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Corrigé du brevet de français 2024 : rédaction (Amérique du Nord)

Le sujet en bref

Deux sujets au choix en Amérique du Nord, liés au texte Wood’stown d’Alphonse Daudet. Le sujet d’imagination demande une suite au récit, à la troisième personne et au passé, qui mette en valeur le rôle de la forêt. Le sujet de réflexion demande si l’art peut nous rapprocher de la nature. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.

Sujet officiel

Sujet d’imagination : la suite de Wood’stown (40 points)

Le texte s’arrête sur une menace : la forêt regarde la ville qui lui a pris sa place. Ce qui suit est une proposition : une autre suite, cohérente et bien écrite, est aussi valable.

Ce qu’attend le sujet

Prolonger le récit de Daudet en donnant à la forêt un rôle central, à la troisième personne et au passé.

La forme. C’est une suite : ton texte commence là où l’extrait s’arrête, sans le résumer. Le sujet impose la troisième personne du singulier et les temps du passé. Le passé simple porte les actions et l’imparfait les descriptions. Pas de je de narrateur.

La cohérence. Garde le cadre : la ville de bois, la Rivière-Rouge, le port, les collines, la forêt en demi-cercle. Tiens compte aussi de ce que le texte a établi : la forêt résiste, repousse et regarde.

Le mot clé : rôle. La forêt ne peut pas rester un décor. Elle doit agir et faire avancer l’histoire. Elle peut se venger, reprendre le terrain, avertir les hommes, ou même leur offrir une chance de réparer.

Le style. Reprends les procédés de Daudet : personnification, comparaisons, énumérations. Le lecteur doit retrouver une forêt qui vit et qui veut.

La fin. Un événement doit changer la situation. Dis clairement ce que deviennent la ville et la forêt.

Conseil : Ici, le piège est de glisser vers le présent ou vers je. Relis ta copie en vérifiant les temps des verbes. Seules les paroles rapportées peuvent être au présent.

Plan proposé

La fausse tranquillité. La ville prospère et oublie la forêt. Un personnage, seul, reste inquiet.

Le premier signe. Un détail étrange montre que la forêt n’est pas morte.

La riposte des hommes. Ils reprennent les haches, en vain : la forêt avance.

Le retournement. Les hommes comprennent qu’ils ne peuvent plus utiliser leur ancienne arme.

Le dénouement. Le charpentier rend son bois à la forêt. Elle s’arrête, reprend le bord du fleuve, et une dernière image ferme le récit.

Exemple rédigé

Pendant deux ans, Wood’stown ne pensa plus à la forêt. On vendait, on achetait, on chargeait les navires, et personne ne levait les yeux vers les collines. Seul un vieux charpentier, qui avait abattu les premiers arbres, ne s’y habituait pas. Le soir, assis sur le quai, il observait cette masse sombre et il baissait la voix, comme dans une chambre où quelqu’un fait semblant de dormir.

Un matin d’avril, il remarqua que les planches de la grande rue se soulevaient en bosses régulières. Il s’agenouilla, arracha une latte et recula. Une racine noire, épaisse comme son bras, courait sous le trottoir. Elle était brûlée sur le dessus, mais elle vivait. Le feu d’autrefois n’avait tué que la surface. Depuis deux ans, sous les pieds de la foule, la forêt marchait vers le fleuve sans faire de bruit.

On rit d’abord du vieil homme, puis on fit venir les bûcherons. Ils creusèrent, ils coupèrent, ils scièrent. Mais la racine tranchée le soir repoussait le matin, plus loin et plus grosse. Bientôt, des pousses vertes percèrent la chaussée, et les quais se fendirent. En mai, le vent descendit des collines et couvrit les toits d’une poussière de graines, qui germèrent dans les gouttières, entre les planches, jusque sur le pont des navires.

Un soir, les habitants se réunirent à la Bourse. Quelqu’un cria qu’il fallait faire comme autrefois et tout brûler. Des voix l’approuvèrent, puis le vieux charpentier se leva. Il frappa du poing le mur de la salle, et le bois sonna. « Brûler quoi ? dit-il. Tout est en bois, ici. Elle le sait. » Personne ne répondit. Les hommes avaient vaincu la forêt par le feu, et ils avaient bâti une ville où le feu leur était interdit.

