Le sujet en bref
Le sujet s’appuie sur un extrait de La Chambre des officiers de Marc Dugain, où trois officiers défigurés rencontrent Marguerite, et sur une affiche de Georges Conrad. Il fallait analyser la communication entre les personnages, une comparaison, le portrait moral de Marguerite, puis réussir la réécriture au féminin pluriel, notée sur 10 points.
I. Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)
Le texte de Marc Dugain est encore protégé par le droit d’auteur : ce corrigé le paraphrase et renvoie aux lignes. Sur ta copie, à chaque renvoi, recopie les mots du texte entre guillemets. D’autres réponses sont possibles si elles sont justifiées.
Question 1 (2 points)
Présenter les personnages du texte.
Le texte met en scène quatre personnages principaux. Adrien Fournier, le narrateur, et ses amis Penanster et Weil sont trois officiers gravement blessés au visage pendant la Première Guerre mondiale. Marguerite est une ancienne infirmière volontaire, blessée elle aussi.
Adrien Fournier (le narrateur), Penanster, Weil et Marguerite.
Question 2 (2 points)
Donner deux points communs entre ces personnages.
Premier point commun : ce sont tous des victimes de la guerre, blessés au visage. Le narrateur dit que Marguerite voit son propre malheur reflété en eux (lignes 1 et 2).
Deuxième point commun : ils sont tous soignés au même endroit, l’hôpital du Val-de-Grâce, comme l’indique le chapeau du texte.
Conseil : Tu peux aussi dire qu’ils ont tous servi leur pays : les hommes comme officiers, Marguerite comme infirmière.
Question 3 (4 points)
Dire si tous les personnages communiquent facilement dans les lignes 7 à 22, avec des passages précis.
Non, la communication n’est pas facile et elle n’est pas la même pour tous.
Marguerite a les tympans crevés par l’explosion (lignes 10 à 12). Elle n’entend plus et ne peut comprendre les autres qu’en lisant sur leurs lèvres (ligne 13).
Seul Penanster a gardé une bouche intacte : il est donc le seul à pouvoir former des mots qu’elle peut lire (ligne 14). Le narrateur comprend que Weil et lui ne pourront jamais échanger avec elle, parce que leurs lèvres mutilées ne forment plus de mots lisibles (lignes 14 à 17).
Une communication existe tout de même. Marguerite répond d’abord par un sourire (ligne 7), un langage se met en place avec Penanster (ligne 18), et elle peut raconter son histoire à voix haute à tout le groupe (lignes 19 à 21). Mais l’échange reste à sens unique pour Weil et le narrateur : ils l’entendent, et elle ne les comprend pas.
Non : seul Penanster peut vraiment dialoguer avec Marguerite.
Conseil : La question appelle une réponse nuancée. Distingue bien le cas de Penanster de celui de Weil et du narrateur.
Question 4 (5 points)
Donner deux raisons de l’engagement de Marguerite dans les lignes 23 à 30, avec des citations.
Première raison : se rendre utile. On manque d’infirmières et Marguerite se porte volontaire (ligne 23). Le narrateur explique que sa vie, jusque-là, ne servait à rien malgré sa beauté (ligne 24). L’engagement donne un sens à son existence.
Deuxième raison : rencontrer un homme courageux. Les hommes qui la courtisent ont tous échappé au front (ligne 25), et elle rêve d’aimer quelqu’un de brave (lignes 25 et 26). La guerre lui semble être le lieu où trouver cet homme.
Conseil : Le trouble créé par sa beauté à l’hôpital (lignes 26 à 28) explique son départ vers l’avant, pas son engagement. Ne le donne pas comme une des deux raisons.
Question 5. a) (3 points)
Identifier la figure de style de la phrase des lignes 8 et 9 et dire pourquoi elle convient au visage de Marguerite.
C’est une comparaison : Marguerite est le comparé, le parterre de roses abîmé est le comparant, et le mot comme est l’outil de comparaison.
Elle convient parfaitement au visage de Marguerite. Les roses évoquent sa beauté et sa fragilité. Le parterre n’est détruit qu’en son centre, comme son visage : le nez et les pommettes sont atteints (ligne 9), alors que la bouche, les yeux et le front sont épargnés (ligne 8). La comparaison dit à la fois la beauté qui reste et la violence de la destruction.
Une comparaison.
Conseil : Le mot comme interdit de parler de métaphore. L’élément attendu est le lien entre le centre du parterre et le centre du visage.
Question 5. b) (4 points)
Identifier deux traits de caractère de Marguerite et les justifier.
