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Corrigé du brevet de français 2023 : rédaction (Nouvelle-Calédonie)

Le sujet en bref

Deux sujets au choix en Nouvelle-Calédonie, liés au discours de Victor Hugo sur la misère. Le sujet d’imagination demande un discours à sa manière, pour convaincre et persuader. Le sujet de réflexion demande si les œuvres d’art peuvent faire évoluer la société. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.

Sujet officiel

Sujet d’imagination : un discours à la manière de Victor Hugo (40 points)

Le sujet prolonge le discours sur la misère étudié dans la première partie de l’épreuve. Ce qui suit est une proposition : un autre discours, sur une autre cause, est aussi valable.

Ce qu’attend le sujet

Écrire le texte d’un discours sur une cause qui te touche, en imitant l’art oratoire de Hugo.

La forme. C’est un discours : un je parle à voix haute devant un public, et il s’adresse à lui du début à la fin. Fais savoir dès la première ligne à qui tu parles, avec une apostrophe comme mesdames, messieurs ou chers camarades.

Le sujet. Tu le choisis, mais il doit te tenir à cœur : le harcèlement, le gaspillage, la protection de la mer, l’égalité entre filles et garçons. Choisis une cause sur laquelle tu peux donner des faits concrets, et demande quelque chose de précis à ton public.

Convaincre et persuader. Le sujet exige les deux. Convaincre, c’est donner des arguments organisés. Persuader, c’est toucher les sentiments : la pitié, la honte, la peur, l’espoir.

À la manière de Hugo. Reprends ses moyens, pas ses phrases : une anaphore qui martèle, des énumérations, des exemples concrets de souffrance, une image forte, l’engagement du je, des impératifs à la fin. Tu peux même ajouter entre parenthèses les réactions du public, comme dans le texte du sujet.

La progression. Un discours avance vers un sommet : une accroche, des arguments, un appel final qui pousse à agir.

Conseil : Ne signe pas, et ne cite ni ton nom ni celui de ton collège : le sujet l’interdit. Dis simplement que tu parles à tes camarades, à tes professeurs ou à des élus.

Plan proposé

L’ouverture. Apostrophe au public, annonce de la cause, en une phrase qui frappe.

La réfutation. Ce que l’on dit d’habitude pour ne rien faire, et pourquoi c’est faux.

Le tableau. Des exemples concrets, pour émouvoir.

Le raisonnement. Pourquoi cette cause concerne tout le monde, et pas seulement les victimes.

L’appel final. Ce que tu demandes, à l’impératif, avec une dernière formule.

Exemple rédigé

Mesdames, messieurs, chers camarades,

Je ne suis pas venu vous parler d’un fait lointain. Je suis venu vous parler de ce qui se passe ici, à vingt mètres de cette salle, entre deux sonneries. Je suis venu vous parler du harcèlement. (Silence dans la salle.)

On me dira que ce mot est bien grand pour des histoires de collégiens. On me dira que les enfants sont cruels, que cela forge le caractère, que cela passera. Eh bien, je réponds que cela ne passe pas ! Je réponds qu’une moquerie répétée chaque matin pendant un an n’est plus une plaisanterie, que c’est une blessure, et que personne n’a le droit de l’appeler autrement.

Regardez cet élève qui déjeune seul et qui ne lève plus les yeux de son assiette. Regardez celle qui fait un long détour pour éviter un couloir. Regardez celui qui a mal au ventre le dimanche soir, à l’idée du lundi, et dont le téléphone vibre encore à minuit. Ils ne sont pas fragiles, ils sont blessés ! Une moquerie n’est rien, dites-vous ? Une goutte d’eau n’est rien non plus, et c’est pourtant goutte à goutte que l’eau perce la pierre. (Mouvement dans la salle.)

