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Corrigé du brevet de français 2024 : compréhension et grammaire (Pays du groupe 1)

Le sujet en bref

Le sujet des Pays du groupe 1 s’appuie sur un extrait de Bérénice de Racine, où Titus annonce la rupture à la femme qu’il aime, et sur la photographie d’une mise en scène de 2021. Il fallait montrer le conflit entre l’amour et le devoir, analyser les types de phrases et l’image, puis réussir la réécriture à la première personne du pluriel, notée sur 10 points.

Sujet officiel

Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)

Le sujet compte aussi les lignes qui portent le nom d’un personnage : Titus prend la parole au vers 8, et la ligne 25 est le nom de Bérénice. Ce corrigé suit cette numérotation. D’autres réponses sont possibles si elles sont justifiées.

Question 1 (4 points)

Choisir le titre le plus juste parmi les trois proposés et le défendre par deux éléments.

Je choisis le titre 2 : une rupture entre deux amants passionnés.

Premier élément : il s’agit bien d’une rupture. La phrase « il faut nous séparer » revient deux fois : Bérénice la prononce au vers 6, et Titus la reprend pour conclure sa réplique au vers 24. La décision est prise.

Deuxième élément : les deux personnages s’aiment passionnément. Titus n’arrive pas à retenir ses larmes (vers 19) et dit encore « ma Princesse » (vers 24). Bérénice affirme que son âme ne vit plus que pour lui (vers 28 et 29) et parle d’un « excès d’amour » (vers 31).

Les autres titres ne conviennent pas. Rien n’est heureux ici, puisque les pleurs et les douleurs dominent (vers 20 et 21) : cela écarte le titre 1. Le couple s’aime encore : cela écarte le titre 3.

Le titre 2 : une rupture entre deux amants passionnés.

Conseil : Prouve les deux moitiés du titre : la rupture d’une part, la passion d’autre part. Dire pourquoi les autres titres sont faux renforce ta réponse.

Question 2 (4 points)

Nommer ce que ressent Bérénice aux vers 4 à 6, à partir de la ponctuation et des pronoms personnels.

Bérénice ressent une détresse mêlée de reproche : elle est bouleversée et refuse de croire que l’homme qu’elle aime puisse la quitter.

La ponctuation. Les points d’exclamation (vers 4 et 6) traduisent le choc : d’abord la surprise de voir Titus, puis l’indignation. Les points d’interrogation du vers 5 montrent qu’elle réclame une confirmation, comme si elle espérait encore un démenti.

Les pronoms personnels. Elle s’adresse d’abord à lui en disant « vous » (vers 4). Au vers 5, elle parle de lui à la troisième personne, en le nommant, comme s’il n’était déjà plus là, et le pronom « m’ » fait d’elle la victime. Le « nous » du vers 6 désigne le couple qui se défait. Enfin, le tour « c’est lui qui » met le pronom « lui » en relief : elle désigne le responsable.

La détresse mêlée de reproche. Désespoir ou indignation conviennent aussi si la justification suit.

Conseil : Ici, les deux appuis sont imposés. Une émotion juste, sans la ponctuation et sans les pronoms, ne répond qu’à moitié.

Question 3. a) (4 points)

Classer dans la réplique de Titus quatre mots liés à sa fonction et quatre mots liés à ses émotions.

Le rôle politique : « prince » (vers 8), « devoir » (vers 13 et 16), « gloire » (vers 15 et 21), « empereur » (vers 23). On peut aussi retenir « rigueur » (vers 16).

Les sentiments : « malheureux » (vers 8), « trouble » (vers 10), « pleurs » (vers 19, 20 et 23), « faiblesse » (vers 18), « douleurs » (vers 21).

Conseil : Attention au mot « cœur » du vers 12 : la note 2 lui donne le sens de courage. Mieux vaut ne pas le ranger parmi les sentiments amoureux. De même, « votre amour » (vers 14) et les pleurs du vers 11 sont ceux de Bérénice, pas ceux de Titus.

