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Corrigé du brevet de français 2025 : rédaction (Amérique du Nord)

Le sujet en bref

Sujet d’Amérique du Nord, lié à l’extrait de Jacaranda de Gaël Faye. Deux sujets au choix : dire si les œuvres d’art doivent montrer la réalité, même violente, ou imaginer la lettre que le narrateur écrit à sa mère après avoir vu des images du Rwanda. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.

Sujet officiel

Sujet de réflexion : l’art doit-il montrer une réalité violente ? (40 points)

Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, avec d’autres exemples, est aussi valable.

Ce qu’attend le sujet

Dire, dans un texte structuré et appuyé sur des œuvres diverses, si l’art a le devoir de représenter le réel quand il est brutal.

Les mots clés. Le verbe devoir pose une question de principe. Il ne suffit pas de constater que des artistes montrent la violence : il faut dire si c’est nécessaire, et à quelles conditions. Le mot montrer mérite d’être interrogé, car on peut montrer de bien des façons.

La forme. Une introduction, un développement en paragraphes, une conclusion. La question appelle une réponse par oui ou par non, mais tu peux défendre une réponse nuancée, à condition de l’annoncer et de la tenir.

Les exemples. Ils doivent être précis et variés : pas seulement des livres, mais aussi une peinture, une bande dessinée ou un film. Chaque exemple sert une idée, et tu dois expliquer ce qu’il prouve.

Le lien avec le texte. L’extrait de Jacaranda parle d’images d’information, reçues sans explication. Tu peux t’en servir pour opposer ces images à une œuvre, qui choisit ce qu’elle montre.

Conseil : Reste sur les œuvres d’art. Le journal télévisé peut ouvrir ton introduction, mais il ne peut pas servir d’exemple principal.

Plan proposé

I. L’art doit montrer la violence pour témoigner. Il garde la mémoire de ce qui s’est passé. Exemples : Tres de Mayo de Goya, C’était la guerre des tranchées de Tardi.

II. L’art doit la montrer pour dénoncer. Il pousse le public à réagir et à refuser l’injustice. Exemples : Guernica de Picasso, Le Dernier Jour d’un condamné de Victor Hugo.

III. Mais montrer ne veut pas dire tout exposer. L’artiste peut suggérer, ce qui respecte les victimes et frappe souvent davantage. Exemples : Le Dormeur du val de Rimbaud, Maus d’Art Spiegelman, Jacaranda de Gaël Faye.

Exemple rédigé

Chaque soir, les écrans nous apportent des images de guerres et de catastrophes. Face à ce flot, on peut se demander quel rôle revient aux artistes. Les œuvres d’art doivent-elles montrer la réalité, même lorsqu’elle est violente, ou peuvent-elles s’en détourner pour nous offrir la beauté et le repos ? Je pense que l’art a le devoir de témoigner et de dénoncer, mais qu’il n’a pas besoin de tout exposer pour y parvenir.

D’abord, l’art doit montrer la violence parce qu’il en garde la mémoire. Les faits s’oublient, et les témoins disparaissent. Dans Tres de Mayo, Goya peint des habitants de Madrid fusillés par les soldats de Napoléon. L’homme en chemise blanche, les bras levés face aux fusils, nous bouleverse encore aujourd’hui, alors que l’événement date de 1808. De même, dans C’était la guerre des tranchées, le dessinateur Tardi raconte la boue, la peur et la mort des simples soldats de 1914-1918. Sans ces œuvres, ces hommes ne seraient plus que des chiffres dans les livres d’histoire.

Ensuite, montrer la violence permet de la dénoncer. Une œuvre peut secouer le public et l’obliger à prendre parti. En 1937, Picasso peint Guernica après le bombardement de cette ville basque pendant la guerre d’Espagne. Sur cette immense toile en noir, blanc et gris, une mère hurle avec son enfant mort dans les bras. Le tableau accuse ceux qui bombardent des civils. La littérature agit de la même manière. Dans Le Dernier Jour d’un condamné, Victor Hugo fait vivre au lecteur l’attente d’un homme condamné à la guillotine. Il veut ainsi combattre la peine de mort. Se taire, dans ces deux cas, reviendrait à laisser faire.

