Le sujet en bref
Le sujet des Pays du groupe 1 s’appuie sur la scène 5 de l’acte IV de Tartuffe de Molière, où Elmire fait parler l’imposteur devant son mari caché sous la table, et sur une photographie de la mise en scène d’Ivo Van Hove. Il fallait expliquer les arguments de Tartuffe, les doubles sens de la scène et le regard d’Orgon, puis réussir la réécriture au pluriel, notée sur 10 points.
Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)
Le texte de Molière peut être cité librement. Les numéros de vers sont ceux du sujet, qui compte aussi la didascalie et chaque moitié de vers partagé. Une bonne réponse cite le texte, puis explique ce que la citation prouve. D’autres réponses sont possibles si elles sont justifiées.
Question 1 (5 points)
Choisir parmi les trois résumés proposés celui qui convient, et le prouver par deux citations expliquées.
Le bon résumé est le b) : Elmire résiste à Tartuffe et l’amène à se dévoiler, afin qu’Orgon le renvoie.
Elle repousse Tartuffe. Elle lui demande : « Mais comment consentir à ce que vous voulez, / Sans offenser le ciel » (vers 13 et 14). Elle ne cède pas : elle oppose une objection à sa demande.
Elle le fait parler. Sa réplique « Mais des arrêts du ciel on nous fait tant de peur ! » (vers 18) oblige Tartuffe à répondre. Il développe alors tout son raisonnement et dévoile son hypocrisie, alors qu’Orgon, caché à la demande de sa femme selon le chapeau, entend tout.
Le résumé a) ne convient pas : Elmire ne se laisse pas séduire, et c’est elle qui a fait cacher Orgon. Le résumé c) ne convient pas non plus : elle compare l’amour de Tartuffe à un tyran (vers 1), ce qui n’a rien d’un aveu.
Résumé b).
Conseil : Chaque citation doit être suivie de son explication. Écarter les deux autres résumés en une phrase rend ta réponse plus solide.
Question 2 (4 points)
Expliquer ce qui heurte Elmire dans ses deux premières répliques, avec deux citations.
La brutalité du désir de Tartuffe. Elle compare son amour à un pouvoir sans limites : il agit « en vrai tyran » (vers 1). Tartuffe la poursuit sans lui laisser de répit, au point qu’elle n’a pas « le temps de respirer » (vers 6). Elle est choquée de subir une pression qui ne tient aucun compte de sa volonté.
La contradiction entre ses paroles et ses actes. Elle se demande comment elle pourrait céder « Sans offenser le ciel, dont toujours vous parlez » (vers 14). Le ciel désigne ici Dieu. Celui qui parle sans cesse de religion réclame une faute : c’est l’hypocrisie même de Tartuffe qu’elle pointe.
La violence de son désir, et le décalage entre sa dévotion affichée et ce qu’il demande.
Conseil : Prends une citation dans chacune des deux répliques : la première sur la violence, la seconde sur le ciel.
Question 3. a) (2 points)
Dégager les deux arguments par lesquels Tartuffe veut rassurer Elmire dans les vers 19 à 30.
Premier argument : on peut s’arranger avec le ciel. Le ciel interdit certains plaisirs, mais « on trouve avec lui des accommodements » (vers 22). Selon Tartuffe, une intention pure suffit à corriger une mauvaise action (vers 25 et 26). La faute n’en serait donc plus une.
Deuxième argument : Elmire ne risque rien, car il prend tout sur lui. Elle n’a qu’à se laisser guider (vers 28). Il s’engage à sa place : « Je vous réponds de tout, et prends le mal sur moi » (vers 30).
Conseil : Reste dans les vers 19 à 30. L’argument du secret arrive plus tard, à partir du vers 40, et ne répond pas à cette question.
Question 3. b) (2 points)
Nommer et expliquer un procédé qui donne de la force à ces arguments.
Les rimes mettent ces arguments en valeur, car elles rapprochent les mots clés du raisonnement. La rime entre contentements et accommodements (vers 21 et 22) associe le plaisir interdit au moyen de l’obtenir. La rime entre action et intention (vers 25 et 26) résume sa théorie : l’intention efface l’action. Le son lie ces mots, comme si leur accord allait de soi.
