Le sujet en bref
Le candidat choisissait une dissertation sur deux : les acteurs de la construction des mémoires, ou les évolutions des formes de la guerre depuis le XVIIIe siècle. Il traitait aussi une étude critique sur le rapport des États-Unis à l’environnement, à partir d’un texte du président Johnson (1965) et d’une courbe d’émissions de CO₂ par habitant.
Dissertation, sujet 1 : les acteurs de la construction des mémoires (10 points)
Le sujet relève du thème « Histoire et mémoires ». Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté est aussi valable.
Analyse du sujet
Identifier ceux qui fabriquent les mémoires collectives et expliquer comment ils agissent.
Les termes. Les mémoires sont les représentations du passé portées par des groupes. Elles sont plurielles, sélectives et affectives. Elles se distinguent de l’histoire, savoir critique fondé sur des sources. Le mot construction indique qu’une mémoire n’est pas un souvenir spontané : elle résulte de choix, d’oublis et de rapports de force. Maurice Halbwachs a montré dès 1925, dans « Les Cadres sociaux de la mémoire », que le souvenir dépend des groupes auxquels on appartient.
Les acteurs. Le mot est large : États, témoins, associations, anciens combattants, juges, historiens, enseignants, cinéastes, organisations internationales. Le sujet ne fixe ni période ni espace : c’est à toi de choisir des exemples précis.
Les exemples à mobiliser. Les mémoires de la guerre d’Algérie, celles du génocide des Juifs et des Tsiganes, le rôle des tribunaux gacaca au Rwanda et du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie.
Conseil : Le piège est le catalogue d’acteurs. Montre comment chacun agit, et surtout comment ils s’opposent ou se relaient.
Problématique
Problématique proposée : comment des acteurs aux intérêts différents construisent-ils les mémoires collectives, et dans quelle mesure l’État a-t-il perdu la maîtrise du récit du passé ?
Plan proposé : I. L’État, acteur central d’une mémoire officielle. II. Les groupes porteurs de mémoire, qui font entendre d’autres récits. III. Les juges, les historiens et les médias, qui établissent, mettent à distance et diffusent.
Partie I : l’État, acteur central d’une mémoire officielle
Idée directrice. L’État dispose d’outils puissants pour dire le passé : commémorations, monuments, discours, programmes scolaires, lois.
Il construit un récit qui rassemble. Après 1945, gaullistes et communistes valorisent en France l’image d’une nation résistante, et font de Vichy une parenthèse. L’historien Henry Rousso analyse ce mécanisme dans « Le Syndrome de Vichy » (1987) : le résistancialisme a servi à reconstruire l’unité nationale, au prix d’un refoulement de la collaboration.
Il peut organiser le silence. L’État français parle longtemps des événements d’Algérie et, après 1962, les lois d’amnistie écartent les poursuites. Il faut attendre la loi du 18 octobre 1999 pour que l’expression guerre d’Algérie soit officiellement reconnue. En Algérie, le pouvoir issu du FLN impose à l’inverse une mémoire héroïque du peuple uni, qui légitime son autorité et efface les rivaux, comme les messalistes.
Il peut réviser son récit. Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs. En 2021, le rapport de Benjamin Stora, commandé par Emmanuel Macron, propose des gestes de réconciliation mémorielle avec l’Algérie.
Le rôle du législateur reste discuté. Les lois mémorielles en témoignent : la loi Gayssot (1990) réprime la négation de la Shoah, la loi Taubira (2001) reconnaît la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. La loi du 23 février 2005, qui mentionnait le rôle positif de la présence française outre-mer, a provoqué une polémique, et cette disposition a été retirée.
Partie II : les groupes porteurs de mémoire
Idée directrice. Les mémoires officielles sont contestées par ceux qui ont vécu l’événement, ou qui s’en réclament. Ces groupes réclament une reconnaissance.
Les témoins imposent leur parole. Les survivants du génocide des Juifs peinent d’abord à être entendus : Primo Levi publie « Si c’est un homme » en 1947 dans une relative indifférence. Le procès d’Eichmann à Jérusalem, en 1961, donne une place publique aux témoins. Annette Wieviorka parle d’« ère du témoin » pour désigner ce moment où le survivant devient une figure centrale.
