Le sujet en bref
Le sujet d’Amérique du Nord s’appuie sur un extrait de Jacaranda de Gaël Faye, où le journal télévisé fait entrer chez le narrateur le pays natal dont sa mère ne parle jamais, et sur une photographie prise à Kigali. Il fallait comprendre le silence de la famille, analyser une métaphore, puis réussir la réécriture au masculin pluriel, notée sur 10 points.
I. Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)
Le texte de Gaël Faye, publié en 2024, est protégé par le droit d’auteur : ce corrigé le paraphrase, renvoie aux lignes et ne le cite qu’une fois. Sur ta copie, à chaque renvoi, recopie les mots du texte entre guillemets. D’autres réponses sont possibles si elles sont justifiées.
Question 1 (3 points)
Nommer les personnages de l’extrait et dire ce que le texte apprend sur la femme.
Trois personnages sont présents : le narrateur, qui dit je, sa mère et son père. Le présentateur du journal télévisé apparaît aussi, mais seulement à l’écran (lignes 14, 21 et 24).
Le personnage féminin est la mère du narrateur, ce que le texte ne dit qu’à la ligne 12. Elle est née et a grandi dans un autre pays (lignes 1 et 2), le Rwanda (lignes 13 à 16). Elle parle couramment le kinyarwanda (lignes 2 à 4), une langue que son fils ne comprend pas.
Elle garde le silence sur ses origines (ligne 1) et répond de façon vague quand on l’interroge sur ses appels (lignes 5 et 6). Elle reste donc une énigme pour son fils.
Le narrateur, sa mère et son père. La mère vient du Rwanda, parle le kinyarwanda et tait ses origines.
Conseil : Il y a deux questions : réponds aux deux. Ne dis pas où vit la famille ni quel âge a le narrateur : l’extrait ne le précise pas.
Question 2 (4 points)
Trouver deux raisons pour lesquelles le narrateur observe sa mère dans les lignes 1 à 12, avec une citation pour chacune.
Il cherche à percer un secret. Sa mère ne dit rien de ses origines (ligne 1). Quand il l’interroge, elle ne lui donne pas de vraie réponse (lignes 5 et 6). Les conversations téléphoniques lui offrent donc une occasion de voir cette part cachée d’elle : il en profite pour l’observer en secret (ligne 6).
Il est fasciné et troublé par la femme qu’il découvre. Quand elle parle sa langue natale, son allure change : attitudes, voix, maintien, gestes des mains (lignes 6 à 8). Il a l’impression de voir une autre personne, entourée de mystère (lignes 8 et 9). Il sent alors qu’il ne connaît pas vraiment celle qui l’élève (lignes 10 à 12).
Conseil : Une raison, une citation, une explication : garde ce rythme pour les deux éléments. La fin du paragraphe (lignes 11 et 12) se prête bien à une citation, car le narrateur y nomme lui-même ce qu’il ressent.
Question 3. a) (3 points)
Expliquer pourquoi les médias parlent du pays de la mère, en citant deux éléments du texte.
Le journal télévisé parle du Rwanda parce que ce pays est frappé par des événements d’une extrême violence. Le texte ne les nomme pas, mais la légende de la photographie parle du génocide rwandais de 1994.
Premier élément. Les images montrent la mort, la violence et la fuite des populations : ce sont les trois noms de la ligne 20.
Deuxième élément. Le présentateur prévient que certaines images peuvent choquer (lignes 21 et 22). Le narrateur parle lui-même de barbarie (ligne 24) et de scènes d’horreur (ligne 27).
Le Rwanda est à l’écran à cause de violences extrêmes : le génocide de 1994, d’après la légende de la photographie.
Question 3. b) (4 points)
Décrire, à l’aide du texte, deux aspects de la réaction des parents devant ces images.
Ils restent muets et immobiles. La mère ne réagit pas, captivée par ce qui passe à l’écran (lignes 16 et 17), et aucune parole ne vient à la fin de l’émission (lignes 18 et 19). Le père fait comprendre d’un regard à son fils qu’il vaut mieux se taire (lignes 17 et 18). Presque chaque soir, la famille se fige devant le poste (lignes 19 et 22 à 24).
Ils reprennent leurs gestes ordinaires, sans en parler. Après un temps de silence (ligne 25), le père se sert à boire et la mère poivre sa purée (ligne 26). Ces gestes banals ramènent la vie normale et évitent tout commentaire. On peut penser que l’énergie de la mère à la ligne 26 trahit une émotion qu’elle retient.
Ils se taisent, figés, puis reprennent le repas comme si de rien n’était.
Conseil : Tu peux distinguer les deux parents : la mère s’absorbe dans les images, le père surveille la réaction de son fils.
Question 4 (6 points)
Nommer deux procédés de la phrase des lignes 19 et 20 qui font sentir la violence du conflit, et expliquer leur effet.