Courageuse et déterminée. Elle s’engage de son plein gré (ligne 23), puis elle obtient d’être envoyée près de la zone de combat (lignes 29 et 30). Devant les officiers défigurés, elle reste et ne se dérobe pas (ligne 3).
Chaleureuse et rayonnante. Malgré sa blessure, elle accueille la proposition de Penanster par un sourire plein de chaleur (ligne 7). Elle parle d’une voix douce (ligne 19) et garde sur les officiers une présence intacte, qui les intimide (lignes 21 et 22).
Question 6 (6 points)
Dire quelles réflexions sur la Grande Guerre inspire l’expérience des personnages, avec deux éléments justifiés.
La guerre détruit les corps et sépare les êtres. Les blessures ne s’effacent pas : elles touchent le visage, donc l’identité (lignes 1 et 2). Elles privent même les victimes de la parole et de l’ouïe (lignes 14 à 17). Cette violence frappe aussi une femme venue soigner, et le narrateur souligne l’injustice de sa blessure (lignes 19 et 20). La guerre n’épargne personne, et elle est bien plus terrible qu’on ne l’imagine de loin (ligne 28).
La solidarité survit à la guerre. Les blessés se regroupent en un club et y font entrer Marguerite avec humour (lignes 4 à 6). Ils se soutiennent physiquement pendant qu’elle parle (lignes 20 et 21). Cette fraternité entre victimes leur permet de rester humains.
Conseil : Tu peux aussi évoquer l’inégalité devant la guerre : certains hommes y échappent grâce à un poste abrité (ligne 25), quand d’autres y laissent leur visage.
Question 7 : image (6 points)
Dire si l’affiche de Georges Conrad illustre bien le texte, avec deux arguments appuyés sur le texte et l’image.
Oui, cette affiche est une bonne illustration du texte, pour deux raisons.
Elle représente les mêmes victimes. Le titre, en grandes lettres rouges, nomme les gueules cassées, et le bas de l’affiche mentionne l’Union des blessés de la face. Au premier plan, un soldat courbé a la tête presque entièrement couverte de bandages. Cet homme ressemble aux officiers du texte, blessés au visage et soignés à l’hôpital (lignes 1 et 2, et chapeau).
Elle montre une infirmière qui soutient un blessé. Une femme droite, en coiffe blanche marquée d’une croix rouge, tient le soldat par le bras et l’aide à avancer. Elle fait penser à Marguerite, infirmière volontaire (ligne 23). L’arrière-plan de fumée et de flammes rappelle la zone de combat où elle a demandé à partir (lignes 29 et 30). Le geste évoque aussi l’entraide des blessés (lignes 20 et 21).
Une différence compte toutefois : l’infirmière de l’affiche est intacte, alors que Marguerite est défigurée. L’image correspond donc à la jeune femme d’avant sa blessure.
Conseil : Décris un détail précis de l’affiche, puis relie-le à un passage précis du texte. Le titre de l’affiche est un argument facile à ne pas oublier.
II. Grammaire et compétences linguistiques (18 points)
Les mots analysés sont donnés isolément. Pour les phrases entières, reporte-toi au sujet.
Question 8 (2 points)
Relever les expansions du nom club dans les lignes 4 et 5 et donner leur classe.
Le nom club a deux expansions.
d’officiers est un groupe nominal prépositionnel, complément du nom club.
La suite de la phrase, du pronom relatif qui jusqu’au point de la ligne 5, forme une proposition subordonnée relative. Elle complète club, son antécédent.
Un groupe nominal prépositionnel et une proposition subordonnée relative.
Conseil : Les adjectifs de la fin de la phrase complètent membres, pas club. Ne les relève pas à part : ils sont déjà à l’intérieur de la relative.
Question 9. a) (1 point)
Recopier la phrase des lignes 14 et 15, mettre la subordonnée entre crochets et entourer le subordonnant.
La proposition principale s’arrête à l’adverbe aussitôt. La subordonnée va jusqu’à la fin de la phrase :
« [que ni Weil ni moi ne pourrions jamais nous entretenir avec elle] »
Le mot à entourer est que, une conjonction de subordination.
Conseil : Ce que n’a pas d’antécédent : ce n’est pas un pronom relatif.
Question 9. b) (2 points)
Donner la fonction de la subordonnée et une manipulation qui le prouve.
Cette proposition subordonnée conjonctive est complément d’objet direct (COD) du verbe compris.