Les associations mènent une action militante. Serge et Beate Klarsfeld documentent les crimes, retrouvent des responsables et poussent à leur jugement. L’association des Fils et Filles des déportés juifs de France, fondée en 1979, défend la mémoire des victimes.
Une même guerre produit des mémoires rivales. Benjamin Stora, dans « La Gangrène et l’Oubli » (1991), décrit le cloisonnement des mémoires de la guerre d’Algérie : anciens appelés, rapatriés, harkis, immigrés algériens, militants de l’indépendance. Chaque groupe porte sa souffrance et son récit. Le choix du 19 mars, date du cessez-le-feu, comme journée du souvenir reste contesté par des associations de rapatriés et de harkis. La mémoire du 17 octobre 1961, longtemps occultée, a été portée par des militants et des associations.
Tous les groupes n’ont pas le même poids. Le génocide des Tsiganes est resté longtemps marginal dans les mémoires. Ces populations n’avaient ni État ni réseaux influents pour porter leur cause. La République fédérale d’Allemagne ne le reconnaît qu’en 1982. En France, François Hollande rend hommage aux nomades internés lors de la cérémonie de Montreuil-Bellay en 2016. Le pouvoir de se faire entendre fait donc partie de la construction des mémoires.
Partie III : juges, historiens et médias
Idée directrice. D’autres acteurs interviennent : ils établissent les faits, les mettent à distance ou les font connaître à un large public.
La justice fixe des faits et reconnaît des victimes. Le procès de Nuremberg (1945-1946) consacre la notion de crime contre l’humanité. En France, les procès Barbie (1987), Touvier (1994) et Papon (1997-1998) replacent Vichy au centre du débat public. Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, créé en 1993, a qualifié le massacre de Srebrenica de génocide. Au Rwanda, les tribunaux gacaca, juridictions locales inspirées d’une pratique traditionnelle, jugent les auteurs du génocide des Tutsis à l’échelle des collines. Ils visent à la fois la justice et la réconciliation, ce qui en fait aussi un outil de la politique mémorielle de l’État rwandais.
Les historiens mettent à distance. En 1973, la traduction de « La France de Vichy » de l’Américain Robert Paxton, fondée sur des archives allemandes, ébranle le récit résistancialiste. Le travail critique des historiens sépare l’histoire de la mémoire. Pierre Nora a analysé cette différence dans « Les Lieux de mémoire ». Ces historiens sont aussi pris dans le débat public : experts sollicités aux procès, auteurs de rapports, signataires de la pétition « Liberté pour l’histoire » contre les lois mémorielles en 2005.
Les médias et les artistes diffusent. « Nuit et Brouillard » d’Alain Resnais (1956), la série américaine « Holocauste » (1978) et « Shoah » de Claude Lanzmann (1985) ont touché de très larges publics. L’école prolonge ce travail en transmettant le savoir aux générations qui n’ont pas de souvenirs directs.
Une dimension internationale. Le camp d’Auschwitz-Birkenau est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979, et l’ONU fait du 27 janvier une journée internationale de commémoration en 2005. La mémoire d’un événement dépasse alors le cadre national.
Conseil : Distingue clairement mémoire et histoire. Un historien n’est pas un acteur de mémoire comme les autres : il travaille sur des sources, avec une méthode critique, même si ses travaux influencent les mémoires.
Introduction rédigée
Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs de France. Plus de cinquante ans après les faits, ce discours rompt avec le récit officiel. Il résulte d’un long travail mené par des survivants, des associations, des historiens et des juges.
Les mémoires sont les représentations du passé que portent des groupes. Elles se distinguent de l’histoire, savoir critique et méthodique. Elles ne naissent pas spontanément : elles sont construites par des acteurs, c’est-à-dire des individus, des groupes ou des institutions qui sélectionnent ce qu’il faut retenir ou oublier.
Comment ces acteurs aux intérêts différents construisent-ils les mémoires collectives, et dans quelle mesure l’État a-t-il perdu la maîtrise du récit du passé ?
Nous verrons d’abord que l’État reste l’acteur central d’une mémoire officielle. Nous montrerons ensuite que des groupes porteurs de mémoire lui opposent d’autres récits. Enfin, nous analyserons le rôle des juges, des historiens et des médias, qui établissent, mettent à distance et diffusent.
