Le sujet en bref
Deux sujets au choix, liés à La Chambre des officiers de Marc Dugain. Le sujet d’imagination demande de poursuivre le récit de Marguerite à la première personne, jusqu’à l’accident qui l’a blessée. Le sujet de réflexion interroge ce que les récits de vie, réels ou fictifs, apportent. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.
Sujet d’imagination : la suite du récit de Marguerite (40 points)
Le sujet prolonge les lignes 23 à 30 du texte de la partie compréhension. Ce qui suit est une proposition : un autre récit, cohérent avec le texte et bien écrit, est aussi valable.
Ce qu’attend le sujet
Poursuivre le récit de Marguerite à la première personne, en partant de la phrase imposée et en finissant par l’accident.
Les contraintes. Le récit est écrit à la première personne, du point de vue de Marguerite. Il commence par les deux phrases données par le sujet, recopiées mot pour mot. Il se termine par l’accident qui a causé ses blessures. Il mêle narration et description.
La cohérence avec le texte. Marguerite est une jeune femme très belle, fille d’un orfèvre fortuné, qui a demandé à partir dans une antenne de secours près du front. Elle rêve d’un homme courageux et ignore ce qu’est la réalité de la guerre (lignes 24 à 30).
Les blessures. L’accident doit correspondre aux lignes 8 à 10 : une explosion atteint le nez et les pommettes et crève les tympans, alors que la bouche, les yeux et le front sont épargnés.
La langue. La phrase imposée oriente vers un récit au passé : imparfait pour les descriptions et les habitudes, passé simple pour les actions. Le vocabulaire doit montrer le front, les soins, la peur et les sensations.
Conseil : Fais évoluer le personnage : la jeune femme qui arrive au front avec ses rêves n’est plus la même à la fin. Cette transformation donne de la force à ton récit.
Plan proposé
Ouverture. Les deux phrases imposées, puis la description de l’antenne de secours : le bruit, les odeurs, l’afflux des blessés.
Le quotidien. Les gestes de l’infirmière et la disparition de sa vie d’avant : sa beauté ne compte plus.
La découverte. Elle comprend ce qu’est le courage, très loin de ce qu’elle avait rêvé.
L’accident. Un jour précis, une scène courte, l’explosion, puis le silence : la surdité sert de chute au récit.
Exemple rédigé
[Recopie ici les deux phrases imposées par le sujet, puis continue.]
Les blessés arrivaient par dizaines sur des brancards couverts de boue, et l’antenne de secours n’était qu’une longue baraque de planches où tout tremblait à chaque obus. L’air sentait l’éther, la terre mouillée et le sang. En quelques jours, mes mains se couvrirent de gerçures et ma blouse blanche prit la couleur du sol. Plus personne ne se retournait sur mon passage. J’en éprouvai un étrange soulagement : ici, ma beauté ne gênait personne. On ne me demandait que des gestes sûrs.
J’appris à découper les uniformes raidis, à tenir une main pendant que le chirurgien opérait, à écrire sous la dictée la lettre d’un soldat à sa mère. J’étais venue chercher des héros au regard fier. Je trouvai des garçons de vingt ans qui pleuraient dans la nuit et qui s’excusaient de me déranger. Un sergent amputé plaisantait pour rassurer son voisin, alors que ses lèvres tremblaient de douleur. Je compris que le courage ne ressemblait à rien de ce que j’avais imaginé dans le salon de mon père. Il était sale, épuisé, et il ne demandait aucune admiration. Je n’étais plus amoureuse d’un rêve : j’avais honte de l’avoir fait.
Un matin de pluie, l’ordre arriva d’évacuer vers l’arrière : les tirs se rapprochaient. Nous chargions les ambulances en courant, dans une cour transformée en bourbier. J’avais déjà un pied sur le marchepied quand un jeune caporal m’appela depuis son brancard. Il avait laissé sous sa couverture la photographie de sa fiancée. Je fis demi-tour sans réfléchir et je traversai la cour. Je tenais la photographie dans ma main lorsque j’entendis un sifflement, plus aigu que les autres. Je n’eus pas le temps de me jeter à terre.
Une lumière blanche envahit tout. Une chaleur brutale me frappa en plein milieu du visage et je me sentis projetée en arrière. Quand je rouvris les yeux, le ciel était toujours là, gris et tranquille. Des hommes couraient vers moi, la bouche grande ouverte. Ils criaient sans doute. Je n’entendais rien. Le monde venait de se taire, et je ne savais pas encore qu’il se tairait pour toujours.
Conseil : Sur ta copie, les deux phrases imposées doivent figurer au début, sans aucun changement. La fin sur le silence reprend un détail du texte : le correcteur voit que tu l’as lu de près.
Sujet de réflexion : ce qu’apportent les récits de vie (40 points)
Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, avec d’autres exemples, est aussi valable.
Ce qu’attend le sujet
Dire ce que les récits de vie, réels ou fictifs, peuvent apporter à leurs lecteurs et à leurs spectateurs.
Les mots clés. Un récit de vie raconte le parcours d’une personne. Le sujet vise les récits réels (journal, autobiographie, témoignage) et les récits fictifs (roman, film) : il faut parler des deux. La question commence par que peuvent apporter : elle demande une liste organisée de bienfaits, du plus simple au plus profond, et pas un pour ou contre.
La forme. Une introduction, un développement organisé en paragraphes, une conclusion. Chaque paragraphe défend une idée et l’appuie sur un exemple précis, expliqué.
Le lien avec le texte. Le sujet part de la scène où Adrien et ses amis écoutent Marguerite. Tu peux t’en servir pour ton introduction.
