Aller au contenu

Corrigé du brevet de français 2025 : rédaction (Nouvelle-Calédonie)

Le sujet en bref

Deux sujets au choix en Nouvelle-Calédonie, liés à la tirade de Chrysale dans Les Femmes savantes de Molière. Le sujet d’imagination demande d’écrire la lettre où Bélise répond à son frère. Le sujet de réflexion demande si l’art peut dénoncer les travers de la société. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.

Sujet officiel

Sujet d’imagination : la lettre de Bélise à Chrysale (40 points)

Le sujet prolonge l’extrait des Femmes savantes de la partie compréhension. Ce qui suit est une proposition : une autre lettre, cohérente et bien argumentée, est aussi valable.

Ce qu’attend le sujet

Rédiger la réponse écrite de Bélise à son frère, avec des contre-arguments de ton invention.

La forme. C’est une lettre. Elle s’ouvre par une formule d’adresse et se ferme par une formule d’adieu. Bélise dit je et s’adresse à son frère en le vouvoyant, comme dans le texte.

Le mot clé : arguments. Le récit ne compte pas ici. Bélise doit défendre le droit des femmes à étudier, avec plusieurs idées classées et reliées par des connecteurs logiques.

Le mot clé : oppose. La lettre répond à un discours précis. Reprends les points de Chrysale, un par un, et réfute-les : l’autorité de « Nos pères » (vers 9), le rôle de la femme au foyer (vers 5 à 8), l’inutilité du savoir (vers 23 à 26), le désordre chez les domestiques (vers 27 à 34).

La cohérence. Bélise est une femme du XVIIe siècle. Évite les références modernes, comme le droit de vote ou les études à l’université. Emploie un niveau de langue soutenu, sans chercher à imiter les vers.

Conseil : Le sujet interdit de signer ta composition. Termine donc sans signature : le lecteur sait déjà que Bélise écrit.

Plan proposé

Formule d’adresse et entrée en matière. Bélise répond à la tirade de la veille.

Argument 1 : l’ancienneté d’une idée ne prouve rien. Les femmes d’autrefois ne lisaient pas parce qu’on ne leur en donnait pas les moyens.

Argument 2 : la raison n’appartient pas aux hommes. Une femme a un esprit, et l’exercer lui donne de la joie.

Argument 3 : le savoir sert les devoirs que Chrysale impose. Pour former des enfants et tenir un budget, il faut être instruite.

Concession. Bélise admet le rôti brûlé et le renvoi trop bruyant de la servante, puis elle en réduit l’importance.

Argument 4 : regarder le ciel élève l’esprit. Elle retourne la moquerie sur les astres et le pot.

Fin. Elle dénonce la ruse de Chrysale, qui parle à sa sœur pour atteindre sa femme, et termine par une formule d’adieu.

Exemple rédigé

Mon frère,

Vous m’avez tenu hier un long discours, et vous avez pris soin de répéter qu’il s’adressait à moi. Je prends donc la plume pour vous répondre, avec le calme que la colère vous a fait perdre. Je vous le dis sans détour : vous vous trompez, et je veux vous montrer pourquoi.

Vous invoquez d’abord nos pères, qui jugeaient une femme assez savante dès lors qu’elle distinguait deux vêtements. Mais depuis quand une idée est-elle juste parce qu’elle est ancienne ? Nos pères ont cru bien des choses que l’on ne croit plus. Si les femmes d’autrefois ne lisaient point, ce n’est pas faute de capacité. On leur mettait une aiguille dans la main avant de leur apprendre à tenir une plume. Peut-on reprocher à quelqu’un d’ignorer ce qu’on lui a toujours refusé ?

Vous jugez ensuite peu convenable qu’une femme étudie. Dites-moi donc dans quel livre vous avez appris cela, vous qui les méprisez tant. La raison n’a pas été donnée aux seuls hommes. Une femme a, comme vous, une tête pour penser, et rien ne prouve que son esprit s’arrête à la porte de la cuisine. Quand je lis un traité, je n’éprouve aucun trouble, mais une joie que vous ne soupçonnez pas.

Vous voulez aussi qu’une mère forme l’esprit de ses enfants et règle la dépense. J’en suis d’accord. Mais comment formerait-elle un esprit, si le sien est resté vide ? Comment tiendrait-elle des comptes sans savoir calculer ? La science que vous raillez sert donc les devoirs que vous nous imposez. Ainsi, vos propres arguments plaident pour nous.

