Le sujet en bref
Épreuve du mercredi 18 juin 2025 : ce corrigé traite le sujet de Métropole dont le code est 25-HGGSPJ2ME1. Le candidat choisissait une dissertation sur deux : le changement climatique comme enjeu géopolitique, ou la construction de la paix depuis le XVIIe siècle. Il traitait aussi une étude critique sur les moyens et les conséquences de l’affirmation chinoise en mer et dans l’espace.
Dissertation, sujet 1 : le changement climatique, un enjeu géopolitique (10 points)
Le sujet relève du thème « L’environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire ». Le plan ci-dessous distingue trois façons dont le climat pèse sur les rapports de force. C’est une proposition : un autre plan bien argumenté est aussi valable.
Analyse du sujet
Montrer que le changement climatique n’est pas seulement un phénomène physique, mais un objet de rivalités et de négociations entre acteurs.
Les termes. Le changement climatique désigne ici le réchauffement actuel, dû pour l’essentiel aux gaz à effet de serre émis par les activités humaines. Un enjeu est ce qu’un acteur peut gagner ou perdre dans une situation. La géopolitique étudie les rivalités de pouvoir sur des territoires, selon la définition d’Yves Lacoste. Le sujet demande donc : qui gagne, qui perd, qui décide, et sur quels territoires ?
La forme du sujet. Il n’y a ni question ni verbe : c’est une affirmation qu’il faut démontrer et nuancer. Derrière le singulier, il y a plusieurs enjeux : la négociation, la puissance, la sécurité. Tu dois aussi montrer les limites de la formule : le climat ne cause pas mécaniquement les conflits.
Le cadre. Le sujet ne donne pas de dates. Il se joue surtout depuis la fin des années 1980, quand le climat entre dans les relations internationales, et il va jusqu’à aujourd’hui. L’échelle est mondiale, mais il faut des exemples régionaux : Arctique, Pacifique, Sahel.
Les exemples à mobiliser. Les grandes conférences sur le climat (COP), le duel entre la Chine et les États-Unis, l’Union européenne, les petits États insulaires, l’Arctique, les énergies et les métaux de la transition.
Conseil : Le piège est de réciter les causes et les effets du réchauffement. Le mot géopolitique impose de parler d’acteurs, d’intérêts, de territoires et de rapports de force dans chaque paragraphe.
Problématique
Problématique proposée : en quoi le changement climatique, problème commun à l’humanité, est-il devenu un terrain de rivalités entre acteurs inégalement responsables et inégalement exposés ?
Plan proposé : I. Un enjeu de négociation : qui doit faire l’effort ? II. Un enjeu de puissance : énergies, technologies et nouveaux espaces. III. Un enjeu de sécurité : territoires menacés et risques de tensions.
Partie I : un enjeu de négociation, qui doit faire l’effort ?
Idée directrice. Le climat est un bien commun : chaque État a intérêt à ce que les autres réduisent leurs émissions, sans en payer le prix lui-même. Toute la diplomatie climatique tourne autour de ce partage.
Le climat entre dans les relations internationales. Le GIEC est créé en 1988 pour fournir une expertise scientifique aux États. Au sommet de la Terre de Rio, en 1992, la convention-cadre sur le climat pose le principe de responsabilités communes mais différenciées. Depuis 1995, les États se réunissent presque chaque année en COP. Le prix Nobel de la paix attribué au GIEC et à Al Gore en 2007 dit bien que le climat est désormais perçu comme une question de paix.
Une opposition Nord-Sud. Les États-Unis restent le premier émetteur cumulé depuis le XIXe siècle, et l’Afrique n’a émis qu’environ 3 % du CO₂ fossile cumulé de 1850 à 2019, selon le GIEC. Les pays du Sud refusent donc de sacrifier leur développement pour réparer un dommage causé par d’autres. Le protocole de Kyoto (1997) ne contraint que les pays développés. Il n’entre en vigueur qu’en 2005, grâce à la ratification russe, et sans les États-Unis, dont le Sénat s’y oppose.
La Chine change la donne. Elle devient le premier émetteur annuel au milieu des années 2000, et représente aujourd’hui environ 30 % des émissions mondiales de CO₂. Elle reste pourtant dans le camp des pays en développement pour la négociation. À Copenhague, en 2009, le texte final est négocié entre les États-Unis et de grands pays émergents, et l’Union européenne est mise à l’écart. L’accord de Paris (2015) n’est possible qu’après l’entente entre Barack Obama et Xi Jinping en 2014. Il repose sur des engagements nationaux, sans sanction : les États n’ont accepté aucune atteinte directe à leur souveraineté.
L’argent, cœur du conflit. La promesse de 100 milliards de dollars par an pour les pays du Sud, faite à Copenhague pour 2020, n’est atteinte qu’en 2022 selon l’OCDE. La COP27 (2022) crée un fonds pour les pertes et dommages, après des décennies de demandes des pays vulnérables. La COP29 de Bakou (2024) fixe un objectif de 300 milliards par an d’ici à 2035, jugé très insuffisant par de nombreux pays du Sud.
Une politique intérieure qui pèse sur le monde. Les États-Unis entrent et sortent de l’accord de Paris au gré des élections : retrait sous Donald Trump, effectif en novembre 2020, retour en février 2021 sous Joe Biden, nouveau retrait décidé par Donald Trump le 20 janvier 2025. Ce retrait n’était qu’annoncé le jour de l’épreuve : il a pris effet le 27 janvier 2026. Entre-temps, le 7 janvier 2026, Donald Trump a aussi annoncé la sortie de la convention-cadre de 1992. Quand le deuxième émetteur mondial se retire, toute la négociation s’affaiblit.