Et ne croyez pas que le mal s’arrête à ceux qui le subissent. Un collège où l’on a peur est un collège où l’on n’apprend plus. Il y a ceux qui attaquent, et ils sont peu nombreux. Il y a ceux qui rient, et ils sont déjà plus nombreux. Il y a ceux qui se taisent, et ceux-là sont la foule. Je n’accuse personne sans m’accuser moi-même : moi aussi, j’ai baissé les yeux, moi aussi, j’ai ri pour ne pas être le suivant. C’est la méchanceté qui allume le feu, mais c’est notre silence qui l’entretient !

Que puis-je vous demander ? Peu de chose, et pourtant tout. Vous, les adultes, écoutez avant qu’il ne soit trop tard, et prenez au sérieux ce que l’on vient vous dire à voix basse. Vous, mes camarades, cessez de rire avec ceux qui blessent, allez vous asseoir à côté de celui qui mange seul, parlez ! Un seul élève qui se lève vaut mieux que cent élèves qui regrettent.

Nous savons punir un retard de cinq minutes : apprenons à ne plus laisser passer une année de souffrance ! (Applaudissements prolongés. L’orateur regagne sa place.)

Conseil : Ce discours est inventé, y compris l’aveu de son auteur. Il imite les moyens de Hugo sans le recopier : anaphores, tableau concret, image du feu, impératifs, notes entre parenthèses.

Sujet de réflexion : les œuvres peuvent-elles faire évoluer la société ? (40 points)

Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, avec d’autres exemples, est aussi valable.

Ce qu’attend le sujet

Dire si la littérature et les autres arts ont le pouvoir de transformer la société, avec des exemples précis.

La question. Elle appelle une réponse par oui ou par non, à justifier. Répondre oui, puis fixer des limites, est souvent le plus convaincant.

Les mots clés. Les œuvres sont littéraires, mais le sujet ouvre aussi à la peinture, au cinéma, à la chanson. Le verbe pouvoir porte sur une possibilité : il n’affirme pas que les œuvres réussissent à chaque fois. Faire évoluer suppose un changement réel, dans les idées, dans les comportements ou dans les lois. La société, c’est tout le monde, pas un seul lecteur.

La forme. Un développement organisé : une introduction, des paragraphes avec une idée chacun, une conclusion.

Les exemples. Le sujet les veut précis, et issus à la fois de ta culture personnelle et des œuvres vues à l’école.

Le lien avec le sujet. Hugo, orateur et romancier, est un exemple tout trouvé. Il ne doit pas être le seul.

Conseil : Ici, le piège est de raconter les œuvres. Après chaque exemple, dis ce que l’œuvre a changé ou pouvait changer dans la société.

Plan proposé

I. Les œuvres montrent ce que la société refuse de voir. Exemples : Les Misérables de Victor Hugo, Germinal d’Émile Zola, Guernica de Pablo Picasso.

II. Elles changent les regards et peuvent préparer les lois. Exemples : Le Dernier Jour d’un condamné de Victor Hugo, J’accuse d’Émile Zola, une lecture personnelle du Journal d’Anne Frank.

III. Leur pouvoir reste lent et limité. Exemples : Guernica de nouveau, le discours de Hugo sur la misère.

Exemple rédigé

En 1849, Victor Hugo réclamait à la tribune de l’Assemblée des lois contre la misère. Treize ans plus tard, il publiait Les Misérables. Comme lui, bien des artistes ont espéré changer le monde par leurs œuvres. Mais un livre ou un tableau peut-il vraiment faire évoluer la société ? Les œuvres montrent d’abord ce que l’on préfère ignorer. Elles changent ensuite les regards et peuvent préparer les lois. Leur pouvoir reste pourtant lent et limité.

D’abord, les œuvres rendent visible ce que la société refuse de voir. Dans Les Misérables, Hugo place les pauvres au centre de son roman : Jean Valjean est envoyé au bagne pour avoir volé un pain, et le lecteur découvre avec lui la dureté de la loi. Dans Germinal, Émile Zola fait connaître la vie des mineurs, leur fatigue et leur faim. En 1937, Pablo Picasso peint Guernica après le bombardement d’une ville espagnole : son immense tableau en noir, blanc et gris montre au monde entier la souffrance des civils. Ces œuvres ne donnent pas de solution, mais elles empêchent de dire que l’on ne savait pas.

