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Corrigé du brevet de français 2023 : rédaction (Métropole)

Le sujet en bref

Deux sujets au choix, liés au texte de George Sand sur le jeu de la rivière. Le sujet d’imagination demande de raconter à la première personne un jeu qui t’a peu à peu entraîné dans une aventure imaginaire. Le sujet de réflexion demande pourquoi on raconte sa vie dans une œuvre autobiographique. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.

Sujet officiel

Sujet d’imagination : un jeu devenu aventure imaginaire (40 points)

Le sujet prolonge l’extrait d’Histoire de ma vie de la partie compréhension. Ce qui suit est une proposition : un autre récit, cohérent et bien écrit, est aussi valable.

Ce qu’attend le sujet

Raconter à la première personne un jeu qui t’a progressivement entraîné dans une aventure imaginaire intense.

La forme. C’est un récit à la première personne : le narrateur est toi, ou un je que tu inventes. Il faut une situation de départ, une montée de l’intensité et un retour à la réalité.

Le mot clé : progressivement. L’aventure ne doit pas commencer d’un coup. Montre le passage du jeu à l’illusion par étapes : d’abord tu joues, puis tu y crois à moitié, enfin tu oublies que tu joues.

Le mot clé : intense. Il faut un vrai enjeu dans l’aventure, avec un danger, une peur ou un exploit. Le lecteur doit sentir que tout cela compte pour toi.

L’enrichissement. Le sujet propose des descriptions, l’expression des sentiments et celle des sensations. Fais appel au toucher, à l’ouïe et à l’odorat, comme George Sand avec le froid du carrelage (ligne 28).

La langue. Le passé simple convient aux actions et l’imparfait aux descriptions. Le passé composé est aussi possible, à condition de le garder jusqu’au bout.

Conseil : Ne signe pas et ne cite le nom d’aucun camarade. Dans ton récit, écris « mon frère », « ma cousine » ou « mon voisin » : aucun prénom n’est nécessaire.

Plan proposé

Situation de départ. Le lieu, le moment, l’ennui, le jeu proposé sans enthousiasme.

Étape 1 : on fait semblant. Le narrateur joue pour faire plaisir et garde ses distances.

Étape 2 : le doute. Une sensation réelle, le froid ou le bruit du vent, nourrit le jeu.

Étape 3 : l’illusion complète. Le décor réel disparaît. Le paysage imaginaire est décrit, avec les sensations et la peur.

Sommet. Le danger atteint son point le plus fort.

Retour au réel et fin. Un événement brise l’illusion. Le narrateur revoit le vrai décor et garde une émotion de ce moment.

Exemple rédigé

Ce soir de février, la tempête avait coupé l’électricité dans toute la vallée. Chez ma grand-mère, la maison s’était refroidie en moins d’une heure. J’avais onze ans, je m’ennuyais, et mon petit frère tournait autour de moi avec une lampe de poche. « On n’a qu’à partir au pôle Sud », proposa-t-il. Je haussai les épaules, mais je le suivis, surtout pour qu’il me laisse tranquille.

Nous enfilâmes deux manteaux chacun, nous nous attachâmes l’un à l’autre avec la corde à linge et nous remplîmes une vieille valise de biscuits. Elle serait notre traîneau. Au début, je jouais sans y croire. Je lançais d’une voix molle : « Attention, crevasse ! » en enjambant le tapis du couloir. Puis le rayon de la lampe se mit à trembler sur les murs blancs. Le couloir me parut plus long que d’habitude. Un courant d’air glacé sifflait sous la porte d’entrée, et le carrelage me mordait les pieds à travers mes chaussettes. Sans l’avoir décidé, je baissai la voix. Je comptais nos pas, je surveillais nos provisions.

Bientôt, il n’y eut plus de couloir. Devant nous s’étendait une plaine blanche et sans fin, balayée par un vent qui nous arrachait les mots de la bouche. Les manteaux accrochés dans l’entrée étaient devenus des silhouettes immobiles, des explorateurs gelés depuis cent ans, et je passai devant eux sans oser les regarder. J’avais les doigts engourdis, la gorge sèche, et mon cœur battait jusque dans mes oreilles. « Il reste deux biscuits, murmurai-je. Il faut atteindre le camp avant la nuit. » Mon frère hocha la tête, très grave. Il ne jouait plus. Moi non plus.

