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Corrigé du brevet de français, septembre 2024 : rédaction (Métropole)

Le sujet en bref

Sujet de la session de remplacement de septembre 2024, avec deux sujets au choix liés au texte de Jorge Semprun. Le sujet d’imagination demande de raconter au passé une musique qui t’a transporté dans un souvenir. Le sujet de réflexion demande en quoi la littérature et les arts aident les êtres humains à mieux se comprendre. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.

Sujet officiel

Sujet d’imagination : une musique qui transporte dans un souvenir (40 points)

Le sujet prolonge l’extrait de L’Écriture ou la Vie, où un air d’enfance bouleverse le narrateur (lignes 31 à 39 du sujet de compréhension). Ce qui suit est une proposition : un autre récit, cohérent et bien écrit, est aussi valable.

Ce qu’attend le sujet

Raconter à la première personne et au passé comment une musique t’a ramené à un souvenir, en insistant sur les sensations et les sentiments.

La forme. C’est un récit à la première personne : le narrateur est toi, ou un je que tu inventes. Le sujet parle d’une expérience vécue, mais le correcteur évalue ton récit, pas sa vérité.

Deux moments à relier. Il faut le moment où tu entends la musique, puis le souvenir qu’elle réveille. Le mot clé est transporte : montre le glissement d’un moment à l’autre, puis le retour au réel.

Le mot clé : sensations. Le souvenir doit se vivre avec le corps. Fais appel à l’ouïe, bien sûr, mais aussi à l’odorat, au toucher, à la vue. Une odeur ou une température rendent le souvenir plus présent qu’un long résumé.

Le mot clé : sentiments. Nomme ce que tu éprouves et fais-le évoluer : la surprise, le bonheur, le manque, la tristesse douce. Le passage d’un sentiment à l’autre donne sa force au récit.

Les temps. Le sujet impose les temps du passé. Le passé simple convient aux actions et l’imparfait aux descriptions. Le plus-que-parfait permet de situer un fait antérieur. Le passé composé est aussi possible, à condition de le garder jusqu’au bout.

Conseil : Ne signe pas et ne cite ni ton nom, ni celui d’un camarade, ni celui de ton établissement. Écris « mon grand-père » ou « ma cousine » : aucun prénom n’est nécessaire.

Plan proposé

Situation de départ. Un moment banal, un lieu, un état d’esprit ordinaire.

Le déclencheur. La musique surgit. Le narrateur la reconnaît avant de savoir d’où elle vient.

Le glissement. Les bruits du présent s’éloignent. Une sensation remplace l’autre.

Le souvenir. Le lieu, la personne, les odeurs, les gestes, le bonheur de ce moment.

Le sommet de l’émotion. Le narrateur mesure ce qu’il a perdu, et la joie se mêle au chagrin.

Le retour au réel et la fin. La musique cesse. Le présent revient, mais le narrateur en garde une trace.

Exemple rédigé

Ce samedi de novembre, je traversais la gare presque en courant. Il pleuvait, mon sac me sciait l’épaule et mon train partait dans dix minutes. Je pensais à mes chaussures trempées, au contrôle du lundi, à rien d’agréable. Au milieu du hall, quelqu’un s’était assis au piano laissé à la disposition des voyageurs. Je n’y prêtai d’abord aucune attention. Puis quelques notes se détachèrent du vacarme des valises, une petite valse un peu boiteuse, et je m’arrêtai net.

Je connaissais cet air. Mon cœur se serra avant même que ma mémoire ait retrouvé d’où il venait. Un frisson me remonta le long des bras. Les annonces et les roulettes des bagages s’éloignèrent, comme si l’on avait fermé une porte derrière moi. Je ne sentais plus la pluie sur mon manteau. Je sentais la chaleur d’une cuisine.

J’avais sept ans. C’était l’été, chez mon grand-père, dans sa maison au bord de la Loire. Chaque soir, après le dîner, il sortait son accordéon de sa boîte noire et jouait cette valse en fermant les yeux. Ses gros doigts de maçon semblaient trop larges pour les touches, et pourtant ils ne se trompaient jamais. L’air sentait le café réchauffé et les tomates du jardin, dont l’odeur verte restait sur les mains. Le soufflet de l’instrument respirait comme un animal endormi. Assise sous la table, je sentais le carrelage frais sous mes pieds nus et la musique qui vibrait jusque dans mon ventre. J’étais parfaitement heureuse, et je ne le savais pas.