Conseil : Ne cite pas les COP comme une liste de dates. Pour chacune, dis quel rapport de force elle révèle : qui a imposé quoi, et à qui.
Partie II : un enjeu de puissance, énergies, technologies et nouveaux espaces
Idée directrice. Lutter contre le réchauffement redistribue les cartes. Certains y voient une menace pour leur rente, d’autres un levier d’influence.
Les rentiers des hydrocarbures freinent. L’Arabie saoudite et la Russie tirent leur puissance du pétrole et du gaz. La COP28 de Dubaï (2023), présidée par le dirigeant de la compagnie pétrolière nationale d’Abou Dhabi, évoque pour la première fois une transition hors des énergies fossiles, mais sans calendrier contraignant. La sortie des fossiles menace directement le modèle de ces États.
Une nouvelle course technologique. Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie paru en 2022, la Chine assure plus de 80 % de la production mondiale à chaque grande étape de la fabrication des panneaux solaires. Elle pèse aussi très lourd dans les batteries et le raffinage des terres rares. Elle construit pourtant encore des centrales à charbon. En 2020, Xi Jinping promet la neutralité carbone pour 2060 : c’est aussi un geste de puissance responsable. Les États-Unis répondent en 2022 avec l’Inflation Reduction Act, qui subventionne l’industrie verte sur leur sol. La dépendance aux énergies fossiles pourrait céder la place à une dépendance aux métaux.
L’Europe mise sur la norme. Sans grandes ressources fossiles, l’Union européenne fait du climat un outil d’influence : pacte vert de 2019, objectif de neutralité en 2050, mécanisme d’ajustement carbone aux frontières adopté en 2023. Ce dernier taxe le carbone de certaines importations, ce que l’Inde et la Chine dénoncent comme du protectionnisme. La guerre en Ukraine renforce le lien entre énergie et sécurité : après 2022, l’Europe réduit très vite sa dépendance au gaz russe.
La diplomatie climatique comme soft power. Accueillir une COP donne du prestige, comme à la France en 2015. C’est aussi une tribune pour les États hôtes : les Émirats arabes unis en 2023, l’Azerbaïdjan en 2024.
L’Arctique, un espace qui s’ouvre. Cette région se réchauffe trois à quatre fois plus vite que la moyenne mondiale. Le recul de la banquise rend plus accessibles la route maritime du Nord, qui longe la Russie, et des ressources : selon une estimation américaine de 2008, environ 30 % du gaz non découvert de la planète s’y trouverait. La Russie plante un drapeau au fond de l’océan, sous le pôle Nord, en 2007, et renforce ses bases. La Chine, en 2018, se présente dans un livre blanc comme un État proche de l’Arctique. Donald Trump dit vouloir acquérir le Groenland en 2019, puis de nouveau en 2025. Le Conseil de l’Arctique, créé en 1996, est très affaibli depuis l’invasion de l’Ukraine. Le réchauffement crée ici de nouveaux espaces de rivalité.
Partie III : un enjeu de sécurité, territoires menacés et risques de tensions
Idée directrice. Le climat menace des territoires et des populations. Il devient une question de sécurité, sans être pour autant une cause automatique de guerre.
La survie de certains États. Tuvalu et Kiribati risquent de devenir inhabitables avec la montée des eaux. Un État peut-il exister sans territoire ? Garde-t-il ses zones maritimes si ses côtes disparaissent ? Ces pays ont peu de poids économique, mais ils font entendre leur voix grâce à l’Alliance des petits États insulaires, créée en 1990. Le Vanuatu obtient en 2023 que l’Assemblée générale de l’ONU saisisse la Cour internationale de justice sur les obligations climatiques des États. Le 23 juillet 2025, cinq semaines après l’épreuve, la Cour rend à l’unanimité un avis consultatif : les États ont des obligations juridiques de protéger le climat, et les violer peut engager leur responsabilité. L’avis n’est pas contraignant en lui-même, mais il donne un argument aux États vulnérables. Le droit devient l’arme des faibles.
Le Pacifique, terrain de rivalités. En 2023, l’Australie signe avec Tuvalu un traité : elle offre un droit d’installation à ses habitants et obtient en échange un droit de regard sur les accords de sécurité de l’archipel. L’aide climatique contribue ici à contenir l’influence chinoise dans le Pacifique. C’est un bon exemple de géopolitique du climat.
Des populations déplacées. La Banque mondiale estime en 2021 que jusqu’à 216 millions de personnes, dans six grandes régions du monde, pourraient se déplacer à l’intérieur de leur pays d’ici à 2050 dans le scénario le plus sombre. La plupart des migrations restent internes ou régionales, et le Bangladesh fait partie des pays les plus exposés. Le droit international ne reconnaît pas de statut de réfugié climatique.
L’eau et les terres, sources de tension. Le recul des glaciers de l’Himalaya rend plus sensibles les projets de barrages sur le Brahmapoutre, entre la Chine et l’Inde. Sur le Nil, le grand barrage de la Renaissance oppose l’Éthiopie à l’Égypte. Le rétrécissement du lac Tchad et les sécheresses au Sahel aggravent les concurrences entre agriculteurs et éleveurs dans des régions déjà instables.
Un multiplicateur de menaces, pas une cause unique. Les armées américaines emploient cette expression. Les exemples du Darfour ou de la Syrie sont discutés : la sécheresse y a compté, mais les choix politiques, les inégalités et la répression pèsent davantage. Il faut donc éviter le déterminisme climatique. Le climat aggrave une crise, il ne la décide pas à lui seul.
