Le sujet en bref
Le sujet d’Asie s’appuie sur un extrait de Noir Liban de Salma Kojok, où une broche en perle ramène la narratrice à son départ d’Abidjan pour Beyrouth, et sur la photographie de la valise d’un homme né en Inde, arrivé en France en 1972. Il fallait expliquer la rupture familiale, analyser l’Atlantique et le rôle de la broche, puis réussir la réécriture au féminin pluriel, notée sur 10 points.
I. Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)
Le sujet imprime « Kojoc », mais l’auteure s’appelle Salma Kojok. Son texte date de 2023 et reste protégé par le droit d’auteur : ce corrigé le paraphrase et renvoie aux lignes. Sur ta copie, à chaque renvoi, recopie les mots du texte entre guillemets. D’autres réponses sont possibles si elles sont justifiées.
Question 1 (6 points)
Inventer un titre pour l’extrait et le défendre par deux éléments distincts du texte.
Je propose comme titre : Le voyage de la perle.
Premier élément : la broche guide tout l’extrait. Elle est retrouvée au début (lignes 1 et 2), puis repérée sur la robe de l’enfant (ligne 9). Son origine occupe ensuite le troisième paragraphe (lignes 10 à 18), et elle est encore sous les yeux de la narratrice à la fin (lignes 21 et 22). C’est bien elle, le fil conducteur.
Deuxième élément : cet objet se déplace sans cesse. Les lignes 19 à 21 retracent son parcours : la plage de Bassam, un tiroir à Beyrouth, puis une maison de Hamra. Ce trajet croise celui de la narratrice, partie d’Abidjan pour Beyrouth à neuf ans (lignes 3, 4, 10 et 11). Raconter le voyage de la perle, c’est aussi raconter son propre départ.
Conseil : Tout titre justifié convient : La broche de la mémoire ou Une larme venue de l’océan se défendent aussi. Tes deux éléments doivent prouver deux idées différentes, pas la même idée deux fois.
Question 2 (4 points)
Préciser de quelle séparation parle la ligne 4, avec une citation expliquée.
Selon moi, la grande rupture est le départ lui-même, qui sépare la narratrice de son père et de sa vie d’enfant en Côte d’Ivoire. Le jour où la photo est prise, elle a neuf ans et s’apprête à quitter Abidjan pour le Liban (lignes 3 et 4). Le chapeau précise que ses parents se sont séparés : la famille se défait, et l’enfant arrive chez sa grand-mère (lignes 10 et 11). Le texte ne dit pas ce que devient le père, mais on peut penser que ce voyage l’éloigne de sa fille, puisque la distance s’installe déjà entre eux sur la photo (lignes 8 et 9).
Citation à recopier : lignes 6 et 7, le passage sur la main du père. Cette main, gênée et repoussée vers le bas, forme une frontière avec la fillette. Une frontière sépare deux pays : le mot annonce celle que le voyage va mettre entre le père et la fille. Avant même le départ, la rupture se lit dans les corps.
Le départ pour le Liban, qui sépare la fillette de son père et de sa vie à Abidjan.
Conseil : La question dit « selon vous » : la rupture avec la mère, absente de la photo, se défend aussi. Dans tous les cas, ta citation doit être expliquée, pas seulement recopiée.
Question 3 (4 points)
Dire quels traits de sa famille la narratrice souligne dans le deuxième paragraphe, preuves à l’appui.
Le deuxième paragraphe (lignes 3 à 9) décrit la famille à partir d’une photographie. Trois traits ressortent.
Une famille brisée. Deux adjectifs de sens voisin, à la ligne 8, disent qu’elle est cassée, mise en morceaux. Le second renforce le premier.
Une famille incomplète. La mère n’est pas sur la photo : seuls le père et la fille sont dans le cadre (ligne 5), et la ligne 8 souligne cette absence.
Une famille sans chaleur. Le père se tient raide (lignes 5 et 6), sa main marque une limite avec sa fille (lignes 6 et 7) et l’espace se creuse déjà entre eux (lignes 8 et 9). Aucun geste de tendresse n’est décrit.
