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Corrigé du bac de HGGSP 2025 (Métropole, jour 1)

Le sujet en bref

Épreuve du mardi 17 juin 2025 : ce corrigé traite le sujet de Métropole dont le code est 25-HGGSPJ1ME1. Le candidat choisissait une dissertation sur deux : les usages du patrimoine en France, ou la puissance des États en mer et dans l’espace. Il traitait aussi une étude critique sur la justice face aux génocides, à partir d’un discours sur les gacaca et d’une photographie du procès Eichmann.

Sujet officiel

Dissertation, sujet 1 : les usages du patrimoine en France (10 points)

Le sujet relève du thème « Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques ». Le plan ci-dessous suit les échelles et les acteurs : la nation, puis les territoires et la société, puis le monde. C’est une proposition : un autre plan bien argumenté est aussi valable.

Analyse du sujet

Montrer à quoi et à qui sert le patrimoine en France, et comment ces usages évoluent ou s’opposent.

Les termes. Le patrimoine désigne les biens matériels et immatériels hérités du passé, qu’une société choisit de conserver et de transmettre : monuments, œuvres, paysages, savoir-faire, fêtes. Rien n’est patrimoine par nature. C’est une décision humaine, qu’on appelle la patrimonialisation. Le mot clé est usages, au pluriel : il oblige à demander à quoi sert le patrimoine, à qui il sert et qui décide.

La forme du sujet. C’est un simple groupe nominal, sans question ni verbe. À toi de construire le problème. Un classement des usages ne suffit pas : il faut montrer qu’ils changent avec le temps et qu’ils entrent parfois en concurrence.

Le cadre. Le sujet ne donne pas de dates. Le point de départ logique est la Révolution française, quand des biens de l’Église et de la Couronne deviennent des biens de la nation. La borne finale est le présent, avec la réouverture de Notre-Dame en décembre 2024. L’espace est la France, outre-mer compris. L’action de la France à l’étranger entre dans le sujet quand elle se sert de son propre patrimoine.

Les exemples à mobiliser. Versailles, le Panthéon, Notre-Dame de Paris, le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, le Mont-Saint-Michel, le repas gastronomique des Français, le Louvre Abou Dhabi, la restitution du trésor d’Abomey.

Conseil : Le piège est de raconter l’histoire de la protection des monuments, de Mérimée à Malraux. Le sujet ne demande pas comment on protège, mais à quoi sert ce qu’on protège. Chaque exemple doit répondre à cette question.

Problématique

Problématique proposée : comment le patrimoine, conçu depuis la Révolution comme le bien commun de la nation, est-il devenu en France une ressource aux usages multiples et parfois concurrents ?

Plan proposé : I. Un usage politique : construire la nation et légitimer le pouvoir. II. Un usage social et économique : faire vivre les territoires et les communautés. III. Un usage diplomatique et des usages contestés : rayonner, et débattre du passé.

Partie I : un usage politique, construire la nation et légitimer le pouvoir

Idée directrice. En France, le patrimoine naît d’un geste politique. L’État s’en sert d’abord pour dire ce qu’est la nation et pour s’inscrire dans son histoire.

La Révolution invente le bien commun. Le 2 novembre 1789, les biens du clergé sont mis à la disposition de la nation. Puis la destruction des symboles de l’Ancien Régime pose une question neuve : faut-il tout détruire ou tout garder ? En 1794, l’abbé Grégoire dénonce le vandalisme dans ses rapports à la Convention. Le Louvre ouvre comme musée le 10 août 1793, jour anniversaire de la chute de la monarchie : les collections du roi deviennent celles du peuple.

Le XIXe siècle organise le roman national. Le poste d’inspecteur général des monuments historiques est créé en 1830, et Prosper Mérimée l’occupe à partir de 1834. Le Moyen Âge, longtemps méprisé, devient un héritage national : Victor Hugo dénonce les destructions dans « Guerre aux démolisseurs », et Viollet-le-Duc restaure Notre-Dame avec Lassus à partir des années 1840. Louis-Philippe transforme Versailles en musée dédié « à toutes les gloires de la France » en 1837 : un roi issu de 1830 réconcilie ainsi l’Ancien Régime, la Révolution et l’Empire sous son autorité.

La République fixe ses lieux. Le Panthéon, église devenue temple des grands hommes en 1791, retrouve définitivement cette fonction pour les funérailles de Victor Hugo en 1885. La loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques permet de classer un bien privé sans l’accord de son propriétaire, au nom de l’intérêt public. Depuis 1905, la plupart des cathédrales appartiennent à l’État. Les entrées au Panthéon restent un acte politique : Simone Veil en 2018, Joséphine Baker en 2021, Missak et Mélinée Manouchian en 2024. Chaque président choisit les valeurs qu’il veut mettre en avant.

Un patrimoine de la mémoire. Les ruines d’Oradour-sur-Glane, où plus de 640 personnes sont massacrées par la SS le 10 juin 1944, sont classées dès 1946 et gardées en l’état : la République conserve un témoignage plutôt qu’un chef-d’œuvre. La cathédrale de Reims, bombardée en 1914, devient un symbole. Charles de Gaulle et Konrad Adenauer y assistent à une messe en 1962 : le monument blessé sert la réconciliation franco-allemande. Dans « Les Lieux de mémoire » (1984-1992), l’historien Pierre Nora montre comment ces lieux portent une identité nationale.

L’État bâtisseur. La Ve République fait de la culture une politique. André Malraux, ministre à partir de 1959, fait voter la loi du 4 août 1962 sur les secteurs sauvegardés, qui protège des quartiers entiers comme le Marais. Chaque président veut ensuite laisser sa marque : François Mitterrand avec le Grand Louvre, Jacques Chirac avec le musée du quai Branly, Emmanuel Macron avec la Cité internationale de la langue française, ouverte en 2023 à Villers-Cotterêts, dans le château où François Ier a signé l’ordonnance de 1539.

Un usage qui peut échouer. Le projet de Maison de l’histoire de France, lancé par Nicolas Sarkozy en 2009, est critiqué par de nombreux historiens, qui y voient une histoire officielle. Il est abandonné en 2012. L’État ne peut donc pas décider seul du sens du passé.

Conseil : Pour chaque lieu, nomme l’acteur et son intention : qui décide, à quelle date, et pour prouver quoi ? C’est ce qui transforme une liste de monuments en argument.