Je revis son œil malicieux, qu’il entrouvrait pour vérifier que je l’écoutais. Je crus même entendre son pied battre la mesure. Alors la joie se changea en une douleur très douce. Il était mort depuis trois ans, l’accordéon dormait au grenier, et je n’avais jamais su le nom de cette valse. Ma gorge se noua. Je restai immobile au milieu des voyageurs, les yeux brûlants, avec la peur absurde que la musique cesse et qu’il disparaisse une seconde fois.

Elle cessa pourtant. Le pianiste, un jeune homme en parka, referma le couvercle, ramassa son sac et s’éloigna sans me voir. Il ne saurait jamais ce qu’il venait de me rendre. La voix métallique de la gare revint d’un coup, et le froid de mes chaussettes mouillées avec elle. Je courus jusqu’au quai et je sautai dans le train, à bout de souffle.

Une fois assise, je posai le front contre la vitre. Le paysage gris se mit à défiler. Sans m’en rendre compte, je fredonnais la valse tout bas, pour la garder encore un peu.

Conseil : Ce modèle passe de la gare au souvenir par une sensation : la pluie laisse la place à la chaleur d’une cuisine. Il mêle l’ouïe, l’odorat et le toucher, fait évoluer le sentiment du bonheur au manque, et ne contient ni prénom ni signature.

Sujet de réflexion : la littérature et les arts pour mieux se comprendre (40 points)

Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, avec d’autres exemples, est aussi valable.

Ce qu’attend le sujet

Expliquer, avec des exemples littéraires et artistiques précis, comment la littérature et les arts aident les êtres humains à mieux se comprendre.

Les mots clés. La question commence par en quoi : elle admet que la littérature et les arts ont ce pouvoir et demande comment. Il faut donc plusieurs raisons, classées, et non un oui ou un non.

Le double sens de se comprendre. L’expression peut vouloir dire se comprendre soi-même, ou se comprendre les uns les autres. Un bon devoir exploite les deux sens.

La forme. Une introduction, un développement organisé en paragraphes, une conclusion. Chaque paragraphe défend une idée et l’appuie sur un exemple précis, expliqué.

Les exemples. Le sujet exige des exemples littéraires et artistiques. Il faut donc au moins un livre et une œuvre d’une autre forme d’art, comme un tableau, un film ou une musique.

Le lien avec le texte. Tu peux t’appuyer sur l’extrait de Jorge Semprun, où une chanson change le regard du narrateur sur un ennemi, sans t’y limiter.

Conseil : Pour chaque exemple, nomme l’œuvre et l’auteur, dis ce qu’elle montre, puis explique en quoi elle aide à comprendre. Le correcteur valorise cette explication, pas une liste de titres.

Plan proposé

I. Les œuvres aident chacun à se comprendre soi-même. Elles donnent une forme à ce qu’on ressent sans savoir le dire. Exemples : Les Contemplations de Victor Hugo, Le Cri d’Edvard Munch.

II. Elles font entrer dans la vie des autres. Le lecteur ou le spectateur adopte un regard qui n’est pas le sien. Exemples : le Journal d’Anne Frank, Les Temps modernes de Charlie Chaplin.

III. Elles rapprochent ceux que tout oppose. Elles montrent que l’ennemi est aussi un être humain. Exemples : À l’Ouest, rien de nouveau d’Erich Maria Remarque, Joyeux Noël de Christian Carion, l’extrait de Jorge Semprun.

Exemple rédigé

Une chanson, un roman ou un tableau ne changent rien, en apparence, à la vie quotidienne. Pourtant, dans L’Écriture ou la Vie de Jorge Semprun, un résistant ne peut plus tirer sur un soldat ennemi, parce que celui-ci chante un air que ce résistant connaît depuis l’enfance. En quoi la littérature et les arts permettent-ils aux êtres humains de mieux se comprendre ? Ils nous aident d’abord à voir clair en nous-mêmes. Ils nous font aussi entrer dans la vie des autres. Enfin, ils rapprochent ceux que tout oppose.

D’abord, les œuvres aident chacun à se comprendre soi-même. Nous éprouvons souvent des sentiments que nous ne savons pas nommer, et l’artiste leur donne une forme. Dans Les Contemplations, Victor Hugo consacre de nombreux poèmes à la mort de sa fille Léopoldine, qui s’est noyée. Dans « Demain, dès l’aube », il décrit sa marche vers la tombe de son enfant. Celui qui a perdu un proche retrouve dans ces vers son propre chagrin et se sent moins seul. La peinture agit de la même façon. Dans Le Cri d’Edvard Munch, un personnage au visage déformé, les mains contre la tête, se tient sur un chemin bordé d’une barrière, sous un ciel rouge. Sans un mot, ce tableau montre l’angoisse. Celui qui le regarde peut y reconnaître ce qu’il a déjà ressenti.