Cette image n’a donc que l’apparence d’une photo de famille : la narratrice la présente comme une mise en scène, une fiction (lignes 4 et 5).
Conseil : Ici, le portrait passe par une photo : appuie-toi sur ce qu’elle montre (la pose, les gestes, l’absence) et sur les mots qui jugent cette image.
Question 4 (6 points)
Dire ce que l’Atlantique signifie pour la narratrice dans le troisième paragraphe, à l’aide d’un procédé expliqué.
Pour la narratrice, l’Atlantique représente la mémoire de l’histoire, avec toute sa violence, mais aussi l’origine d’un cadeau fait à sa mère. Il n’est pas un simple décor : c’est un témoin du passé.
La personnification. L’océan agit comme un être humain : il garde un souvenir (ligne 15), il retient un son lointain (ligne 16), il offre enfin un présent (ligne 18). Il semble capable de se souvenir et de donner.
L’anaphore. Le nom de l’océan revient trois fois pour relancer la phrase (lignes 15, 16 et 18). Cette répétition marque les étapes d’une longue histoire : la traite des esclaves, la conquête coloniale, puis la découverte du bijou. La dernière reprise crée un contraste, car après tant d’horreur vient un geste de douceur.
La violence apparaît aussi dans l’énumération des lignes 17 et 18 : des marchandises ordinaires y côtoient des êtres humains vendus. Ce rapprochement choque et dénonce.
Ainsi, l’Atlantique réunit l’histoire de peuples entiers et celle d’une famille. On peut penser que la perle porte ce double héritage, puisqu’elle a la forme d’une larme (ligne 10).
Conseil : Un seul procédé suffit si tu l’expliques : nomme-le, situe-le, puis dis ce qu’il apporte au sens. Les navires négriers sont ceux qui transportaient des esclaves.
Question 5 (6 points)
Dégager deux fonctions de la broche dans le lien entre la grand-mère et sa petite-fille.
Dans le texte, la grand-mère est celle de la narratrice (lignes 1, 11 et 12), et le sujet nomme toujours « la narratrice » celle qui parle. On peut donc penser que la petite-fille est la narratrice elle-même.
La broche permet de transmettre l’histoire de la mère. La grand-mère révèle à la fillette l’origine du bijou (lignes 12 et 13). Cette parole relie l’enfant à sa mère absente : à partir de ce récit, elle l’imagine sur la plage (lignes 13 et 14). L’objet fait ainsi passer un souvenir d’une génération à l’autre.
La broche garde vivant le lien entre les deux. L’enfant arrive chez sa grand-mère avec ce bijou (lignes 10 et 11), et elle le retrouve dans sa chambre après sa mort (lignes 1 et 2). Devenu un héritage, il fait revenir le passé : la relation continue au-delà de la disparition de la grand-mère.
Autre lecture possible : le chapeau dit que la narratrice parle à « sa petite fille », écrit sans trait d’union. Si l’on comprend petite-fille, la grand-mère serait la narratrice elle-même, qui s’adresse à cette enfant (ligne 21). La broche déclenche alors le récit, et l’image du tissage (ligne 22) montre qu’elle crée un lien entre celles qui la regardent. Les deux rôles restent les mêmes : transmettre et relier.
Conseil : Deux idées bien séparées sont attendues, chacune avec sa preuve. Ne décris pas la broche : dis à quoi elle sert entre ces deux personnes.
Question 6 : image (6 points)
Rapprocher le texte de la photographie de la valise, à partir de deux éléments analysés.
La valise de Soundirassane Nadaradjane et le texte se répondent sur deux points.
Un départ loin de chez soi. La présentation de l’image indique que cet homme, né en Inde, arrive en France en 1972 avec cette valise. La narratrice, elle, quitte Abidjan pour le Liban à neuf ans, en 1995 (lignes 3 et 4). Dans les deux cas, une personne change de pays, et un objet l’accompagne : une valise d’un côté, une broche sur une robe de l’autre (lignes 9 à 11).