Partie II : un usage social et économique, faire vivre les territoires et les communautés

Idée directrice. À partir des années 1970, le patrimoine n’est plus seulement l’affaire de l’État. Il s’élargit, il se démocratise et il devient une ressource pour les territoires.

Une notion élargie. Le patrimoine ne se limite plus aux châteaux et aux cathédrales. L’année 1980 est proclamée Année du patrimoine. Les usines, les mines, les paysages et les maisons ordinaires entrent dans le champ, comme le montre l’écomusée du Creusot-Montceau, né dans les années 1970. La convention de l’Unesco de 2003 ajoute le patrimoine immatériel : le repas gastronomique des Français est inscrit en 2010, la baguette de pain en 2022.

Un usage citoyen. Les Journées du patrimoine, créées en 1984 à l’initiative de Jack Lang, ouvrent chaque année des lieux d’ordinaire fermés. L’association Rempart fait restaurer des monuments par des bénévoles depuis 1966. Le Loto du patrimoine, lancé en 2018 avec la mission confiée à Stéphane Bern, fait financer des sites locaux par les joueurs. Après l’incendie de Notre-Dame, plus de 800 millions d’euros de dons sont collectés : le monument compte pour bien plus de monde que ses seuls fidèles.

Une ressource économique. La France est la première destination touristique mondiale, et son patrimoine y contribue fortement. Le Louvre, musée le plus visité du monde, reçoit environ 9 millions de visiteurs par an. Le Val de Loire, Carcassonne ou le Mont-Saint-Michel font vivre des emplois, des commerces et des hôtels. Le Puy du Fou, parc privé vendéen, montre que le passé peut devenir un produit de loisir très rentable. Des historiens lui reprochent une vision orientée de l’histoire : là encore, l’usage économique rejoint un usage idéologique.

Reconvertir les territoires. Le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est inscrit sur la liste de l’Unesco en 2012, l’année de l’ouverture du Louvre-Lens. Une région marquée par la fin du charbon fait de son passé ouvrier une fierté et un levier de développement. À Roubaix, une ancienne piscine devient un musée. À Paris, la gare d’Orsay est devenue un musée en 1986. Au Havre, le centre reconstruit par Auguste Perret après 1945 est inscrit en 2005 : même une ville jugée sans charme peut changer d’image.

Affirmer des identités. Le patrimoine sert aussi à des groupes et à des régions. Le fest-noz breton et le maloya de La Réunion sont inscrits au patrimoine immatériel de l’Unesco, en 2012 et en 2009. Pour des cultures longtemps dévalorisées par le centre parisien ou par la colonisation, cette reconnaissance est une revanche symbolique.

Les limites. La valorisation peut nuire à ce qu’elle prétend servir. Le Mont-Saint-Michel reçoit plusieurs millions de visiteurs par an pour une poignée d’habitants. Dans les calanques de Marseille, l’accès à la crique de Sugiton est soumis à réservation en été depuis 2022. La protection peut aussi faire monter les prix et chasser les habitants modestes, comme dans le Marais. Un lieu trop protégé risque de devenir un décor.

Partie III : un usage diplomatique et des usages contestés

Idée directrice. Le patrimoine sert aussi à faire rayonner la France dans le monde. Mais il devient un terrain de débats, car il pose la question du passé que le pays veut montrer.

Un décor pour la diplomatie. Versailles reste un lieu de pouvoir. L’Empire allemand y est proclamé en 1871, et le traité de paix y est signé en 1919, dans la même galerie des Glaces. Aujourd’hui, Emmanuel Macron y reçoit Vladimir Poutine en 2017, Charles III en 2023, et les dirigeants d’entreprise du sommet Choose France depuis 2018. Les Jeux olympiques de 2024 placent des épreuves à Versailles, au Grand Palais, aux Invalides et au pied de la tour Eiffel : le patrimoine sert de vitrine mondiale.

Exporter un savoir-faire et une marque. Signé en 2007, l’accord sur le Louvre Abou Dhabi aboutit à l’ouverture du musée en 2017. La France vend son nom et son expertise, et elle prête des œuvres, ce qui provoque une vive polémique sur la marchandisation des collections publiques. Avec les Émirats arabes unis, elle soutient aussi l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit (ALIPH), créée en 2017. Le patrimoine est ici un outil de soft power, selon l’expression de Joseph Nye.

Un classement très recherché. Les premiers sites français entrent sur la liste de l’Unesco en 1979 : le Mont-Saint-Michel, Versailles, Chartres. La France en compte aujourd’hui plus de cinquante. Une inscription apporte du prestige, du tourisme et des obligations de conservation. Elle se prépare comme une négociation diplomatique.

Un passé colonial à regarder en face. Les débats sur la colonisation et l’esclavage bousculent le récit national. La loi Taubira de 2001 reconnaît la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Le Mémorial de l’abolition de l’esclavage ouvre à Nantes en 2012, le Mémorial ACTe à Pointe-à-Pitre en 2015. Le palais de la Porte Dorée, construit pour l’Exposition coloniale de 1931, abrite depuis 2007 le Musée national de l’histoire de l’immigration : un même bâtiment change de sens. En mai 2020, des statues de Victor Schœlcher sont détruites en Martinique. Le mois suivant, le président affirme que la République ne retirera aucune statue. Une statue est un héritage, mais elle peut aussi être ressentie comme une offense.

Le débat sur les restitutions. À Ouagadougou, en 2017, Emmanuel Macron se dit favorable au retour du patrimoine africain. Le rapport de Felwine Sarr et de Bénédicte Savoy suit en 2018. Une loi de 2020 déroge au principe d’inaliénabilité des collections publiques, et 26 œuvres du trésor d’Abomey, pillées en 1892, reviennent au Bénin en 2021. Deux lois de 2023 facilitent aussi la restitution de biens spoliés aux Juifs et de restes humains. Après l’épreuve, une loi de mai 2026 crée un cadre général pour restituer des biens acquis illicitement entre 1815 et 1972. Un objet peut donc être patrimoine pour deux peuples à la fois.

Conserver ou transformer ? Notre-Dame, rouverte le 7 décembre 2024, résume ces tensions. Le débat a porté sur la reconstruction de la flèche à l’identique, puis sur le projet présidentiel de vitraux contemporains, qui a reçu un avis défavorable, mais seulement consultatif, de la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture en 2024. L’édifice sert à la fois au culte, à l’État, aux touristes et à l’image de la France. Ces usages ne s’accordent pas toujours.

