Le sujet en bref
Sujet Antilles, Guyane, lié à l’extrait de Madame Bovary. Deux sujets au choix : raconter l’arrivée d’un nouvel élève dans la classe de Charles Bovary, qui se passe bien cette fois, ou dire si les artistes préfèrent évoquer les moments douloureux ou heureux de la jeunesse. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.
Sujet d’imagination : un nouvel élève dans la classe de Charles Bovary (40 points)
Le sujet prolonge le début de Madame Bovary, étudié dans la partie compréhension. Ce qui suit est une proposition : un autre récit, cohérent et bien écrit, est aussi valable.
Ce qu’attend le sujet
Raconter, à partir de la phrase imposée, l’arrivée heureuse d’un autre nouveau dans la classe de Charles.
Le début imposé. Ton récit doit commencer par la phrase donnée dans le sujet, recopiée sans changement. C’est la parole du Proviseur dans le texte de Flaubert (lignes 5 et 6).
Le renversement. Cette arrivée se passe bien : c’est le contraire de l’extrait. Il faut donc une raison à ce succès, par exemple une bonne idée du nouveau ou l’aide d’un camarade. Une difficulté surmontée rend le récit plus vivant.
Les deux obligations. Le récit comporte une description du nouvel élève et les réactions des personnages : les élèves, le maître d’études, le Proviseur et Charles.
La cohérence avec le texte. Tu restes au même endroit, à la même époque : le collège, les bancs, les casquettes, la récitation des leçons. Charles appartient à cette classe, et il sait ce que c’est que d’être moqué. Le narrateur peut dire nous, comme dans l’extrait.
La langue. Le passé simple convient aux actions et l’imparfait aux descriptions. Le portrait gagne à suivre un ordre, comme celui de Flaubert : la taille, le visage, les vêtements, l’attitude.
Conseil : Ne signe pas et ne cite le nom d’aucun camarade réel. Les noms de Charles et de Monsieur Roger viennent du texte, et le mot nouveau suffit pour désigner ton personnage.
Plan proposé
Début imposé. La phrase du Proviseur et l’attente de la classe, prête à rire.
Portrait. Le nouveau s’avance : taille, visage, vêtements, attitude assurée mais polie.
L’épreuve. Le rituel des casquettes, qui avait perdu Charles. Le nouveau observe et réussit le geste.
Les réactions. L’admiration des élèves, le sourire du professeur, l’émotion de Charles.
L’entraide. Le nouveau s’assoit près de Charles, qui l’aide au moment de la récitation.
Fin. Le nouveau est adopté, et le narrateur repense à ce que la classe a fait à Charles.
Exemple rédigé
« Voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième. »
Le Proviseur avait prononcé ces mots sur le seuil de l’étude, et toutes les têtes se levèrent d’un même mouvement. Nous connaissions cette phrase. Elle nous avait déjà amené Charles Bovary, et les plus hardis d’entre nous se préparaient à rire. Monsieur Roger posa sa plume. À côté de moi, Charles baissa les yeux sur son cahier, et je vis ses grandes mains se fermer. Il se souvenait.
Le nouveau s’avança sans qu’on eût à le pousser. C’était un garçon de treize ans, petit et sec, au visage hâlé, semé de taches de rousseur. Ses cheveux bruns retombaient en désordre sur un front large, et ses yeux clairs faisaient le tour de la salle sans se presser, comme on découvre un port inconnu. Sa veste de gros drap bleu avait été reprisée aux coudes, mais elle était propre et elle lui allait bien. Il tenait à la main une casquette toute simple, plate, qui avait vu la pluie. Il inclina la tête et dit « Bonjour, messieurs » d’une voix tranquille. Cette politesse, que personne n’attendait, nous prit de court. Un grand du dernier banc ouvrit la bouche pour ricaner, puis il la referma.
Le vrai jugement viendrait plus tard, nous le savions tous. À deux heures, la cloche sonna et nous passâmes en classe. Sur le seuil, chacun lança sa casquette sous les bancs. Je guettais le nouveau. Il s’arrêta une seconde et regarda faire les deux premiers. Puis, d’un coup de poignet, il envoya la sienne à ras du sol. Elle fila sous trois bancs, frappa la muraille et souleva un beau nuage de poussière. Un murmure d’admiration courut dans les rangs. Le professeur lui-même dut se moucher pour cacher un sourire.