Une sécurité collective qui bloque. Le Conseil de sécurité débat pour la première fois du climat en 2007, à l’initiative du Royaume-Uni. Mais en décembre 2021, la Russie oppose son veto à une résolution reliant climat et sécurité. Beaucoup de pays du Sud refusent de confier ce dossier à un organe où cinq puissances dominent. Le climat reste ainsi dans le cadre des COP, sans gendarme mondial.
Conseil : La nuance sur le déterminisme fait souvent la différence. Écrire que le climat a causé une guerre est une erreur. Écris qu’il l’a aggravée, en citant les autres facteurs.
Introduction rédigée
En novembre 2021, pendant la COP26, le ministre des Affaires étrangères de Tuvalu, Simon Kofe, s’adresse au monde debout dans la mer, en costume. L’image résume la situation d’un petit État qui n’a presque pas émis de gaz à effet de serre et qui risque pourtant de disparaître. Elle rappelle que le climat n’est pas seulement une affaire de scientifiques.
Le changement climatique désigne le réchauffement actuel, provoqué pour l’essentiel par les activités humaines. Il constitue un enjeu géopolitique, car il met en jeu le pouvoir des États, leurs ressources et leurs territoires. Depuis la création du GIEC en 1988, il occupe une place croissante dans les relations internationales. Tous les États sont concernés, mais ils n’ont ni la même responsabilité, ni la même vulnérabilité, ni les mêmes intérêts.
En quoi le changement climatique, problème commun à l’humanité, est-il devenu un terrain de rivalités entre acteurs inégalement responsables et inégalement exposés ?
Nous verrons d’abord qu’il s’agit d’un enjeu de négociation autour du partage de l’effort. Nous montrerons ensuite qu’il redessine les rapports de puissance, par les énergies, les technologies et les nouveaux espaces. Nous étudierons enfin en quoi il est devenu un enjeu de sécurité, sans être une cause unique de conflit.
Conclusion rédigée
Le changement climatique est bien un enjeu géopolitique. Il oppose les États sur le partage de l’effort, il redistribue la puissance entre producteurs de pétrole, maîtres des technologies vertes et faiseurs de normes, et il menace la sécurité de territoires entiers.
Ces rivalités expliquent la lenteur de la réponse mondiale : malgré trente ans de négociations, les émissions continuent d’augmenter à l’échelle de la planète. Les États défendent d’abord leur souveraineté et leurs intérêts. Les plus vulnérables ne pèsent que par le droit et par la force morale.
Le climat pose donc une question plus large : un monde de rivalités croissantes, entre les États-Unis et la Chine notamment, peut-il encore gérer un bien commun ?
Dissertation, sujet 2 : construire la paix depuis le XVIIe siècle (10 points)
Le sujet relève du thème « Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolution ». Le plan suit la chronologie, car le sujet fixe un point de départ et demande de montrer comment les moyens de la paix ont changé. C’est une proposition : un autre plan bien argumenté est aussi valable.
Analyse du sujet
Expliquer par quels moyens et par quels acteurs on a cherché à bâtir une paix durable depuis le XVIIe siècle, et avec quels résultats.
Les termes. Le verbe construire est le mot clé : la paix n’est pas un état naturel, c’est une œuvre humaine, longue et fragile. Il faut donc parler d’acteurs, d’outils et de résultats. La paix n’est pas seulement la fin des combats, qu’une trêve ou un cessez-le-feu suffit à obtenir. Le sociologue Johan Galtung distingue une paix négative, l’absence de violence directe, et une paix positive, fondée sur la justice et la coopération. Cette distinction traverse tout le sujet.
Le cadre chronologique. Le XVIIe siècle renvoie aux traités de Westphalie (1648), repère du programme. La borne finale est le présent : tu dois aller jusqu’aux guerres actuelles et à la paralysie du Conseil de sécurité.
Les outils à repérer. Le traité entre souverains, l’équilibre des puissances, l’arbitrage, la sécurité collective, le maintien de la paix, l’intégration économique, la justice pénale internationale, la réconciliation.
Les exemples à mobiliser. Westphalie, le congrès de Vienne, Versailles et la SDN, l’ONU et l’action de Kofi Annan (1997-2006), la construction européenne, les tentatives de paix au Moyen-Orient.
Conseil : Les traités de Westphalie et les actions de l’ONU sous les mandats de Kofi Annan sont les deux jalons du programme sur la construction de la paix : développe-les avec précision. Le Moyen-Orient, objet de travail conclusif du thème, montre la difficulté de cette construction.
Problématique
Problématique proposée : comment est-on passé, depuis le XVIIe siècle, d’une paix négociée entre souverains à une paix pensée comme un système de sécurité, de droit et de justice, et pourquoi cette construction reste-t-elle inachevée ?
Plan proposé : I. Du XVIIe au début du XXe siècle : faire la paix par les traités et l’équilibre. II. De 1919 à 1991 : faire la paix par la sécurité collective et l’intégration. III. Depuis 1991 : consolider la paix, une ambition élargie qui se heurte à ses limites.
Partie I : faire la paix par les traités et l’équilibre (1648-1914)
Idée directrice. Pendant près de trois siècles, la paix est une affaire de souverains et de diplomates. Elle cherche moins à supprimer la guerre qu’à la limiter par un ordre stable entre États.
