Le sujet en bref
Sujet de la session de remplacement de septembre 2024. Il s’appuie sur un extrait de L’Écriture ou la Vie de Jorge Semprun, où deux résistants tiennent à portée de tir un soldat allemand isolé, et sur la photographie de deux soldats ennemis de 1914-1918. Il fallait expliquer le basculement du narrateur quand le soldat se met à chanter, puis réussir la réécriture au pluriel, notée sur 10 points.
I. Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)
Le texte de Jorge Semprun date de 1994 : il est encore protégé par le droit d’auteur. Ce corrigé le paraphrase, renvoie aux lignes et ne le cite qu’une fois. Sur ta copie, à chaque renvoi, recopie les mots du texte entre guillemets. D’autres réponses sont possibles si elles sont justifiées.
Question 1 (4 points)
Nommer les personnages de l’extrait et dire quels liens les unissent.
L’extrait met en scène trois personnages.
Le narrateur dit je et ne donne pas son nom. Le chapeau du texte précise qu’il est engagé dans la Résistance à l’automne 1943.
Julien est son camarade de combat. Les deux hommes agissent ensemble : ils sont venus observer les lieux pour préparer une embuscade (lignes 10 à 12).
L’Allemand est un jeune soldat de l’armée qui occupe la France.
Le narrateur et Julien sont donc alliés, et tous deux sont les ennemis du soldat. Celui-ci ne sait pas qu’on l’observe.
Le narrateur et Julien, deux résistants alliés, face à un jeune soldat allemand, leur ennemi.
Conseil : La question porte aussi sur les liens : une simple liste de noms ne suffit pas. Les soldats en groupe et les maquis des lignes 9 à 12 sont seulement évoqués, ils n’agissent pas dans la scène.
Question 2 (4 points)
Expliquer pourquoi le narrateur enchaîne trois désignations de l’ennemi à la ligne 8.
La ligne 8 dit : « Nous attendions un Allemand, des Allemands. N’importe lesquels. » Le narrateur corrige ainsi ce qu’il vient d’écrire. Il ne guettait pas cet homme précis (ligne 5), mais l’ennemi en général.
Le déterminant indéfini un montre que ce soldat n’a rien de particulier : n’importe quel Allemand ferait l’affaire.
Le pluriel élargit l’attente. Les résistants pensent à plusieurs hommes, puisque les soldats viennent à cet endroit en groupe (lignes 9 et 10).
Le pronom indéfini de la fin va au bout de cette idée : l’identité de ces hommes ne compte pas. Une seule chose importe, leur appartenance à l’armée d’occupation.
Cette progression montre que, pour un résistant, l’Allemand est d’abord un ennemi sans visage. Elle prépare la suite du texte, où cet ennemi anonyme va devenir un homme singulier.
Conseil : Explique chaque étape, puis donne le sens de l’ensemble. Le contraste avec le portrait du soldat, juste avant, aux lignes 5 et 6, renforce ta réponse.
Question 3 (6 points)
Dire si le narrateur a raison de voir dans l’Allemand une cible idéale, avec deux éléments tirés des lignes 13 à 19.
Oui, le narrateur a raison, même si ce soldat n’est pas sans défense.
Le soldat est seul. Aucun véhicule ne le suit (lignes 13 et 14). De plus, il arrive en pleine matinée (lignes 14 et 15), alors que ses camarades viennent d’ordinaire en fin d’après-midi (lignes 9 et 10). Personne ne peut donc lui porter secours.
Le soldat se croit en sécurité. Il descend de sa moto et l’immobilise (lignes 16 et 17) : il ne pourrait pas s’enfuir tout de suite. Il profite de l’air, ouvre le haut de sa veste (lignes 17 et 18) et paraît tout à fait à l’aise (ligne 18).
Une réserve s’impose. Il porte sa mitraillette en travers de la poitrine (lignes 18 et 19) : il reste armé et prudent. Mais il ignore que deux hommes le guettent, et cette arme ne le protège pas d’un tir surprise.
Oui : le soldat est seul et se croit en sécurité, même s’il reste armé.
Conseil : Reste dans les lignes 13 à 19 pour tes deux éléments. La distance et l’abri des résistants (lignes 21 à 24) peuvent confirmer ta réponse, mais ils sont hors du passage demandé. Mentionner l’arme du soldat montre que tu as lu le passage jusqu’au bout.