Deux autres réponses conviennent. Le mode : l’indicatif présente ses arguments comme des faits, puis l’impératif du vers 29 passe à l’ordre. Le sens des verbes : dissiper, lever, étendre et rectifier (vers 19, 20, 24 et 25) sont des verbes d’action, qui font de la morale une matière que l’on peut modifier à son gré.
Conseil : Un seul procédé est demandé, mais il doit être nommé, situé et expliqué.
Question 4. a) (4 points)
Montrer que Tartuffe et Elmire ne donnent pas le même sens au mot supplice.
Pour Tartuffe, le mot se rapporte à la toux. Il comprend qu’Elmire souffre physiquement. C’est pourquoi il lui propose aussitôt du jus de réglisse (vers 34), comme on soigne un mal banal.
Pour Elmire, le mot désigne une souffrance morale. Un supplice est, au sens propre, une torture. Elle est torturée par les avances de Tartuffe et par l’attente : elle tousse de plus en plus fort, et son mari ne sort toujours pas de sa cachette. On peut penser que sa réplique s’adresse aussi à Orgon, qui l’entend.
Conseil : Le spectateur comprend ce que Tartuffe ne comprend pas : ce décalage crée le comique de la scène. Une même réplique vise ici plusieurs destinataires, c’est la double énonciation.
Question 4. b) (2 points)
Repérer et expliquer le second jeu de mots, aux vers 35 et 36.
Le jeu de mots porte sur rhume obstiné. Au sens propre, Elmire parle d’un rhume tenace, qu’aucun remède ne soigne. C’est ainsi que Tartuffe l’entend.
Au sens caché, on peut penser que l’obstiné est Orgon, qui reste sous la table et s’entête à ne pas intervenir. Le vers 36 prend alors un second sens : aucun jus, c’est-à-dire aucun remède, ne viendra à bout de ce mal-là.
On peut aussi y voir Tartuffe, qui s’obstine dans sa poursuite. La réponse reste valable si tu expliques les deux sens.
Conseil : Obstiné se dit d’abord d’une personne : c’est l’indice du double sens. Là encore, Elmire parle à Tartuffe pour être comprise par quelqu’un d’autre.
Question 5 (6 points)
Nommer deux émotions probables d’Orgon sous la table et les justifier par le texte.
La colère. Orgon entend un homme qui vit chez lui réclamer sa femme sans détour : « Contentez mon désir » (vers 29). Plus loin, Tartuffe promet à Elmire « un plein secret » (vers 40), alors que le mari est présent et l’écoute. Cette trahison, commise dans sa propre maison, a de quoi le rendre furieux.
La déception. Le chapeau rappelle qu’Orgon fait entièrement confiance à Tartuffe. Or il découvre que ce dévot traite le ciel comme un partenaire avec qui l’on négocie (vers 21 et 22), et qu’il croit qu’on ne pèche pas si personne ne le sait : « ce n’est pas pécher que pécher en silence » (vers 43). L’homme à qui il se fiait n’existe pas. Il peut aussi avoir honte d’avoir été si naïf.
Par exemple la colère et la déception.
Conseil : Le chapeau est une indication du texte : sers-t’en. La stupeur, la honte ou la jalousie conviennent aussi si tu les justifies.
Question 6. a) : image (2 points)
Proposer deux explications à l’absence de nappe dans cette mise en scène.
Première hypothèse : rendre Orgon visible. Sans nappe, le public voit le visage et le buste d’Orgon. Il peut suivre ses réactions tout en écoutant Tartuffe. Il sait ainsi ce que Tartuffe ignore, ce qui renforce le comique et la tension.
Deuxième hypothèse : montrer qu’Orgon est exposé. Une nappe le protégerait. Sans elle, il n’a presque plus de cachette et paraît piégé entre les pieds de la table, dont l’un passe devant lui comme un barreau. On peut y voir un homme qui ne peut plus se cacher la vérité.