Le vieux charpentier ne prit ni hache ni torche. Dès le lendemain, il démonta sa maison planche par planche et porta le bois jusqu’à la lisière, comme on rend un objet volé. On le crut fou, jusqu’au matin où l’on vit que les racines s’étaient arrêtées au bord de la place vide. Alors, quartier après quartier, les habitants l’imitèrent. Ils quittèrent le bord du fleuve et rebâtirent en pierre, plus près de la mer, une petite ville qui ne devait rien aux arbres. L’été suivant, de jeunes arbres couvraient déjà les anciens quais. La forêt avait repris sa place au bord du fleuve. Elle laissa les hommes à leurs pierres, et elle ne regarda plus personne.

Conseil : Ce modèle fait de la forêt le vrai personnage principal et retourne contre les hommes l’arme du feu, tirée du texte. Sa dernière phrase répond à la fin de l’extrait, ce qui ferme le récit. Aucun prénom n’y est nécessaire. Dans la nouvelle de Daudet, la forêt reprend aussi la ville, le feu y est écarté pour la même raison, et les habitants s’enfuient. Tu n’as pas à connaître cette fin, et tu as le droit d’aller dans le même sens : seul compte ton récit. Ici, le vieux charpentier et le bois rendu à la forêt sont inventés.

Sujet de réflexion : l’art peut-il nous rapprocher de la nature ? (40 points)

Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, avec d’autres exemples, est aussi valable. Dans l’exemple rédigé, les deux souvenirs à la première personne (le canal, le bois) sont inventés pour l’exemple : sur ta copie, raconte les tiens.

Ce qu’attend le sujet

Dire, dans un devoir construit et avec des exemples précis, si les œuvres d’art peuvent nous faire approcher de la nature.

Les mots clés. L’art se prend au sens large : littérature, peinture, musique, cinéma, sculpture. La nature désigne les paysages, les plantes, les animaux. Rapprocher peut se comprendre de plusieurs façons : mieux la regarder, mieux la connaître, l’aimer davantage, vouloir la protéger.

La question. Elle commence par peut-il : elle attend une réponse à discuter. Tu peux répondre oui, tout en montrant ce que l’art ne peut pas faire. Le mot nous t’inclut : le sujet parle de ce que les œuvres changent pour leur public.

La forme. Un développement organisé : une introduction, des paragraphes qui suivent une progression, une conclusion.

Les exemples. Il en faut de deux sortes : ton expérience personnelle, et des œuvres littéraires ou artistiques. Tu peux dire je au moment de présenter ton expérience.

Le lien avec le texte. Le texte de Daudet peut te servir d’exemple, sans que tu t’y limites.

Conseil : Il ne suffit pas de citer des œuvres qui parlent de nature. Après chaque exemple, dis ce que l’œuvre change dans notre rapport à elle.

Plan proposé

I. L’art nous apprend à regarder la nature. Il aiguise nos sens. Exemples : les Nymphéas de Claude Monet, Les Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi, une expérience personnelle.

II. L’art nous fait sentir qu’elle est vivante et fragile. Il nous attache à elle et donne envie de la protéger. Exemples : Wood’stown d’Alphonse Daudet, Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki, L’Homme qui plantait des arbres de Jean Giono.

III. Mais l’art ne la remplace pas. Il rapproche vraiment quand il nous renvoie dehors. Exemples : les œuvres d’Andy Goldsworthy, une expérience personnelle.

Exemple rédigé

Nous passons souvent nos journées entre des murs et devant des écrans, si bien que la nature nous semble lointaine. L’art, lui, se trouve dans les musées, les livres ou les salles de cinéma, loin des champs et des forêts. Un tableau ou un roman peut-il pourtant nous ramener vers elle ? L’art peut nous rapprocher de la nature, parce qu’il nous apprend à la regarder et qu’il nous fait sentir sa valeur. Il ne la remplace pas pour autant, mais il peut nous donner envie d’aller à sa rencontre.

D’abord, l’art nous apprend à voir ce que nous ne regardons plus. Dans ses Nymphéas, Claude Monet peint pendant des années le bassin de son jardin de Giverny : l’eau, les reflets, les fleurs, la lumière qui change. À Paris, au musée de l’Orangerie, ses immenses toiles entourent le visiteur, qui se croit presque au bord de l’eau. Après avoir vu ces tableaux lors d’une sortie scolaire, j’ai regardé autrement le canal près de chez moi : je n’y voyais plus seulement de l’eau, mais des couleurs qui bougeaient. La musique agit de même. Dans Les Quatre Saisons, Antonio Vivaldi fait entendre le chant des oiseaux et la violence de l’orage. Celui qui a écouté ces pages tend ensuite l’oreille autrement.