Westphalie, un modèle. La guerre de Trente Ans (1618-1648) a ravagé le Saint Empire. Après plusieurs années de négociations à Münster et à Osnabrück, les traités d’octobre 1648 mettent fin au conflit. C’est un congrès d’une ampleur inédite, qui réunit un grand nombre de délégations. Les traités règlent la question religieuse dans l’Empire, en reconnaissant le calvinisme à côté du catholicisme et du luthéranisme. Ils redessinent la carte : la France obtient des droits en Alsace et voit reconnaître sa possession de Metz, Toul et Verdun, la Suède renforce sa position sur la Baltique, et l’indépendance des Provinces-Unies et de la Suisse est reconnue. Les princes allemands gagnent en autonomie.
Un mythe à nuancer. On parle de système westphalien pour désigner un ordre d’États souverains, égaux et maîtres de leur territoire. Cette lecture a été largement construite après coup. La paix de 1648 reste aussi partielle : la France et l’Espagne continuent la guerre jusqu’en 1659. Mais la méthode s’impose : une négociation collective, un traité écrit, l’idée d’équilibre. Les traités d’Utrecht (1713) invoquent explicitement l’équilibre européen.
Penser une paix durable. Dès le XVIIe siècle, le juriste Grotius publie « Du droit de la guerre et de la paix » (1625). L’abbé de Saint-Pierre propose en 1713 une union des souverains européens. Emmanuel Kant, dans son « Projet de paix perpétuelle » (1795), lie la paix à des États républicains, à une fédération et à un droit commun. Ces textes annoncent les organisations du XXe siècle.
Le concert européen. Après les guerres napoléoniennes, le congrès de Vienne (1814-1815) réunit Metternich, Castlereagh, Alexandre Ier et Talleyrand. Il rétablit un équilibre et traite la France vaincue avec modération. Les grandes puissances se concertent ensuite pour régler les crises. Elles évitent ainsi une guerre générale pendant un siècle, même si la guerre de Crimée (1853-1856) et les guerres de 1859, 1866 et 1870 montrent les limites du système. Cette paix ignore les peuples : la Pologne reste partagée, et les mouvements libéraux et nationaux sont réprimés.
Limiter la guerre par le droit. Henry Dunant inspire la création de la Croix-Rouge en 1863, et la convention de Genève de 1864 protège les soldats blessés. Les conférences de La Haye de 1899 et de 1907 codifient le droit de la guerre et créent une Cour permanente d’arbitrage. Mais l’arbitrage reste volontaire, et rien n’empêche la marche à la guerre de 1914.
Partie II : faire la paix par la sécurité collective et l’intégration (1919-1991)
Idée directrice. La violence des guerres mondiales change l’ambition. Il ne s’agit plus d’équilibrer les puissances, mais de créer des institutions pour empêcher la guerre.
Versailles et la SDN, un premier essai. Les quatorze points de Woodrow Wilson (janvier 1918) proposent une diplomatie ouverte et une société des nations. Le traité de Versailles (28 juin 1919) crée la SDN, mais il impose aussi à l’Allemagne des réparations et la responsabilité de la guerre. John Maynard Keynes dénonce dès 1919 cette paix punitive dans « Les Conséquences économiques de la paix ». Le contraste est net avec la modération de Vienne en 1815 : une paix ressentie comme humiliante prépare de nouveaux conflits.
L’échec de la sécurité collective. La SDN repose sur une idée neuve : une agression contre un membre concerne tous les membres. Les années 1920 laissent espérer : accords de Locarno (1925), entrée de l’Allemagne à la SDN (1926), pacte Briand-Kellogg (1928), qui met la guerre hors la loi. Mais les États-Unis n’entrent pas à la SDN, et elle n’a pas d’armée. Elle ne peut rien contre le Japon en Mandchourie (1931), ni contre l’Italie en Éthiopie (1935). Le Japon et l’Allemagne la quittent en 1933.
L’ONU, une sécurité collective corrigée. La Charte de San Francisco (26 juin 1945) tire les leçons de cet échec. Elle interdit le recours à la force, sauf légitime défense ou décision du Conseil de sécurité. Elle donne un droit de veto aux cinq membres permanents, pour garder les grandes puissances dans l’organisation. Le procès de Nuremberg (1945-1946), la convention sur le génocide et la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) ajoutent l’idée qu’aucune paix ne tient sans droit.
La guerre froide limite l’ONU. Le veto paralyse souvent le Conseil de sécurité. L’ONU invente tout de même le maintien de la paix, qui ne figure pas dans la Charte : les premiers observateurs sont envoyés au Proche-Orient en 1948, et la première force armée de Casques bleus est créée lors de la crise de Suez, en 1956. La paix entre les deux Grands repose surtout sur la dissuasion nucléaire. Raymond Aron décrit ainsi un monde où la paix reste hors d’atteinte, mais où la guerre entre eux devient improbable. Les accords d’Helsinki (1975) montrent que le dialogue reste possible.
La paix par l’intégration. En Europe occidentale, la voie est différente. La déclaration Schuman du 9 mai 1950 propose de mettre en commun le charbon et l’acier pour rendre la guerre matériellement impossible entre la France et l’Allemagne. La CECA (1951), puis la CEE (1957), lient les économies. Le traité de l’Élysée (1963) scelle la réconciliation franco-allemande, et l’Union européenne reçoit le prix Nobel de la paix en 2012. C’est un exemple rare de paix positive.
Conseil : Compare Vienne et Versailles : la place faite au vaincu est un argument fort sur ce qui rend une paix durable.
Partie III : consolider la paix, une ambition élargie qui se heurte à ses limites (depuis 1991)
Idée directrice. La fin de la guerre froide laisse espérer un Conseil de sécurité enfin actif. Mais les conflits sont désormais surtout internes, et la paix doit reconstruire des sociétés entières.