Le prêt comme geste politique. Le prêt de la tapisserie de Bayeux au British Museum, annoncé en 2018 et confirmé en juillet 2025, après l’épreuve, montre bien la force diplomatique d’une œuvre. Elle y est exposée depuis septembre 2026, et l’exposition doit durer jusqu’en juillet 2027. Ce prêt a aussi inquiété des spécialistes, qui craignent pour sa conservation : le rayonnement et la protection peuvent s’opposer.

Conseil : La partie sur les contestations fait souvent la différence. Elle montre que le patrimoine n’est pas un consensus, mais un choix que chaque époque discute.

Introduction rédigée

Le 15 avril 2019, Notre-Dame de Paris brûle. Des foules se rassemblent sur les quais, le chef de l’État promet de rebâtir, et des dons arrivent du monde entier. L’émotion dépasse largement le cercle des catholiques. Un édifice du Moyen Âge, propriété de l’État et lieu de culte, se révèle aussi symbole national et site touristique majeur.

Le patrimoine désigne l’ensemble des biens, matériels ou immatériels, hérités du passé, qu’une société juge dignes d’être conservés et transmis. En France, cette idée s’impose à partir de la Révolution, quand des biens du clergé et de la Couronne deviennent ceux de la nation. Depuis, le champ du patrimoine n’a cessé de s’élargir, et il ne sert plus seulement à honorer le passé.

Comment le patrimoine, conçu depuis la Révolution comme le bien commun de la nation, est-il devenu en France une ressource aux usages multiples et parfois concurrents ?

Nous verrons d’abord qu’il a un usage politique, car il sert à construire la nation et à légitimer le pouvoir. Nous montrerons ensuite qu’il est devenu une ressource sociale et économique pour les territoires. Nous étudierons enfin son usage diplomatique, et les débats que suscite le passé qu’il donne à voir.

Conclusion rédigée

Le patrimoine français a d’abord servi à l’État, pour construire une nation et affirmer son autorité. Il est ensuite devenu l’affaire de tous : associations, collectivités, entreprises, visiteurs. Il fait vivre des territoires, nourrit des identités et sert aujourd’hui le rayonnement du pays.

Ces usages entrent souvent en tension. Le tourisme menace ce qu’il valorise. Le rayonnement peut exposer les œuvres. Le récit national se heurte aux mémoires de la colonisation et de l’esclavage. Le patrimoine n’est donc pas un héritage figé, mais un choix renouvelé à chaque génération.

Le changement climatique, qui menace notamment des sites littoraux, obligera peut-être à choisir plus durement encore ce que la France veut sauver.

Dissertation, sujet 2 : la puissance des États dans les espaces maritimes et extra-atmosphériques (10 points)

Le sujet relève du thème « De nouveaux espaces de conquête ». Le plan ci-dessous traite les deux espaces ensemble dans chaque partie, car le sujet invite à les comparer. C’est une proposition : un autre plan bien argumenté est aussi valable.

Analyse du sujet

Expliquer comment les États affirment leur puissance sur les mers et dans l’espace, et jusqu’où ils y parviennent.

Les termes. La puissance est la capacité d’un acteur à imposer sa volonté aux autres, selon l’idée de Raymond Aron. Elle passe par la contrainte (hard power) et par l’attraction (soft power, selon l’expression de Joseph Nye). Les espaces maritimes vont des eaux territoriales à la haute mer et aux grands fonds. L’espace extra-atmosphérique commence au-delà de l’atmosphère, vers 100 km d’altitude selon une convention qu’aucun traité ne fixe.

La comparaison. Ces deux espaces ont des points communs : ils sont sans population permanente, d’accès coûteux, dépendants de la technologie, et ils sont régis par un droit international qui limite leur appropriation. Ils diffèrent aussi : la mer est un espace ancien de circulation et de ressources, très largement découpé, alors que l’espace reste sans frontières et que son exploitation commence à peine.

La précision du sujet. Le sujet parle de la puissance des États. Il faut donc partir d’eux, mais aussi se demander si d’autres acteurs, comme les entreprises privées, ne la concurrencent pas.

Le cadre. Le sujet ne donne pas de dates. Tu peux remonter à la fin du XIXe siècle pour la mer, puis à 1957 pour l’espace, et aller jusqu’à l’actualité. L’échelle est mondiale.

Les exemples à mobiliser. Les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Inde, la France et l’Union européenne, la mer de Chine méridionale, la mer Rouge, la Lune, la Station spatiale internationale, SpaceX.

Conseil : Le piège est de faire une partie sur la mer et une partie sur l’espace. Le correcteur attend une confrontation : dans chaque paragraphe, cherche ce que la comparaison t’apprend.

Problématique

Problématique proposée : en quoi les espaces maritimes et extra-atmosphériques sont-ils à la fois des instruments, des enjeux et des limites pour la puissance des États ?

Plan proposé : I. Des instruments : montrer et projeter sa puissance. II. Des enjeux : contrôler, exploiter et s’approprier. III. Des limites : le droit, la coopération, les acteurs privés et les vulnérabilités.

Partie I : des instruments, montrer et projeter sa puissance

Idée directrice. Une grande puissance se reconnaît à sa capacité d’agir loin de ses frontières. La mer et l’espace lui offrent cette portée, et ils lui donnent du prestige.

La maîtrise des mers, condition classique de la puissance. En 1890, l’Américain Alfred Mahan publie un livre sur l’influence de la puissance maritime dans l’histoire. Il en fait la clé de la domination britannique. Son idée reste valable : les États-Unis alignent onze porte-avions, et leurs flottes, comme la 5e à Bahreïn et la 7e au Japon, couvrent les grandes routes du monde. Plus de 80 % du commerce mondial en volume passe par la mer : qui contrôle les routes contrôle les échanges.

La mer au service de la dissuasion. Les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins sont très difficiles à repérer. Ils garantissent à un État la capacité de riposter. La France maintient depuis 1972 au moins un de ses sous-marins en patrouille, à partir de l’Île Longue. Puissance moyenne par sa population, elle dispose ainsi d’une assurance de grande puissance.