Il ne restait qu’une place, à côté de Charles, dont personne ne recherchait le voisinage. Le nouveau s’y assit et lui tendit la main. Charles, rouge jusqu’aux oreilles, la serra sans un mot. Un peu plus tard, on interrogea le nouveau sur la leçon de latin. Il commença bien, puis il buta sur un mot. Un silence gourmand se fit. Alors Charles, qui n’avait jamais soufflé à personne, murmura la réponse du bout des lèvres. Le nouveau la répéta sans trembler et, en se rasseyant, il lui adressa un clin d’œil.
À la récréation, il sortit de sa poche un bout de ficelle et nous montra les nœuds que lui avait appris son père, marin sur la côte. Bientôt, dix élèves se bousculèrent autour de lui. Il fit une place à Charles dans le cercle, comme si cela allait de soi. Ce jour-là, pour la première fois, je vis Charles sourire. Personne n’avait ri du nouveau, et personne ne s’en plaignit. En rentrant à l’étude, je me demandai pourquoi nous n’avions pas su faire de même, quelques mois plus tôt, pour le grand garçon silencieux qui venait de lui céder la moitié de son banc.
Conseil : Ce modèle commence par la phrase imposée, puis il reprend le rituel des casquettes pour le retourner. Le portrait suit un ordre clair, chaque groupe de personnages réagit, et la fin revient sur Charles sans répéter l’extrait.
Sujet de réflexion : les artistes et les souvenirs de jeunesse (40 points)
Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, et même un avis contraire, est aussi valable.
Ce qu’attend le sujet
Dire et justifier, dans un texte structuré, quels souvenirs de jeunesse les artistes choisissent le plus volontiers de représenter.
Les mots clés. La question oppose deux choix : les moments douloureux et les moments heureux. Le verbe préférer te demande de comparer, et non de dresser deux listes. Le sujet parle de l’enfance et de l’adolescence : tes exemples peuvent porter sur l’une et l’autre.
Ton avis. Les mots selon vous et votre avis t’autorisent à dire je pense. Annonce ta position dès l’introduction et tiens-la jusqu’à la conclusion. Une réponse nuancée est permise si elle reste claire.
La forme. Une introduction, un développement en paragraphes, une conclusion. Chaque paragraphe défend une idée et l’appuie sur un exemple expliqué.
Les exemples. Ils viennent d’œuvres littéraires et artistiques : un roman, un récit de souvenirs, un film, une bande dessinée. Madame Bovary et Les Quatre cents coups, vus dans la première partie de l’épreuve, peuvent servir.
Conseil : Ne raconte pas ta propre enfance : la question porte sur les artistes. Explique pourquoi ils font ce choix, et pas seulement ce qu’ils racontent.
Plan proposé
I. Les moments douloureux inspirent souvent les artistes. La souffrance crée un conflit, et elle pousse à créer pour s’en libérer. Exemples : Vipère au poing d’Hervé Bazin, L’Enfant de Jules Vallès, Les Quatre cents coups de François Truffaut.
II. Les moments heureux ont pourtant leur place. L’artiste veut retrouver un paradis perdu ou faire sourire. Exemples : La Gloire de mon père de Marcel Pagnol, la madeleine de Proust, Le Petit Nicolas de Goscinny et Sempé.
III. En réalité, joie et douleur se mêlent souvent. Le bonheur évoqué devient douloureux parce qu’il est perdu. Exemples : Le Château de ma mère de Marcel Pagnol, la fin des Quatre cents coups.
Exemple rédigé
Beaucoup d’artistes reviennent un jour sur leurs jeunes années, ou sur celles de leurs personnages. Flaubert ouvre ainsi Madame Bovary par l’humiliation d’un écolier. Mais ces créateurs préfèrent-ils évoquer les moments douloureux de l’enfance et de l’adolescence, ou bien les moments heureux ? Selon moi, la douleur les inspire davantage, parce qu’elle donne de la force à une œuvre. Pourtant, le bonheur a aussi sa place, et les deux sont souvent liés.
