Le sujet en bref
Deux sujets au choix aux Antilles et en Guyane, liés au texte de Saint-Exupéry sur le collège. Le sujet d’imagination demande le discours d’adieux que le narrateur aurait pu adresser à ses deux camarades. Le sujet de réflexion demande dans quelle mesure l’école prépare à la vie. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.
Sujet d’imagination : le discours d’adieux du narrateur (40 points)
Le sujet part de la fin du texte, où deux camarades quittent la salle sans même un regard (lignes 27 à 32). Ce qui suit est une proposition : un autre discours, sincère et bien écrit, est aussi valable.
Ce qu’attend le sujet
Écrire les paroles que le narrateur aurait pu adresser à ses deux camarades au moment où ils s’en vont.
La forme. C’est un discours, donc des paroles prononcées à voix haute. Le je du narrateur s’adresse directement aux deux camarades, par un vous. On attend des marques de l’oral : des apostrophes, des impératifs, des questions, des exclamations. Tu peux commencer tout de suite par ses paroles.
La situation. Le discours se place à la fin du texte, au moment où les deux camarades se lèvent et sortent (lignes 27 et 28). Le verbe du sujet est au conditionnel passé : ces mots n’ont jamais été dits. Ce sont ceux qui ont manqué.
Le contenu. Reprends ce que le texte t’offre : les instruments, le tableau noir, le bureau, le tour de cartes, la branche à la fenêtre. Le narrateur peut évoquer ce qu’ils ont partagé, ce qui les attend et ce qu’il ressent.
Le ton. Il doit rester celui du narrateur : un mélange de tendresse, de nostalgie et d’inquiétude. Il sait que ces camarades ne reviendront peut-être pas (lignes 32 à 34). Le texte joue sur deux plans, le collège et la vie dangereuse des adultes : ton discours peut garder ce double sens.
La langue. Le présent convient à la situation, le passé composé et l’imparfait aux souvenirs, le futur à ce qui les attend.
Conseil : Ne signe pas : le sujet l’interdit. Le discours s’arrête sur l’adieu, sans nom. Ne donne pas non plus le nom d’un de tes camarades.
Plan proposé
L’appel. Le narrateur retient les deux camarades et prend la parole.
Les souvenirs. Ce qu’ils ont partagé dans cette salle.
Ce qui les attend. La vie d’homme, ses dangers, et ce qu’ils emportent avec eux.
Le vœu et l’adieu. Ce que le narrateur leur demande, et le dernier mot.
Exemple rédigé
Attendez ! Ne franchissez pas encore cette porte, et laissez-moi parler. Vous vous levez comme pour aller au tableau, sans un regard pour nous, et je crois savoir pourquoi : si vous nous regardiez, vous ne pourriez plus partir. Alors c’est moi qui vous regarderai, pour nous tous.
Camarades, nous avons tout partagé ici. Nous avons usé nos coudes sur les mêmes bureaux noirs, nous avons respiré la même poussière de craie, nous avons ri des mêmes tours de cartes. Vous souvenez-vous de cette branche, derrière la fenêtre ? Nous avons passé des heures à la regarder au lieu de finir nos problèmes. Je croyais que ces heures ne comptaient pour rien. Je sais à présent que c’était le bonheur, et que nous ne nous le sommes jamais dit.
Pour vous, le temps du collège s’arrête ici. On vous a appris à tracer des droites et à manier le compas. Il va falloir mettre tout cela à l’épreuve, loin d’ici, contre des adversaires qui ne vous rendront pas votre copie avec une note. Là-bas, aucune erreur ne s’effacera d’un coup de chiffon. Vous aurez peur, peut-être. N’en ayez pas honte. Je n’ai moi-même rien d’un héros : je suis ce collégien qui n’a aucune hâte de passer le porche. Mais je sais ce que vous emportez. Vous emportez votre patience, votre sérieux, et cette façon de poser un bras sur l’épaule d’un ami sans rien dire. Aucune science ne vous servira davantage.