Le camp se trouvait tout en bas du glacier, au fond de la cave. Nous descendîmes marche après marche, encordés, dans une odeur de terre et de vieilles pommes. Soudain, la lampe faiblit, clignota et s’éteignit. Le noir tomba sur nous comme une masse. Sous mon pied, quelque chose craqua, et je crus que la glace s’ouvrait. Mon frère me serra la main à me faire mal. Je voulus crier, mais aucun son ne sortit de ma gorge.

À cet instant, toutes les lumières revinrent d’un coup. L’ampoule de l’escalier nous aveugla. Nous étions plantés sur la troisième marche, deux enfants ficelés dans une corde à linge, à côté d’une valise pleine de miettes. Ma grand-mère se pencha en haut de l’escalier et demanda si nous voulions de la soupe. J’éclatai d’un rire trop fort, pour cacher que mes jambes tremblaient encore.

Avant de me coucher, je jetai pourtant un regard vers les manteaux de l’entrée. Personne n’avait quitté la maison. Je sais bien, malgré tout, que j’ai marché cette nuit-là jusqu’au bout du monde.

Conseil : Ce modèle fait monter l’illusion par étapes : on passe du tapis du couloir à la crevasse, puis à la plaine blanche. Il n’utilise aucun prénom et ne se termine pas sur un réveil, car ce n’est pas un rêve : c’est le jeu qui trompe le narrateur.

Sujet de réflexion : pourquoi raconter sa vie dans une œuvre ? (40 points)

Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, avec d’autres exemples, est aussi valable.

Ce qu’attend le sujet

Expliquer dans un développement argumenté pourquoi on parle de soi et de sa vie dans des œuvres autobiographiques.

Les mots clés. Une œuvre autobiographique raconte la vie réelle de son auteur. La question commence par pourquoi : le sujet attend donc plusieurs raisons, classées, et non un oui ou un non.

La forme. Une introduction, un développement organisé en paragraphes, une conclusion. Chaque paragraphe défend une raison et l’appuie sur un exemple précis, expliqué.

Les exemples. Le sujet exige des œuvres littéraires et artistiques. Il faut donc au moins un livre et une autre forme d’art, comme une peinture, une bande dessinée ou un film. Les exemples doivent être autobiographiques : un roman d’aventures ne convient pas.

Le lien avec le texte. Tu peux t’appuyer sur Histoire de ma vie de George Sand, sans t’y limiter.

Conseil : Ce sujet demande d’expliquer pourquoi les autres racontent leur vie. Ne raconte pas la tienne, et emploie plutôt le présent et le on.

Plan proposé

I. On parle de soi pour se comprendre et se libérer. Écrire ou peindre aide à regarder une faute ou une souffrance en face. Exemples : Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, La Colonne brisée de Frida Kahlo.

II. On raconte sa vie pour garder ce que le temps efface. L’œuvre conserve l’enfance et les proches disparus. Exemples : Histoire de ma vie de George Sand, La Gloire de mon père de Marcel Pagnol, La Place d’Annie Ernaux.

III. On s’adresse aux autres pour témoigner. Une vie peut éclairer l’histoire de tous. Exemples : Si c’est un homme de Primo Levi, Persepolis de Marjane Satrapi.

Exemple rédigé

Raconter sa vie peut sembler étrange : pourquoi confier à des inconnus ses souvenirs, ses fautes ou ses chagrins ? Pourtant, de nombreux écrivains et artistes se prennent eux-mêmes pour sujet. Pourquoi parle-t-on de soi dans une œuvre autobiographique ? On le fait d’abord pour soi, afin de se comprendre et de se libérer. On le fait aussi pour sauver ce que le temps efface, et enfin pour s’adresser aux autres.

D’abord, parler de soi aide à se comprendre et à se libérer d’un poids. Dans Les Confessions, Jean-Jacques Rousseau avoue qu’il a volé un ruban dans sa jeunesse et qu’il en a accusé Marion, une jeune cuisinière. Il explique que ce remords ne l’a jamais quitté et qu’il a compté dans sa décision d’écrire. Le récit devient une façon de se délivrer d’une faute. La peinture peut jouer le même rôle. Dans La Colonne brisée, Frida Kahlo se représente le corps ouvert sur une colonne fissurée et percé de clous. Elle transforme ainsi en image la douleur que lui a laissée un grave accident. Celui qui se raconte met à distance ce qui le fait souffrir.