Question 3. b) (2 points)

Dire ce que ces deux séries de mots révèlent de l’état de Titus.

Ces relevés montrent que Titus est déchiré entre son devoir d’empereur et son amour. Les deux champs lexicaux se mêlent dans sa réplique : le groupe « un prince malheureux » (vers 8) les réunit déjà, et le vers 23 parle des pleurs d’un empereur.

Il a choisi le devoir, qu’il présente comme une exigence sévère, et il appelle son amour une faiblesse (vers 18). Pourtant, ce choix le fait souffrir : son trouble le ronge (vers 10) et ses larmes lui échappent (vers 19). Il obéit à Rome, mais son cœur ne suit pas.

Question 4 (6 points)

Expliquer ce que chacun espère de l’autre en observant les phrases qui dominent dans leurs répliques.

Titus attend de Bérénice qu’elle l’aide à accomplir son devoir. Il emploie surtout des phrases de type impératif : il lui demande de se rappeler son courage (vers 12), de faire taire son amour (vers 14), de regarder son devoir en face (vers 16), de le fortifier et de l’aider (vers 17 et 18). Sa réplique s’ouvre sur la forme négative (vers 8) : il la prie d’abord de ne pas l’accabler. Il ne veut pas de plaintes. Il veut qu’elle partage son sacrifice.

Bérénice attend de Titus une explication. Elle emploie surtout des phrases interrogatives (vers 26, 27, 29 et 30, 31, puis 32 et 33), mêlées d’exclamations (« Ah cruel ! », vers 26). Ces questions ne cherchent pas une information : ce sont des reproches. Elle veut savoir pourquoi il l’a laissée s’engager sans la prévenir. Aux vers 32 à 34, elle invente même les paroles qu’il aurait dû lui dire, avec une phrase impérative à la forme négative au vers 34.

Les deux amants ne se répondent donc pas. Titus demande un soutien pour l’avenir, et Bérénice lui demande des comptes sur le passé.

Conseil : Donne le type de phrase, puis dis ce qu’il révèle : ordonner ou supplier d’un côté, accuser en questionnant de l’autre.

Question 5 (4 points)

Inventer l’indication scénique qui ouvre la dernière réplique de Bérénice et défendre chaque choix.

Je propose d’écrire, après le nom du personnage à la ligne 25 : reculant d’un pas pour s’écarter de Titus, une main posée sur le cœur, d’une voix d’abord étouffée, puis de plus en plus forte.

Le placement. Bérénice s’éloigne, car Titus vient de confirmer qu’ils doivent se séparer (vers 24). Elle prend ses distances avec celui qu’elle traite de « cruel » (vers 26). Ce pas en arrière annonce la séparation.

Le geste. La main sur le cœur montre la blessure. Elle rappelle aussi que Bérénice ne vit que pour cet amour (vers 28 et 29) et que sa réplique se ferme sur le don d’un cœur refusé (vers 34).

Le ton. La voix étouffée correspond à la plainte, avec l’interjection « Hélas ! » (vers 27). Elle s’élève ensuite, car les questions s’enchaînent et l’indignation grandit jusqu’à la fin.

Conseil : Le sujet exige trois éléments : placement, geste et ton. Toute autre didascalie convient si chaque choix s’appuie sur un mot précis du texte.

Question 6 : image (8 points)

Montrer, par l’analyse précise de la photographie et en lien avec le texte, comment la mise en scène traduit la relation des deux personnages.

La photographie du sujet, en noir et blanc, montre les deux comédiens debout, à droite d’une vaste pièce presque vide. La mise en scène fait voir un amour qui survit au moment même de la séparation.

Le placement des comédiens. Ils se tiennent presque dos à dos, tout près l’un de l’autre. Titus, en costume sombre, reste immobile, la tête baissée et le regard vers le sol. Bérénice, en robe et talons hauts, regarde dans la direction opposée, le visage relevé, et semble partir. Pourtant, son bras se tend vers l’arrière, vers lui. Ces corps qui se tournent le dos traduisent la séparation annoncée aux vers 6 et 24. Ce bras tendu suggère au contraire que le lien n’est pas rompu : on peut penser qu’elle part sans parvenir à le quitter. On peut penser aussi que la tête basse de Titus exprime l’accablement du vers 8.