Conseil : On te demande pourquoi, pas de décrire. Présente chaque idée comme une hypothèse, avec « on peut penser » ou « peut-être ».
Question 6. b) : image (5 points)
Situer dans la scène le moment de ce regard, en s’appuyant sur le texte, le visage et la posture de l’acteur.
Selon moi, Orgon lance ce regard aux vers 29 et 30, quand Tartuffe demande à Elmire de céder et prétend prendre la faute sur lui.
Le texte. C’est le moment où tout bascule. Jusque-là, Tartuffe raisonnait sur le ciel. Ici, il passe à l’ordre : « Contentez mon désir » (vers 29). Le doute n’est plus guère permis. Juste après, la didascalie indique qu’Elmire tousse plus fort : on peut penser qu’elle l’appelle.
Le visage. Sur la photographie, Orgon est vu de profil. Son regard part vers la droite de l’image et sa bouche est fermée : il ne crie pas. On peut y lire une attention tendue, comme s’il venait de comprendre et retenait sa colère.
La posture. Il se tient le buste droit, sans baisser la tête, entre les pieds de la table, dont l’un passe devant lui. On peut penser qu’il guette la suite, comme un homme sur le point d’intervenir.
D’autres moments se défendent si tu les justifies, par exemple la fin de la scène (vers 40 à 43), où Tartuffe promet le secret alors que le mari écoute.
Conseil : Trois appuis sont exigés : le texte, le visage et la posture. Sépare ce que tu vois de ce que tu en déduis.
Compétences linguistiques et grammaticales (18 points)
Question 7. a) (1 point)
Indiquer la fonction du groupe des accommodements dans le vers 22.
Des accommodements est complément d’objet direct (COD) du verbe trouve. Il est relié au verbe sans préposition et il indique ce que l’on trouve.
COD du verbe trouve.
Conseil : Ici, des est un article indéfini, pluriel de un. Quant au groupe avec lui, c’est un complément circonstanciel : ne le confonds pas avec le COD.
Question 7. b) (2 points)
Prouver cette analyse par deux manipulations nommées et effectuées.
La pronominalisation. Le groupe se remplace par le pronom en : « Mais on en trouve avec lui. » La phrase reste correcte, et ce pronom reprend le COD.
La transformation passive. Le COD devient le sujet de la phrase : « Mais des accommodements sont trouvés avec lui. » Ce passage à la voix passive confirme que le groupe est COD.
Une autre manipulation convient : la suppression. Sans le groupe, il reste « Mais on trouve avec lui », qui n’a plus de sens ici. Le groupe est donc essentiel.
Conseil : Le sujet demande de nommer et de réaliser : écris chaque phrase obtenue. Poser la question quoi ne compte pas comme une manipulation.
Question 8. a) (1 point)
Identifier le mode et le temps de Contentez.
Le verbe contenter est à l’impératif présent, à la deuxième personne du pluriel. Il n’a pas de sujet exprimé, et Tartuffe vouvoie Elmire.
Impératif présent.
Question 8. b) (1 point)
Dire ce qu’exprime ici ce mode.
L’impératif exprime ici un ordre. Après avoir raisonné, Tartuffe passe à la demande directe : il réclame. C’est une demande pressante, qui peut révéler sa volonté de dominer.
L’ordre.
Conseil : L’impératif peut aussi exprimer un conseil ou une prière. Ici, le vers 29 donne deux impératifs à la suite, et le ton est celui de l’exigence. La prière pressante se défend aussi, puisque Tartuffe cherche à obtenir l’accord d’Elmire.
Question 9. a) (1 point)
Trouver un verbe et un adjectif formés sur le même radical que effroi.
Verbe : effrayer.
Adjectif : effrayant ou effroyable.
Effrayer ; effrayant ou effroyable.
Conseil : Une famille de mots se construit autour d’un même radical. Le mot peureux a un sens voisin, mais il n’appartient pas à cette famille.
Question 9. b) (2 points)
Trouver un mot de sens proche et un mot de sens contraire à effroi.
Synonyme : frayeur, terreur ou épouvante.
