L’essentiel
La socialisation différentielle désigne le fait que les individus ne sont pas socialisés de la même façon selon leur genre, leur milieu social ou leur famille. Les normes et les attentes transmises varient. Elle aide à comprendre les différences de goûts, de comportements, d’orientation ou de métier, sans les expliquer entièrement.
La socialisation différentielle selon le genre
Dès la naissance, l’entourage ne se comporte pas de la même manière avec les filles et les garçons. Les parents, l’école, les pairs et les médias transmettent des attentes différentes, souvent sans le vouloir.
| Instance | Exemple |
|---|---|
| La famille | Le choix des jouets et des vêtements, les tâches ménagères confiées aux filles |
| L’école | Les attentes des enseignants, les conseils d’orientation |
| Les pairs | Les moqueries contre ceux qui s’écartent de la norme de leur sexe |
| Les médias | Les personnages de films, les publicités |
- On dira plus volontiers d’une fille qu’elle est sage et d’un garçon qu’il est courageux.
- En terminale, les filles restent nettement moins nombreuses que les garçons dans les enseignements de spécialité les plus mathématiques.
- Les femmes consacrent encore plus de temps que les hommes aux tâches domestiques.
La socialisation différentielle selon le milieu social
Les manières d’élever les enfants varient selon les milieux. Pierre Bourdieu appelle habitus l’ensemble de dispositions acquises dans son milieu, qui orientent les goûts, le langage et les pratiques. Le capital culturel de la famille, comme les livres, les sorties au musée ou les diplômes, facilite la réussite à l’école.
Le sociologue britannique Basil Bernstein a montré que le langage utilisé à la maison diffère selon les milieux. Celui valorisé par l’école se rapproche du langage des classes favorisées. L’Américaine Annette Lareau décrit, dans Unequal Childhoods (2003), des familles aisées qui organisent le temps de leurs enfants par des activités encadrées, quand les familles populaires leur laissent plus de liberté.
| Domaine | Ce qui peut varier selon le milieu |
|---|---|
| Loisirs | Conservatoire ou club de foot, lecture ou écrans |
| Alimentation | Le rapport au corps, à la santé et à la diététique |
| Langage | Le vocabulaire et l’aisance à l’écrit et à l’oral |
| Rapport à l’école | L’aide aux devoirs, les ambitions scolaires |
La configuration familiale
À milieu égal, toutes les familles ne socialisent pas de la même façon. Le nombre d’enfants, le rang dans la fratrie, l’âge des parents ou le fait d’être élevé dans une famille monoparentale ou recomposée jouent aussi.
Dans Tableaux de familles, en 1995, Bernard Lahire étudie des enfants de milieux populaires et montre pourquoi certains réussissent à l’école : les habitudes d’ordre, le rapport à l’écrit ou l’autorité à la maison peuvent faire la différence, même sans diplômes.
La socialisation n’est pas un destin
La socialisation différentielle explique des tendances, pas des destins individuels. Plusieurs raisons à cela.
- Les socialisations se croisent : un même individu reçoit des influences parfois contradictoires, de ses parents, de ses amis et de ses professeurs. Lahire parle de l’« homme pluriel » (1998).
- La socialisation continue toute la vie : les études, le couple, le travail peuvent modifier ce qui a été appris.
- Il existe des transfuges de classe : des personnes qui changent de milieu social.
- Les normes changent : les rôles des femmes et des hommes ont évolué depuis les années 1960.
Astuce : Au bac, évite de dire « les filles aiment » ou « les ouvriers font ». Écris plutôt « les filles sont plus souvent » : on parle de probabilités.
Les erreurs à éviter
Les filles sont naturellement moins douées en maths. Les écarts d’orientation s’expliquent en grande partie par la socialisation.
Les attentes, les stéréotypes et la confiance en soi diffèrent selon le genre.
La socialisation différentielle concerne seulement le genre. Elle concerne aussi le milieu social et la famille.
Le genre n’est qu’une des variables.
La socialisation différentielle détermine totalement le destin de chacun. Elle crée des probabilités, pas une fatalité.
Les influences multiples et la socialisation secondaire peuvent modifier les parcours.
Exercices corrigés
1. Que signifie socialisation différentielle ?
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La socialisation varie selon le genre, le milieu et la famille. On ne transmet pas les mêmes normes à tous.
2. À quel sociologue est associée la notion d’habitus ?
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Pierre Bourdieu. L’habitus désigne des dispositions acquises dans son milieu social.
3. Laquelle de ces instances socialise ?
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Famille, école, pairs et médias. Plusieurs instances agissent, avec des messages parfois différents.
4. Des parents offrent une dînette à leur fille et un camion à leur fils. C’est un exemple de :
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socialisation différentielle selon le genre. Le choix des jouets transmet des rôles associés à chaque sexe.
5. Quel exemple illustre une socialisation différentielle selon le milieu social ?
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Des enfants de cadres vont plus souvent au musée. Les sorties culturelles dépendent du capital culturel de la famille.
6. Quelle idée défend Bernard Lahire avec l’« homme pluriel » ?
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Chaque individu porte des influences variées, parfois contradictoires. Un individu n’est pas enfermé dans une seule socialisation.
Questions fréquentes
Quelle est la définition de la socialisation différentielle ?
C’est le fait que les normes et valeurs transmises varient selon le genre, le milieu social ou la configuration familiale.
Quelle est la différence entre socialisation différentielle et socialisation différenciée ?
Les deux expressions sont employées pour la même idée. La socialisation varie selon les groupes sociaux.
Peux-tu donner un exemple de socialisation différentielle ?
Les filles sont plus souvent incitées à aider à la maison, les garçons à prendre des risques ou à faire du sport collectif.
Quels auteurs citer ?
Pierre Bourdieu pour l’habitus et le capital culturel, Bernard Lahire pour la pluralité des socialisations.
Socialisation différentielle : la définition
La socialisation est le processus par lequel on intériorise les normes et les valeurs de la société. Elle n’est pas identique pour tous. On parle de socialisation différentielle, ou différenciée, pour décrire ces écarts : on n’élève pas de la même façon une fille et un garçon, ni un enfant de cadre et un enfant d’ouvrier.
Ces différences ne viennent pas d’une nature, mais d’un apprentissage. Le rôle du sociologue est de le montrer : ce qui paraît naturel, comme un goût ou une aptitude, a souvent une origine sociale.
Trois grandes sources de différences : le genre, le milieu social et la configuration familiale.