Le sujet en bref
Sujet de la session de remplacement de septembre 2025, lié au texte d’Alice Ferney sur les océans. Deux sujets au choix : décrire à la première personne un paysage qui t’a fasciné, puis dénoncer l’activité humaine qui le menace, ou expliquer pourquoi la littérature et les arts peuvent nous pousser à changer de comportement. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.
Sujet d’imagination : défendre un paysage qui t’a fasciné (40 points)
Le sujet prolonge l’extrait du Règne du vivant de la partie compréhension. Ce qui suit est une proposition : un autre texte, cohérent et bien écrit, est aussi valable.
Ce qu’attend le sujet
Écrire à la première personne un texte qui décrit un paysage naturel et tes réactions, puis qui dénonce l’activité humaine qui le menace.
La forme. C’est un texte à la première personne. Le sujet n’impose ni lettre ni journal : un récit au passé qui se termine au présent convient très bien.
La situation de départ. Comme Gérald Asmussen, tu as découvert ce lieu, il t’a fasciné, et tu as décidé de le défendre. Ton texte doit rendre cette décision crédible : on doit comprendre pourquoi ce paysage compte pour toi.
Deux temps imposés. D’abord la beauté du lieu et tes réactions, ensuite la dénonciation. Fais sentir le changement de ton, comme le texte d’Alice Ferney à partir de la ligne 23.
La description. Choisis des détails précis et plusieurs sens : la vue, mais aussi les bruits, les odeurs, le toucher. Tes réactions comptent autant que le décor : surprise, silence, émotion.
La dénonciation. Nomme une activité précise, et non la pollution en général. Montre ses effets sur ce lieu. Les énumérations, les questions oratoires et le vocabulaire du jugement donnent de la force à ton propos.
Conseil : Ne signe pas et ne cite aucun nom qui permettrait de t’identifier : ni le tien, ni celui d’un camarade, ni celui de ton établissement. Dans ton texte, écris « mon oncle » ou « ma voisine » : aucun prénom n’est nécessaire.
Plan proposé
Ouverture : la découverte. Le moment, les circonstances, une attente faible ou un doute.
La beauté du lieu. Une description en plusieurs sens, qui avance du général au détail.
Les réactions. La fascination, le silence, l’attachement au fil du temps.
La bascule. Un fait précis annonce la menace.
La dénonciation. L’activité humaine, ses effets, les arguments de ceux qui la défendent, ta réponse.
Fin : l’engagement. Ce que tu fais maintenant pour défendre ce lieu.
Exemple rédigé
J’avais douze ans quand mon oncle m’a emmené au marais, un matin de mars, avant le lever du jour. Je l’avais suivi à contrecœur, les yeux collés de sommeil, persuadé de ne trouver là que de la boue et du vent. Nous avons laissé la voiture au bout du chemin et nous avons marché sur une digue étroite, dans un noir qui sentait la vase et le sel.
Puis le jour est venu, et je n’ai plus rien dit. L’eau s’est allumée peu à peu, d’abord grise, ensuite rose, comme si quelqu’un soulevait un couvercle au-dessus du monde. Les canaux brillaient entre les prés inondés, et les tamaris courbés par le vent ressemblaient à de vieilles femmes en marche. Au loin, une ligne claire annonçait la mer. Soudain, des centaines d’oies se sont levées ensemble dans un grand claquement d’ailes. J’ai senti ce battement jusque dans ma poitrine. Quand elles ont disparu, j’ai entendu tout près le pas lent d’un héron dans l’eau, puis un silence si vaste que je n’osais plus bouger.
Je suis resté là longtemps, les pieds gelés dans mes bottes, les joues mouillées de brume. Je croyais connaître mon pays, et je découvrais, à vingt minutes de chez moi, un monde qui n’avait pas besoin de nous. Depuis ce matin-là, je suis revenu à chaque saison, avec un carnet et de vieilles jumelles. J’ai appris le nom des oiseaux, l’heure des marées, l’endroit exact où la loutre laisse ses traces sur la vase.
L’automne dernier, j’ai trouvé des piquets orange plantés le long de la digue. Une pancarte annonçait une zone d’entrepôts sur quarante hectares, avec un parking et une route à quatre voies. Les premiers camions sont arrivés en février. Ils ont déversé des tonnes de gravats dans les prés humides, et le canal des hérons a disparu sous un remblai. L’eau stagne maintenant, couverte d’une écume brune qui sent le gasoil. Cette année, les oies se sont posées moins nombreuses, puis elles sont reparties.
