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Corrigé du brevet de français 2024 : compréhension et grammaire (Amérique du Nord)

Le sujet en bref

Le sujet d’Amérique du Nord s’appuie sur le début de Wood’stown d’Alphonse Daudet, où une ville de bois s’élève aux dépens d’une forêt vivante et menaçante, et sur l’image d’une ville-forêt chinoise. Il fallait expliquer la résistance de la forêt, analyser son portrait, comparer le texte et l’image, puis réussir la réécriture au futur, notée sur 10 points.

Sujet officiel

I. Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)

Daudet a publié ce texte en 1873. Les citations de ce corrigé sont courtes : sur ta copie, mets-les entre guillemets et indique leur ligne. D’autres réponses sont possibles si elles sont justifiées.

Question 1 (5 points)

Trouver un titre pour l’extrait et le défendre par deux éléments du texte.

Je propose comme titre : La ville volée à la forêt.

Premier élément : la ville prend la place de la forêt. Pour bâtir, les hommes doivent d’abord la couper (lignes 1 et 2), puis la brûler (lignes 14 à 20). La ville ne peut vraiment s’élever qu’après cette destruction (ligne 20). La fin du texte le dit nettement : la ville « lui avait pris sa place » (ligne 30).

Deuxième élément : la ville est faite avec la forêt elle-même. Elle est « toute en bois » (ligne 21) et tire son nom de ce matériau (ligne 25). Trois mille arbres ont servi à l’élever, et la dernière phrase assimile ce bois à la vie de la forêt (ligne 31). Le vol porte donc sur la terre, mais aussi sur la matière de la ville.

Conseil : D’autres titres se défendent : Le combat de la forêt, ou La forêt qui regardait. Tes deux éléments doivent prouver deux idées différentes, pas la même idée deux fois.

Question 2 (5 points)

Identifier ce qui résiste à la ligne 14, avec trois citations commentées.

Il s’agit de la résistance de la forêt. Elle se défend contre les bûcherons comme un être vivant qui refuse de mourir.

Elle s’accroche. « Cramponnée au sol » (ligne 8) : ce participe évoque un être qui serre la terre de toutes ses forces pour ne pas être arraché. Les lianes et les racines, citées ensuite, montrent qu’elle y met tout son corps.

Elle renaît. « chaque coup de hache faisait sortir des bourgeons verts » (ligne 10) : l’attaque produit l’effet contraire de celui que cherchent les hommes. Plus on frappe la forêt, plus elle pousse.

Elle contre-attaque. « croulaient sous l’effort des racines » (ligne 12) : les murs s’effondrent à peine élevés. La forêt ne se contente plus de survivre, elle détruit ce que les hommes construisent.

Cette résistance use même le fer des outils (ligne 14) et oblige les hommes à recourir au feu (ligne 15).

La résistance de la forêt, qui refuse de céder la place aux hommes.

Conseil : Choisis trois citations qui montrent trois actions différentes de la forêt. Chacune doit être suivie d’une explication : la recopier ne suffit pas.

Question 3 (6 points)

Expliquer avec deux arguments pourquoi le texte juge la ville insolente à la ligne 30.

Est insolent celui qui manque de respect et se montre arrogant. Le mot s’emploie d’ordinaire pour une personne. Ici, il traduit le jugement de la forêt, qui observe la ville (lignes 29 et 30). Selon moi, la ville le mérite pour deux raisons.

Elle a pris ce qui ne lui appartenait pas. La forêt est enracinée là depuis la naissance du monde (lignes 2 et 3), alors que la ville est toute neuve. C’est pourtant cette nouvelle venue qui occupe le bord du fleuve (ligne 30). Elle ressemble à un intrus qui s’installe chez quelqu’un sans lui demander son avis.