Une nouvelle ambition. En 1992, Boutros Boutros-Ghali publie « Agenda pour la paix », qui distingue la prévention, le rétablissement, le maintien et la consolidation de la paix. Les opérations se multiplient et s’élargissent : désarmer, organiser des élections, reconstruire un État.
Des échecs terribles. L’ONU ne peut empêcher le génocide des Tutsis au Rwanda (1994), ni le massacre de Srebrenica (1995), alors que ses Casques bleus sont sur place. Ces échecs marquent Kofi Annan, responsable des opérations de maintien de la paix à cette époque.
L’action de Kofi Annan (1997-2006). Secrétaire général de 1997 à 2006, il cherche à réformer l’ONU. Le rapport Brahimi (2000) tire les leçons des échecs et demande des mandats clairs et des moyens adaptés. Au Timor oriental, l’ONU administre le territoire jusqu’à l’indépendance de 2002 : c’est un succès. Annan et l’ONU reçoivent le prix Nobel de la paix en 2001. Le sommet mondial de 2005 adopte la responsabilité de protéger et crée la Commission de consolidation de la paix. Mais la guerre américaine en Irak, en 2003, sans mandat du Conseil de sécurité, montre qu’une grande puissance peut passer outre.
Juger et réconcilier. La paix passe aussi par la justice : tribunaux pour l’ex-Yougoslavie (1993) et le Rwanda (1994), Cour pénale internationale (statut de Rome, 1998). L’Afrique du Sud choisit une autre voie avec la Commission vérité et réconciliation, présidée par Desmond Tutu à partir de 1996 : la vérité plutôt que la punition. De nouveaux acteurs interviennent aussi. La communauté catholique de Sant’Egidio contribue ainsi à l’accord de paix sur le Mozambique en 1992.
Le Moyen-Orient, la paix difficile. Le traité entre l’Égypte et Israël (1979), préparé à Camp David, tient toujours : une paix entre États peut durer. Mais les accords d’Oslo (1993) échouent à régler la question israélo-palestinienne, malgré la reconnaissance mutuelle. Le blocage tient à des acteurs non étatiques, à des oppositions internes et à des enjeux de territoire. Depuis le 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza, l’horizon politique semble encore plus lointain.
Une construction fragilisée. Le Conseil de sécurité est de nouveau paralysé par le veto : la Russie, membre permanent, envahit l’Ukraine en février 2022, en violation de la Charte. La MINUSMA quitte le Mali en 2023 à la demande de la junte. Des accords existent encore, comme en Colombie (2016), mais d’autres se négocient hors de l’ONU, comme celui de Doha entre les États-Unis et les talibans (2020), qui n’empêche pas la chute de Kaboul en 2021.
Conseil : Ne finis pas sur une simple liste d’échecs. Montre que l’ONU n’a jamais été une armée mondiale : elle vaut ce que veulent ses membres.
Introduction rédigée
En octobre 1648, à Münster et à Osnabrück, des diplomates venus de toute l’Europe mettent fin à trente ans de guerre. En février 2022, un membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU envahit son voisin. Entre ces deux dates, les sociétés ont multiplié les outils pour éviter la guerre, sans jamais la faire disparaître.
La paix n’est pas seulement l’arrêt des combats. Construire la paix, c’est créer les conditions pour que la guerre ne reprenne pas : un traité accepté, une sécurité partagée, du droit, parfois une réconciliation entre les sociétés. Depuis le XVIIe siècle, cette tâche a d’abord été celle des souverains. Elle a ensuite mobilisé des organisations internationales, des juges et des acteurs de la société civile.
Comment est-on passé, depuis le XVIIe siècle, d’une paix négociée entre souverains à une paix pensée comme un système de sécurité, de droit et de justice, et pourquoi cette construction reste-t-elle inachevée ?
Nous verrons d’abord que, de 1648 à 1914, la paix se construit par les traités et par l’équilibre. Nous montrerons ensuite que, de 1919 à 1991, elle repose sur la sécurité collective et sur l’intégration. Nous analyserons enfin l’ambition de consolider la paix depuis 1991, et les limites auxquelles elle se heurte.
Conclusion rédigée
Depuis le XVIIe siècle, la construction de la paix s’est élargie. Elle a d’abord reposé sur les traités et sur l’équilibre, de Westphalie à Vienne. Elle a ensuite pris la forme d’institutions et de sécurité collective, de la SDN à l’ONU. Elle cherche désormais à reconstruire des États et des sociétés par le droit, la justice et la réconciliation.
Cette construction reste inachevée, car elle dépend de la volonté des États, et d’abord des plus puissants. Les paix les plus solides sont celles qui ont traité le vaincu avec mesure et lié les intérêts des anciens ennemis, comme entre la France et l’Allemagne.
La guerre en Ukraine et les conflits du Moyen-Orient rappellent que rien n’est acquis. Reste à savoir si un ordre mondial plus divisé peut encore produire de nouvelles règles communes.
Étude critique de documents : l’affirmation de la puissance chinoise (10 points)
Le sujet relève du thème « De nouveaux espaces de conquête ». Deux documents : un entretien de l’amiral Pierre Vandier au journal Le Monde (10 juin 2021) et un dessin de presse de Glenn Anthony T. Tolo (journal philippin Daily Tribune, 15 mars 2024). Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté est aussi valable.
Présentation des documents
Analyser, en croisant les deux documents et le cours, comment la Chine affirme sa puissance en mer et dans l’espace, et ce que cela entraîne.