L’espace, nouveau terrain de prestige. Le lancement de Spoutnik, le 4 octobre 1957, frappe les esprits et il inquiète les Américains : une fusée capable de placer un satellite en orbite peut aussi porter une bombe atomique. Après le vol de Youri Gagarine, en avril 1961, John Kennedy fait de la Lune un objectif national. Les premiers pas sur la Lune, en juillet 1969, sont une victoire de la guerre froide, dans un duel où chaque camp veut prouver la supériorité de son modèle.

Un club fermé qui s’élargit. Accéder à l’espace par ses propres moyens reste une marque de puissance. La France y parvient en 1965, l’Europe se dote de la fusée Ariane en 1979, avec le port spatial de Kourou, en Guyane. La Chine envoie un homme en orbite en 2003 et achève sa station Tiangong en 2022. L’Inde pose une sonde près du pôle Sud de la Lune en 2023. Les Émirats arabes unis placent une sonde autour de Mars en 2021 : une puissance moyenne y gagne une image de modernité.

L’espace, soutien discret de toute puissance. Les satellites guident les armes, observent les adversaires et transmettent les ordres. D’où les systèmes concurrents de positionnement : GPS américain, Glonass russe, Beidou chinois, Galileo européen. Les marines elles-mêmes en dépendent : les deux espaces forment une chaîne, puisqu’un porte-avions ne peut agir loin sans satellites.

La France, un exemple qui relie les deux espaces. Grâce à ses outre-mer, elle possède la deuxième zone économique exclusive du monde, d’environ 10 millions de km², derrière celle des États-Unis. La position de la Guyane, proche de l’équateur, favorise aussi les lancements spatiaux. Ses territoires lointains lui donnent une présence mondiale.

Partie II : des enjeux, contrôler, exploiter et s’approprier

Idée directrice. Ces espaces ne sont pas seulement des moyens de la puissance. Ils sont aussi ce que les États se disputent : des routes, des ressources et des positions stratégiques.

La mer, un espace découpé. La convention de Montego Bay (1982) reconnaît aux États 12 milles d’eaux territoriales et 200 milles de zone économique exclusive, où ils exploitent les ressources. Elle a ainsi transféré de très vastes surfaces aux États côtiers. Les États-Unis ne l’ont pas ratifiée, mais ils en appliquent l’essentiel. Les États cherchent encore à étendre leur plateau continental : en 2007, la Russie plante un drapeau au fond de l’océan Arctique, sous le pôle Nord.

Des conflits pour les zones et les ressources. En mer de Chine méridionale, Pékin revendique la majeure partie de la mer contre ses voisins et transforme des récifs en bases. En Méditerranée orientale, la Turquie, la Grèce et Chypre s’opposent sur des zones riches en gaz. Chaque récif et chaque île comptent, car ils ouvrent des droits sur la mer autour d’eux.

Tenir les passages. Avant 2026, environ un cinquième du pétrole consommé dans le monde passait par le détroit d’Ormuz. Après l’épreuve, la guerre ouverte le 28 février 2026 entre l’Iran, Israël et les États-Unis y a fortement perturbé le trafic. Depuis novembre 2023, les attaques des Houthis en mer Rouge détournent de nombreux navires vers le cap de Bonne-Espérance. L’Union européenne lance alors l’opération Aspides, en 2024. Les câbles sous-marins, qui portent l’essentiel des données mondiales, deviennent eux aussi des cibles : des câbles endommagés en mer Baltique inquiètent les Européens depuis 2023.

Les grands fonds, nouvelle frontière. La convention de 1982 fait des fonds marins internationaux un patrimoine commun de l’humanité, géré par l’Autorité internationale des fonds marins, à Kingston. Les métaux qui s’y trouvent attirent les convoitises. La France défend l’interdiction de leur exploitation. En avril 2025, Donald Trump signe un décret pour lancer l’exploitation américaine, en contournant cette autorité. La question divise la conférence de l’ONU sur l’océan, tenue à Nice en juin 2025, quelques jours avant l’épreuve.

L’espace, entre interdiction et appropriation. Le traité de 1967 interdit toute appropriation nationale de l’espace et de la Lune. Mais une loi américaine de 2015 autorise les citoyens américains à posséder les ressources qu’ils extraient, et le Luxembourg suit en 2017. Les accords Artemis, lancés par les États-Unis en 2020 et signés par la France en 2022, posent des règles de sécurité et de partage. La Chine et la Russie préparent de leur côté une station de recherche lunaire. Ce sont deux blocs qui se forment pour le pôle Sud de la Lune, où de la glace d’eau pourrait être exploitée.

La militarisation de l’espace. Le traité de 1967 n’interdit en orbite que les armes de destruction massive. La Chine détruit l’un de ses satellites en 2007, l’Inde en 2019, la Russie en 2021. Les États-Unis créent une Space Force en 2019, et la France un commandement de l’espace la même année. En 2018, la ministre française Florence Parly révèle qu’un satellite russe s’est approché de trop près d’un satellite militaire franco-italien. En avril 2024, la Russie oppose son veto à une résolution du Conseil de sécurité contre les armes nucléaires en orbite.

Conseil : La comparaison est ici très parlante : en mer, le droit a partagé l’espace entre États ; dans l’espace, il l’a interdit, et les États cherchent à le contourner. Écris-le clairement dans ta copie.

Partie III : des limites, le droit, la coopération, les acteurs privés et les vulnérabilités

Idée directrice. Ces espaces montrent la puissance des États, mais ils en révèlent aussi les bornes. Personne ne peut les contrôler seul.

Le droit, ressource des plus faibles. En 2016, un tribunal arbitral saisi par les Philippines juge que la ligne revendiquée par Pékin n’a pas de fondement juridique. La Chine refuse cette décision, mais elle y perd en légitimité. Maurice obtient en 2019 un avis de la Cour internationale de justice contre le Royaume-Uni sur l’archipel des Chagos. En mai 2025, Londres signe un traité qui doit lui en rendre la souveraineté, en gardant pour 99 ans la base de Diego Garcia. Mais ce traité n’était toujours pas en vigueur à l’automne 2026 : au printemps, le retrait du soutien américain a conduit Londres à suspendre sa ratification. Le droit ne supprime pas la force, mais il pèse.