Antonyme : calme, sérénité ou assurance.
Par exemple frayeur et sérénité.
Conseil : Effroi est un nom : donne des noms. Un adjectif comme rassuré ne convient pas.
Question 10 : réécriture (10 points)
Réécrire les quatre premiers vers en passant du singulier au pluriel, avec vos amours comme groupe de départ.
Le piège est le genre. Amour est masculin au singulier. Au pluriel, au sens de passion, il est souvent féminin, mais le masculin reste correct. Ici, Molière traite le mot au masculin, puisqu’il le reprend par il. Seules les modifications nécessaires sont demandées : on garde donc le masculin, et le pronom devient ils.
Premier vers : votre amour devient vos amours, comme le demande le sujet. En vrai tyran devient en vrais tyrans, et agit devient agissent.
Pronom sujet : il devient ils, quatre fois (une fois au vers 2, une au vers 3, deux au vers 4).
Verbes au présent : jette devient jettent, prend devient prennent, veut devient veulent, désire devient désirent.
Le reste ne change pas, notamment les compléments un trouble étrange, l’esprit, les cœurs et un furieux empire.
Autre réponse correcte : le féminin pluriel, l’usage traditionnel de ce mot au pluriel. Il faut alors écrire elles les quatre fois : elles me jettent, elles prennent, elles veulent, ce qu’elles désirent. Les verbes ne changent pas, et en vrais tyrans reste au masculin, car le nom tyran garde son genre. Choisis un genre et garde-le partout.
Mon Dieu ! que vos amours en vrais tyrans agissent ! / Et qu’en un trouble étrange ils me jettent l’esprit ! / Que sur les cœurs ils prennent un furieux empire ! / Et qu’avec violence ils veulent ce qu’ils désirent !
Conseil : Sans compter vos amours, onze mots changent : compte-les avant de rendre ta copie. Tu n’as pas à garder la rime ni le nombre de syllabes, mais conserve les majuscules et les points d’exclamation.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Dans la réécriture, laisser en vrai tyran au singulier.
Écrire en vrais tyrans.
Ce groupe se rapporte à vos amours, qui est maintenant au pluriel.
Écrire prenent ou veulents dans la réécriture.
Écrire prennent et veulent.
Prendre double le n à la troisième personne du pluriel, et cette personne se termine par -ent.
Répondre que le supplice d’Elmire n’est que sa toux.
Distinguer le sens compris par Tartuffe et la souffrance morale d’Elmire.
La question porte sur les deux personnages : la toux est l’interprétation de Tartuffe.
Répondre que des accommodements est complément circonstanciel.
Répondre COD du verbe trouve.
Le groupe ne peut être ni déplacé ni supprimé. Le complément circonstanciel du vers est avec lui.
Choisir le résumé a), parce qu’Elmire continue à discuter avec Tartuffe.
Choisir le résumé b) : cette discussion est une ruse.
Le chapeau précise que c’est elle qui a fait cacher son mari. Elle veut qu’il entende tout.
Questions fréquentes
Combien de temps dure cette partie de l’épreuve de français 2025 dans les Pays du groupe 1 ?
Le sujet indique 1 h 10 pour 50 points : 32 points de compréhension et 18 points de grammaire. La réécriture compte à elle seule pour 10 points.
Le dictionnaire est-il autorisé pour ces questions ?
Non. Le sujet interdit le dictionnaire et la calculatrice dans cette partie. Les notes de bas de page expliquent les mots difficiles, comme empire ou sans quartier.
Faut-il avoir lu tout Tartuffe pour répondre ?
Non. Le chapeau donne l’essentiel : Tartuffe est un hypocrite, Orgon lui fait confiance, et Elmire a fait cacher son mari sous la table. Toutes les réponses se trouvent dans l’extrait et la photographie.
Quel est le lien avec la rédaction de ce sujet ?
Le sujet demande de conserver le texte pour la rédaction. Le sujet d’imagination fait parler Orgon juste après cette scène, et le sujet de réflexion interroge le pouvoir du rire pour dénoncer.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.