Voilà ce que je dénonce. On nous répète que ce marais ne sert à rien, qu’il ne rapporte rien, qu’il n’est qu’un trou à remplir. Mais qui a décidé cela ? Qui a demandé leur avis aux hérons, aux loutres, aux anguilles, à tous ceux qui n’ont pas de voix dans une réunion ? Un marais retient l’eau des crues, filtre ce qui descend des champs, nourrit des oiseaux venus de l’autre bout du continent. Le recouvrir de béton pour stocker des colis quelques jours, c’est échanger des siècles de vie contre un parking. C’est un vol commis en plein jour, au nom d’un progrès qui ne regarde jamais ce qu’il écrase.
Alors je ne me tais plus. J’ai photographié les gravats, j’ai montré mes carnets en classe, j’ai écrit à la mairie, et nous sommes déjà plusieurs à compter les oiseaux chaque dimanche. Je ne sais pas si nous gagnerons. Je sais seulement que j’ai vu ce lieu s’éveiller un matin de mars, et que je ne laisserai personne dire qu’il n’y avait rien là.
Conseil : Ce modèle bascule à un moment net, avec les piquets orange, comme le texte d’Alice Ferney passe de la beauté au constat. Il décrit une activité précise, un chantier, et il ne s’arrête pas sur une plainte : il finit par une action. Aucun nom de personne n’y figure, et il n’y a pas de signature.
Sujet de réflexion : comment les arts peuvent changer nos comportements (40 points)
Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, avec d’autres exemples, est aussi valable.
Ce qu’attend le sujet
Expliquer dans un développement argumenté pourquoi la littérature et les arts peuvent nous pousser à changer de comportement.
Le mot clé : pourquoi. Le sujet ne demande pas si les arts ont ce pouvoir. Il part de cette idée et il attend des raisons, classées. Le verbe peuvent laisse tout de même place à une nuance : une œuvre n’oblige personne.
Le mot clé : comportement. Changer de comportement, c’est agir autrement, et pas seulement penser autrement. Tes exemples doivent montrer le lien entre l’œuvre et les actes : consommer, juger, s’engager, protéger.
La forme. Une introduction, un développement organisé en paragraphes, une conclusion. Chaque paragraphe défend une raison et l’appuie sur un exemple précis, expliqué.
Les exemples. Le sujet demande tes lectures et ta culture artistique, et il cite le cinéma, la peinture, la photographie et la bande dessinée. Mêle donc des livres et au moins une autre forme d’art.
Le lien avec le texte. Tu peux t’appuyer sur l’extrait d’Alice Ferney, sans t’y limiter : ce récit fait voir au lecteur une destruction qu’il ignorait peut-être.
Conseil : Un exemple doit prouver un argument. Résumer une œuvre ne suffit pas : dis ce qu’elle fait ressentir ou comprendre, et en quoi cela peut changer un comportement.
Plan proposé
I. Les œuvres nous émeuvent : elles nous font vivre ce que d’autres subissent. Exemples : Le Dernier Jour d’un condamné de Victor Hugo, La Case de l’oncle Tom de Harriet Beecher Stowe.
II. Elles nous obligent à regarder ce que nous évitons. Exemples : Guernica de Pablo Picasso, l’extrait du Règne du vivant d’Alice Ferney, le film d’animation WALL-E.
III. Elles nous donnent des leçons et des modèles pour agir. Exemples : Le Corbeau et le Renard de La Fontaine, le film documentaire Demain.
Exemple rédigé
Après un livre ou un film, il arrive qu’on ne regarde plus le monde tout à fait de la même façon. Pourtant, une œuvre n’est qu’une histoire ou une image : elle n’oblige personne à rien. Pourquoi peut-on dire alors que la littérature et les arts peuvent nous pousser à changer de comportement ? Ils agissent d’abord sur nos émotions. Ils nous obligent ensuite à regarder ce que nous évitions. Ils nous proposent enfin des leçons et des modèles pour agir.
D’abord, les œuvres nous touchent, et l’émotion fait souvent plus qu’un discours. En nous faisant partager la vie d’un autre, elles rendent l’indifférence difficile. Dans Le Dernier Jour d’un condamné, Victor Hugo donne la parole à un homme qui attend son exécution. Le lecteur vit avec lui l’angoisse de ses dernières heures et ne peut plus voir la peine de mort comme une idée abstraite. Harriet Beecher Stowe suit le même chemin dans La Case de l’oncle Tom : en racontant les souffrances d’un esclave, elle a ému de très nombreux lecteurs et a nourri le combat contre l’esclavage. Quand on a souffert avec un personnage, on accepte moins l’injustice qu’il subit.