Je veux être juste, et je vous accorde un point. Votre rôt a brûlé, et il est fâcheux qu’un valet lise quand il devrait veiller à la broche. Je conviens aussi que l’on aurait pu renvoyer votre servante avec moins de bruit. Toutefois, un repas manqué se rattrape dès le lendemain. Une vie passée dans l’ignorance ne se rattrape pas. Et si vos gens vous servent mal, commandez-les mieux : le maître de cette maison, c’est bien vous.

Vous riez enfin de Vénus et de Saturne, et vous préférez que l’on s’occupe de votre pot. Voilà, mon frère, toute la différence entre nous : vous regardez à vos pieds, et je lève les yeux. Le ciel ne fera pas cuire votre viande, j’en conviens. Mais celui qui ne cherche rien au-delà de son assiette n’a pas de quoi se moquer de ceux qui veulent comprendre le monde.

Permettez-moi une dernière remarque. Vous avez protesté deux fois que c’était à moi que vous parliez. Je ne suis pas dupe : votre discours visait aussi votre femme, et vous n’avez pas osé le lui tenir en face. Je vous laisse le soin de le lui répéter, si vous en avez le courage. Pour moi, je continuerai d’étudier, et je souhaite qu’un jour vous vous réjouissiez d’avoir chez vous des femmes qui pensent.

Votre sœur, qui retourne à ses livres.

Conseil : Ce modèle reprend les idées de Chrysale dans l’ordre qui arrange Bélise, puis les retourne contre lui. La concession rend Bélise plus convaincante. Elle finit sur une formule d’adieu, sans nom.

Sujet de réflexion : l’art peut-il dénoncer les travers de la société ? (40 points)

Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, avec d’autres exemples, est aussi valable.

Ce qu’attend le sujet

Dire et justifier, dans un développement organisé, si l’art peut servir à critiquer les défauts d’une société.

Les mots clés. L’art comprend ici la littérature, la peinture, le cinéma et les autres formes de création. Les travers sont les défauts, les injustices et les abus d’une société. Dénoncer, c’est les montrer pour les faire condamner.

La question. Elle demande ton avis. La réponse est largement oui, mais une bonne copie montre comment l’art dénonce, puis elle en mesure les limites.

La forme. Une introduction, plusieurs paragraphes organisés, une conclusion. Chaque paragraphe défend une idée et l’appuie sur un exemple précis, expliqué.

Les exemples. Le sujet demande des exemples tirés de ta culture personnelle et des œuvres étudiées. Varie les formes d’art : un livre, un tableau, un film. Pars du texte de Molière, puisque le sujet le cite.

Conseil : Ne te contente pas d’une liste d’œuvres. Pour chacune, dis quel travers elle dénonce et par quel moyen.

Plan proposé

I. L’art dénonce en faisant rire. La moquerie rend un défaut visible et ridicule. Exemples : Tartuffe de Molière, Les Animaux malades de la peste de La Fontaine, Les Temps modernes de Charlie Chaplin.

II. L’art dénonce en émouvant. Il rend une injustice concrète et fait partager une souffrance. Exemples : Les Misérables de Victor Hugo, Germinal d’Émile Zola, Guernica de Pablo Picasso.

III. Le pouvoir de l’art a des limites, mais il dure. Une œuvre peut être interdite ou mal comprise, et elle ne change pas seule une loi. Elle agit pourtant sur les esprits, longtemps. Exemples : l’interdiction de Tartuffe, Le Dernier Jour d’un condamné de Victor Hugo.

Exemple rédigé

Dans Les Femmes savantes, Molière met en scène un mari qui voudrait réduire les femmes au ménage, et il fait rire de leur dispute. Sur scène, une question de société devient ainsi un spectacle. Les œuvres peuvent-elles alors servir à combattre les défauts d’une époque ? Je pense que oui, car il dispose pour cela de deux armes, le rire et l’émotion, même si son pouvoir connaît des limites.

