Le sujet en bref
Le sujet de Nouvelle-Calédonie s’appuie sur une tirade des Femmes savantes de Molière, où Chrysale s’oppose au savoir des femmes, et sur une publicité Seb des années 1960. Il fallait dégager sa thèse et ses arguments, juger du comique et de l’avis de Molière, puis réussir la réécriture à l’imparfait, notée sur 8 points.
Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)
Le texte de Molière date de 1672 : ce corrigé le cite, avec les numéros de vers du sujet, qui comptent aussi la ligne du nom de Chrysale. Une bonne réponse cite le texte, puis explique ce que la citation prouve. D’autres réponses sont possibles si elles sont justifiées. Les questions imprimées totalisent 30 points, alors que le titre de cette partie en annonce 32.
Question 1 (3 points)
Identifier le genre du texte et le prouver avec deux éléments ou plus.
Ce texte appartient au théâtre. Plus précisément, il s’agit d’une comédie.
La présentation. Le nom du personnage qui parle est placé avant ses paroles : Chrysale à la ligne 1, Philaminte à la ligne 43. Le texte se compose donc de répliques, sans narrateur. Le texte d’introduction parle d’ailleurs d’une scène.
La didascalie. L’indication « à Bélise » (ligne 1) n’est pas prononcée. Elle précise à qui l’acteur s’adresse, et elle sert à la mise en scène.
Les vers. Chrysale parle en alexandrins, des vers de douze syllabes, avec des rimes suivies : « causes » et « choses » (vers 3 et 4), « sensés » et « assez » (vers 9 et 10).
Le théâtre (une comédie) : répliques, didascalie, texte en vers.
Conseil : Le vers ne suffit pas à prouver le théâtre, car un poème est aussi en vers. Appuie-toi d’abord sur les noms des personnages et sur la didascalie.
Question 2 (2 points)
Nommer les trois personnages et dire ce qui les unit.
Les trois personnages sont Chrysale, Bélise et Philaminte.
Bélise est la sœur de Chrysale, qui l’appelle « ma sœur » (vers 2 et 39). Le texte d’introduction présente Philaminte comme la belle-sœur de Bélise. On en déduit que Philaminte est la femme de Chrysale.
Chrysale est le frère de Bélise et le mari de Philaminte.
Conseil : Le lien entre Chrysale et Philaminte n’est pas écrit : il se déduit. Montre ce raisonnement en deux temps.
Question 3. a) (2 points)
Formuler l’idée que Chrysale défend.
Chrysale soutient qu’une femme ne doit pas chercher à étudier ni à tout savoir. Elle doit se consacrer à sa maison et à sa famille.
Il l’annonce dès le début : « Il n’est pas bien honnête […] / Qu’une femme étudie et sache tant de choses » (vers 3 et 4). Le mot honnête signifie ici convenable.
Le savoir ne convient pas aux femmes : leur rôle est de tenir la maison.
Question 3. b) (6 points)
Repérer trois arguments de Chrysale et les redire avec tes propres mots.
Premier argument : la femme a déjà sa tâche. Selon lui, élever les enfants, surveiller les domestiques et tenir le budget doivent suffire à l’occuper (vers 5 à 8). C’est même, dit-il, sa seule « philosophie » (vers 8).
Deuxième argument : la tradition. Autrefois, les femmes ne lisaient pas et n’en vivaient pas plus mal : leurs seuls « livres » étaient le dé et l’aiguille (vers 13 à 16). Chrysale s’appuie sur l’avis de ses ancêtres, « Nos pères » (vers 9).
Troisième argument : ce savoir est inutile et fait oublier l’essentiel. Dans sa maison, on connaît le mouvement des astres, mais on ignore ce qui sert au quotidien : « l’on sait tout chez moi, hors ce qu’il faut savoir » (vers 22).
Tu peux aussi retenir l’argument de la maison désorganisée : les domestiques imitent leurs maîtresses et ne font plus leur travail (vers 27 à 34). Un autre encore : le savoir rend injuste, puisqu’on renvoie une servante pour ses fautes de langage (vers 35 à 38).