Cependant, montrer ne signifie pas tout exposer. Une violence étalée sans retenue peut blesser le public, manquer de respect aux victimes ou finir par le laisser indifférent. L’artiste, lui, a le pouvoir de choisir. Dans Le Dormeur du val, Rimbaud décrit pendant presque tout le poème un jeune soldat endormi dans une nature paisible. Le dernier vers seulement révèle qu’il est mort, et ce retard rend le choc plus fort. Dans Maus, Art Spiegelman raconte ce que son père a vécu à Auschwitz, mais il dessine les Juifs sous les traits de souris et les nazis sous ceux de chats. Ce détour permet de regarder ce qui serait insoutenable autrement. Gaël Faye fait un choix proche dans l’extrait de Jacaranda : il ne décrit pas les massacres, il montre leur effet sur une famille qui dîne en silence.

En conclusion, les œuvres d’art doivent montrer la réalité, même violente, car elles sauvent la mémoire et réveillent les consciences. Mais leur force ne vient pas de la quantité d’horreur qu’elles affichent. Elle vient du regard de l’artiste, qui donne un sens à ce que les images brutes laissent sans réponse.

Conseil : Remplace ces exemples par tes propres lectures si tu les connais mieux : un exemple bien expliqué compte plus qu’une liste de titres. Si tu hésites sur un détail d’une œuvre, reste général plutôt que d’inventer.

Sujet d’imagination : la lettre du narrateur à sa mère (40 points)

Ce qui suit est une proposition : une autre lettre, cohérente avec l’extrait et bien écrite, est aussi valable.

Ce qu’attend le sujet

Imaginer la lettre que le narrateur, isolé un soir après le journal télévisé, adresse à sa mère.

La forme. C’est une lettre : une indication de lieu ou de moment, une formule d’appel, un texte en paragraphes, une formule finale. Le narrateur tutoie sa mère et s’adresse à elle tout au long du texte.

La situation. Il s’est isolé dans sa chambre, et il ne peut plus garder pour lui ce qu’il ressent. La lettre doit faire sentir cette urgence : pourquoi écrire à une personne qui vit sous le même toit ? Parce qu’à table, on ne peut rien dire.

La cohérence avec l’extrait. Reprends ce que tu sais : le silence de la mère sur ses origines, ses appels dans une langue inconnue, le regard du père, les repas devant le journal, les maux de ventre. Tu écris à la place du narrateur, avec sa voix.

Le contenu. Le narrateur dit ce qu’il a vu et ce qu’il ressent, il pose des questions et il exprime ce qu’il attend de sa mère. Il ne sait rien de ce qu’elle a vécu : il peut s’interroger, mais il ne doit pas inventer de révélations.

La langue. Le présent pour le moment où il écrit, le passé composé et l’imparfait pour ce qui vient de se passer. Soigne le vocabulaire des sentiments.

Conseil : Ne signe pas, et n’emploie aucun prénom. Termine sur une formule affectueuse : le lecteur sait déjà qui écrit.

Plan proposé

En-tête et formule d’appel. Le lieu et le moment, puis « Maman, ».

Pourquoi cette lettre. Le narrateur explique qu’il n’arrive plus à parler à table.

La scène du soir. Les images, le regard vers la mère, le silence, le repas qui ne passe pas.

Ce qu’il ressent. Sa honte, sa peur et tout ce qu’il ignore de sa mère.

Ce qu’il demande. Il ne réclame pas tout, seulement un premier mot.

Fin de la lettre. Il promet d’attendre et d’écouter, puis une formule affectueuse, sans signature.

Exemple rédigé

Dans ma chambre, ce soir

Maman,

Je t’écris alors que tu es à quelques mètres de moi, de l’autre côté du mur. J’entends l’eau couler dans la cuisine et Papa qui range les verres. C’est ridicule, une lettre pour quelqu’un que l’on croise dans le couloir. Mais j’ai fermé ma porte à clé et j’ai pris une feuille, parce que les mots ne veulent plus sortir de ma bouche. À table, ils restent coincés.

Tout à l’heure, quand le journal a recommencé à parler du Rwanda, j’ai regardé ma fourchette pour ne pas voir l’écran. J’ai vu quand même. Il y avait une route pleine de gens qui marchaient avec des paquets sur la tête, et des enfants qui ne pleuraient même plus. Alors j’ai levé les yeux vers toi. Je voulais seulement savoir si tu allais bien. Tu fixais le poste sans ciller, tu ne m’as pas vu. Papa m’a lancé son regard qui veut dire : pas maintenant. J’ai baissé la tête et j’ai mâché. Je mâchais, mais rien ne descendait.