Tout d’abord, l’art dénonce en faisant rire. La moquerie rend un défaut visible et désarme ceux qui en profitent. Dans Tartuffe, Molière s’attaque à l’hypocrisie d’un faux dévot, qui se sert de la religion pour s’imposer dans une famille. Dans Les Animaux malades de la peste, La Fontaine montre des animaux qui excusent les crimes du lion et condamnent l’âne pour une faute minuscule : la fable critique une justice au service des puissants. Au cinéma, Charlie Chaplin use du même moyen dans Les Temps modernes. Son personnage, pris dans les engrenages d’une machine, fait rire, mais il montre aussi comment le travail à la chaîne traite l’homme comme un rouage.

De plus, l’art dénonce en émouvant. Un chiffre ou un discours touchent moins qu’un personnage auquel on s’attache. Dans Les Misérables, Victor Hugo raconte l’histoire de Jean Valjean, envoyé au bagne pour avoir volé un pain. Le lecteur comprend ainsi que la misère peut mener au crime et qu’une société peut se montrer impitoyable. Dans Germinal, Émile Zola fait partager la vie épuisante des mineurs du Nord. La peinture peut produire le même choc. Dans Guernica, en 1937, Pablo Picasso répond au bombardement d’une ville basque pendant la guerre d’Espagne : ses corps déformés et ses visages hurlants disent l’horreur mieux qu’un récit.

Certes, le pouvoir de l’art a des limites. Une œuvre peut être interdite : Tartuffe a été censuré en 1664, et Molière a dû lutter pendant plusieurs années pour le faire jouer. Elle peut aussi être mal comprise. Dans la pièce de 1672, un spectateur pourrait rire avec Chrysale plutôt que de lui. Enfin, un livre ne change pas une loi à lui seul. Pourtant, la censure elle-même prouve que l’art inquiète. Et son action dure : en 1829, Le Dernier Jour d’un condamné de Victor Hugo combattait déjà la peine de mort, abolie en France en 1981 seulement. L’œuvre n’a pas agi seule, mais elle a nourri ce combat.

Ainsi, l’art peut dénoncer les travers de la société, par le rire comme par l’émotion. Il ne remplace ni les lois ni l’action des citoyens. Mais il nous fait voir ce que l’habitude nous cachait, et c’est souvent par là que commence le changement.

Conseil : Remplace ces exemples par tes propres lectures si tu les connais mieux : un exemple bien expliqué vaut mieux qu’une liste de titres. Si tu hésites sur un détail d’une œuvre, reste général plutôt que d’inventer.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Oublier la forme de la lettre, ou faire parler Bélise comme dans un récit.

    Écrire à la première personne, avec une formule d’adresse et une formule d’adieu.

    Le sujet impose une lettre adressée à Chrysale.

  • Aligner des arguments généraux sans jamais répondre à Chrysale.

    Reprendre ses idées précises, puis les réfuter une à une.

    Le sujet parle d’arguments qu’elle lui oppose : la lettre doit dialoguer avec son discours.

  • Faire parler Bélise de droit de vote ou de carrière à l’université.

    Rester dans le monde de la pièce, celui d’une maison du XVIIe siècle.

    Ces références trahissent l’époque du personnage et rompent la cohérence de la lettre.

  • Signer la lettre, ou citer un camarade ou ton collège dans un exemple.

    Terminer sans nom, et n’indiquer aucune information sur toi.

    Le sujet interdit de signer ta composition, pour préserver l’anonymat de ta copie.

  • Dans le sujet de réflexion, ne citer que Molière ou que des livres.

    Varier les arts et les époques : un livre, un tableau, un film.

    Le sujet nomme la littérature, la peinture et le cinéma, et il demande des exemples précis.

Questions fréquentes

Combien de temps dure la rédaction du brevet 2025 en Nouvelle-Calédonie et combien de points vaut-elle ?

Le sujet indique 1 h 30 pour 40 points, sur une copie distincte. Le dictionnaire est autorisé, la calculatrice est interdite.

Faut-il traiter les deux sujets ?

Non. Tu en choisis un seul, et tu dois indiquer clairement sur ta copie lequel tu as choisi.

Peut-on terminer la lettre par le nom de Bélise ?

Le sujet interdit de signer ta composition. Le plus sûr est de finir sur une formule d’adieu, sans signature, puisque le contenu montre déjà qui écrit.

Bélise doit-elle parler comme au XVIIe siècle ?

Non, l’imitation n’est pas exigée, et la lettre n’a pas à être en vers. Un français soutenu et le vouvoiement suffisent, à condition d’éviter les références modernes.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.