Ensuite, on raconte sa vie pour garder ce que le temps emporte. Les souvenirs s’effacent et les proches disparaissent : l’œuvre les conserve. Dans Histoire de ma vie, George Sand retrouve, bien des années plus tard, un jeu de son enfance et le plaisir d’avoir cru à une rivière de craie. Dans La Gloire de mon père, Marcel Pagnol fait revivre ses vacances d’enfance dans les collines de Provence et l’admiration du petit garçon pour son père. Annie Ernaux, elle, écrit La Place après la mort de son père : elle y raconte la vie de cet homme d’origine modeste et la distance qui les a séparés. Dans ces œuvres, parler de soi, c’est aussi rendre hommage à ceux que l’on a aimés.

Enfin, se raconter permet de s’adresser aux autres. Une vie peut témoigner de l’histoire de tous. Déporté à Auschwitz, Primo Levi écrit Si c’est un homme pour que l’on sache ce qui s’est passé dans les camps. Son « je » n’a rien d’un caprice : il parle aussi pour ceux qui ne sont pas revenus. Dans la bande dessinée Persepolis, Marjane Satrapi raconte son enfance en Iran au moment de la révolution islamique. Le regard d’une petite fille permet au lecteur de comprendre de l’intérieur un pays et une époque. Le lecteur, de son côté, peut se reconnaître dans une enfance, une peur ou un deuil.

Ainsi, on parle de soi pour se comprendre, pour se souvenir et pour transmettre. Ces raisons se mêlent souvent dans une même œuvre. Une autobiographie réussie n’enferme donc pas son auteur en lui-même : elle part d’une vie unique pour parler à tous.

Conseil : Remplace ces exemples par tes propres lectures si tu les connais mieux : le correcteur valorise un exemple bien expliqué, pas une liste de titres. Si tu hésites sur un détail d’une œuvre, reste général plutôt que d’inventer.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Plonger le lecteur dans l’aventure dès la première ligne.

    Montrer les étapes : le jeu, le doute, puis l’illusion complète.

    Le sujet précise que le jeu entraîne progressivement. Cette progression est au cœur de la consigne.

  • Terminer par « je me suis réveillé, ce n’était qu’un rêve ».

    Revenir au réel par un événement concret : une voix, une lumière, une interruption.

    Le sujet parle d’un jeu et non d’un rêve. Dans l’extrait aussi, c’est un adulte qui met fin à l’illusion.

  • Reprendre la rivière de craie, Hippolyte et Ursule.

    Inventer ton propre jeu, avec ton décor et tes partenaires.

    Le sujet demande un épisode qui t’est arrivé. Le texte de George Sand sert de modèle, pas de scénario.

  • Raconter sa propre vie dans le sujet de réflexion.

    Expliquer les raisons qui poussent à se raconter, avec des arguments classés.

    Le sujet demande un développement argumenté, et non une autobiographie.

  • Ne citer que des romans de fiction, ou uniquement des livres.

    Choisir des œuvres autobiographiques, dont au moins une qui ne soit pas un livre.

    Le sujet réclame des exemples précis d’œuvres littéraires et artistiques sur ce thème.

Questions fréquentes

Combien de temps dure la rédaction du brevet 2023 et combien de points vaut-elle ?

Le sujet indique 1 h 30 pour 40 points, sur une copie distincte. Le dictionnaire est autorisé, la calculatrice est interdite.

Faut-il traiter les deux sujets ?

Non. Tu en choisis un seul, soit le sujet d’imagination, soit le sujet de réflexion.

Peut-on utiliser des prénoms dans le récit du sujet d’imagination ?

Le sujet interdit de signer, de citer ton nom, celui d’un camarade ou celui de ton établissement. Le plus sûr est d’écrire « mon frère » ou « mon voisin », sans aucun prénom.

Une bande dessinée ou un autoportrait comptent-ils comme exemples ?

Oui. Le sujet demande des œuvres littéraires et artistiques. Une bande dessinée autobiographique, un autoportrait ou un film inspiré de la vie de son auteur conviennent, si tu expliques ce qu’ils prouvent.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.