Conclusion rédigée
Les mémoires collectives résultent d’une construction à plusieurs voix. L’État garde des outils puissants, mais il n’a plus le monopole du récit : les témoins et les associations l’obligent à réviser ses silences, tandis que juges, historiens et créateurs établissent les faits et les transmettent.
Ces acteurs ne pèsent pas tous du même poids, comme le montre la reconnaissance tardive du génocide des Tsiganes. Les mémoires évoluent donc avec les rapports de force et les générations. Avec la disparition des derniers témoins, l’enjeu est désormais la transmission : comment garder vivante une mémoire qui ne peut plus compter sur la parole de ceux qui ont vécu l’événement ?
Dissertation, sujet 2 : les évolutions des formes de la guerre du XVIIIe siècle à nos jours (10 points)
Le sujet relève du thème « Faire la guerre, faire la paix ». Le plan ci-dessous suit la chronologie, car le sujet porte sur des évolutions. C’est une proposition : un autre plan bien argumenté est aussi valable.
Analyse du sujet
Retracer et expliquer les transformations de la guerre sur près de trois siècles.
Les termes. La guerre est un conflit armé collectif, mené dans un but politique. Le mot formes invite à comparer les acteurs (qui combat ?), les moyens (avec quoi ?), les cibles (contre qui ?) et les règles (dans quel cadre ?). Le mot évolutions suppose des ruptures et des continuités, pas une simple liste de conflits.
Le cadre chronologique. Le XVIIIe siècle correspond aux guerres entre monarchies européennes, et nos jours aux conflits actuels, qu’il faut aborder sans oublier la guerre en Ukraine. Le fil conducteur est Clausewitz : pour lui, la guerre prolonge la politique par d’autres moyens, et elle repose sur un lien entre le peuple, l’armée et le gouvernement.
Conseil : Utilise les quatre critères (acteurs, moyens, cibles, règles) dans chaque partie : c’est ce qui transforme un récit en démonstration.
Problématique
Problématique proposée : comment la guerre, conflit limité entre États au XVIIIe siècle, a-t-elle changé d’acteurs, de moyens et de cibles, et le modèle de Clausewitz permet-il encore de la comprendre ?
Plan proposé : I. Du XVIIIe siècle à 1815 : de la guerre limitée à la nation en armes. II. Des années 1860 à 1945 : la guerre industrielle et totale. III. Depuis 1945 : dissuasion, guerres irrégulières et retour de la guerre entre États.
Partie I : de la guerre limitée à la nation en armes (XVIIIe siècle-1815)
La guerre des souverains. Au XVIIIe siècle, la guerre oppose des monarchies européennes, comme lors de la guerre de Sept Ans (1756-1763). Elle est menée par des armées de métier, coûteuses à former, que les princes évitent de sacrifier. Ses objectifs restent limités : une province, une succession, une position dynastique. Les traités règlent ensuite le conflit dans le cadre de l’équilibre européen issu des traités de Westphalie (1648). Ces guerres ne sont pas sans violence, mais les populations y sont peu mobilisées.
La rupture révolutionnaire. La Révolution française transforme le soldat en citoyen. Le décret de levée en masse du 23 août 1793 mobilise la nation pour défendre la patrie. Les effectifs augmentent, l’idéologie entre dans le conflit et l’ennemi n’est plus seulement un prince.
Les guerres napoléoniennes. Napoléon cherche la bataille décisive pour détruire l’armée adverse, comme à Austerlitz en 1805. Ces guerres couvrent l’Europe entière. La guerre d’Espagne (1808-1814) annonce une autre forme : la guérilla d’un peuple contre une armée d’occupation.
La théorie de Clausewitz. Officier prussien qui a combattu Napoléon, Clausewitz tire la leçon de ces bouleversements dans « De la guerre », publié en 1832 après sa mort. La guerre est un instrument du politique, qui tend à la montée aux extrêmes. Ce modèle de guerre entre États s’impose pour longtemps.
Partie II : la guerre industrielle et totale (années 1860-1945)
L’industrie change la guerre. La guerre de Sécession (1861-1865) utilise le chemin de fer, le télégraphe et des armes plus précises. Elle montre la puissance de feu qu’apporte l’industrialisation. Parallèlement, le droit tente de la limiter : première convention de Genève (1864), conférences de La Haye (1899 et 1907).