Conseil : Tes exemples doivent venir de plusieurs domaines. Le sujet cite le cinéma, la peinture et la bande dessinée à côté des lectures.
Plan proposé
I. Les récits de vie nous apprennent le monde. Ils transmettent une histoire vécue de l’intérieur et préservent la mémoire. Exemples : Le Journal d’Anne Frank, Si c’est un homme de Primo Levi, Persepolis de Marjane Satrapi, La Chambre des officiers.
II. Ils nous font ressentir ce que vivent les autres. L’émotion nous met à leur place et change notre regard. Exemples : Un sac de billes de Joseph Joffo, Les Misérables de Victor Hugo.
III. Ils nous aident à nous construire. Ils offrent des modèles, du réconfort et une réflexion sur nos propres choix. Exemples : le film Intouchables, les auditeurs de Marguerite, Jean Valjean.
Exemple rédigé
Dans le roman de Marc Dugain, trois officiers défigurés écoutent Marguerite raconter son histoire, serrés les uns contre les autres. Depuis toujours, les hommes aiment entendre la vie des autres, qu’elle soit vraie ou inventée. Que peuvent donc apporter ces récits à celles et ceux qui les découvrent ? Ils nous instruisent d’abord, ils nous rapprochent ensuite d’autrui, et ils nous aident enfin à nous construire.
Tout d’abord, un récit de vie nous fait connaître le monde. Un manuel donne des dates, alors qu’un témoignage montre comment on a vécu ces événements. Le Journal d’Anne Frank nous fait partager le quotidien d’une adolescente juive cachée à Amsterdam pendant la guerre. Dans Si c’est un homme, Primo Levi décrit ce qu’il a subi à Auschwitz, pour que personne ne puisse l’ignorer. Ces textes gardent une mémoire qui disparaîtrait avec les témoins. Une bande dessinée peut jouer le même rôle : dans Persepolis, Marjane Satrapi raconte son enfance en Iran au moment de la révolution islamique. La fiction instruit aussi, comme le montre La Chambre des officiers, qui fait découvrir le sort des gueules cassées.
De plus, ces récits nous font ressentir ce que vivent les autres. Quand nous suivons un personnage, nous nous mettons à sa place. Dans Un sac de billes, Joseph Joffo raconte la fuite de deux jeunes frères juifs dans la France de l’Occupation. Le lecteur de leur âge tremble avec eux et comprend mieux la persécution qu’avec une simple définition. Dans Les Misérables, Victor Hugo nous attache à Jean Valjean, un ancien forçat que tout le monde rejette. En partageant ses malheurs, nous apprenons à ne plus juger un homme sur son passé. Peu importe alors que l’histoire soit inventée : l’émotion, elle, est vraie.
Enfin, les récits de vie nous aident à nous construire. Ils nous offrent des exemples de courage et nous montrent que des épreuves terribles peuvent être traversées. Le film Intouchables, inspiré d’une histoire vraie, montre qu’une amitié peut redonner le goût de vivre à un homme paralysé. Ces récits réconfortent aussi ceux qui souffrent : les officiers qui écoutent Marguerite découvrent qu’ils ne sont pas seuls. Ils nous font également réfléchir à nos propres choix. Le parcours de Jean Valjean, qui décide de devenir un homme juste, pose à chaque lecteur la question de ce qu’il ferait à sa place.
Ainsi, qu’ils soient réels ou fictifs, les récits de vie sont bien plus qu’un divertissement. Ils transmettent une mémoire, ils développent notre sensibilité et ils nous aident à savoir qui nous voulons être. Écouter la vie d’un autre, c’est déjà sortir un peu de la sienne.
Conseil : Remplace ces exemples par tes propres lectures si tu les connais mieux : le correcteur valorise un exemple bien expliqué, pas une liste de titres.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Modifier les phrases imposées ou commencer autrement le sujet d’imagination.
Recopier les deux phrases sans rien changer, puis enchaîner.
Le sujet impose ce début : c’est une consigne, pas une suggestion.
Oublier l’accident, ou raconter une blessure qui ne correspond pas au texte.
Finir sur une explosion qui atteint le nez, les pommettes et les tympans.
Le sujet demande de terminer par l’accident, et les lignes 8 à 10 en décrivent les conséquences.
Écrire à la troisième personne ou changer de point de vue en cours de route.
Garder le je de Marguerite du début à la fin.
Le récit est celui de la jeune femme : la première personne est imposée.
Ne parler que de témoignages réels dans le sujet de réflexion.
Traiter aussi la fiction, avec au moins un roman ou un film.
Le sujet vise les récits de vie réels ou fictifs.
Résumer longuement une œuvre sans en tirer d’idée.
Présenter l’œuvre en une phrase, puis expliquer ce qu’elle apporte à celui qui la découvre.
L’exemple doit servir l’argument : un résumé n’est pas une réflexion.
Questions fréquentes
Combien de temps dure la rédaction du brevet 2024 et combien de points vaut-elle ?
Le sujet indique 1 h 30 pour 40 points. Tu composes sur une copie distincte.
Faut-il traiter les deux sujets ?
Non. Tu en choisis un seul, soit le sujet d’imagination, soit le sujet de réflexion.
Le dictionnaire est-il autorisé ?
Oui, pour la rédaction, le sujet autorise le dictionnaire. La calculatrice reste interdite.
Pourquoi l’exemple rédigé ne recopie-t-il pas les phrases imposées ?
Elles figurent dans le sujet, à côté de toi. Sur ta copie, tu dois au contraire les écrire en entier, au tout début de ton récit.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.