Document 1. C’est un entretien publié par Le Monde le 10 juin 2021. L’amiral Pierre Vandier, alors chef d’état-major de la Marine nationale, répond à deux journalistes. Les passages en gras sont leurs questions, et le reste ses réponses. Il dresse le bilan de déploiements français en Indo-Pacifique. La France y est directement présente : elle y possède des territoires, comme La Réunion, la Nouvelle-Calédonie ou la Polynésie française, et la plus grande part de sa zone économique exclusive. En février 2021, la ministre des Armées annonce que le sous-marin nucléaire d’attaque Émeraude a patrouillé en mer de Chine méridionale.
Document 2. C’est un dessin de presse paru le 15 mars 2024 dans le journal philippin Daily Tribune. Les Philippines sont en conflit avec la Chine en mer de Chine méridionale. Le 5 mars 2024, dix jours avant la parution du dessin, des garde-côtes chinois utilisent des canons à eau contre une mission de ravitaillement philippine près du récif Second Thomas.
Ce que montre le dessin. En haut à gauche, une navette spatiale porte le drapeau chinois. Un long câble noir la relie à un astronaute, avec un drapeau chinois sur son sac à dos et un chapeau conique par-dessus son casque. Il tient un pot de peinture et un pinceau. Il trace une ligne en pointillés sur un astre couvert de cratères. En bas à gauche, sur le globe terrestre, une ligne en pointillés semblable longe un archipel, les Philippines d’après la note du sujet.
Ce qu’on peut en déduire. Le dessin ne nomme ni l’astre ni la ligne : ce qui suit est une interprétation. L’astre évoque la Lune. La ligne sur le globe évoque la ligne en neuf traits, par laquelle Pékin revendique la plus grande partie de la mer de Chine méridionale.
Pourquoi les confronter. Le premier document porte sur la mer, le second relie la mer à l’espace. L’un est le témoignage d’un acteur militaire français, l’autre une satire venue d’un pays voisin de la Chine. Près de trois ans les séparent. On peut y lire la même inquiétude : une puissance qui transforme des espaces communs en espaces à elle.
Problématique
Problématique proposée : par quels moyens la Chine étend-elle sa puissance sur les mers et dans l’espace, et en quoi cette affirmation bouleverse-t-elle l’équilibre régional et le droit international ?
Plan proposé : I. Les moyens : une montée en puissance globale. II. Les conséquences : tensions, droit contesté, réponses des rivaux. III. Des documents à lire avec prudence, et une puissance à relativiser.
Conseil : La consigne contient deux mots, moyens et conséquences, et un pluriel, les nouveaux espaces. Si l’espace extra-atmosphérique disparaît de ta copie, tu ne traites que la moitié du sujet.
Partie I : les moyens, une montée en puissance globale
Une volonté politique. L’amiral souligne que cet effort militaire répond à des objectifs fixés par le pouvoir et annoncés dans le livre blanc de la défense chinoise (lignes 17 à 19). Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, en 2012-2013, Pékin affiche l’ambition de devenir une grande puissance maritime et spatiale, dans le cadre d’un renouveau national attendu pour le centenaire de la République populaire, en 2049. Le livre blanc de 2015 élargit ainsi les missions de la marine à la haute mer.
Une marine de premier rang. Vandier explique que la Chine, longtemps tournée vers la terre, doit se tourner vers la mer parce que son commerce est devenu mondial (lignes 24 et 25). Il décrit les étapes qui mènent à la maîtrise du porte-avions, jusqu’à la catapulte et à l’avion embarqué conçu pour le navire, et il constate que Pékin les franchit (lignes 34 à 39). La marine chinoise reçoit le Liaoning en 2012, ancien navire soviétique, puis le Shandong en 2019, premier porte-avions construit en Chine. Le Fujian, doté de catapultes, est lancé en 2022 et entre en service en novembre 2025. Selon le Pentagone, la marine chinoise est devenue la première du monde par le nombre de navires.
Occuper et transformer le territoire. Le texte évoque les îles remblayées, que l’amiral compare à des porte-avions immobiles (lignes 14 et 15). Depuis 2013, la Chine a transformé des récifs des Spratleys en bases, avec pistes et radars, à Fiery Cross, Subi ou Mischief. Les journalistes citent aussi les 200 bateaux réunis devant Whitsun (lignes 2 et 3). Pékin les présente comme des bateaux de pêche, Manille comme une milice maritime. Cette zone grise permet d’exercer une pression sans ouvrir le feu.
Des leviers non militaires. L’amiral insiste : la pression passe aussi par la finance, l’économie, la diplomatie, le cyber (lignes 27 à 30). Il cite des escales annulées sans explication (lignes 9 à 11) et des pays dissuadés de forer ou d’accueillir des navires étrangers (lignes 16 et 17). C’est ce qu’il nomme « une logique d’étouffement » (ligne 27). Le cours le confirme : les nouvelles routes de la soie, lancées en 2013, offrent à Pékin des ports, comme Hambantota au Sri Lanka, cédé à bail à une société chinoise en 2017, ou Gwadar au Pakistan. La base de Djibouti, ouverte en 2017, est sa première base à l’étranger.
La connaissance des fonds marins. Les journalistes citent des drones qui cartographient les fonds de l’océan Indien (ligne 3). Le document n’en dit pas le but, mais connaître les fonds est utile pour les sous-marins et pour l’accès aux ressources. Le sous-marin habité Fendouzhe a dépassé 10 000 mètres dans la fosse des Mariannes en 2020.
L’espace, autre terrain de conquête. Le dessin rappelle que la Chine est devenue une grande puissance spatiale. Yang Liwei vole en 2003, Chang’e 4 se pose sur la face cachée de la Lune en 2019, Chang’e 5 rapporte des échantillons en 2020, Beidou concurrence le GPS depuis 2020, et la station Tiangong est achevée en 2022. Le câble qui relie l’astronaute à son vaisseau peut suggérer une action pilotée par l’État, comme pour les navires. Pékin vise un vol habité vers la Lune avant 2030 et prépare avec la Russie un projet de base lunaire.