Pas maintenant, c’est ce que la maison me répond depuis des mois. Pourtant, c’est ton pays, Maman. Ce nom, je l’ai plus souvent entendu dans la bouche d’un inconnu en costume que dans la tienne. La première fois, j’étais fier, je te l’avoue. J’ai cru que l’on allait enfin parler de toi. Aujourd’hui, j’ai honte de cette joie. Car je ne sais rien. Je ne sais pas si tu as marché sur ces routes quand tu étais petite, si ces villages ont un nom pour toi, si quelqu’un que tu aimes se trouve dans cette foule. Je ne sais même pas à qui tu parles au téléphone, dans cette langue qui te change. Quand tu la parles, tes mains dansent et ta voix devient celle d’une autre. Je t’ai espionnée, pardonne-moi. Je voulais rencontrer la personne que je ne connais pas.

Je ne t’écris pas pour te faire des reproches. Je devine que ton silence te protège, et que tu crois peut-être me protéger aussi. Mais il ne me protège pas, Maman. Les images, je les emporte dans mon lit. Elles reviennent quand j’éteins. Et le ventre me fait mal, soir après soir, comme si j’avais avalé des pierres.

Je ne te demande pas de tout me raconter. Si c’est trop lourd, garde ce que tu veux. Je voudrais seulement une chose pour commencer : un mot de ta langue, le nom d’une rue, une chanson de ton enfance. Je voudrais aussi que tu me dises si tu as peur. Moi, j’ai peur pour toi, et je ne savais pas à qui le confier, puisque c’est à toi que je confie tout d’habitude.

Je vais glisser cette lettre sous ta porte, et demain je ne te poserai aucune question. Si tu ne réponds pas, je comprendrai. Mais si, un soir, tu en as la force, frappe à ma porte. Je t’écouterai le temps qu’il faudra, et je te promets de ne pas regarder ailleurs.

Je t’embrasse très fort.

Conseil : Cette lettre reprend les faits de l’extrait, mais avec d’autres mots et d’autres images. Elle garde la mère dans le mystère : le narrateur demande, et rien ne lui répond encore. Elle se termine sans signature, comme le sujet l’exige.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Répondre oui à la question de réflexion, puis aligner des titres d’œuvres.

    Défendre une idée par paragraphe et expliquer ce que chaque exemple prouve.

    Le sujet demande un développement organisé. Un titre sans explication ne prouve rien.

  • Parler surtout de la télévision, des réseaux sociaux ou des journaux.

    Appuyer ta réflexion sur des œuvres littéraires et artistiques.

    La question porte sur les œuvres d’art, et le sujet réclame des exemples tirés de ce domaine.

  • Écrire à ta propre mère et parler de ta vie.

    Prendre la voix du narrateur de Jacaranda.

    Le sujet fait écrire ce personnage, dans la situation de l’extrait : un soir, après des images du Rwanda.

  • Ajouter la réponse de la mère, ou lui faire raconter tout son passé.

    Ne donner que la lettre du narrateur, avec ses questions.

    Le sujet ne demande que cette lettre, et l’extrait repose sur le fait que le narrateur ne sait rien.

  • Terminer la lettre par un prénom ou par ton nom.

    Finir sur une formule affectueuse, sans signature.

    Le sujet interdit de signer la composition, pour garantir l’anonymat de ta copie.

Questions fréquentes

Combien de temps dure la rédaction et combien de points vaut-elle ?

Le sujet indique 1 h 30 pour 40 points, sur une copie distincte. Le dictionnaire de langue française ou bilingue est autorisé, la calculatrice est interdite.

Faut-il traiter les deux sujets ?

Non. Tu en choisis un seul, soit le sujet de réflexion, soit le sujet d’imagination.

Peut-on citer Jacaranda dans le sujet de réflexion ?

Oui, comme exemple parmi d’autres. Le sujet demande des exemples variés : ajoute d’autres œuvres, dont au moins une qui ne soit pas un livre.

Une lettre doit-elle comporter une date et une signature ?

Une indication de lieu ou de moment suffit. Ne signe pas : le sujet l’interdit, comme il interdit de citer ton nom, celui d’un camarade ou celui de ton établissement.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.