Elle étale sa réussite sous les yeux de sa victime. Les lignes 21 à 25 énumèrent ses rues, ses places et ses bâtiments, comme pour exposer sa richesse. La foule, les navires et l’activité fiévreuse (lignes 26 à 28) se déploient juste en dessous des collines où s’étale la forêt. On peut penser que la ville l’a oubliée : elle ne semble ni reconnaissante ni inquiète.

Conseil : La question dit « selon vous » : commence par définir le mot insolente, puis donne deux raisons distinctes, chacune appuyée sur le texte.

Question 4. a) (2 points)

Dire ce qui définit le portrait de la forêt.

Ce portrait n’est pas celui d’un simple paysage, mais celui d’un être vivant, puissant et menaçant.

La forêt est immense et très ancienne (lignes 2 et 3). Elle a un corps, des blessures et une force de vie étonnante (lignes 8 à 13). Elle lutte contre le feu (lignes 17 et 18), puis elle guette la ville d’un air sombre (lignes 28 à 31).

La forêt est peinte comme un être vivant, combatif et menaçant.

Question 4. b) (2 points)

Repérer et commenter deux procédés qui construisent ce portrait.

La personnification. La forêt agit comme une personne : elle se rajeunit de ses blessures (ligne 9), elle essaie de lutter (ligne 17), elle regarde (lignes 29 et 30). Ce procédé lui prête une volonté et des sentiments : elle devient un personnage, l’adversaire des hommes.

La comparaison. Les grands arbres brûlent « comme des cierges » (lignes 16 et 17). Un cierge est une longue bougie que l’on allume à l’église. L’image donne à l’incendie l’allure d’une cérémonie funèbre, et la comparaison de la ligne 19 le confirme : la neige y tombe comme une seconde mort.

Conseil : Le champ lexical du combat ou l’hyperbole des lignes 2 et 3 conviennent aussi. Pour chaque procédé : nomme-le, cite-le, dis ce qu’il apporte au portrait.

Question 5 (5 points)

Dire comment tu comprends le rapport entre les hommes et la nature, texte à l’appui.

Dans ce texte, les hommes et la nature entretiennent un rapport de force : les uns veulent la place, l’autre veut la garder.

Les hommes veulent dominer la nature. Pour eux, la forêt n’est qu’un obstacle facile à enlever : la tournure « Il n’y avait qu’à déblayer » (ligne 1) montre qu’ils la sous-estiment. Ils ne voient dans ce lieu qu’un emplacement à aménager.

La nature résiste, et la victoire exige une destruction. Les haches ne suffisent pas (lignes 6 à 14). Il faut un feu qui dure jour et nuit (lignes 14 à 20). Le texte présente ce résultat comme une mort (ligne 19), et non comme un exploit.

Le conflit n’est pas terminé. La ville paraît triomphante, mais la forêt se tient encore au-dessus d’elle, sombre et menaçante (lignes 27 à 29). On peut penser qu’elle prépare sa revanche.

Le texte ne montre donc aucune harmonie. On peut y lire un avertissement contre l’orgueil des hommes, qui croient posséder la nature alors qu’ils dépendent d’elle : leur ville n’existe que par son bois.

Question 6 : image (7 points)

Rapprocher le texte de l’image de la ville-forêt, à partir d’une description de cette image.

Description. L’image montre, vue d’en haut, un quartier entouré de collines boisées. Au centre, des immeubles aux formes découpées portent de la végétation sur leurs façades et leurs toits. Une voie surélevée et une large route traversent l’image en diagonale. Sur cette voie, un bâtiment ovale aux reflets bleus pourrait être une gare. En bas à droite, des tours grises, sans plantes, contrastent avec le reste.

Un point commun : une ville installée dans la forêt. Comme Wood’stown, abritée par des collines (ligne 3), ce quartier s’étend au pied de collines couvertes d’arbres. Les noms eux-mêmes se répondent : ville de bois d’un côté, ville-forêt de l’autre. Les deux documents posent la même question : quelle place laisser aux arbres quand on bâtit une ville ?