Partie II : les conséquences, tensions, droit contesté et réponses des rivaux
Des incidents en mer. Vandier rapporte que les bateaux français sont suivis et parfois forcés de manœuvrer pour éviter une collision (lignes 6 à 9). La tension touche d’abord les riverains : Philippines, Vietnam, Malaisie. Le dessin vient d’un pays qui subit cette pression, comme à Scarborough, passé sous contrôle chinois en 2012, ou au récif Second Thomas.
Un droit international fragilisé. L’amiral estime que ces îles artificielles abîment une lecture du droit jusque-là partagée (lignes 15 et 16). La convention de Montego Bay (1982) définit les zones maritimes et garantit la liberté de navigation. En 2016, un tribunal arbitral saisi par les Philippines juge que la ligne en neuf traits n’a pas de fondement juridique. Pékin refuse la décision. La Chine fait ainsi prévaloir le fait accompli sur le droit.
Une crainte transposée à l’espace. C’est la lecture la plus probable du dessin : l’astronaute semble reproduire sur l’astre le tracé visible sur le globe terrestre. Or le traité de l’espace de 1967 interdit toute appropriation nationale de la Lune. Le dessin suggère ainsi que Pékin pourrait répéter dans l’espace la méthode employée en mer. Bill Nelson, alors administrateur de la NASA, a lui aussi exprimé publiquement cette crainte. L’enjeu est réel : les sites intéressants du pôle Sud lunaire, où de la glace d’eau pourrait être exploitée, sont en nombre limité.
Une rivalité qui s’organise en blocs. Face à la Chine, les États-Unis mènent en mer des patrouilles de liberté de navigation et renforcent leurs alliances. Le dialogue du Quad est relancé en 2017, et l’alliance AUKUS est annoncée en septembre 2021, après l’entretien. Les Philippines ouvrent en 2023 de nouvelles bases à l’armée américaine. Dans l’espace, les accords Artemis, lancés en 2020 par les États-Unis, font face au projet sino-russe. Le thème de la conquête rejoint celui de la confrontation entre grandes puissances.
Le risque Taïwan. Interrogé sur un conflit (lignes 40 et 41), Vandier reste prudent, mais il juge que l’accumulation des moyens rend le passage à l’acte moins difficile à envisager, et que cela se renforcera jusqu’en 2030 (lignes 42 à 44). Il ajoute que le coût d’une riposte augmentera : c’est une logique de dissuasion (lignes 44 à 46). Trois mois plus tôt, en mars 2021, l’amiral américain Philip Davidson avait jugé devant le Sénat que la menace sur Taïwan pouvait se concrétiser dans les six ans à venir, ce qu’on résume souvent par l’horizon 2027. Les grandes manœuvres chinoises autour de l’île après la visite de Nancy Pelosi, en août 2022, confirment que la pression s’accroît.
Une militarisation de l’espace. Le test antisatellite chinois de 2007 a créé des milliers de débris. Les États-Unis ont créé une Space Force en 2019, et la France un commandement de l’espace la même année. Les nouveaux espaces de conquête deviennent aussi des espaces de rapports de force.
Conseil : Les conséquences ne se limitent pas à la Chine et aux États-Unis. Cite les pays riverains, la France et le droit : le document 1 te donne les trois.
Partie III : des documents à lire avec prudence, une puissance à relativiser
Le document 1 reflète un point de vue français. L’amiral n’est pas un observateur neutre. Il dirige une marine concernée et défend la présence de son pays, allié des États-Unis. Son entretien peut aussi servir à justifier l’effort de la France en Indo-Pacifique. Aucune voix chinoise n’y figure. Or Pékin invoque des droits historiques, la sécurité de ses approvisionnements, qui passent par le détroit de Malacca, et la présence militaire américaine à ses portes.
Une analyse à préciser. Les journalistes imputent à l’armée chinoise le déploiement de Whitsun (lignes 1 et 2), alors que le statut de ces navires est contesté. La note entre crochets assimile la première chaîne d’îles à la ligne en neuf traits (lignes 12 à 14) : ce sont deux choses différentes. La première chaîne est une notion stratégique, l’arc qui va du Japon aux Philippines en passant par Taïwan. La ligne en neuf traits est une revendication sur la mer de Chine méridionale. De même, les îles remblayées sont les récifs de cette mer, pas toute la chaîne. L’idée d’une Chine qui tourne le dos à la mer pendant cinq siècles (ligne 24) renvoie à la fin des expéditions de Zheng He, en 1433, mais elle simplifie : les marchands chinois ont continué à commercer en Asie du Sud-Est.
Le document 2 est une satire engagée. Le dessin paraît dans un pays directement opposé à la Chine, dans un moment de crise. Il exagère pour dénoncer. Le chapeau conique, posé sur le casque, peut se lire comme un stéréotype. La navette est une image commode : dans la réalité, les vols habités chinois se font en capsule Shenzhou. Surtout, le dessin montre une hypothèse et non un fait : la Chine n’a pas revendiqué la Lune, et elle est partie au traité de 1967. Il renseigne sur la peur que suscite Pékin chez ses voisins davantage que sur la politique lunaire chinoise.