La coopération reste nécessaire. La rencontre d’Apollo et de Soyouz en orbite, en 1975, montre que l’espace peut servir la détente. La Station spatiale internationale, dont le premier module est lancé en 1998, réunit les États-Unis, la Russie, l’Europe, le Japon et le Canada, et elle a survécu à l’invasion de l’Ukraine. La Chine, tenue à l’écart par une loi américaine de 2011, a construit sa propre station : la coopération suit aussi les rivalités. En mer, l’accord sur la haute mer, adopté à l’ONU en 2023, est entré en vigueur en janvier 2026, après l’épreuve.

Les acteurs privés. SpaceX lance désormais plus que n’importe quel État et ramène ses fusées au sol. Sa constellation Starlink compte plus de la moitié des satellites actifs, et elle joue un rôle majeur dans les communications de l’armée ukrainienne depuis 2022. Une entreprise dispose donc d’un levier sur une guerre. Mais elle vit largement des commandes de la NASA et du Pentagone : le privé peut aussi prolonger la puissance d’un État. En mer, MSC, Maersk et CMA CGM dominent le transport de conteneurs, et une grande partie de la flotte mondiale navigue sous pavillon de complaisance, comme ceux du Panama ou du Libéria. L’État du pavillon n’exerce alors qu’un contrôle réduit.

La dépendance des États moyens. Après la fin d’Ariane 5 et le retard d’Ariane 6, dont le premier vol a lieu en juillet 2024, l’Europe a dû confier cette année-là le lancement de satellites Galileo à des fusées de SpaceX. Une ambition spatiale ne suffit pas sans accès autonome à l’orbite.

Les grandes flottes sont vulnérables. En avril 2022, l’Ukraine, presque sans marine, coule le croiseur russe Moskva, puis elle repousse la flotte de la mer Noire avec des missiles et des drones. Les Houthis, qui ne sont pas un État, perturbent une route majeure du commerce mondial à bas coût. Dès 2008, l’opération européenne Atalante avait dû répondre à la piraterie somalienne. La puissance navale la plus coûteuse ne garantit pas la maîtrise de la mer.

Des espaces eux-mêmes menacés. Chaque destruction de satellite produit des débris qui menacent tous les engins en orbite, y compris ceux de l’État responsable. Les orbites basses se remplissent, et la surpêche et la pollution frappent les océans. La puissance se heurte ici à une limite physique : ces espaces sont des biens communs, que nul ne peut protéger seul.

Conseil : Termine sur ces limites sans conclure que les États sont dépassés. Les entreprises dépendent des États, et ce sont encore eux qui signent les traités.

Introduction rédigée

En août 2023, la sonde indienne Chandrayaan-3 se pose près du pôle Sud de la Lune. Quelques mois plus tard, en mer Rouge, les Houthis du Yémen attaquent des navires de commerce et obligent les plus grands armateurs à changer de route. Dans ces deux espaces, l’un des plus lointains et l’autre des plus anciens, se joue la hiérarchie entre les puissances.

La puissance est la capacité d’un État à imposer sa volonté et à influencer les autres. Les espaces maritimes, des côtes aux grands fonds, et l’espace extra-atmosphérique, au-delà de l’atmosphère, ont en commun d’être difficiles d’accès, de dépendre de la technologie et d’échapper en partie à la souveraineté des États. Depuis la fin du XIXe siècle pour la mer, et depuis 1957 pour l’espace, ils sont pourtant au cœur des stratégies des grandes puissances.

En quoi les espaces maritimes et extra-atmosphériques sont-ils à la fois des instruments, des enjeux et des limites pour la puissance des États ?

Nous verrons d’abord qu’ils permettent aux États de montrer et de projeter leur puissance. Nous montrerons ensuite qu’ils sont l’objet de rivalités pour le contrôle des routes, des ressources et des positions. Nous étudierons enfin ce qui borne cette puissance : le droit, la coopération, les acteurs privés et la fragilité de ces espaces.

Conclusion rédigée

La mer et l’espace sont devenus deux mesures de la puissance. Ils servent à projeter des forces, à afficher un prestige et à garantir une sécurité. Ils sont aussi disputés pour leurs routes, leurs ressources et leurs positions, sur fond de rivalité entre les États-Unis et la Chine.

Cette puissance n’est pourtant jamais totale. Le droit, même contourné, la limite. La coopération reste nécessaire, les entreprises prennent une place croissante, et des acteurs modestes peuvent frapper les plus forts. La mer a été largement partagée entre États, alors que l’espace reste en principe inappropriable.

La question qui se pose pour la Lune et pour les grands fonds est donc la même : ces derniers espaces resteront-ils communs, ou connaîtront-ils à leur tour un partage décidé par les plus forts ?

Étude critique de documents : juger les génocides (10 points)

Le sujet relève du thème « Histoire et mémoires » : les tribunaux gacaca et le jugement des crimes nazis après Nuremberg sont tous deux au programme. Deux documents : un discours de Paul Kagame, président du Rwanda (18 juin 2002), et une photographie de la salle d’audience du procès Eichmann (Jérusalem, 1961). Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté est aussi valable.

Présentation des documents

Expliquer, en croisant les deux documents et le cours, de quelle manière et dans quels buts les tribunaux traitent le génocide et le crime contre l’humanité.

Document 1. C’est un extrait du discours prononcé par Paul Kagame à l’occasion du lancement officiel des juridictions gacaca, le 18 juin 2002. Huit ans plus tôt, d’avril à juillet 1994, le génocide des Tutsis a fait entre 800 000 et un million de morts selon les estimations. Kagame commandait alors les troupes du Front patriotique rwandais (FPR), le mouvement qui a pris le pouvoir en juillet 1994 et mis fin au génocide. Il est président depuis 2000. Le discours s’adresse à tous les Rwandais : il ne décrit pas une justice qui a fonctionné, il appelle à la soutenir.

Document 2. C’est une photographie en noir et blanc de la salle d’audience du procès Eichmann, à Jérusalem, en 1961. Le sujet ne donne ni son auteur ni sa date exacte. Elle est consultable sur le site de Yad Vashem, institut israélien dédié à la mémoire de la Shoah. Adolf Eichmann, officier SS, a organisé la déportation des Juifs d’Europe vers les centres de mise à mort. Enfui en Argentine, il y est enlevé par les services secrets israéliens en mai 1960.