Des objets qui gardent la mémoire. La valise ouverte laisse voir des pages imprimées dans une écriture non latine, un vêtement plié, une serviette rayée, un rasoir et une photographie en noir et blanc d’un homme et d’une femme. On peut penser que ces objets simples ont pour lui une valeur de souvenir, comme la broche et la boîte à chaussure pour la narratrice (lignes 1 et 2). La photographie rapproche encore les deux documents : dans le texte aussi, une vieille image fait revenir le passé (lignes 3 à 9).
Enfin, cette valise appartient à un musée de l’histoire de l’immigration : une vie personnelle y rejoint une histoire collective. Le texte fait de même quand il relie un bijou de famille à la mémoire de l’Atlantique (lignes 15 à 18).
Conseil : Chaque lien doit s’appuyer sur un détail précis de l’image et sur un passage précis du texte. Parler seulement de voyage reste trop vague.
II. Grammaire et compétences linguistiques (18 points)
Les mots analysés sont donnés isolément. Pour les phrases entières, reporte-toi au sujet.
Question 7. a) (1 point)
Indiquer la fonction grammaticale de vingt ans plus tard.
Vingt ans plus tard est complément circonstanciel de temps : ce groupe indique quand la narratrice retrouve le bijou.
Complément circonstanciel de temps.
Question 7. b) (2 points)
Prouver cette analyse par deux manipulations nommées et expliquées.
Le déplacement. Le groupe peut changer de place : on peut le mettre en tête de phrase, ou à la toute fin, après le nom chambre. La phrase reste correcte.
La suppression. Le groupe peut être retiré : la phrase commence alors par le groupe sur le décès de la grand-mère, et elle reste correcte, même si elle perd une précision.
Un groupe que l’on peut déplacer et supprimer est un complément circonstanciel. Comme il répond à la question quand, il exprime le temps.
Conseil : Le sujet demande de nommer et d’expliquer : sur ta copie, écris la phrase obtenue après chaque manipulation. Poser la question quand ne compte pas comme une manipulation.
Question 8. a) (2 points)
Relever ce qui complète le nom broche dans ce passage et donner la classe de chaque élément.
Le nom broche a deux expansions.
en perle : groupe nominal prépositionnel, formé de la préposition en et du nom perle. Il précise la matière du bijou.
« que nous regardons tous deux pour tisser la toile entre nous » : proposition subordonnée relative. Elle est introduite par le pronom relatif que, dont l’antécédent est broche, et son verbe conjugué est regardons.
Un groupe nominal prépositionnel et une proposition subordonnée relative.
Conseil : On te demande la nature, pas la fonction : ne réponds pas complément du nom. Autre lecture : la tournure c’est… que peut s’analyser comme une mise en relief de la broche. Le mot que ne serait plus un vrai pronom relatif, et seul en perle resterait une expansion. Mais la consigne est au pluriel : on peut penser qu’elle attend ces deux expansions.
Question 8. b) (1 point)
Compléter le nom broche par une expansion d’une troisième classe.
La classe la plus simple à utiliser est l’adjectif qualificatif, employé comme épithète. Ajoute par exemple vieille devant le nom.
Le groupe devient : la vieille broche en perle. Le reste de la phrase ne change pas.
Conseil : Sur ta copie, réécris toute la phrase et accorde l’adjectif au féminin singulier. D’autres adjectifs conviennent : précieuse, ancienne, minuscule.
Question 9. a) (1,5 point)
Décomposer le mot représentation pour montrer comment il est construit.
C’est un mot dérivé, formé de trois éléments.
re- est un préfixe, qui marque souvent la répétition ou le retour.
présent- est le radical, celui du verbe présenter.
-ation est un suffixe, qui sert à former un nom à partir d’un verbe.
Une représentation, c’est l’action de rendre présent, de mettre sous les yeux, par une image par exemple. C’est le sens de la ligne 7 : la photo donne une image de la famille.