Manipulation : on peut la remplacer par le pronom cela, ou par le pronom le. On obtient : je compris cela, je le compris. Un autre test donne le même résultat : on pose la question compris quoi ?, et la réponse est la subordonnée.
COD du verbe compris.
Conseil : Le sujet demande la manipulation que tu as utilisée. Écris-la, avec la phrase transformée : la fonction seule ne rapporte pas tous les points.
Question 10. a) (1,5 point)
Identifier et nommer les trois éléments qui composent insupportable.
in- est un préfixe à valeur négative.
support est le radical, celui du verbe supporter.
-able est un suffixe qui exprime la possibilité et forme un adjectif.
Préfixe in-, radical support, suffixe -able.
Question 10. b) (1,5 point)
Expliquer le sens du mot et donner un synonyme.
Le mot signifie « qu’on ne peut pas supporter ». Dans le texte, la situation à l’hôpital ne pouvait plus durer : Marguerite troublait trop les malades et les médecins.
Synonymes possibles : intolérable, invivable.
Conseil : Pour expliquer le sens, sers-toi des trois éléments trouvés en a) : ne pas, pouvoir, supporter.
Question 11 : réécriture (10 points)
Réécrire le passage en remplaçant Marguerite par Elles.
Le nouveau sujet est féminin et pluriel. Reprends le passage du sujet, aux lignes 23 à 26, et applique ces changements dans l’ordre.
Première phrase : Marguerite s’était portée devient Elles s’étaient portées, et volontaire devient volontaires. Dans ce verbe pronominal, le pronom réfléchi est COD et placé avant le verbe, donc le participe s’accorde au féminin pluriel.
Deuxième phrase : Elle était devient Elles étaient, belle devient belles, inutile devient inutiles.
Troisième phrase : Son père devient Leur père, sans s : le déterminant s’accorde avec père, qui reste au singulier, et le verbe qui suit ne change pas. Si tu comprends que chacune a son propre père, le pluriel se défend aussi, à condition de tout accorder : Leurs pères étaient des orfèvres fortunés. Ensuite, elle ne manquait devient elles ne manquaient.
Quatrième phrase : Elle rêvait devient Elles rêvaient.
Le reste ne bouge pas. Les participes qui suivent le mot prétendants se rapportent à ce nom masculin pluriel, et non à Marguerite. L’infinitif s’éprendre reste invariable, et l’homme courageux reste au singulier.
Conseil : Le piège est de tout mettre au féminin. Avant d’accorder un mot, demande-toi à quel nom il se rapporte.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Parler de métaphore pour la phrase des lignes 8 et 9.
Nommer une comparaison, avec l’outil comme.
La métaphore ne comporte pas d’outil de comparaison. Ici, le mot comme est bien présent.
Dire que tous les personnages arrivent à parler avec Marguerite.
Montrer que seul Penanster peut vraiment dialoguer avec elle.
Elle lit sur les lèvres, et seule la bouche de Penanster est restée intacte.
Prendre que pour un pronom relatif à la question 9.
Reconnaître une conjonction de subordination, qui introduit une complétive COD.
Le mot que suit le verbe compris et ne reprend aucun nom : il n’a pas d’antécédent.
Écrire « Leurs père » ou accorder « réformées » dans la réécriture.
Écrire Leur père et laisser au masculin les deux participes qui suivent prétendants.
Le déterminant s’accorde avec père, et les deux participes se rapportent aux prétendants.
Oublier d’accorder le participe de la première phrase de la réécriture.
Écrire Elles s’étaient portées volontaires.
Le verbe pronominal se conjugue avec être, et le pronom COD placé avant impose l’accord.
Questions fréquentes
Combien de temps dure cette partie de l’épreuve de français 2024 ?
Le sujet indique 1 h 10 pour 50 points : 32 points de compréhension et 18 points de grammaire. La réécriture compte à elle seule pour 10 points.
Peut-on utiliser un dictionnaire pour ces questions ?
Non. Le sujet interdit le dictionnaire et la calculatrice pour cette partie. Le dictionnaire n’est autorisé que pour la rédaction.
Pourquoi ce corrigé renvoie-t-il aux lignes au lieu de citer le texte ?
Le texte de Marc Dugain est encore protégé par le droit d’auteur. Garde le sujet à côté de toi : sur ta copie, tu dois recopier les passages indiqués entre guillemets.
Qui sont les gueules cassées de l’affiche ?
Ce sont les soldats blessés au visage, comme les officiers du texte. L’affiche du sujet est signée Georges Conrad et porte le nom de l’Union des blessés de la face.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.