Premier procédé : la métaphore. Le magma est la roche en fusion d’un volcan. Sans outil de comparaison, le narrateur assimile le flot d’images à cette matière brûlante. Le verbe déverser prolonge la figure : les images arrivent en masse, sans que personne puisse les arrêter. La violence paraît énorme, destructrice et incontrôlable, comme une coulée de lave. Le mot magma évoque aussi un mélange confus, où l’on ne distingue plus rien.
Deuxième procédé : l’énumération. Les trois noms mort, violence et exode se suivent après le mot images. Ils nomment ce que vivent les populations : ceux qui meurent, ceux qui subissent, ceux qui fuient. La liste fait sentir l’ampleur du conflit.
Tu peux aussi relever le contraste entre ce flot et le mot assiettes. L’horreur lointaine envahit le moment le plus ordinaire de la journée, le repas de famille. Le complément de durée, au début de la phrase, ajoute que cela se prolonge pendant des mois.
Une métaphore et une énumération : la violence paraît immense, brûlante et impossible à arrêter.
Conseil : Pour chaque procédé, fais trois gestes : nomme-le, montre-le dans la phrase, puis dis son effet. Ici, l’effet porte sur la violence : c’est le mot de la question.
Question 5 (6 points)
Expliquer le malaise physique de la ligne 29, avec deux éléments.
Le corps du narrateur réagit à ce qu’il voit. Il mange devant des scènes d’horreur. Il a du mal à couper sa viande et il ne parvient pas à oublier ces images (lignes 27 et 28). Elles le heurtent comme un choc physique : c’est le sens du verbe de la ligne 28. La violence vue à l’écran passe ainsi dans son corps, au moment même où il doit manger.
Il ne peut parler à personne de ce qu’il ressent. Chez lui, tout le monde se tait. Le narrateur écrit que la sensibilité y était « avalée comme une bouchée de silence » (lignes 28 et 29). Cette image explique la douleur : ce qu’il ne peut pas dire, il le garde en lui, comme une nourriture impossible à digérer. On peut penser que le silence de sa mère, dont c’est le pays, pèse plus encore.
Il ne supporte pas ces images, et il ne peut pas exprimer ce qu’elles lui font.
Conseil : Ce mal est physique, mais sa cause est morale : c’est ce lien qu’il faut expliquer. Passe du sens propre, le ventre, au sens figuré, ce que le narrateur ne digère pas.
Question 6 : image (6 points)
Trouver trois liens entre la photographie prise à Kigali et le texte.
Le même événement. La légende indique un mur portant les noms des victimes du génocide de 1994 au Rwanda, le génocide des Tutsis, à Kigali. Des colonnes de noms remplissent tout l’arrière-plan. On peut penser que ce sont les morts dont le journal télévisé montrait les images au narrateur (lignes 19 et 20). Les morts évoqués par le texte prennent ici la forme d’une liste de noms.
Une mère et son enfant. Une femme porte sur son dos un jeune enfant, maintenu par un tissu clair. Le texte place lui aussi une mère et son enfant face à cette tragédie, presque chaque soir, à table. On peut penser que, dans les deux cas, ce passé se transmet d’une génération à l’autre, même sans paroles.
Le silence et le mystère. La femme est vue de dos, immobile : son visage reste invisible, et on ne peut pas lire ses sentiments. De même, le narrateur ne parvient pas à savoir ce que pense sa mère devant l’écran (lignes 16 à 19). Cette immobilité rappelle aussi celle de la famille (lignes 23 et 24).
Une différence peut servir de nuance : la télévision montre la violence de façon brutale, alors que la photographie la laisse hors de l’image. Elle montre le temps du souvenir, et non celui des événements.
Conseil : Chaque lien part d’un détail visible et rejoint un passage du texte. Ne présente pas cette femme comme la mère du narrateur, et ne dis pas qu’elle a perdu un proche : la légende ne l’indique pas.
II. Grammaire et compétences linguistiques (18 points)
Les mots analysés sont donnés isolément. Pour les phrases entières, reporte-toi au sujet.
Question 7. a) (1 point)
Dire à quel temps et à quel mode est conjugué le verbe de la ligne 22.
Le verbe rester est conjugué à l’imparfait de l’indicatif, à la première personne du pluriel.
Imparfait de l’indicatif.
Conseil : La forme restions existe aussi au présent du subjonctif. Ici, aucun que ne l’introduit, et le passage raconte des faits passés : c’est bien l’imparfait.
Question 7. b) (1 point)
Dire ce que ce temps exprime dans le passage.
L’imparfait a ici une valeur d’habitude : il exprime une action répétée. Le texte précise que la scène revient presque chaque soir, pendant des mois (lignes 19 et 20).
Valeur d’habitude, ou de répétition.
Conseil : Ne réponds pas description : cette phrase raconte ce que la famille fait soir après soir. La plupart des imparfaits voisins, comme ceux des lignes 26 et 27, ont la même valeur.
Question 8. a) (1 point)
Dire à quelle classe de mots appartient le terme souligné à la fin de la ligne 13.
Religieusement est un adverbe de manière. Il est invariable. Il vient de l’adjectif religieux, au féminin religieuse, auquel s’ajoute le suffixe -ment.
Adverbe.