Le décor. À gauche se trouve un grand lit avec ses oreillers, loin des personnages. Il évoque l’intimité du couple, mais il est vide, et un large espace nu l’en sépare. On peut penser que cet amour appartient déjà au passé. Derrière les comédiens, on ne voit que de grands panneaux sombres et un rideau clair, et un plafond noir ferme le haut de la scène. On peut y voir le poids de la décision politique qui pèse sur eux, dans un monde sans refuge.

Les lumières. Une lumière forte projette sur le mur, au-dessus du lit, une grande ombre à deux têtes et à un seul corps. Si l’on y reconnaît le couple, ces deux êtres restent unis là où ils se sont aimés, alors que les comédiens se détournent. On peut aussi voir dans le contraste entre le clair et le sombre le combat que Titus mène en lui, entre son amour et son devoir (vers 13 à 19).

Ainsi, la mise en scène traduit par l’espace ce que le texte dit par les mots : Titus et Bérénice s’aiment encore, et ils doivent pourtant se séparer.

Conseil : Pour chaque élément, suis trois temps : ce que tu vois, ce que cela signifie, le vers qui y répond. Sépare bien ce qui se voit de ce que tu en déduis.

Compétences linguistiques et grammaticales (18 points)

Question 7 (3 points)

Donner le temps, le mode et la valeur des deux verbes conjugués des vers 29 et 30.

Ignoriez : verbe ignorer à l’imparfait de l’indicatif. Il présente une situation qui dure dans le passé, à l’arrière-plan : Bérénice demande si Titus ne connaissait pas déjà les lois de Rome à cette époque.

avouai : verbe avouer au passé simple de l’indicatif. Il présente une action brève et achevée, au premier plan : l’aveu a lieu à un moment précis, souligné par le complément « pour la première fois ».

Ces deux temps s’opposent : un événement unique se détache sur une situation durable.

Ignoriez : imparfait de l’indicatif, valeur de durée. Avouai : passé simple de l’indicatif, action ponctuelle.

Conseil : Le piège est avouai : ici, la terminaison -ai à la première personne est celle du passé simple. L’imparfait serait avouais.

Question 8. a) (2 points)

Donner la nature et la fonction de m’ et de me au vers 10.

Nature : ce sont des pronoms personnels de la première personne du singulier, qui désignent Titus. Le pronom m’ est la forme élidée de me, devant une voyelle.

Fonction : m’ est complément d’objet direct (COD) du verbe agite, et me est complément d’objet direct du verbe dévore.

Pronoms personnels, COD des verbes agite et dévore.

Question 8. b) (1 point)

Citer deux manipulations qui prouvent cette fonction.

Le remplacement. On remplace le pronom par un groupe nominal, placé juste après le verbe et sans préposition : « Un trouble assez cruel agite l’empereur ». C’est la construction d’un COD.

La suppression. Si l’on retire les deux pronoms, on obtient « Un trouble assez cruel agite et dévore » : la phrase est incomplète. Le complément ne peut pas être supprimé, ce qui écarte un complément circonstanciel.

Conseil : Le déplacement impossible et la mise à la voix passive (l’empereur est agité par un trouble) sont aussi de bonnes réponses. Poser la question « qui ? » après le verbe n’est pas une manipulation.

Question 9. a) (1,5 point)

Décomposer le mot infortunée pour montrer sa construction.

C’est un mot dérivé, construit à partir du nom fortune.

in- est un préfixe, qui exprime ici le contraire.

fortun- est le radical, celui du nom fortune, qui signifie ici le sort, le destin.

-é est un suffixe, qui forme un adjectif. Le -e final marque le féminin.

Préfixe in-, radical fortun-, suffixe -é, marque du féminin -e.

Question 9. b) (0,5 point)

Expliquer ce que signifie ce mot au vers 32.

