Le sujet en bref
Deux sujets au choix en Asie, liés au texte de Noir Liban et à sa broche en perle. Le sujet de réflexion demande pourquoi les œuvres d’art qui évoquent des souvenirs personnels peuvent nous plaire. Le sujet d’imagination demande de raconter l’histoire qui te lie à un objet retrouvé. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.
Sujet de réflexion : pourquoi aime-t-on les œuvres nées de souvenirs ? (40 points)
Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, avec d’autres exemples, est aussi valable.
Ce qu’attend le sujet
Expliquer, avec des exemples variés, ce qui peut nous séduire dans les œuvres d’art qui parlent de souvenirs personnels.
Le point de vue. La question porte sur nous, lecteurs et spectateurs. Il ne s’agit pas d’expliquer pourquoi les artistes parlent d’eux, mais pourquoi leurs souvenirs peuvent toucher des inconnus.
Les mots clés. Les œuvres d’art sont à prendre au sens large : livres, tableaux, films, chansons. Les souvenirs personnels sont ceux de l’artiste ou de son narrateur. Le verbe peuvent admet que ce plaisir n’est pas automatique : tu dois en donner les raisons.
La forme. Une introduction, un développement en paragraphes, une conclusion. La question commence par pourquoi : le sujet attend donc plusieurs raisons, classées, et non un oui ou un non.
Les exemples. Ils doivent être variés et venir de tes lectures, mais aussi de tes expériences personnelles, artistiques et culturelles. Tu peux donc parler d’un film vu, d’une chanson ou d’une visite de musée, et dire je à ce moment-là.
Le lien avec le texte. Tu peux t’appuyer sur l’extrait de Noir Liban, sans t’y limiter.
Conseil : Ici, le piège est de glisser vers les raisons de l’auteur. Après chaque exemple, reviens à l’effet produit sur le lecteur ou le spectateur.
Plan proposé
I. Nous nous y reconnaissons. Le souvenir d’un autre réveille le nôtre. Exemples : La Gloire de mon père de Marcel Pagnol, Je me souviens de Georges Perec, Du côté de chez Swann de Marcel Proust et une expérience personnelle.
II. Elles nous ouvrent d’autres vies. Un souvenir fait ressentir ce qu’un exposé se contente d’expliquer. Exemples : Au revoir les enfants de Louis Malle, l’extrait de Noir Liban.
III. L’art rend le souvenir beau. La forme donne à une émotion privée une valeur pour tous. Exemples : Moi et le village de Marc Chagall, Demain, dès l’aube de Victor Hugo.
Exemple rédigé
Un vieil album de photos n’intéresse souvent que ceux qui y figurent. Pourtant, un livre ou un film qui raconte l’enfance d’un inconnu peut nous toucher profondément. Pourquoi les œuvres d’art qui évoquent des souvenirs personnels peuvent-elles nous plaire ? Nous les aimons d’abord parce que nous nous y reconnaissons. Elles nous ouvrent aussi d’autres vies que la nôtre. Enfin, l’art donne à ces souvenirs une beauté qui dépasse celui qui les a vécus.
D’abord, ces œuvres nous plaisent parce que nous y retrouvons ce que nous avons vécu. Un souvenir d’enfance paraît unique, mais il ressemble souvent aux nôtres. Dans La Gloire de mon père, Marcel Pagnol raconte l’admiration d’un petit garçon pour son père, pendant des vacances dans les collines de Provence. Tout lecteur qui a admiré un parent comprend cette fierté. Dans Je me souviens, Georges Perec aligne de courtes phrases sur de petits détails de sa jeunesse, et chacun a envie de continuer la liste avec les siens. J’ai ressenti la même chose en découvrant l’épisode de la madeleine dans Du côté de chez Swann de Marcel Proust : un simple goût y fait revenir toute une enfance, et j’ai aussitôt pensé à l’odeur du pain chaud dans la cuisine de ma grand-mère. Le souvenir d’un autre réveille alors le nôtre.