Une différence essentielle : le conflit d’un côté, la cohabitation de l’autre. Chez Daudet, il faut détruire la forêt pour construire : les arbres servent de matériau, et ce qui reste de la forêt se tient à distance, hostile (lignes 27 à 31). Sur l’image, les arbres vivants poussent sur les bâtiments et se mêlent à eux. On peut penser que cette architecture cherche à réparer ce que le texte dénonce.

Une nuance. Même ici, la route, la voie et les tours coupent les bois. L’image ne fait donc pas disparaître toute la tension du texte : on peut penser que la ville y reste une conquête sur la nature, même si elle se veut plus respectueuse.

Conseil : Décris d’abord, puis compare : le sujet exige les deux. La légende écrit Boen, mais l’architecte s’appelle Stefano Boeri, comme l’indique le logo en bas à droite de l’image. Sur ta copie, tu peux simplement dire « l’architecte ».

II. Grammaire et compétences linguistiques (18 points)

La réécriture compte à elle seule pour 10 de ces 18 points.

Question 7. a) (2 points)

Repérer les verbes conjugués de la phrase des lignes 30 et 31 et nommer leur temps.

regardait : verbe regarder, à l’imparfait de l’indicatif.

avait pris : verbe prendre, au plus-que-parfait de l’indicatif. Ce temps composé est formé de l’auxiliaire avoir à l’imparfait et du participe passé pris.

Regardait : imparfait. Avait pris : plus-que-parfait.

Conseil : Relève la forme entière avait pris, pas le seul participe.

Question 7. b) (1 point)

Dire quelle valeur a chacun de ces deux temps ici.

L’imparfait a une valeur descriptive : il présente une action en cours dans le passé, sans début ni fin précis. Le regard de la forêt semble ne jamais s’arrêter, ce qui rend la menace plus inquiétante.

Le plus-que-parfait marque l’antériorité : la ville s’est emparée de la place et des arbres avant le moment où la forêt la regarde.

Question 8. a) (1 point)

Donner la fonction de Jour et nuit.

Jour et nuit est complément circonstanciel de temps du verbe emplit : ce groupe indique à quel moment, et combien de temps, la fumée se répand.

Complément circonstanciel de temps.

Question 8. b) (1 point)

Prouver cette analyse en nommant une manipulation.

Le déplacement. Le groupe peut changer de place : Une fumée étouffante emplit jour et nuit l’épaisseur des fourrés. La phrase reste correcte.

La suppression le confirme : Une fumée étouffante emplit l’épaisseur des fourrés. La phrase reste correcte et perd seulement une précision.

Ici, le groupe se déplace et se supprime : c’est un complément circonstanciel. Comme il répond à la question quand, il exprime le temps.

Conseil : Le sujet attend une manipulation : écris la phrase obtenue. Poser la question quand aide à trouver le sens, mais ne transforme pas la phrase.

Question 9. a) (1,5 point)

Montrer comment le mot emplacement est construit.

C’est un mot dérivé, formé de trois éléments.

em- est un préfixe. C’est la forme que prend en- devant un p, un b ou un m.

place est le radical.

-ment est un suffixe, qui sert ici à former un nom.

Un emplacement, c’est le lieu où l’on place quelque chose : ici, le lieu choisi pour bâtir la ville.

Préfixe em-, radical place, suffixe -ment.

Question 9. b) (0,5 point)

Donner la classe grammaticale de ce mot.

C’est un nom commun, masculin singulier. Il est précédé du déterminant l’.

Nom commun.

Question 9. c) (1 point)

Citer deux mots formés sur le même radical.

Deux mots de la même famille : place et déplacer. Ils contiennent le même radical et gardent un lien de sens avec l’idée de position.

Place, déplacer.

Conseil : Placer, replacer, remplacer, placement et déplacement conviennent aussi.

Question 10 : réécriture (10 points)

Transposer au futur de l’indicatif le passage des lignes 6 à 13.