Ensuite, les arts nous obligent à regarder ce que nous préférons ne pas voir. En 1937, Picasso peint Guernica après le bombardement de cette ville espagnole. Ses corps disloqués et cette mère qui hurle, son enfant mort dans les bras, font de la guerre une réalité impossible à oublier. Le texte d’Alice Ferney joue ce rôle pour la nature : son narrateur nous conduit jusqu’à l’immense décharge du Pacifique, que presque personne n’a vue. Le film d’animation WALL-E, d’Andrew Stanton, rend visible la même menace pour un jeune public, avec son petit robot seul sur une Terre couverte de déchets. Ces œuvres nous retirent l’excuse de ne pas savoir.
Enfin, les œuvres nous proposent des leçons et des exemples à suivre. Dans ses Fables, La Fontaine met en scène des animaux pour instruire les hommes. Le Corbeau et le Renard apprend de façon plaisante à se méfier des flatteurs : la leçon se retient parce qu’on a souri. Le film documentaire Demain, de Cyril Dion et Mélanie Laurent, va plus loin encore. Au lieu de seulement alerter, il montre des hommes et des femmes qui cultivent, produisent de l’énergie ou s’organisent autrement. Le spectateur découvre qu’il peut agir à sa mesure, et cette confiance aide à passer à l’acte.
Ainsi, la littérature et les arts peuvent nous pousser à changer parce qu’ils nous émeuvent, nous ouvrent les yeux et nous montrent des chemins possibles. Ils ne décident pas à notre place : une œuvre ne transforme que celui qui accepte de se laisser toucher. Mais elle a sur un simple discours un avantage décisif, car on oublie difficilement ce qu’on a ressenti.
Conseil : Remplace ces exemples par tes propres lectures si tu les connais mieux : le correcteur valorise un exemple bien expliqué, pas une liste de titres. Si tu hésites sur un détail d’une œuvre, reste général plutôt que d’inventer.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Consacrer presque tout le texte à la description du paysage.
Réserver une vraie part à la dénonciation.
Le sujet impose deux temps. Un texte qui s’arrête à la beauté du lieu ne traite que la moitié de la consigne.
Dénoncer la pollution en général, sans rapport avec le lieu décrit.
Choisir une activité précise et montrer ce qu’elle détruit dans ce lieu.
Le sujet parle de l’activité humaine qui met ce paysage en danger. La dénonciation gagne en force quand elle s’appuie sur des faits concrets.
Reprendre la banquise, les baleines et la décharge du Pacifique.
Inventer ton propre paysage, que tu peux décrire avec des détails personnels.
Le texte d’Alice Ferney sert de modèle, pas de scénario. Le sujet demande un lieu que tu as découvert.
Résumer longuement un film ou un roman dans le sujet de réflexion.
Donner l’essentiel de l’œuvre, puis expliquer ce qu’elle prouve.
Le sujet attend un développement argumenté : l’exemple sert l’argument, et non l’inverse.
Ne citer que des livres dans le sujet de réflexion.
Mêler des lectures et au moins une autre forme d’art.
Le sujet parle de la littérature et des arts en général, et il cite le cinéma, la peinture, la photographie et la bande dessinée.
Questions fréquentes
Combien de temps dure la rédaction du brevet de septembre 2025 et combien de points vaut-elle ?
Le sujet indique 1 h 30 pour 40 points, sur une copie distincte. Le dictionnaire est autorisé, la calculatrice est interdite.
Faut-il traiter les deux sujets ?
Non. Tu en choisis un seul, soit le sujet d’imagination, soit le sujet de réflexion.
Le sujet interdit de citer un nom : peut-on quand même nommer des auteurs ?
Oui. Cette règle protège l’anonymat de ta copie : tu ne dois pas signer, ni citer un nom qui permettrait de t’identifier, comme celui d’un camarade ou de ton établissement. Les auteurs et les œuvres ne sont pas concernés : le sujet de réflexion demande justement des exemples précis.
Le paysage du sujet d’imagination doit-il être réel ?
Non. Tu peux décrire un lieu que tu connais ou l’inventer. Il doit surtout sembler vrai, avec des détails précis et une menace crédible.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.