Le mot signifie malheureuse, frappée par le sort. Bérénice imagine que Titus aurait dû la prévenir du malheur qui l’attendait.

Malheureuse.

Conseil : Ici, le mot ne parle pas d’argent : une princesse infortunée n’est pas une princesse pauvre.

Question 10 : réécriture (10 points)

Transposer les vers 14 à 19 à la première personne du pluriel, à partir du début imposé par le sujet.

Titus et Bérénice s’expriment désormais d’une seule voix : « je » et « vous » deviennent nous. En dehors du début imposé, dix mots changent.

Verbes à l’impératif : Contemplez devient Contemplons, fortifiez devient fortifions, Aidez devient Aidons.

Déterminants possessifs : mon devoir devient notre devoir, mon cœur devient notre cœur, ma faiblesse devient notre faiblesse.

Pronoms : Vous-même devient Nous-mêmes, avec un s, car le pronom est maintenant pluriel. contre vous devient contre nous, Aidez-moi devient Aidons-nous, et m’échappent devient nous échappent.

Ce qui ne change pas : le verbe éclaire, dont les sujets sont la gloire et la raison. Le pronom se de se taire, qui renvoie à l’amour. La tournure s’il se peut. Le déterminant sa de sa rigueur, qui renvoie au devoir. Le verbe échappent, qui a pour sujet qui, c’est-à-dire les pleurs.

Forçons notre amour à se taire, / Et d’un œil que la gloire et la raison éclaire / Contemplons notre devoir dans toute sa rigueur. / Nous-mêmes, contre nous, fortifions notre cœur, / Aidons-nous, s’il se peut, à vaincre notre faiblesse, / À retenir des pleurs qui nous échappent sans cesse.

Conseil : « Notre cœur » est retenu ici parce qu’il suit le modèle imposé, « notre amour », au singulier. « Nos cœurs » est correct aussi, puisque chacun a le sien. Garde la ponctuation et les majuscules des vers, et compte tes changements avant de rendre ta copie.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Dans la réécriture, écrire Nous-même sans s.

    Écrire Nous-mêmes.

    Vous-même s’adressait à une seule personne. Avec nous, le pronom est pluriel : même prend un s.

  • Changer le pronom se de se taire ou le verbe éclaire.

    Les garder tels quels.

    Ces mots ne renvoient ni à je ni à vous : se reprend l’amour, et le verbe éclaire a pour sujets la gloire et la raison.

  • Ranger le mot cœur du vers 12 parmi les sentiments de Titus.

    Choisir malheureux, trouble, pleurs, faiblesse ou douleurs.

    La note 2 du sujet précise qu’à cet endroit le mot signifie courage.

  • Répondre COI pour m’ et me à la question 8.

    Répondre COD.

    On agite quelqu’un et on dévore quelqu’un : les verbes se construisent sans préposition.

  • Comprendre infortunée au sens de pauvre.

    Répondre malheureuse, frappée par le sort.

    La fortune désigne ici le destin, et Bérénice parle de son amour, pas de sa richesse.

Questions fréquentes

Combien de temps dure cette partie du brevet de français 2024 dans les Pays du groupe 1 ?

Le sujet indique 1 h 10 pour 50 points : 32 points de compréhension et 18 points de grammaire. La réécriture compte à elle seule pour 10 points.

Le dictionnaire est-il autorisé pour ces questions ?

Non. Le sujet interdit le dictionnaire et la calculatrice dans cette partie. Quatre notes de bas de page expliquent le contexte et le sens de quelques mots.

Pourquoi le sujet parle-t-il de ligne 25 pour une pièce en vers ?

La numérotation du sujet compte aussi les noms des personnages. La ligne 25 est donc le nom de Bérénice, et sa réplique commence au vers suivant.

Quel est le lien avec la rédaction de ce sujet ?

Le sujet demande de conserver le texte pour la rédaction. L’un des deux sujets au choix fait écrire une lettre de Titus à Bérénice, l’autre porte sur l’intérêt de voir un personnage exprimer ses sentiments.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.