Ce que montre la photographie. La vue est prise de haut et de loin, depuis l’arrière du public. Au fond, trois hommes en robe noire siègent sur une estrade, sous un emblème portant un chandelier à sept branches entouré de rameaux, avec une inscription en hébreu. À gauche, une cage de verre abrite un homme en costume sombre, qui semble porter des lunettes et un casque sur les oreilles, encadré par des hommes en uniforme et en casquette. Au centre, plusieurs personnes, certaines en robe sombre, sont assises de dos à de longues tables chargées de papiers. L’une porte un casque, et d’autres casques sont posés sur une table. À droite, un homme en costume est assis devant un micro, les mains levées devant lui, sur une tribune isolée. Des piles de gros volumes sont posées sur une petite table, juste en dessous. Une femme prend des notes au pied de l’estrade. Au premier plan, des dizaines de spectateurs sont assis de dos, beaucoup avec des papiers en main.

Ce qu’on peut en déduire. La légende ne désigne personne : ce qui suit est une interprétation appuyée sur le cours. Les trois hommes sont les juges, et l’emblème est celui de l’État d’Israël. L’homme dans la cage est Adolf Eichmann, et le verre le protège d’une éventuelle attaque. L’homme à la tribune est sans doute un témoin. Les casques laissent penser à une traduction simultanée, car les débats se tiennent en hébreu et l’accusé parle allemand.

Pourquoi les confronter. Les deux documents portent sur deux génocides différents et sur deux formes de justice opposées. Quarante et un ans les séparent. D’un côté, une justice de masse, confiée aux communautés, pour des centaines de milliers d’accusés. De l’autre, un procès solennel d’un seul homme, mené par des juges professionnels. L’un est la parole d’un chef d’État, l’autre une image conservée par une institution de mémoire.

Conseil : Dans une photographie, sépare toujours ce que tu vois de ce que tu sais. Le nom d’Eichmann ne figure pas sur l’image : dis que tu l’identifies grâce au titre de la source et au cours.

Problématique

Problématique proposée : par quelles formes de justice juge-t-on des crimes d’une telle ampleur, et quels buts ces procès poursuivent-ils au-delà de la punition des coupables ?

Plan proposé : I. Comment : des justices différentes selon les crimes et les sociétés. II. Pourquoi : punir, établir la vérité, reconnaître les victimes et reconstruire. III. Les limites d’une justice qui reste politique, et les limites des documents.

Conseil : La consigne contient deux mots, comment et pourquoi. Si l’un des deux manque dans ton plan, tu ne réponds qu’à moitié.

Partie I : comment, des justices différentes selon les crimes et les sociétés

Un cadre juridique né après 1945. Le crime contre l’humanité entre dans le droit avec le statut du tribunal de Nuremberg (1945). Le mot génocide est forgé par le juriste Raphael Lemkin en 1944, et la convention de l’ONU sur le génocide date du 9 décembre 1948. La France rend les crimes contre l’humanité imprescriptibles par une loi de 1964. Ces textes donnent à la justice les mots pour qualifier de tels crimes. En Israël, c’est une loi nationale, celle de 1950, qui permet de juger Eichmann seize ans après les faits.

À Jérusalem, le procès d’un grand organisateur. La photographie montre les signes d’une justice d’État classique. L’emblème placé au-dessus des juges indique au nom de qui ils jugent. L’estrade marque l’autorité, les tables de dossiers et les volumes rappellent que la preuve écrite compte. L’accusé est isolé par la cage de verre, sur le côté de la salle. Le cours précise : le procès s’ouvre le 11 avril 1961, devant trois juges dont Moshe Landau, sur le fondement d’une loi israélienne de 1950 contre les nazis et leurs collaborateurs. L’acte d’accusation compte 15 chefs, dont le crime contre le peuple juif et le crime contre l’humanité. Le procureur Gideon Hausner fait entendre plus d’une centaine de témoins. L’avocat allemand Robert Servatius assure la défense. Eichmann est condamné à mort en décembre 1961 et pendu en 1962, après un appel rejeté.

Au Rwanda, une justice de masse. Kagame part d’un constat : les auteurs sont si nombreux que les tribunaux classiques ne peuvent pas juger tous les dossiers, d’où la recherche d’une autre voie (lignes 7 à 9). Le cours confirme cette impasse : plus de 100 000 personnes sont en prison à la fin des années 1990, et l’appareil judiciaire a été détruit. Les gacaca s’inspirent d’une assemblée traditionnelle de village, chargée de régler des litiges. Une loi de 2001 en fait de vraies juridictions pénales, avec une phase pilote lancée en 2002, puis une extension à tout le pays à partir de 2005. Elles ferment en 2012. Environ 12 000 juridictions ont fonctionné, et le bilan annoncé alors est de près de deux millions d’affaires. D’autres sources, dont Human Rights Watch en 2011, en donnent 1,2 million.

Une procédure fondée sur la communauté. Le discours en décrit les rouages. Il demande aux personnes élues, c’est-à-dire aux juges selon le cours, d’être intègres et sans favoritisme (lignes 26 à 28). Tous sont invités à dire ce qu’ils savent (lignes 20 et 21). Les victimes doivent écouter les témoins avec patience (lignes 21 à 23). Les bourreaux sont appelés à avouer et à demander pardon (lignes 24 et 25). Le cours ajoute que l’aveu donne droit à une réduction de peine, et qu’il n’y a pas d’avocat. Les principaux planificateurs du génocide relèvent, eux, des tribunaux classiques.

Qualifier les crimes. Kagame demande de distinguer le génocide des autres crimes commis pendant ou après la guerre (lignes 11 à 13). C’est le travail de toute justice : nommer exactement. Le génocide suppose l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe, comme le rappelle le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) en condamnant Jean-Paul Akayesu en 1998, première condamnation pour génocide par un tribunal international.

Une troisième échelle : la justice internationale. Les deux documents laissent de côté cette voie. Le TPIR est créé par l’ONU en novembre 1994 et siège à Arusha, en Tanzanie. Il juge les responsables de haut rang, comme l’ancien Premier ministre Jean Kambanda, et prononce une soixantaine de condamnations. Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) qualifie de génocide le massacre de Srebrenica. La Cour pénale internationale, permanente, est prévue par le statut de Rome de 1998. Des États jugent aussi au nom de la compétence universelle : Pascal Simbikangwa est condamné en France en 2014 pour son rôle dans le génocide des Tutsis.