Ensuite, la littérature et les arts nous font entrer dans la vie des autres. Dans son Journal, Anne Frank, adolescente juive cachée à Amsterdam avec sa famille pendant la guerre, raconte ses disputes, ses espoirs et sa peur. Le lecteur partage son quotidien. Les persécutions ne sont plus pour lui un fait lointain : elles ont le visage d’une jeune fille qui pourrait être son amie. Le cinéma aussi change notre regard. Dans Les Temps modernes, Charlie Chaplin joue un ouvrier épuisé par les cadences de l’usine, qui finit avalé par les rouages d’une machine. Le spectateur rit, mais il comprend ce que ressent un homme réduit à répéter le même geste.

Enfin, les œuvres rapprochent ceux que tout oppose, car elles montrent que l’ennemi est aussi un être humain. Dans À l’Ouest, rien de nouveau, Erich Maria Remarque donne la parole à un jeune soldat allemand de la Première Guerre mondiale. Celui-ci tue un soldat français dans un trou d’obus, puis découvre dans son portefeuille que cet homme, un imprimeur, avait une femme et une petite fille. Un lecteur français partage alors la souffrance de celui qui était l’ennemi de son pays. Le film Joyeux Noël de Christian Carion, inspiré des trêves de Noël 1914, montre de même des soldats adverses qui se rapprochent grâce au chant et à la musique. La musique n’a pas besoin de traduction : c’est aussi elle qui, chez Jorge Semprun, fait voir un homme là où il n’y avait qu’une cible.

Ainsi, la littérature et les arts nous aident à mieux nous connaître, à entrer dans la vie des autres et à reconnaître un semblable en celui qui nous paraît étranger. Ils n’empêchent pas à eux seuls les guerres et les haines. Mais ils nous rappellent ce qui nous est commun, et c’est le premier pas pour vivre ensemble.

Conseil : Remplace ces exemples par tes propres lectures si tu les connais mieux. Si tu hésites sur un détail d’une œuvre, reste général plutôt que d’inventer. Ne recopie pas de citation si tu n’es pas sûr du mot à mot.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Raconter un souvenir sans montrer le rôle de la musique.

    Partir d’une musique précise, puis montrer comment elle fait surgir le souvenir.

    Le sujet porte sur cette expérience. Le passage de la musique au souvenir est le cœur de la consigne.

  • Résumer le souvenir en quelques faits : où, quand, avec qui.

    Faire vivre ce souvenir par des sensations et des sentiments qui évoluent.

    Le sujet demande d’insister sur les sensations et les sentiments éprouvés.

  • Glisser au présent quand le souvenir devient intense.

    Garder les temps du passé jusqu’à la fin.

    Le sujet impose les temps du passé. Le souvenir se raconte à l’imparfait, et les actions au passé simple.

  • Reprendre la guerre, le soldat et La Paloma dans le récit.

    Inventer ta propre musique, ton lieu et ton souvenir.

    Le texte de Jorge Semprun sert de point de départ. Le sujet demande ton expérience, pas une suite de l’extrait.

  • Ne parler que de la compréhension des autres, ou ne citer que des livres.

    Exploiter les deux sens de se comprendre, avec au moins un livre et une œuvre d’un autre art.

    L’expression a deux sens, et le sujet réclame des exemples littéraires et artistiques précis.

Questions fréquentes

Combien de temps dure la rédaction de septembre 2024 et combien de points vaut-elle ?

Le sujet indique 1 h 30 pour 40 points, sur une copie distincte. Le dictionnaire est autorisé, la calculatrice est interdite.

Faut-il traiter les deux sujets ?

Non. Tu en choisis un seul, soit le sujet d’imagination, soit le sujet de réflexion.

Peut-on utiliser des prénoms dans le récit du sujet d’imagination ?

Le sujet interdit de signer, de citer ton nom, celui d’un camarade ou celui de ton établissement. Le plus sûr est d’écrire « mon grand-père » ou « ma cousine », sans aucun prénom.

Faut-il citer une vraie chanson dans le sujet d’imagination ?

Non. Tu peux nommer une chanson réelle ou simplement décrire un air, comme le fait l’exemple rédigé. Ce qui compte, c’est le souvenir qu’il réveille et ce que tu ressens.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.