Conseil : Le sujet demande de relever, puis de reformuler. Pour chaque argument, donne le vers ou une courte citation, puis dis l’idée avec tes mots.
Question 4 (4 points)
Dire si le passage fait rire, et le prouver avec deux éléments.
Oui, ce texte est comique, et le rire vient surtout de Chrysale lui-même.
Le comique de mots. Chrysale passe des astres à son pot de chambre. Il cite « Vénus, Saturne et Mars » (vers 24), puis il se plaint qu’on néglige « mon pot » (vers 26). Le rapprochement entre le ciel et un objet si vulgaire fait rire.
Le comique de situation et de caractère. Chrysale répète qu’il parle à sa sœur (vers 2 et 40). Il insiste trop pour qu’on le croie. Ses reproches visent aussi Philaminte, et c’est elle qui répond au vers 44. On peut penser qu’il n’ose pas attaquer sa femme en face : ce mari autoritaire en paroles paraît craintif.
Tu peux aussi citer le vers 34, « Et j’ai des serviteurs, et ne suis point servi », où la répétition souligne son dépit. Le jeu sur « Raisonner » et « raison » (vers 29 et 30) convient également.
Oui : décalage entre les astres et le pot, et mari qui n’ose pas parler à sa femme.
Conseil : Nomme le type de comique, cite le texte, puis explique pourquoi on rit. Dire que le passage est « drôle » ne prouve rien.
Question 5 (6 points)
Donner ton avis, avec trois éléments ou plus, sur l’accord entre Molière et son personnage.
À mon avis, Molière ne partage pas le point de vue de Chrysale, même s’il ne lui donne pas tort sur tout.
Molière rend Chrysale ridicule. Le personnage ramène tout à son confort : son pot (vers 26), son rôti brûlé (vers 31), son verre à remplir (vers 32). Ses plaintes paraissent bien petites à côté des astres et des livres. On peut penser que Molière ne prêterait pas ces traits à un personnage dont il voudrait défendre les idées.
Ses arguments sont exagérés et fragiles. Il prétend qu’il suffit à une femme de distinguer deux vêtements (vers 11 et 12). Cette exagération rend sa thèse absurde. Il invoque aussi « Nos pères » (vers 9), mais une idée n’est pas juste parce qu’elle est ancienne.
Chrysale manque de courage. Il fait semblant de ne parler qu’à sa sœur (vers 2 et 40), alors qu’il s’en prend aussi à sa femme. Un personnage aussi faible ne ressemble guère à un porte-parole.
Une nuance s’impose. Molière ne se range pas pour autant du côté des femmes savantes. Renvoyer une servante pour une faute de langage est cruel (vers 37 et 38), et la formule du vers 30 touche juste : à force de raisonner, on perd le bon sens. On peut penser que Molière se moque des excès des deux camps, et non du savoir lui-même.
Conseil : Cette question demande ton avis : annonce ta position dès la première phrase. Le contraire reste défendable si tu l’appuies sur trois éléments du texte. Distingue toujours ce que dit le personnage de ce que pense l’auteur.
Question 6. a) (3 points)
Présenter le document, puis le décrire.
Ce document est une publicité pour la cocotte-minute de la marque Seb, qui date des années 1960, selon la légende du sujet.
Sur un fond jaune vif, une jeune femme brune aux cheveux courts occupe la droite de l’image. Elle porte un chemisier rouge, du rouge à lèvres et du vernis. Elle se tient de profil, tourne la tête vers nous et sourit. Sa main serre la poignée de la cocotte en métal brillant, placée au premier plan.
À gauche, le slogan s’adresse à un homme : « Monsieur vous qui aimez la bonne cuisine offrez lui une Super Cocotte ». Le mot Monsieur est mis en valeur, et le nom du produit figure en grandes capitales orange. Au-dessous se trouve le logo Seb, dans un triangle noir. En bas à droite, une mention présente l’objet comme un produit de luxe à un prix accessible.