La Première Guerre mondiale est une guerre totale. Toute la société est mobilisée : économie, femmes à l’usine, propagande. La guerre de tranchées, l’artillerie et les gaz produisent une violence de masse, comme à Verdun en 1916. Les États engagent toutes leurs ressources pour vaincre, et la paix par compromis devient difficile.
La Seconde Guerre mondiale franchit un nouveau seuil. Les civils deviennent des cibles : bombardements de villes, de Londres à Dresde. À l’Est, le nazisme mène à partir de 1941 une guerre d’anéantissement, fondée sur l’idéologie raciale. Le génocide des Juifs et des Tsiganes en est le sommet. Le 6 et le 9 août 1945, les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki ouvrent l’ère nucléaire.
Bilan. En moins d’un siècle, la guerre s’est étendue au monde entier, a mobilisé des sociétés entières et a effacé la distinction entre combattants et civils. Elle reste toutefois une guerre entre États : le modèle de Clausewitz vaut encore, jusque dans sa montée aux extrêmes.
Partie III : dissuasion, guerres irrégulières et retour de la guerre entre États (depuis 1945)
La guerre froide déplace l’affrontement. La Charte des Nations unies (1945) interdit le recours à la force, sauf exception. La dissuasion nucléaire empêche la guerre directe entre les deux Grands. L’affrontement passe par des conflits périphériques, comme en Corée (1950-1953) ou au Vietnam.
Les guerres irrégulières se multiplient. Les guerres de décolonisation, en Indochine ou en Algérie, opposent des armées régulières à des combattants insurgés. Le faible peut tenir face au fort, car il joue sur la durée et sur le soutien de la population : le conflit devient asymétrique.
Après 1991, de nouvelles formes de conflit. La guerre du Golfe de 1991 montre la supériorité technologique américaine. Mais la décennie est aussi marquée par des guerres civiles et des violences de masse, en ex-Yougoslavie et au Rwanda. Mary Kaldor parle de nouvelles guerres, où les civils sont au cœur du conflit.
Le modèle de Clausewitz à l’épreuve d’Al-Qaïda et de Daech. Le 11 septembre 2001, Al-Qaïda, acteur transnational, frappe les États-Unis sur leur sol. La réponse américaine en Afghanistan et en Irak montre les limites de la puissance militaire face à un adversaire diffus. Daech va plus loin : proclamé en 2014, son califat contrôle un territoire et combat comme une armée, tout en organisant des attentats à l’étranger, comme à Paris en novembre 2015. Le politique ne disparaît pas de ces conflits, mais l’État perd le monopole de la guerre.
De nouveaux moyens et le retour de la guerre entre États. Les drones, les cyberattaques, la désinformation et les sociétés militaires privées, comme Wagner, brouillent la frontière entre guerre et paix. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, en février 2022, marque toutefois le retour d’une guerre interétatique de haute intensité en Europe, où tranchées et artillerie côtoient les drones.
Conseil : Ne conclus pas que la guerre entre États a disparu. L’Ukraine montre que les formes anciennes et nouvelles se superposent.
Introduction rédigée
En février 2022, l’invasion de l’Ukraine par la Russie fait resurgir en Europe des images de tranchées, alors que des drones survolent le champ de bataille. Ce conflit résume la question posée par trois siècles de transformations : la guerre change-t-elle de nature, ou seulement de moyens ?
La guerre est un conflit armé collectif mené dans un but politique. Ses formes désignent les acteurs qui la mènent, les moyens employés, les cibles visées et les règles qui l’encadrent. Au XVIIIe siècle, elle oppose des souverains européens et leurs armées de métier. Aujourd’hui, elle mêle États, groupes armés transnationaux et sociétés privées.
Comment la guerre, conflit limité entre États au XVIIIe siècle, a-t-elle changé d’acteurs, de moyens et de cibles, et le modèle de Clausewitz permet-il encore de la comprendre ?
Nous verrons d’abord comment on passe, jusqu’en 1815, de la guerre limitée à la nation en armes. Nous étudierons ensuite la guerre industrielle et totale, des années 1860 à 1945. Nous analyserons enfin, depuis 1945, la dissuasion, l’essor des guerres irrégulières et le retour de la guerre entre États.