Ensuite, ces œuvres nous font entrer dans des vies que nous ne connaîtrons jamais. Dans Au revoir les enfants, Louis Malle s’inspire d’un souvenir de son enfance : pendant l’Occupation, dans un collège catholique, un élève juif caché est arrêté. Le film nous fait vivre cette amitié et cette injustice à hauteur d’enfant. Un cours d’histoire expliquerait les faits, alors que ce souvenir nous les fait ressentir. De même, dans l’extrait de Noir Liban, l’histoire d’une simple broche conduit le lecteur d’Abidjan à Beyrouth. Elle lui fait sentir ce que signifie quitter les siens à neuf ans. Parce qu’elles partent d’un souvenir précis, ces œuvres nous dépaysent sans nous perdre.
Enfin, ces œuvres nous plaisent parce que l’art transforme le souvenir. L’artiste ne se contente pas de rapporter ce qui s’est passé : il choisit, il compose, il invente une forme. Dans Moi et le village, Marc Chagall peint de mémoire le monde de son enfance. Il ne le copie pas : les couleurs sont vives et des maisons sont renversées, comme dans un rêve. Dans le poème Demain, dès l’aube, Victor Hugo transforme le deuil de sa fille en une marche vers sa tombe. Une douleur privée devient une œuvre que tout lecteur peut faire sienne. La beauté de la forme nous fait aimer ces souvenirs, même lorsqu’ils sont douloureux.
Ainsi, ces œuvres nous plaisent parce qu’elles nous ressemblent, parce qu’elles nous dépaysent et parce qu’elles sont belles. Le souvenir d’un seul peut devenir le bien de tous. Un artiste qui dit je parle donc souvent pour beaucoup d’autres.
Conseil : Remplace ces exemples par tes propres lectures et tes propres expériences si tu les connais mieux. Si tu hésites sur un détail d’une œuvre, reste général plutôt que d’inventer.
Sujet d’imagination : l’histoire d’un objet retrouvé (40 points)
Le sujet prolonge l’extrait de Noir Liban, où un bijou retrouvé fait revenir le passé. Ce qui suit est une proposition : un autre récit, cohérent et bien écrit, est aussi valable.
Ce qu’attend le sujet
Raconter à la première personne ce qui t’attache à un objet retrouvé et chargé d’un souvenir.
La forme. C’est un récit à la première personne : le narrateur est toi, ou un je que tu inventes. Il comporte deux moments : le jour où tu retrouves l’objet et le passé que celui-ci fait revenir.
Le mot clé : retrouvez. L’objet a été perdu ou oublié. Sa réapparition peut donc être une surprise, avec un lieu et une circonstance précise.
Le mot clé : histoire. Le sujet ne demande pas une description. Il faut un événement, avec un début, un moment fort et une fin, qui explique pourquoi cet objet compte pour toi.
L’enrichissement. Décris l’objet avec des détails concrets et fais appel aux sensations : son poids, son odeur, un son. Exprime aussi tes sentiments, au moment de la découverte comme dans le souvenir.
La langue. Le passé simple convient aux actions et l’imparfait aux descriptions. Pour entrer dans le souvenir, le plus-que-parfait ou un repère de temps clair marque le retour en arrière.
Conseil : Ne signe pas et ne cite le nom d’aucun camarade ni de ton établissement. Écris « mon voisin » ou « ma cousine » : aucun prénom n’est nécessaire.
Plan proposé
La découverte. Le lieu, le moment, le geste qui fait réapparaître l’objet, sa description.
Le retour en arrière. L’objet déclenche le souvenir, avec un repère de temps.
L’origine du lien. Comment l’objet est entré dans ta vie, et grâce à qui.
Le moment fort. Un événement donne à l’objet toute sa valeur : un départ, une perte, une promesse.
Le retour au présent. Ce que tu ressens en le tenant, et ce que tu décides d’en faire.
Exemple rédigé
Le samedi où nous vidâmes le placard du couloir, je ne m’attendais à rien. Tout au fond, sous une pile de cahiers d’école primaire, ma main rencontra quelque chose de froid. Je tirai à moi un petit harmonica cabossé, au métal terni. Je le portai à mes lèvres sans réfléchir. Il avait un goût de fer et de poussière. Une note en sortit, rauque et tremblante, et je m’assis par terre, au milieu des cartons.
