eusse aimée » est au subjonctif plus-que-parfait, avec la valeur d’un conditionnel passé : j’aurais aimé. Il dit un amour qui n’existera pas. Pourtant, « qui le savais » suggère que la femme a compris en un regard. Le vers réunit l’échec et la complicité.
L’éternité évoquée au onzième vers garde un doute : peut-être ne se retrouveront-ils qu’au-delà de la vie, peut-être jamais.
- « Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais ! »
Un plan pour commenter À une passante
Problématique : comment une rencontre de quelques secondes devient-elle une expérience poétique majeure ?
Baudelaire définit la modernité comme le transitoire et le fugitif : ce sonnet en est une illustration parfaite.
- I. Une scène de la vie moderne : la rue, le bruit, la foule, une apparition.
- II. Une femme fascinante et dangereuse : beauté, deuil, statue, regard mortel.
- III. La fulgurance et le regret : l’éclair, la fuite, l’amour au conditionnel.
Les erreurs à éviter
Le poète et la femme se parlent. Ils échangent seulement un regard.
Les paroles du poème sont adressées à une absente, après sa disparition.
La femme est sa fiancée. C’est une inconnue croisée dans la rue.
Tout le poème repose sur l’absence de lien entre eux.
Le poème fait partie de Spleen et Idéal. Il fait partie des Tableaux parisiens.
Il appartient à la section consacrée à la ville.
Exercices corrigés
1. Quelle est la forme d’À une passante ?
Voir la correction
Un sonnet. Deux quatrains et deux tercets en alexandrins.
2. À quelle section des Fleurs du mal appartient-il ?
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Tableaux parisiens. Cette section montre la ville moderne.
3. Quelle tenue porte la femme ?
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Un grand deuil. « en grand deuil » : sa beauté se mêle à la douleur.
4. Que résume « Un éclair… puis la nuit ! » ?
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La rencontre et sa fin brutale. L’éclair est l’apparition, la nuit la disparition.
5. Quelle figure dans « La douceur qui fascine et le plaisir qui tue » ?
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Une antithèse. Le plaisir est associé à la mort, la séduction au danger.
6. Quelle est la valeur de « j’eusse aimée » ?
Voir la correction
Un amour qui n’a pas eu lieu. Le subjonctif plus-que-parfait équivaut ici à « j’aurais aimé ».
Questions fréquentes
De quoi parle À une passante ?
D’une rencontre fulgurante dans une rue de Paris entre le poète et une inconnue en deuil, qui disparaît en le laissant bouleversé.
Quels sont les thèmes du poème ?
La ville moderne, la beauté, l’amour impossible, le temps qui fuit, et le lien entre le plaisir et la mort.
Pourquoi le poème est-il moderne ?
Parce qu’il tire de la poésie d’un moment banal de la vie urbaine : une femme croisée dans la foule.