Une puissance encore inégale. Les documents insistent sur les progrès chinois et moins sur leurs limites. Les États-Unis conservent onze porte-avions et un vaste réseau de bases et d’alliés. L’agressivité chinoise pousse ses voisins à se rapprocher de Washington, ce qui peut se retourner contre Pékin. La Chine dépend aussi des flux maritimes. Interrogé sur une logique de bastion plutôt que de perturbation de ces flux (lignes 21 et 22), l’amiral répond que l’approche est surtout territoriale à l’origine, mais aussi commerciale (ligne 23).
Des documents datés. L’entretien date de 2021 : il ne connaît ni AUKUS, ni la guerre en Ukraine, ni la mission Chang’e 6, qui rapporte en juin 2024 les premiers échantillons de la face cachée de la Lune. Sa prévision à l’horizon 2030 reste ouverte. Le dessin de 2024 suggère en revanche que l’inquiétude s’est élargie de la mer à l’espace.
Conseil : Le correcteur attend que tu situes chaque auteur et que tu dises ce qu’il ne montre pas. Dire que les documents sont subjectifs ne suffit pas : indique en quoi, et quel point de vue manque.
Introduction rédigée
La Chine est aujourd’hui la deuxième économie mondiale et le premier exportateur de marchandises. Sous Xi Jinping, elle ne se contente plus de la puissance commerciale : elle veut s’imposer sur les océans et dans l’espace, ces nouveaux espaces de conquête où se jouent les rivalités du XXIe siècle.
Le premier document est un entretien de l’amiral Pierre Vandier, alors chef d’état-major de la Marine nationale française, publié par Le Monde le 10 juin 2021, sur le durcissement chinois en Indo-Pacifique. Le second est un dessin de Glenn Anthony T. Tolo, paru dans le journal philippin Daily Tribune le 15 mars 2024 : un astronaute chinois y peint sur un astre une ligne en pointillés, semblable à celle que porte le globe terrestre et qui évoque la revendication de Pékin en mer de Chine méridionale.
Par quels moyens la Chine étend-elle sa puissance sur les mers et dans l’espace, et en quoi cette affirmation bouleverse-t-elle l’équilibre régional et le droit international ?
Nous verrons d’abord les moyens de cette montée en puissance. Nous étudierons ensuite ses conséquences : tensions, droit contesté et réponses des rivaux. Nous montrerons enfin que ces documents doivent être lus avec prudence, et que la puissance chinoise doit être relativisée.
Conclusion rédigée
La Chine affirme sa puissance par des moyens variés : une marine en pleine croissance, des îles artificielles, des pressions économiques et diplomatiques, un programme spatial ambitieux. Ces moyens servent un même but, qui est de contrôler ses approches et de rivaliser avec les États-Unis.
Les conséquences sont réelles : incidents répétés, droit de la mer contesté, alliances renforcées, risque de crise à Taïwan, et crainte d’une conquête de l’espace menée sur le même modèle. Mais les deux documents expriment le point de vue de ceux qui s’inquiètent de cette montée en puissance. Le premier émane d’un chef militaire français, le second d’un journal philippin. Ils laissent de côté les motifs de Pékin et les limites de sa puissance.
La question posée dépasse la Chine : les règles qui protègent les espaces communs, en mer comme dans l’espace, résisteront-elles à la rivalité des grandes puissances ?
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Réciter les causes et les effets du réchauffement dans la dissertation 1.
Partir des acteurs et de leurs intérêts : qui négocie, qui gagne, qui perd, sur quel territoire.
Le sujet porte sur la géopolitique. Un exposé de sciences, même exact, ne répond pas à la question.
Écrire que le changement climatique a causé la guerre au Darfour ou en Syrie.
Parler d’un facteur aggravant, à côté des causes politiques, sociales et économiques.
Le lien entre climat et conflit est discuté. Le correcteur attend que tu évites le déterminisme.
Faire de la dissertation 2 une liste de traités, de Westphalie à l’ONU.
Montrer comment les outils évoluent, du traité à la sécurité collective puis à la consolidation de la paix.
Le verbe construire appelle une démonstration : quels moyens, quels acteurs, quels résultats.
Confondre la SDN et l’ONU, ou présenter les Casques bleus comme une armée permanente de l’ONU.
Préciser que la SDN n’a pas de force armée, et que les Casques bleus sont fournis par les États membres pour une mission donnée.
Ces distinctions sont au cœur de la question de la sécurité collective et de ses limites.
Oublier l’espace dans l’étude critique, ou prendre le dessin pour la preuve d’une revendication chinoise sur la Lune.
Traiter la mer et l’espace, et lire le dessin comme une satire parue aux Philippines, qui exprime une crainte.
La consigne vise les nouveaux espaces de conquête, et une caricature exagère par nature : elle renseigne d’abord sur son auteur.
Questions fréquentes
Combien de temps dure l’épreuve de HGGSP et comment est-elle notée ?
L’épreuve dure 4 heures, sans calculatrice ni dictionnaire. Le sujet attribue 10 points à la dissertation et 10 points à l’étude critique de documents.
Faut-il traiter les deux dissertations ?
Non. Le candidat choisit l’une des deux dissertations et traite obligatoirement l’étude critique. Il indique le numéro du sujet choisi sur sa copie. Ce corrigé propose les deux pour que tu puisses t’entraîner.
Pourquoi la dissertation sur la paix commence-t-elle au XVIIe siècle ?
Parce que les traités de Westphalie (1648) sont le premier jalon du programme sur la construction de la paix. Ils servent de point de comparaison pour tout ce qui suit.
Comment analyser un dessin de presse dans une étude critique ?
Décris d’abord ce que tu vois, puis explique le message et l’exagération. Situe ensuite la source : un journal philippin ne regarde pas la Chine comme un observateur neutre. Un dessin montre une opinion, pas un fait établi.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.