D’abord, les moments douloureux offrent une matière très riche. Une histoire a besoin d’un conflit, et une enfance malheureuse en contient un. Dans Vipère au poing, Hervé Bazin raconte la guerre d’un garçon contre sa mère, que ses frères et lui surnomment Folcoche. Dans L’Enfant, Jules Vallès décrit un fils battu et humilié par ses parents. Écrire permet de dire ce qui n’avait pas pu être dit, et peut-être de se libérer. Le cinéma suit le même chemin. Dans Les Quatre cents coups, François Truffaut montre un jeune garçon incompris à l’école et chez lui, qui finit enfermé. Le spectateur se range de son côté, car chacun se souvient d’avoir été puni ou mal compris. La douleur touche tout le monde, et c’est une des raisons de sa place dans les arts.
Cependant, les artistes aiment aussi retrouver les moments heureux. L’enfance apparaît alors comme un paradis perdu. Dans La Gloire de mon père, Marcel Pagnol fait revivre l’été dans les collines de Provence et l’admiration d’un petit garçon pour son père. Dans Du côté de chez Swann, Marcel Proust raconte comment le goût d’une madeleine trempée dans le thé rend d’un coup au narrateur ses souvenirs de Combray. Le bonheur peut aussi passer par le rire : Le Petit Nicolas, de Goscinny et Sempé, transforme la vie d’écolier en une suite de bêtises joyeuses. Ces œuvres consolent le lecteur et lui rappellent ses propres joies.
Enfin, ce choix n’est pas toujours aussi net, car joie et douleur se mêlent souvent. Évoquer un bonheur d’enfance, c’est aussi dire qu’il ne reviendra pas. Le Château de ma mère de Pagnol, plein de lumière, se termine sur l’annonce de la mort de plusieurs de ses proches. Le souvenir heureux devient alors déchirant. À l’inverse, à la fin des Quatre cents coups, le jeune héros s’enfuit et atteint enfin la mer : la détresse laisse passer un peu de liberté.
Pour conclure, je pense que les artistes évoquent plus volontiers les moments douloureux, car ils offrent un conflit et un besoin de s’exprimer. Mais leurs plus belles pages sont souvent celles où le bonheur et la peine se rencontrent. Ce qu’ils cherchent, au fond, c’est moins à choisir qu’à comprendre ce que ces années ont fait d’eux.
Conseil : Remplace ces exemples par tes propres lectures si tu les connais mieux : un exemple bien expliqué compte plus qu’une liste de titres. Un avis contraire est valable, s’il s’appuie sur des exemples précis.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Commencer ton récit par une autre phrase, ou modifier celle du sujet.
Recopier la phrase imposée au mot près, en tête de ta rédaction.
Le sujet fixe ce début. C’est aussi lui qui place ton récit dans la suite du texte de Flaubert.
Refaire une scène de moquerie qui ne se résout pas.
Raconter une arrivée qui se passe bien, même après une difficulté.
Le sujet demande le contraire de l’extrait. Une gêne passagère est possible, mais l’issue doit être heureuse.
Placer l’histoire dans un collège d’aujourd’hui, avec un téléphone ou un tableau numérique.
Garder le décor de l’extrait : l’étude, les bancs, les casquettes, le Proviseur.
Le nouvel élève arrive dans la classe de Charles Bovary, donc à l’époque du roman.
Oublier le portrait du nouveau ou les réactions de la classe.
Prévoir un paragraphe de description et faire réagir plusieurs personnages.
Ces deux éléments sont exigés par le sujet.
Répondre au sujet de réflexion en racontant tes propres souvenirs.
Parler des artistes et de leurs œuvres, en donnant ton avis sur leur choix.
Le sujet demande un développement argumenté, appuyé sur des œuvres littéraires et artistiques.
Questions fréquentes
Combien de temps dure la rédaction et combien de points vaut-elle ?
Le sujet indique 1 h 30 pour 40 points, sur une copie distincte. Le dictionnaire est autorisé, la calculatrice est interdite.
Faut-il traiter les deux sujets ?
Non. Tu en choisis un seul, soit le sujet d’imagination, soit le sujet de réflexion.
Peut-on donner un prénom au nouvel élève ?
Le sujet interdit de citer ton nom ou celui d’un camarade. Le plus sûr est d’écrire le nouveau, comme Flaubert. Charles et Monsieur Roger, eux, viennent du texte.
Peut-on utiliser le texte de Flaubert et le film de Truffaut dans le sujet de réflexion ?
Oui. Ce sont deux œuvres qui montrent un moment douloureux de la jeunesse. Ajoute d’autres exemples, pour ne pas t’en tenir aux documents de l’épreuve.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.