Préfixe re-, radical présent-, suffixe -ation.
Conseil : Tu peux aussi dire, plus simplement, que le nom est formé sur le verbe représenter avec le suffixe -ation. Le découpage complet reste plus précis.
Question 9. b) (0,5 point)
Donner la classe grammaticale de ce mot.
C’est un nom commun, féminin singulier. Il est précédé du déterminant la.
Nom commun.
Question 10 : réécriture (10 points)
Réécrire le passage des lignes 10 à 13 avec nous sommes arrivées, ce nous désignant la narratrice et sa sœur.
Ce nous représente deux filles : ce qui s’accorde passe au féminin pluriel. Les deux sœurs ont la même famille, et la grand-mère s’adresse désormais à elles deux. Reprends le passage du sujet et applique ces changements.
Point de départ : je suis arrivée devient nous sommes arrivées, comme le demande le sujet.
Déterminants possessifs : ma grand-mère devient notre grand-mère, deux fois (lignes 11 et 12).
Passé composé : je m’en suis souvenue devient nous nous en sommes souvenues. Le pronom réfléchi change avec le sujet. Le participe passé de se souvenir s’accorde avec le sujet.
Plus-que-parfait avec inversion : avais-je inventé devient avions-nous inventé. Le participe inventé ne s’accorde pas : employé avec avoir, il a son COD placé après lui.
Pronom complément : m’avait dit devient nous avait dit. Le sujet reste la grand-mère, donc le verbe reste au singulier.
Paroles rapportées : ta mère devient votre mère, car la grand-mère parle maintenant à deux enfants. Le nom mère reste au singulier.
Un mot ne bouge surtout pas : trouvée. Employé avec avoir, il s’accorde avec le COD l’, placé avant lui, qui reprend la broche, au féminin singulier.
Tout le reste est inchangé.
Conseil : En plus du groupe donné par le sujet, dix mots changent : compte-les avant de rendre ta copie. Relis ensuite le passage en vérifiant la ponctuation, que tu dois conserver.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Dans la réécriture, accorder trouvée au pluriel.
Garder l’a trouvée, au féminin singulier.
Le COD l’ reprend la broche, qui reste unique. Ce participe ne dépend pas du nous.
Oublier de changer ta mère, parce que le mot se trouve dans des paroles rapportées.
Écrire votre mère.
La grand-mère parle maintenant à deux sœurs : le possessif doit suivre.
Écrire nous nous en sommes souvenu, sans accord.
Écrire souvenues, au féminin pluriel.
Le sujet nous désigne deux filles, et le participe passé de se souvenir s’accorde avec lui.
Répondre complément du nom à la question 8. a).
Donner la nature : groupe nominal prépositionnel, proposition subordonnée relative.
Complément du nom est une fonction. La question porte sur la classe grammaticale.
Relever la répétition de l’Atlantique sans dire ce qu’elle apporte.
Nommer l’anaphore, puis expliquer qu’elle relie la violence de l’histoire au cadeau final.
Le sujet demande un procédé expliqué. Un nom de figure seul ne répond pas à la question.
Questions fréquentes
Combien de temps dure cette partie de l’épreuve de français 2025 en Asie ?
Le sujet indique 1 h 10 pour 50 points : 32 points de compréhension et 18 points de grammaire. La réécriture compte à elle seule pour 10 points.
Le dictionnaire est-il autorisé pour ces questions ?
Non. Le sujet interdit le dictionnaire et la calculatrice dans cette partie. Quatre notes de bas de page situent les lieux cités, comme Abidjan ou Hamra.
Y a-t-il une seule bonne réponse à la question du titre ?
Non. Plusieurs titres conviennent. Le sujet attend surtout une justification par deux éléments différents du texte.
Quel est le lien avec la rédaction de ce sujet ?
Le sujet demande de conserver le texte pour la rédaction. Les deux sujets au choix prolongent le thème des souvenirs : l’un porte sur les œuvres d’art qui les évoquent, l’autre sur un objet retrouvé.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.