J’avais dix ans quand nous avions emménagé dans cet immeuble. Je ne connaissais personne et je passais mes mercredis sur les marches, à écouter la vie des autres à travers les portes. Un après-midi, une musique descendit par la cage d’escalier, triste et gaie à la fois. Je montai, étage par étage, jusqu’à une porte entrouverte. Un vieil homme jouait, assis sur une chaise de cuisine, les yeux fermés. Il me vit et ne s’arrêta pas. Quand il eut fini, il me tendit son harmonica. « Souffle, dit-il. Ça ne mord pas. »
Je soufflai. Un bruit affreux sortit de l’instrument, et le vieil homme rit si fort qu’il se mit à tousser. À partir de ce jour, je montai chaque mercredi. Il m’apprit à respirer lentement et à tenir une note jusqu’au bout. Entre deux morceaux, il me parlait des ports où il avait joué, du temps où il travaillait sur les bateaux. Je redescendais avec le goût du métal sur la langue. Pour la première fois depuis notre arrivée, j’attendais quelque chose de la semaine.
Un mercredi de mars, sa porte resta fermée. Je frappai, j’attendis, je revins le lendemain. La gardienne finit par m’apprendre qu’il était parti vivre chez sa fille, très loin, à cause de sa santé. Il ne m’avait rien dit. J’étais furieux, et je me sentais abandonné. Le soir même, je trouvai devant notre porte une enveloppe épaisse. Elle contenait l’harmonica et un petit papier, couvert d’une écriture tremblée : « Continue. Ça ne mord pas. » Je pleurai de colère, puis de chagrin, le front contre la porte.
Les années avaient passé. D’autres passions étaient venues, et l’instrument avait glissé au fond du placard. Mais, assis par terre ce samedi-là, je compris enfin ce que je devais à cet homme. Ce n’était pas la musique. Il m’avait ouvert sa porte au moment où je me croyais seul au monde. Je soufflai de nouveau, plus doucement, et cette fois la note tint jusqu’au bout. Je vidai le placard jusqu’au dernier carton, mais l’harmonica, lui, resta dans ma poche.
Conseil : Ce modèle raconte une histoire et ne se limite pas à décrire l’objet. Il revient à la fin au moment de la découverte, ce qui ferme le récit, et il n’utilise aucun prénom.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Expliquer pourquoi les artistes racontent leurs souvenirs.
Expliquer pourquoi ces œuvres plaisent au public.
La question porte sur nous, lecteurs et spectateurs, et non sur les intentions de l’artiste.
Ne citer que des livres dans le sujet de réflexion.
Varier les exemples : un livre, un film ou un tableau, et une expérience personnelle.
Le sujet réclame des exemples variés, issus de tes lectures et de tes expériences artistiques et culturelles.
Décrire longuement l’objet sans raconter de véritable histoire.
Construire un récit avec un événement qui explique le lien.
Le sujet demande de raconter ce qui te lie à l’objet. La description ne suffit pas.
Reprendre une broche, une grand-mère et un départ vers le Liban.
Choisir ton propre objet et ton propre souvenir.
Le sujet parle d’un objet qui évoque un souvenir pour toi. Le texte sert de modèle, pas de scénario.
Passer du jour de la découverte au souvenir sans transition.
Marquer le retour en arrière par un repère de temps et un changement de temps verbal.
Le récit a deux époques : le lecteur doit toujours savoir dans laquelle il se trouve.
Questions fréquentes
Combien de temps dure la rédaction du brevet 2025 en Asie et combien de points vaut-elle ?
Le sujet indique 1 h 30 pour 40 points, sur une copie distincte. La calculatrice est interdite.
Le dictionnaire est-il autorisé pour la rédaction ?
Oui. Le sujet autorise le dictionnaire de langue française ou bilingue. Il reste interdit dans la partie compréhension et grammaire.
Faut-il traiter les deux sujets ?
Non. Tu en choisis un seul, soit le sujet de réflexion, soit le sujet d’imagination.
Peut-on dire je dans le sujet de réflexion ?
Oui, pour présenter une expérience personnelle, puisque le sujet le demande. Le reste du devoir peut employer le nous ou le on, et tu ne dois donner ni ton nom ni celui de ton établissement.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.