Le passage contient dix verbes conjugués. Une seule règle vaut pour tous : un temps simple devient un futur simple, un temps composé devient un futur antérieur. Ainsi, l’ordre des actions ne change pas.

Passé antérieur : eut accordé devient aura accordé. Après dès que, cette action reste achevée avant la suivante.

Passé simple : se mirent devient se mettront.

Passé composé : n’avez jamais vu devient n’aurez jamais vu.

Imparfaits : abattait devient abattra, repoussait devient repoussera, se rajeunissait devient se rajeunira, faisait devient fera, grandissaient devient grandiront, croulaient devient crouleront.

Forme passive : étaient envahies devient seront envahies. Seul l’auxiliaire change, et le participe garde son accord avec les rues et les places.

Ne changent pas : l’infinitif sortir et les participes employés comme adjectifs, cramponnée, tracées et élevées.

Texte obtenu : Dès que le gouvernement de Washington aura accordé la concession, charpentiers et bûcherons se mettront à l’œuvre ; mais vous n’aurez jamais vu une forêt pareille. Cramponnée au sol de toutes ses lianes, de toutes ses racines, quand on l’abattra par un bout elle repoussera d’un autre, se rajeunira de ses blessures, et chaque coup de hache fera sortir des bourgeons verts. Les rues, les places de la ville à peine tracées seront envahies par la végétation. Les murailles grandiront moins vite que les arbres et, sitôt élevées, crouleront sous l’effort des racines toujours vivantes.

Conseil : Retiens n’aurez jamais vu : ce futur antérieur garde le temps composé du texte. Vous ne verrez jamais reste défendable, puisque la consigne dit seulement futur et que le sens est proche. Vérifie ensuite les formes difficiles : abattra et mettront gardent leurs deux t, fera a un radical irrégulier.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Dans la réécriture, écrire dès que le gouvernement accordera.

    Écrire aura accordé, au futur antérieur.

    Le passé antérieur marque une action achevée avant la suivante : la concession précède le travail. Le futur antérieur garde ce rapport.

  • Transformer tracées ou élevées en verbes au futur.

    Laisser cramponnée, tracées et élevées tels quels.

    Ces participes sont employés comme adjectifs. La consigne porte sur les verbes conjugués.

  • Écrire abatra, metteront ou faira.

    Écrire abattra, mettront et fera.

    Abattre et mettre gardent leurs deux t et perdent le e final de l’infinitif. Faire a un radical irrégulier au futur.

  • À la question 2, recopier trois citations à la suite.

    Expliquer chaque citation, en disant ce que fait la forêt.

    Le sujet demande trois citations expliquées. Une citation seule ne prouve rien.

  • À la question 6, dire seulement que les deux documents parlent de forêt.

    Décrire l’image, puis opposer le conflit du texte à la cohabitation de l’image.

    Le sujet exige une réponse développée, appuyée sur une description de l’image.

Questions fréquentes

Combien de temps dure cette partie de l’épreuve de français 2024 en Amérique du Nord ?

Le sujet indique 1 h 10 pour 50 points : 32 points de compréhension et 18 points de grammaire. La réécriture compte à elle seule pour 10 points.

Le dictionnaire est-il autorisé pour ces questions ?

Non. Le sujet interdit le dictionnaire et la calculatrice dans cette partie. Une note de bas de page explique le mot mille, et le chapeau traduit le titre de la nouvelle.

Que veut dire Wood’stown ?

Le chapeau explique que le titre est formé de deux mots anglais, wood et town, et signifie « La ville en bois ». Cette information aide pour le titre de la question 1 et pour la question 3.

Quel est le lien avec la rédaction de ce sujet ?

Le sujet demande de conserver le texte pour la rédaction. L’un des deux sujets au choix demande d’en imaginer la suite, l’autre porte sur les liens entre l’art et la nature.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.