Partie II : pourquoi, punir, établir la vérité, reconnaître les victimes et reconstruire

Punir et refuser l’impunité. Le premier but est de sanctionner. Kagame l’affirme : ces fautes appellent la répression et le châtiment (lignes 5 et 6). À Jérusalem, le procès montre qu’aucune fuite ne protège pour toujours. L’imprescriptibilité repose sur la même idée : ces crimes touchent l’humanité entière, et le temps ne les efface pas.

Établir la vérité. Le discours réclame une analyse minutieuse des faits (ligne 11) et demande à la population de dire la vérité (lignes 20 et 21). Sur les collines, les aveux ont souvent permis aux survivants d’apprendre comment leurs proches sont morts et où se trouvaient les corps. À Jérusalem, les piles de volumes visibles sur la photographie suggèrent un travail de preuve. Le procès expose au monde la mécanique de la déportation et de l’extermination. Les audiences sont filmées et diffusées dans de nombreux pays.

Reconnaître les victimes. À Nuremberg, l’accusation s’était surtout appuyée sur des documents. À Jérusalem, le procureur choisit de faire parler des survivants, en disant s’exprimer au nom de six millions de morts. L’historienne Annette Wieviorka voit dans ce procès le début de « L’Ère du témoin » : la parole des rescapés entre dans l’espace public. Si l’homme assis à droite sur la photographie est bien un témoin, la tribune isolée montre la place donnée à cette parole. Au Rwanda aussi, la justice se déroule devant les voisins et donne une place aux rescapés, dont Kagame rappelle les souffrances (lignes 4 et 5).

Reconstruire une société. C’est le cœur du document 1. Au Rwanda, tueurs et survivants doivent revivre côte à côte sur les mêmes collines. Le discours associe donc la punition au pardon (lignes 5 et 6), et il appelle à l’aveu et au repentir (lignes 24 et 25). Il conclut sur une formule : « La justice est la levure de l’unité et la fondation du progrès » (ligne 30). La justice est présentée comme le ferment d’une nation à refaire, et soutenir les gacaca comme un acte de patriotisme (ligne 29). Les gacaca restent pourtant des juridictions pénales : ce ne sont pas des commissions de vérité et de réconciliation, comme en Afrique du Sud.

Fonder une mémoire nationale. Le procès Eichmann a un but comparable pour Israël. Le Premier ministre David Ben Gourion veut instruire la jeunesse et le monde sur le génocide, et affirmer qu’un État juif peut désormais juger ceux qui ont voulu détruire les Juifs. C’est ce que peut suggérer l’emblème au-dessus des juges : en 1961, les victimes ont un État. Le public nombreux au premier plan peut rappeler qu’un tel procès s’adresse à la société entière. La salle choisie, la Maison du peuple de Jérusalem, a été aménagée pour accueillir ce public.

Transmettre. Ces procès produisent des archives, des images et des récits. Ils font entrer le génocide dans l’histoire et dans la mémoire collective. En Allemagne, les procès d’Auschwitz de Francfort (1963-1965) prolongent ce mouvement. En France, les procès Barbie (1987), Touvier (1994) et Papon (1997-1998) jouent ce rôle, tout en posant la question du rapport entre la justice et l’histoire.

Conseil : Confronte vraiment les documents : les deux font de la justice un acte fondateur pour une société, mais l’un vise la réconciliation entre voisins et l’autre l’affirmation d’un État face à un ancien bourreau.

Partie III : une justice qui reste politique, et des documents à lire avec prudence

Le document 1 est la parole d’un acteur engagé. Kagame n’est pas un observateur. Il dirige le pays et il a commandé les troupes du FPR. Il a intérêt à présenter les gacaca comme légitimes, et son insistance à demander qu’on les respecte autant que les tribunaux classiques (lignes 19 et 20) laisse penser que cela ne va pas de soi. Le passage sur les vengeances individuelles, déjà punies (lignes 14 à 16), est le plus délicat. Le texte ne nomme pas le FPR, mais on peut y lire une façon de réduire à des actes isolés les massacres de civils imputés à ce mouvement en 1994 et après. Or ces crimes ont été écartés de la compétence des gacaca, et le TPIR n’a poursuivi aucun membre du FPR. Des observateurs y voient une justice de vainqueurs. Cette critique ne remet pas en cause la réalité du génocide : elle porte sur le choix des crimes jugés.

Un document de lancement, pas un bilan. En 2002, le discours annonce une promesse. Le cours permet de la mesurer. Les gacaca ont jugé très vite un nombre considérable de dossiers, ce qu’aucun tribunal classique n’aurait pu faire. Mais Human Rights Watch dénonce en 2011 les atteintes aux droits de la défense : absence d’avocat, juges peu formés, erreurs, corruption, pressions et faux témoignages. Le risque de favoritisme, que Kagame évoque lui-même (lignes 26 à 28), s’est réalisé par endroits. Des rescapés et des témoins ont été menacés, parfois tués.

Les mots du discours. Le nom des Tutsis n’apparaît pas dans l’extrait : il est question de génocide et de massacres, de rescapés, de bourreaux. On peut y voir la politique d’unité d’un régime qui veut effacer les catégories ethniques, mais le texte ne le dit pas. Le vocabulaire religieux des péchés et du repentir (lignes 5 et 24) s’adresse à une population très croyante, et il rapproche la justice de la confession. Dire que les bourreaux ont entraîné la population (lignes 17 et 18) peut aider à réintégrer les exécutants, alors que la participation aux tueries a été massive. Enfin, l’extrait ne mentionne pas le TPIR, avec lequel le Rwanda a alors des relations tendues : il a même voté contre sa création au Conseil de sécurité, en 1994.

Le document 2 est une image construite. La photographie donne une impression d’ordre, de calme et de solennité. Elle ne saisit qu’un instant. Elle ne montre ni les paroles, ni les émotions des témoins, ni le crime lui-même. L’accusé y apparaît petit et lointain, dans un coin de l’image, et rien n’y dit ce qu’il a fait. L’image a aussi une histoire : elle est diffusée par Yad Vashem, institution israélienne chargée de la mémoire, et son auteur n’est pas indiqué. Elle donne à voir un État qui fait justice, et rien n’y laisse deviner ce qu’on a reproché à ce procès.