Question 8. b) (3 points)
Donner la fonction de ce mot et la justifier par deux manipulations.
Cet adverbe est complément circonstanciel de manière du verbe regardions. Il indique comment la famille regarde la télévision : avec respect et attention, comme on suivrait un rite.
Première manipulation : la suppression. Retire l’adverbe : la proposition relative reste correcte. Elle garde son pronom que, son sujet nous et son verbe. Le mot n’est donc pas essentiel à la construction.
Deuxième manipulation : le déplacement. L’adverbe peut changer de place dans la relative : devant le pronom nous, ou après le groupe qui indique l’heure. La construction reste correcte et le sens ne change pas.
Tu peux ajouter le remplacement : le groupe avec recueillement peut prendre sa place, ce qui confirme l’idée de manière.
Complément circonstanciel de manière, prouvé par la suppression et le déplacement.
Conseil : Certaines grammaires disent plutôt que cet adverbe modifie le verbe. La réponse complément circonstanciel de manière reste la plus défendable ici, puisque le sujet demande des manipulations.
Question 9 (2 points)
Dire ce que signifie ici le verbe souligné à la ligne 6, d’après ce qui l’entoure, et trouver un mot de même sens.
Ici, épier signifie observer quelqu’un avec attention et en secret, sans qu’il s’en aperçoive.
Le contexte le montre. La mère ne répond pas aux questions de son fils (lignes 5 et 6). Il profite donc de ses appels pour la regarder, et il détaille ensuite ses gestes et sa voix (lignes 6 à 8).
Observer en secret. Synonyme : espionner.
Conseil : Le synonyme doit pouvoir prendre la place du mot dans la phrase : donne un verbe à l’infinitif. Guetter convient aussi.
Question 10 : réécriture (10 points)
Réécrire le passage donné par le sujet en remplaçant le pronom féminin singulier par un masculin pluriel, à partir du début imposé.
Le pronom elle devient ils : tout ce qui se rapporte à la mère passe au masculin pluriel. Le je du narrateur, lui, reste identique. Reprends le passage du sujet, phrase par phrase, et applique ces changements.
Phrase 1 : le début est imposé, avec les surprenais. Puis l’entendais devient les entendais. L’infinitif s’exprimer ne bouge pas, car le pronom se sert au singulier comme au pluriel. La fin de la phrase ne bouge pas non plus : je m’arrêtais et stupéfait se rapportent au narrateur.
Phrase 2 : elle conversait devient ils conversaient.
Phrase 3 : l’interrogeais devient les interrogeais. Elle restait évasive devient ils restaient évasifs : l’adjectif change de genre et de nombre. Parlait devient parlaient. Sa devient leur, au singulier, car les mots entre guillemets ne changent pas et parlent d’une seule famille.
Phrase 4 : l’épier devient les épier.
Tout le reste est inchangé, ponctuation comprise.
Conseil : Dix mots changent en plus du les imposé : compte-les avant de rendre ta copie. Les verbes qui ont je pour sujet, comme entendais et interrogeais, gardent leur terminaison.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Dans la réécriture, écrire les entendaient ou les interrogeaient.
Écrire les entendais et les interrogeais.
Le sujet de ces verbes reste je. Le pronom les est COD : il ne commande pas l’accord.
Accorder stupéfaits dans la réécriture.
Garder stupéfait au singulier.
Cet adjectif se rapporte au narrateur, qui reste seul. Seule la personne observée change.
Écrire évasives, ou oublier le s de évasifs.
Écrire ils restaient évasifs.
Le sujet demande le masculin pluriel : la finale -ive devient -if, et le pluriel ajoute un s.
Répondre présent du subjonctif à la question 7. a).
Répondre imparfait de l’indicatif.
Les deux formes s’écrivent de la même façon, mais la phrase n’a pas de que et raconte des faits passés.
À la question 6, présenter la femme de la photographie comme la mère du narrateur.
Parler d’une femme anonyme, dont l’attitude rappelle celle de ce personnage.
La légende ne la nomme pas. Le sujet demande des liens entre deux documents, pas une identification.
Questions fréquentes
Combien de temps dure cette partie et combien de points vaut-elle ?
Le sujet indique 1 h 10 pour 50 points : 32 points de compréhension et 18 points de grammaire, dont 10 pour la réécriture. Le dictionnaire et la calculatrice sont interdits.
Faut-il connaître l’histoire du Rwanda pour répondre ?
Non. Le texte et la légende de la photographie donnent ce qu’il faut : un pays frappé par une violence extrême et le génocide de 1994. Tes réponses doivent partir de ces documents.
Pourquoi ce corrigé cite-t-il si peu le texte ?
Le texte de Gaël Faye est protégé par le droit d’auteur. Garde le sujet à côté de toi : sur ta copie, tu dois recopier les passages indiqués entre guillemets.
Quel est le lien avec la rédaction d’Amérique du Nord ?
Le sujet demande de conserver le texte pour la rédaction. L’un des deux sujets au choix fait écrire une lettre du narrateur à sa mère. L’autre demande si les œuvres d’art doivent montrer une réalité violente.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.