Ensuite, l’art nous fait sentir que la nature est vivante et fragile. Au début de Wood’stown, Alphonse Daudet décrit une forêt qui résiste, qui souffre et qui regarde. Le lecteur prend son parti contre les hommes, alors qu’il ne s’agit que d’arbres. Dans le film d’animation Princesse Mononoké, Hayao Miyazaki montre lui aussi une forêt menacée par un village de forges, et il nous fait comprendre ce qui disparaîtrait avec elle. Dans L’Homme qui plantait des arbres, Jean Giono raconte l’histoire d’un berger qui plante des arbres, année après année, sur une terre aride de Provence, jusqu’à y faire renaître la vie. Ces récits ne nous décrivent pas seulement la nature : ils nous attachent à elle et nous donnent envie de la protéger.

Cependant, l’art ne remplace pas la nature. Un tableau n’a pas l’odeur de la résine, et un film ne fait pas sentir le froid d’un matin d’hiver. Une belle image peut même nous donner l’illusion de connaître un lieu où nous n’avons jamais marché. L’art nous rapproche vraiment de la nature quand il nous renvoie vers elle. C’est ce que fait l’artiste britannique Andy Goldsworthy, qui crée ses œuvres dehors, avec des feuilles, des pierres ou de la glace, et les laisse disparaître avec le temps. Pour le spectateur, le moindre tas de feuilles peut alors devenir intéressant. Moi-même, c’est en marchant dans un bois, après avoir vu ces œuvres en photo, que j’ai commencé à ramasser des feuilles pour comparer leurs couleurs.

Ainsi, l’art peut nous rapprocher de la nature : il affine notre regard, il éveille notre attachement et il nous rappelle sa fragilité. Mais il reste un chemin plutôt qu’une arrivée. Sa plus grande réussite est peut-être de nous faire quitter le musée ou le livre pour aller voir de nos propres yeux.

Conseil : Les deux souvenirs de ce modèle sont inventés pour l’exemple : sur ta copie, raconte une expérience vraie. Remplace aussi les œuvres par tes propres lectures si tu les connais mieux. Si tu hésites sur un détail d’une œuvre, reste général plutôt que d’inventer.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Écrire la suite à la première personne, ou passer au présent.

    Rester à la troisième personne du singulier et aux temps du passé.

    Le sujet l’impose, à la manière de Daudet.

  • Raconter une histoire d’habitants où la forêt reste un simple décor.

    Faire agir la forêt, pour que les événements dépendent d’elle.

    Le sujet demande de mettre en valeur le rôle de la forêt.

  • Oublier ce que dit le texte : une ville neuve, des collines, une forêt qui regarde.

    Reprendre ces éléments, pour que la suite soit crédible.

    Une suite prolonge un récit : elle doit rester cohérente avec son cadre et ses personnages.

  • Dans le sujet de réflexion, ne citer que des œuvres.

    Ajouter un exemple précis de ton expérience personnelle.

    Le sujet réclame les deux sortes d’exemples.

  • Énumérer des œuvres qui parlent de nature.

    Montrer pour chaque œuvre ce qu’elle change dans notre rapport à la nature.

    La question porte sur le rapprochement. Le thème d’une œuvre ne suffit pas à y répondre.

Questions fréquentes

Combien de temps dure la rédaction du brevet 2024 en Amérique du Nord et combien de points vaut-elle ?

Le sujet indique 1 h 30 pour 40 points, sur une copie distincte. La calculatrice est interdite.

Le dictionnaire est-il autorisé pour la rédaction ?

Oui. Le sujet autorise le dictionnaire de langue française ou bilingue. Il reste interdit dans la partie compréhension et grammaire.

Faut-il traiter les deux sujets ?

Non. Tu en choisis un seul, soit le sujet d’imagination, soit le sujet de réflexion.

Peut-on donner un prénom à un personnage de la suite ?

Oui, un personnage inventé peut en avoir un. Le sujet t’interdit seulement de signer, et de citer ton nom, celui d’un camarade ou celui de ton établissement.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.