Un procès discuté. Eichmann a été enlevé en Argentine, en violation de sa souveraineté, et le Conseil de sécurité en a été saisi en 1960. La loi appliquée date de 1950, donc après les faits, et elle vient d’un État qui n’existait pas à l’époque des crimes. La défense a contesté l’impartialité de juges juifs. Le tribunal a rejeté ces objections. Dans « Eichmann à Jérusalem » (1963), la philosophe Hannah Arendt critique la mise en scène politique du procès et décrit un homme médiocre, incapable de penser, d’où l’idée de banalité du mal. Des historiens ont depuis montré qu’Eichmann était un antisémite convaincu et actif, très éloigné du simple fonctionnaire qu’il a joué à l’audience.

Une justice qui reste incomplète. Juger tous les coupables est impossible. La plupart des exécutants des crimes nazis n’ont jamais été jugés, et le génocide des Tsiganes a mis longtemps à être reconnu. Félicien Kabuga, accusé d’avoir financé le génocide des Tutsis, n’est arrêté qu’en 2020, près de Paris. Déclaré inapte à être jugé en 2023, il meurt en détention à La Haye en mai 2026, sans avoir été jugé. La Cour pénale internationale dépend enfin des États pour arrêter les suspects, et ni les États-Unis, ni la Russie, ni la Chine n’en sont membres.

Conseil : Le correcteur attend une vraie critique. Indique ce que chaque document cache ou passe sous silence, et ce qu’un autre point de vue ajouterait : les victimes des crimes imputés au FPR pour le document 1, la défense d’Eichmann ou Hannah Arendt pour le document 2.

Introduction rédigée

Le 11 avril 1961, à Jérusalem, s’ouvre le procès d’un ancien officier SS, enfermé dans une cage de verre. Une quarantaine d’années plus tard, au Rwanda, des habitants s’assoient sur les collines pour juger leurs voisins. Ces deux scènes n’ont presque rien en commun, sinon de répondre à une même question : comment juger des crimes qui visent à détruire tout un groupe humain ?

Depuis le procès de Nuremberg et la convention de l’ONU de 1948, le crime contre l’humanité et le génocide sont des crimes définis par le droit. Le premier document est un extrait du discours de Paul Kagame, président du Rwanda, prononcé le 18 juin 2002 pour le lancement officiel des juridictions gacaca, huit ans après le génocide des Tutsis. Le second est une photographie de la salle d’audience du procès d’Adolf Eichmann, à Jérusalem, en 1961, consultable sur le site de l’institut Yad Vashem. Ils présentent deux formes de justice très différentes : l’une locale et de masse, l’autre nationale et solennelle.

Par quelles formes de justice juge-t-on des crimes d’une telle ampleur, et quels buts ces procès poursuivent-ils au-delà de la punition des coupables ?

Nous verrons d’abord comment la justice s’adapte aux crimes et aux sociétés. Nous montrerons ensuite pourquoi elle juge : pour punir, établir la vérité, reconnaître les victimes et reconstruire. Nous soulignerons enfin ce qui limite cette justice et ce que les deux documents ne disent pas.

Conclusion rédigée

La justice juge les génocides et les crimes contre l’humanité par des voies très diverses : un procès national à Jérusalem, des assemblées locales au Rwanda, des tribunaux internationaux à Arusha ou à La Haye. Le choix dépend du nombre d’accusés, de l’état du pays et du but recherché.

Ces procès ne cherchent pas seulement à punir. Ils établissent des faits, donnent la parole aux victimes et servent à reconstruire une nation ou à affirmer un État. C’est leur force, et c’est aussi leur limite, car ces buts politiques peuvent peser sur l’équité du jugement. L’extrait du discours de Paul Kagame ne nomme pas les auteurs des crimes imputés à son propre camp, et l’image solennelle de Jérusalem ne montre pas les débats suscités par ce procès.

La justice ne peut donc ni tout réparer, ni tout dire. L’histoire et la mémoire prennent le relais, ce que confirme la place de ces procès dans la mémoire des génocides.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Faire de la dissertation 1 une histoire de la protection des monuments, de Mérimée à Malraux.

    Partir des fonctions du patrimoine : politique, sociale, économique, diplomatique, mémorielle.

    Le mot usages demande à quoi et à qui sert le patrimoine. Une suite de lois ne répond pas à cette question.

  • Traiter la mer dans une partie, puis l’espace dans une autre, dans la dissertation 2.

    Comparer les deux espaces dans chaque partie : ce qui les rapproche, et ce qui les distingue.

    Le sujet les réunit à dessein. Sans confrontation, tu récites deux cours au lieu de démontrer.

  • Confondre les gacaca avec le Tribunal pénal international pour le Rwanda.

    Distinguer les gacaca, juridictions rwandaises locales, du TPIR, tribunal de l’ONU installé à Arusha.

    Les échelles de justice sont au cœur du sujet, et le document 1 ne porte que sur l’échelle locale.

  • Présenter le procès Eichmann comme un procès international, ou le rattacher à Nuremberg.

    Préciser qu’il se tient en 1961 devant un tribunal israélien, selon une loi israélienne de 1950.

    La photographie le montre : les juges siègent sous l’emblème d’un État. Ce point explique aussi les critiques adressées au procès.

  • Résumer le discours de Paul Kagame en le prenant pour un bilan fidèle des gacaca.

    Rappeler que c’est un discours de lancement, prononcé en 2002 par un chef d’État, et le confronter au cours.

    Le texte annonce un projet et défend un pouvoir. Il n’impute aucun crime au FPR et ne peut pas parler des résultats.

Questions fréquentes

Combien de temps dure l’épreuve de HGGSP et comment est-elle notée ?

L’épreuve dure 4 heures, sans calculatrice ni dictionnaire. Le sujet attribue 10 points à la dissertation et 10 points à l’étude critique de documents.

Faut-il traiter les deux dissertations ?

Non. Le candidat choisit l’une des deux dissertations et traite obligatoirement l’étude critique. Il indique le numéro du sujet choisi sur sa copie. Ce corrigé propose les deux pour que tu puisses t’entraîner.

Que sont les tribunaux gacaca ?

Ce sont des juridictions locales rwandaises, inspirées d’une assemblée traditionnelle de village. Elles ont fonctionné de 2002 à 2012 pour juger des auteurs du génocide des Tutsis, avec des juges élus par la population et sans avocat.

Comment analyser une photographie dans une étude critique ?

Décris d’abord ce qui se voit, plan par plan. Explique ensuite ce que tu en déduis grâce au cours, puis demande-toi qui a pris ou diffusé l’image et ce qu’elle ne montre pas.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.