Je ne vous demande pas de promettre que nous nous reverrons. La vie jette les hommes si loin les uns des autres qu’un tel serment serait un mensonge. Je vous demande seulement ceci : quand la route sera longue et que la nuit tombera sur vous, pensez à cette salle, à l’odeur du tableau, aux voix basses de ceux qui travaillent. Nous garderons vos places. Nous ne toucherons pas à vos règles. Et si un jour cette porte se rouvre devant vous, il y aura toujours ici un bureau, un jeu de cartes et quelqu’un pour vous dire : alors, vieux camarade ?
Allez, maintenant. Ne vous retournez pas, si cela doit vous coûter. Nous vous suivrons des yeux aussi loin que la porte le permettra. Adieu, mes amis.
Conseil : Ce discours réutilise des détails du texte sans le recopier : la branche, le bras sur l’épaule, la question de Pénicot à la ligne 25. C’est ce qui l’attache à cette scène précise.
Sujet de réflexion : dans quelle mesure l’école prépare-t-elle à la vie ? (40 points)
Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, avec d’autres exemples, est aussi valable. Les souvenirs racontés à la première personne dans l’exemple sont inventés.
Ce qu’attend le sujet
Évaluer jusqu’où l’école rend capable d’affronter l’existence, avec des exemples.
La question. L’expression dans quelle mesure demande d’évaluer : jusqu’à quel point, et avec quelles limites. On n’attend pas un simple oui ou non. Le plus logique est de montrer ce que l’école apporte, puis ce qu’elle ne peut pas apporter.
Les mots clés. L’école est à prendre au sens large, de la maternelle au lycée. La vie, c’est le métier, mais aussi la citoyenneté, les relations avec les autres et les épreuves. Préparer, c’est donner à l’avance ce qui servira plus tard.
La forme. Un développement organisé : une introduction, des paragraphes avec une idée chacun, une conclusion.
Les exemples. Le sujet admet des expériences personnelles ou des œuvres littéraires et artistiques. Mêler les deux rend le devoir plus convaincant.
Le lien avec le sujet. Le texte de Saint-Exupéry et l’affiche des Héritiers sont deux points de départ tout trouvés, mais ils ne doivent pas être les seuls.
Conseil : Ici, le piège est d’énumérer les matières utiles. Prends plutôt quelques idées, et illustre chacune par un exemple développé.
Plan proposé
I. L’école donne des savoirs et des méthodes. Exemples : le texte de Saint-Exupéry, Le Premier Homme d’Albert Camus.
II. Elle apprend à vivre avec les autres. Exemples : Entre les murs de Laurent Cantet, l’affiche des Héritiers, une expérience personnelle.
III. Elle ne peut pourtant pas tout enseigner. Exemples : le départ des camarades chez Saint-Exupéry, Le Cercle des poètes disparus de Peter Weir, une expérience personnelle.
Exemple rédigé
On répète aux élèves qu’ils travaillent pour plus tard. Dans Pilote de guerre, Saint-Exupéry montre pourtant des collégiens qui quittent leur classe pour une existence pleine de dangers, et l’on se demande si leurs calculs leur suffiront. Dans quelle mesure l’école prépare-t-elle à la vie ? Elle donne des savoirs et des méthodes indispensables. Elle apprend aussi à vivre avec les autres. Elle laisse pourtant à l’expérience une part de ce qu’il faut savoir.
D’abord, l’école prépare à la vie en donnant des connaissances et des méthodes. Lire un contrat, calculer un budget, vérifier une information : tout cela commence en classe. Saint-Exupéry le dit à sa manière, quand il imagine que les instruments de l’écolier serviront un jour à bâtir le monde. L’école peut même changer un destin. Dans Le Premier Homme, Albert Camus raconte comment M. Bernard, l’instituteur de Jacques, convainc la grand-mère de l’enfant, dans une famille très pauvre, de le laisser poursuivre ses études au lycée. Sans ce maître, Jacques aurait sans doute dû travailler tout de suite. L’école offre ainsi des choix que l’on n’aurait pas eus.