Conseil : Présente d’abord le document : nature, marque, époque. Décris ensuite en suivant un ordre, ici la femme, l’objet, puis le texte.
Question 6. b) (4 points)
Juger, avec trois éléments ou plus, si cette publicité convient comme illustration du texte.
Cette image me paraît bien choisie, car elle montre que les idées de Chrysale ont duré trois siècles.
La même place est donnée à la femme. La publicité l’associe à la cuisine, comme Chrysale limite le rôle des femmes à « Faire aller son ménage » (vers 6). Rien, sur cette image, n’évoque l’étude ou la lecture.
Le point de vue est celui d’un homme. Le slogan parle à Monsieur, de son goût pour la bonne cuisine. On peut penser que la femme recevra le cadeau et que l’homme en profitera à table. De même, Chrysale pense d’abord à son repas quand il se plaint de son « rôt » brûlé (vers 31).
La femme semble heureuse de ce rôle. Son large sourire répond à l’affirmation de Chrysale sur les femmes d’autrefois : « elles vivaient bien » (vers 13). Dans les deux cas, on suggère qu’une femme s’épanouit dans les tâches de la maison.
Une nuance reste possible : Molière fait rire de Chrysale, alors que la publicité présente ce partage des rôles sans aucune moquerie. Rapprocher les deux documents invite donc à regarder cette image d’un œil critique.
Conseil : Chaque élément relie un détail précis de l’image à une citation. Une réponse négative serait aussi acceptable, si elle est argumentée avec trois éléments.
Grammaire et compétences linguistiques (18 points)
Le sujet passe de la question 6 à la question 9 : il n’existe pas de questions 7 et 8, et ce corrigé n’en a retiré aucune.
Question 9. a) (2 points)
Décomposer le mot raisonnement du vers 30 pour en tirer le sens.
Le mot est formé sur le verbe raisonner, lui-même dérivé du nom raison. Le suffixe -ment transforme ici le verbe en nom.
Le raisonnement est donc l’action de raisonner : c’est une suite d’idées, reliées avec logique, qui mène à une conclusion.
Raisonn(e)- + suffixe -ment : l’action de raisonner.
Conseil : Tu dois expliquer la formation et donner le sens. Le vers 30 joue d’ailleurs sur cette famille : raisonnement et raison ont le même radical, mais Chrysale les oppose.
Question 9. b) (2 points)
Donner la classe et la fonction de ce mot dans le vers.
Raisonnement est un nom commun, au masculin singulier, précédé du déterminant le.
Le groupe nominal le raisonnement est sujet du verbe bannit. Pour le vérifier, on peut l’encadrer : c’est le raisonnement qui bannit la raison.
Nom commun, sujet du verbe bannit.
Conseil : La classe dit ce qu’est le mot, la fonction dit son rôle dans la phrase. Ne confonds pas ce nom avec l’infinitif Raisonner du vers 29.
Question 10 (2 points)
Nommer le temps le plus employé dans les vers 17 à 22 et préciser sa valeur.
Le temps dominant est le présent de l’indicatif : sont, veulent, est, laissent, sait, faut.
C’est un présent d’énonciation, aussi appelé présent d’actualité. Il décrit ce qui se passe au moment où Chrysale parle, comme l’indique l’expression « à présent » (vers 17).
Ce présent s’oppose aux imparfaits des vers 13 à 16, qui décrivaient les femmes d’autrefois.
Présent de l’indicatif, valeur d’énonciation.
Conseil : Ce n’est pas un présent de vérité générale : Chrysale décrit la situation actuelle, chez lui, et non une règle valable en tout temps.
Question 11 (4 points)
Repérer et nommer les subordonnées des vers 9 à 12.
Le vers 9 contient la proposition principale : « Nos pères, sur ce point, étaient gens bien sensés ». Les subordonnées se trouvent dans les vers 10 à 12.
La proposition subordonnée relative : « Qui disaient qu’une femme en sait toujours assez ». Elle commence par le pronom relatif qui et complète l’antécédent gens.
La proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de temps : « Quand la capacité de son esprit se hausse / À connaitre un pourpoint d’avec un haut de chausse ». Elle commence par la conjonction quand.
Le sujet annonce deux subordonnées, mais une analyse complète en trouve une troisième, placée à l’intérieur de la relative : « qu’une femme en sait toujours assez ». C’est une subordonnée conjonctive complétive, COD du verbe disaient. La circonstancielle de temps dépend à son tour du verbe sait de cette complétive : les trois propositions s’emboîtent.
Une relative et une circonstancielle de temps, avec une complétive à l’intérieur de la relative.
Conseil : La consigne ne dit pas lesquelles sont attendues. Ici, le plus sûr est de relever et de nommer les trois, en repérant leur mot subordonnant : qui, qu’ et quand.
Question 12 : réécriture (8 points)
Faire passer les vers 25 à 30 du présent à l’imparfait.
Neuf verbes conjugués changent. Le reste du passage ne bouge pas.
Aller : va devient allait, aux vers 25 et 26.
Savoir : sait devient savait.
Avoir : j’ai devient j’avais, et ils ont devient ils avaient.
Aspirer : aspirent devient aspiraient, car le sujet Mes gens reste au pluriel.
Faire : font devient faisaient.
Être : est devient était.
Bannir : bannit devient bannissait. Ce verbe du 2e groupe prend -iss- à l’imparfait.
Les infinitifs chercher, plaire, faire et Raisonner restent invariables.
Et, dans ce vain savoir, qu’on allait chercher si loin, / On ne savait comme allait mon pot, dont j’avais besoin. / Mes gens à la science aspiraient pour vous plaire, / Et tous ne faisaient rien moins que ce qu’ils avaient à faire. / Raisonner était l’emploi de toute ma maison, / Et le raisonnement en bannissait la raison… !
Conseil : Conserve la ponctuation et le retour à la ligne de chaque vers. Compte tes verbes : il y en a neuf, dont trois dans le vers 26.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Présenter Philaminte comme la sœur de Chrysale.
Dire qu’elle est sa femme, et que Bélise est sa sœur.
Le texte d’introduction fait de Philaminte la belle-sœur de Bélise, que Chrysale appelle « ma sœur ».
Écrire que Molière pense comme Chrysale, sans discuter.
Distinguer ce que dit le personnage de ce que suggère l’auteur.
Chrysale est rendu ridicule par ses préoccupations et par sa peur d’affronter sa femme. Une comédie ne donne pas forcément raison à celui qui parle.
Dans la réécriture, écrire banissait ou bannisait.
Écrire bannissait, avec deux n et deux s.
Bannir s’écrit avec deux n, et les verbes du 2e groupe prennent -iss- à l’imparfait.
Accorder au singulier Mes gens à la science aspirait.
Écrire aspiraient.
Le sujet Mes gens est séparé du verbe par à la science, mais il reste au pluriel.
Répondre « subordonnée » pour le vers 9 à la question 11.
Y voir la proposition principale.
Ce vers ne commence par aucun mot subordonnant. Les subordonnées en dépendent.
Questions fréquentes
Combien de temps dure cette partie de l’épreuve de français en Nouvelle-Calédonie ?
Le sujet indique 1 h 10 pour 50 points. Le dictionnaire et la calculatrice sont interdits. La réécriture vaut à elle seule 8 points.
Pourquoi n’y a-t-il pas de questions 7 et 8 dans ce sujet ?
Le sujet officiel passe directement de la question 6 à la question 9, sans explication. Les points imprimés totalisent 48, alors que la page de garde en annonce 50.
Faut-il garder le sujet après cette partie ?
Oui. La page de garde demande de rendre la copie et de conserver le sujet comme support pour la rédaction.
Quel est le lien avec la rédaction de Nouvelle-Calédonie ?
Les deux sujets au choix prolongent ce texte. L’un demande d’écrire la réponse de Bélise à Chrysale, l’autre de réfléchir à l’art comme moyen de dénoncer les travers de la société.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.