Conclusion rédigée
Du XVIIIe siècle à nos jours, la guerre s’est profondément transformée. Affaire de princes, elle est devenue une affaire de nations, puis de sociétés entières. Elle a englobé les civils, puis s’est dispersée en conflits asymétriques et transnationaux, qui contestent le monopole de l’État.
Le modèle de Clausewitz reste utile, car la guerre garde presque toujours une finalité politique. Mais il ne suffit plus à décrire des conflits où les acteurs ne sont pas tous des États et où la frontière entre guerre et paix se brouille.
L’évolution ne suit pas une ligne droite, comme le montre le retour de la guerre interétatique en Ukraine. Elle pose une question nouvelle : comment construire la paix quand les adversaires ne sont pas toujours en mesure de signer un traité ?
Étude critique de documents : les États-Unis et la question environnementale (10 points)
Deux documents : la préface signée par le président Johnson d’un rapport sur la pollution (novembre 1965) et une courbe des émissions de CO₂ par habitant aux États-Unis, de 1800 à 2023. Les valeurs lues sur la courbe sont approchées. Ce plan est une proposition.
Présentation des documents
Montrer, en croisant les deux documents et le cours, comment les États-Unis ont à la fois exploité la nature et cherché à la défendre.
Document 1. C’est un texte officiel du président démocrate Lyndon B. Johnson, daté du 5 novembre 1965. Il préface le rapport d’un groupe d’experts et en autorise la publication (ligne 23). Le contexte est celui des années de forte croissance, de la Grande Société voulue par Johnson, et d’une inquiétude nouvelle depuis « Printemps silencieux » de Rachel Carson (1962).
Document 2. C’est une courbe du site Our World in Data, dans une version datée de novembre 2025. Elle mesure, en tonnes par habitant, le CO₂ d’origine fossile émis sur le territoire des États-Unis, y compris par des procédés industriels comme le ciment et l’acier.
Pourquoi les confronter. Le document 1 dit ce qu’un président veut faire à un moment donné. Le document 2 montre, sur plus de deux siècles, ce qui s’est passé dans les faits. L’écart entre les deux est au cœur du sujet.
Problématique
Problématique proposée : comment la première puissance économique mondiale, dont la prospérité repose sur l’exploitation massive des ressources, a-t-elle cherché à protéger son environnement, et avec quelles limites ?
Plan proposé : I. Une puissance construite sur l’exploitation des ressources. II. Une prise de conscience et des politiques de protection. III. Une protection incomplète et contradictoire.
Partie I : une puissance construite sur l’exploitation des ressources
La courbe traduit l’industrialisation. Les émissions sont presque nulles vers 1800. Elles atteignent environ 1 tonne par habitant vers 1850, 9 tonnes vers 1900 et 17 tonnes vers 1918. Cette hausse suit l’essor du charbon, du chemin de fer, de l’acier, puis du pétrole. Après un palier, les émissions culminent à environ 22 tonnes par habitant en 1973, dans une société fondée sur l’automobile, la périurbanisation et une énergie abondante.
Les émissions suivent l’activité économique. La chute jusqu’à environ 10 tonnes en 1932 correspond à la Grande Dépression. Le pic d’environ 18 tonnes vers 1944 correspond à l’effort de guerre. La richesse américaine et les rejets vont de pair.
Johnson fait lui-même ce lien. Il ouvre son texte par ce constat : « Nous sommes un pays riche » (ligne 2). Mais il ajoute aussitôt que la technologie à l’origine de cette prospérité produit des déchets qui polluent l’air et l’eau, et menacent la production alimentaire (lignes 3 à 5). La pollution est présentée comme la conséquence du succès américain. Il l’attribue aussi à l’urbanisation, à l’industrialisation et à la croissance de la population (lignes 5 à 9).
Une tradition d’exploitation. La conquête de l’Ouest a nourri l’idée d’une nature immense, à mettre en valeur. Le Dust Bowl des années 1930, né de la sécheresse et de l’épuisement des sols des Grandes Plaines, en a déjà montré le coût.
Partie II : une prise de conscience et des politiques de protection
Une tradition de protection ancienne. Les États-Unis créent le parc de Yellowstone dès 1872, premier parc national au monde. John Muir, fondateur du Sierra Club, défend la préservation de la nature sauvage, quand Gifford Pinchot prône une gestion rationnelle des ressources. La protection et l’usage sont donc en débat dès l’origine.