Ensuite, parce qu’elles touchent le cœur autant que la raison, les œuvres peuvent changer les mentalités. Un chiffre laisse indifférent, un personnage nous bouleverse. Dans Le Dernier Jour d’un condamné, Hugo nous enferme dans la tête d’un homme qui va mourir : le lecteur ne peut plus penser à la peine de mort comme à une idée abstraite. Une œuvre peut aussi peser sur l’actualité. En 1898, avec J’accuse, Émile Zola met sa célébrité au service du capitaine Dreyfus, condamné à tort, et relance tout le débat. Une œuvre change enfin chaque lecteur, et la société est faite de lecteurs. Je ne regarde plus de la même façon les discriminations depuis que j’ai lu au collège le Journal d’Anne Frank. Cette voix d’adolescente m’a fait comprendre ce que des chiffres sur la guerre ne m’avaient jamais fait sentir.

Cependant, le pouvoir des œuvres a des limites. Il est lent : Le Dernier Jour d’un condamné paraît en 1829, et la France n’abolit la peine de mort qu’en 1981. Il n’est pas toujours suffisant : Guernica n’a pas empêché la Seconde Guerre mondiale d’éclater quelques années plus tard. La misère que Hugo voulait abolir n’a pas disparu non plus. Une œuvre n’agit jamais seule. Elle a besoin de lecteurs qui s’en emparent, de citoyens qui se mobilisent et d’élus qui votent. Un tableau ne fait pas une loi.

Ainsi, les œuvres peuvent faire évoluer la société, parce qu’elles montrent, émeuvent et font réfléchir. Elles ne la transforment pourtant pas à elles seules : elles sèment des idées que d’autres doivent faire grandir. Peut-être leur force est-elle justement là, dans ces lecteurs qui, un jour, décident d’agir.

Conseil : Le souvenir de lecture est inventé pour l’exemple : remplace-le par le tien, et ces œuvres par celles que tu connais le mieux. Si tu hésites sur une date, reste général plutôt que d’inventer.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Écrire un article ou un récit sur une cause, sans s’adresser à personne.

    Écrire un vrai discours, avec un public interpellé du début à la fin.

    Le sujet demande un discours à prononcer devant un auditoire.

  • Recopier les formules de Hugo en changeant seulement le thème.

    Reprendre ses procédés avec tes propres phrases.

    « À la manière de » demande d’imiter un style, pas de reproduire un texte.

  • Ne faire appel qu’à l’émotion, ou qu’au raisonnement.

    Mêler des arguments et des moyens qui touchent les sentiments.

    Le sujet demande à la fois de convaincre et de persuader.

  • Citer le nom de ton collège pour rendre le discours plus vrai.

    Parler de ton collège sans le nommer.

    Le sujet l’interdit, pour respecter l’anonymat de la copie.

  • Raconter longuement l’intrigue des Misérables dans le sujet de réflexion.

    Dire en deux phrases ce que l’œuvre montre et ce qu’elle peut changer.

    La question porte sur le pouvoir des œuvres sur la société, pas sur leur histoire.

Questions fréquentes

Combien de temps dure la rédaction du brevet 2023 en Nouvelle-Calédonie et combien de points vaut-elle ?

Le sujet indique 1 h 30 pour 40 points, sur une copie distincte. La calculatrice est interdite.

Le dictionnaire est-il autorisé pour la rédaction ?

Oui. Le sujet l’autorise pour cette partie. Il reste interdit dans la partie compréhension et grammaire.

Faut-il traiter les deux sujets ?

Non. Tu en choisis un seul, et tu indiques clairement sur ta copie lequel tu as choisi.

Le discours doit-il parler de la misère, comme celui de Hugo ?

Non. Le sujet laisse libre le thème : il suffit qu’il te tienne à cœur. Seule la manière de parler doit rappeler celle de Hugo.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.