Ensuite, l’école apprend à vivre avec les autres. En classe, on côtoie des personnes que l’on n’a pas choisies, on partage un espace, on respecte des règles communes. Le film Entre les murs, de Laurent Cantet, montre une classe de collège à Paris où chaque cours devient une discussion, parfois une dispute, entre un professeur et ses élèves : parler, écouter et se contredire s’apprennent aussi. L’affiche des Héritiers montre de même des élèves réunis autour d’une table, qui semblent réfléchir ensemble. Élu délégué l’an dernier, j’ai dû porter la parole de camarades dont je ne partageais pas l’avis, et cela m’a appris à écouter. L’école est ainsi une première société.
Cependant, l’école ne peut pas tout enseigner. La vie réserve des situations qu’aucun cours ne prépare : une séparation, un deuil, un échec grave. Le texte de Saint-Exupéry le fait sentir : ces collégiens savent calculer, mais ils ne savent pas se dire adieu. Il arrive aussi que l’école se ferme sur elle-même. Dans Le Cercle des poètes disparus, Peter Weir montre un établissement si strict que les élèves obéissent sans réfléchir, jusqu’à ce qu’un professeur, M. Keating, les pousse à penser par eux-mêmes. Enfin, bien des choses s’apprennent ailleurs. Pendant mon stage dans une boulangerie, j’ai compris en une semaine ce que signifie se lever à quatre heures pour des clients qui comptent sur vous. Aucun cours ne me l’avait fait sentir.
Ainsi, l’école prépare à la vie dans une large mesure, parce qu’elle transmet des savoirs et qu’elle apprend à vivre ensemble. Elle ne remplace pas l’expérience, mais elle donne de quoi l’affronter. C’est sans doute à chacun de faire le reste du chemin.
Conseil : Ce je est un exemple, et ses souvenirs sont inventés : remplace-les par les tiens et ces œuvres par celles que tu connais le mieux. Si tu hésites sur un détail, reste général plutôt que d’inventer.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Raconter le départ des camarades au lieu d’écrire ce que dit le narrateur.
Écrire un vrai discours, adressé aux deux camarades du début à la fin.
Le sujet demande un discours : le récit de la scène existe déjà dans le texte.
Parler des deux camarades à la troisième personne.
Leur parler directement, par un vous, avec des apostrophes et des impératifs.
Un discours d’adieux s’adresse à ceux qui partent.
Inventer une scène sans rapport avec le texte, dans un collège d’aujourd’hui.
Reprendre le cadre et les détails du texte.
Le sujet place ce discours à un moment précis de l’extrait et le confie à son narrateur.
Répondre seulement oui au sujet de réflexion.
Montrer ce que l’école apporte, puis jusqu’où cela va.
L’expression dans quelle mesure demande de peser le pour et le contre.
Énumérer les matières scolaires et leur utilité.
Développer quelques idées, avec un exemple précis pour chacune.
Le sujet demande un développement organisé, appuyé sur des exemples tirés de ton expérience ou d’œuvres.
Questions fréquentes
Combien de temps dure la rédaction du brevet 2023 aux Antilles et en Guyane et combien de points vaut-elle ?
Le sujet indique 1 h 30 pour 40 points, sur une copie distincte. La calculatrice est interdite.
Le dictionnaire est-il autorisé pour la rédaction ?
Oui. Le sujet l’autorise pour la rédaction. Il reste interdit dans la partie compréhension et grammaire.
Faut-il traiter les deux sujets ?
Non. Tu en choisis un seul, soit le sujet d’imagination, soit le sujet de réflexion.
Peut-on parler de la guerre dans le discours d’adieux ?
Oui, si tu restes dans la logique du texte. Le chapeau parle d’un pilote de guerre, et le texte évoque des adversaires, mais la scène se passe dans un collège : le mieux est de garder ce cadre et de laisser deviner le danger.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.