Le document 1 marque un tournant politique. La pollution devient un problème national. Johnson la présente comme l’un des problèmes les plus répandus de la société (lignes 7 et 8) et reconnaît que les efforts actuels ne suffisent pas (lignes 10 à 12). Il mobilise l’État fédéral : il réclame plus de recherche, de scientifiques et d’ingénieurs (lignes 13 à 19) et demande aux administrations de lui proposer des moyens d’action (lignes 20 à 22). La publication du rapport (ligne 23) informe l’opinion.
Le droit accompagne ce tournant. Le Congrès a déjà voté le Clean Air Act (1963) et le Wilderness Act (1964). Les années 1970 constituent ensuite un âge d’or : premier Jour de la Terre et création de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) en 1970, sous Nixon, Clean Water Act en 1972, Endangered Species Act en 1973. La protection de l’environnement dépasse alors le clivage entre partis.
La courbe s’infléchit. Après le pic de 1973, les émissions cessent de croître. Elles oscillent entre environ 19 et 22 tonnes jusqu’aux années 2000, puis baissent nettement : environ 20 tonnes en 2007, environ 14 tonnes en 2023. Depuis 1973, le recul atteint environ 8 tonnes par habitant, soit plus d’un tiers.
Conseil : La baisse n’est pas la preuve directe du succès des politiques de protection. Le recul qui suit 1973 et celui de 1979-1983 tiennent aussi aux chocs pétroliers et aux récessions. Ceux de 2009 et de 2020 tiennent à la crise financière et au Covid.
Partie III : une protection incomplète et contradictoire
Le discours et les faits divergent. En 1965, les émissions sont d’environ 17,5 tonnes par habitant. Elles montent encore à environ 22 tonnes en 1973, soit environ +4,5 tonnes dans les huit ans qui suivent le texte de Johnson. L’alerte n’a pas freiné cette hausse à court terme.
Le document 1 a ses limites. C’est un texte officiel, qui valorise l’action présidentielle. Il constate et annonce, mais il ne fixe ni norme ni objectif chiffré. Il n’envisage pas de réduire la consommation ou de limiter la croissance : le remède attendu reste scientifique et technique. Sa vision est aussi anthropocentrée, car la pollution y est surtout perçue à travers ses effets sur la vie humaine (lignes 3 à 5 et ligne 16). Le CO₂ n’apparaît pas dans cette préface, alors que le rapport, qui n’est pas reproduit ici, consacre une annexe au dioxyde de carbone atmosphérique.
Le document 2 a aussi ses limites. Il mesure une moyenne par habitant : la population ayant fortement augmenté, le total des émissions a bien moins baissé que cette moyenne. Il ne compte que les émissions produites sur le territoire : les biens importés, par exemple depuis la Chine, sont exclus, ce qui flatte le résultat. Il ne dit rien des autres gaz à effet de serre, ni de la biodiversité ou de l’eau.
La baisse récente tient en partie à l’exploitation. Depuis les années 2000, le gaz de schiste, extrait par fracturation hydraulique, remplace une partie du charbon dans la production d’électricité. Il émet moins de CO₂ à la combustion, mais il a fait des États-Unis un très grand producteur d’hydrocarbures, au prix de pollutions locales. Le niveau de 2023, environ 14 tonnes, reste celui des années 1910 et demeure parmi les plus élevés des grands pays.
La politique climatique est instable. Le protocole de Kyoto, signé en 1998, n’est jamais ratifié. Barack Obama engage le pays dans l’accord de Paris en 2015, Donald Trump l’en retire, Joe Biden y revient en 2021, et Donald Trump annonce un nouveau retrait en janvier 2025. L’Inflation Reduction Act de 2022 subventionne pourtant massivement les énergies propres, avant qu’une loi de juillet 2025 ne supprime ou n’abrège une grande partie de ces crédits d’impôt. Le pays reste divisé entre États fédérés : la Californie impose des normes strictes, alors que d’autres défendent leur industrie pétrolière ou charbonnière.
Conseil : Une étude critique ne se limite pas à décrire. Dis ce que les documents montrent, mais aussi ce qu’ils ne montrent pas : statut de l’auteur, unité de mesure, périmètre.
Introduction rédigée
Les États-Unis ont créé le premier parc national du monde en 1872, et ils sont aussi l’un des pays dont les habitants émettent le plus de CO₂. Cette tension est au cœur de leur rapport à l’environnement.
Le premier document est la préface signée par le président démocrate Lyndon B. Johnson, le 5 novembre 1965, d’un rapport d’experts sur la pollution. Il s’inscrit dans une période de forte croissance et de prise de conscience écologique, trois ans après « Printemps silencieux » de Rachel Carson. Le second document est une courbe du site Our World in Data, qui retrace les émissions de CO₂ d’origine fossile par habitant sur le territoire américain, de 1800 à 2023.
Comment la première puissance économique mondiale, dont la prospérité repose sur l’exploitation massive des ressources, a-t-elle cherché à protéger son environnement, et avec quelles limites ?
Nous verrons d’abord que cette puissance s’est construite sur l’exploitation des ressources. Nous montrerons ensuite que le pays a connu une prise de conscience et mené des politiques de protection. Nous soulignerons enfin que cette protection reste incomplète et contradictoire.
Conclusion rédigée
Le rapport des États-Unis à l’environnement est fait de tensions. La puissance américaine s’est bâtie sur l’exploitation des ressources, comme le montre la montée des émissions jusqu’à environ 22 tonnes par habitant en 1973. Mais le pays a aussi inventé les parcs nationaux et, dans les années qui suivent le constat de Johnson en 1965, s’est doté d’une législation environnementale ambitieuse.
Ces documents montrent toutefois les limites de cet effort : le texte présidentiel reste un discours d’intention, et la baisse des émissions par habitant ne dit rien des émissions importées ni du rôle du gaz de schiste.
Cette tension prend aujourd’hui une dimension mondiale, car les choix d’un des plus grands émetteurs de la planète pèsent sur toute la négociation climatique.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Résumer le texte de Johnson ligne après ligne.
Situer l’auteur et le contexte, puis confronter ce qu’il annonce à ce que montre la courbe.
Une étude critique évalue la portée et les limites d’un document. Une paraphrase ne répond pas à la consigne.
Lire la courbe comme le total des émissions américaines.
Préciser qu’il s’agit de tonnes de CO₂ par habitant, émises sur le territoire.
La population a fortement augmenté depuis 1973. La moyenne par habitant baisse donc plus vite que le total.
Attribuer toute la baisse des émissions aux politiques de protection.
Tenir compte aussi des chocs pétroliers, des crises de 2009 et de 2020, et du passage du charbon au gaz.
La courbe suit la conjoncture : ses chutes correspondent souvent à des crises, pas à des décisions écologiques.
Employer indifféremment les mots histoire et mémoire dans la dissertation 1.
Définir la mémoire comme une représentation portée par un groupe et l’histoire comme un savoir critique.
Cette distinction est au cœur du thème. Sans elle, le rôle propre des historiens disparaît.
Traiter la dissertation 2 comme une suite de guerres ou affirmer que la guerre entre États a disparu.
Comparer les acteurs, les moyens, les cibles et les règles à chaque période, jusqu’à la guerre en Ukraine.
Le sujet porte sur des évolutions. Les formes anciennes et nouvelles coexistent.
Questions fréquentes
Combien de temps dure l’épreuve de HGGSP et comment est-elle notée ?
L’épreuve dure 4 heures, sans calculatrice ni dictionnaire. Le sujet attribue 10 points à la dissertation et 10 points à l’étude critique de documents.
Faut-il traiter les deux dissertations ?
Non. Le candidat choisit l’une des deux dissertations et traite obligatoirement l’étude critique. Il précise le numéro du sujet choisi sur sa copie. Ce corrigé propose les deux pour que tu puisses t’entraîner.
Quelle est la différence entre une étude critique et un simple commentaire ?
Tu dois analyser les documents, les confronter et mobiliser tes connaissances pour répondre à la consigne. Il faut aussi évaluer leurs limites : qui parle, à quelle date, ce qui est mesuré et ce qui ne l’est pas.
Comment lire précisément la courbe sans valeur indiquée ?
Le graphique ne donne que des graduations de 5 en 5 tonnes. Donne des ordres de grandeur avec « environ » et date les grandes ruptures : 1932, 1973, 2009, 2020.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.