Question 4 (6 points)
Montrer comment évolue la relation du narrateur avec Julien, puis avec l’Allemand, de la ligne 20 à la première phrase de la ligne 31, à partir des pronoms, des désignations et de la construction des phrases.
Avec Julien : de l’union à la séparation. Au début, les deux hommes forment un bloc. À la ligne 20, ils sont sujets du même verbe, repris par le pronom nous, et leur regard est réciproque. Le pronom nous et le possessif nos dominent les lignes 20 à 24. La phrase sur leur idée commune revient presque à l’identique (lignes 20, puis 24 et 25) : ils pensent la même chose.
La chanson brise cette union. À la ligne 29, le narrateur passe au je et au me : il réagit seul, et le pronom nous ne sert plus qu’à désigner l’abri (ligne 30). À la ligne 30, Julien devient sujet et le narrateur complément. Le regard partagé de la ligne 20 est devenu un regard de reproche, qui va d’un homme vers l’autre. À la ligne 31, le pronom lui oppose enfin les deux camarades : cet air, qui bouleverse le narrateur, ne dit peut-être rien à Julien.
Avec l’Allemand : de la cible à l’être humain. Aux lignes 21 et 22, il n’est qu’un ennemi désigné par sa nationalité. Les phrases courtes et juxtaposées font le compte des avantages, comme un calcul : il est seul, les résistants sont armés, la distance convient, il y a du matériel à prendre (lignes 21 à 23). À la ligne 24, le pronom neutre c’ et le nom cible font de lui une chose.
Le connecteur Mais et l’adverbe soudain marquent la rupture (ligne 26). La désignation s’enrichit : le texte ajoute l’adjectif jeune et le nom soldat. L’Allemand redevient sujet de verbes d’action humains, puisqu’il regarde le ciel et chante (lignes 26 et 27). Le narrateur cesse de calculer et réagit par un sursaut (ligne 29) : un lien inattendu naît avec cet ennemi.
Le narrateur s’éloigne de Julien et se rapproche, malgré lui, de l’Allemand, qui passe du statut de cible à celui d’être humain.
Conseil : Les deux éléments attendus sont les deux relations, et elles évoluent en sens inverse. Pour chacune, donne au moins un fait de langue précis. À la ligne 31, le pronom lui renvoie à Julien, nommé juste avant : le narrateur répond à son regard de reproche, et il défend encore son sursaut à la ligne 35.
Question 5 (6 points)
Expliquer pourquoi, selon toi, La Paloma rend le soldat innocent aux yeux du narrateur, avec deux éléments justifiés.
Le mot innocent (ligne 39) est étonnant pour parler d’un soldat ennemi. Les mots comme si, à la ligne 38, indiquent d’ailleurs une impression, et non un fait. Deux raisons expliquent cette impression.
La chanson appartient à l’enfance du narrateur. Elle lui rappelle les servantes qui chantent, les kiosques à musique et les jardins des lieux de vacances (lignes 33 et 34). Il la rattache lui-même à son enfance (lignes 38 et 39). L’enfance est le temps de l’innocence, où la guerre et les ennemis n’existent pas. En chantant cet air, le soldat entre dans ce monde protégé : le narrateur ne voit plus l’occupant, il revoit ses souvenirs. Tirer sur lui reviendrait presque à tirer sur son propre passé.
Le chant fait apparaître un homme sous l’uniforme. Chanter est un geste gratuit, sans rapport avec la guerre. Le soldat regarde vers le ciel (ligne 26) et sa voix est belle (ligne 36). Il n’agit plus en ennemi, mais en jeune homme heureux d’être là. Les paroles parlent en outre d’une colombe (note 5), oiseau qui symbolise la paix. Le narrateur découvre qu’il a quelque chose en commun avec lui : cet ennemi est son semblable.
Conseil : Selon vous invite à interpréter, mais chaque idée doit s’appuyer sur une ligne. Ne conclus pas que le soldat est sauvé : la ligne 7 annonce que le narrateur le verra mort. L’innocence reste une impression du narrateur.
Question 6 : image (6 points)
Dire si la photographie peut illustrer le texte, avec trois éléments descriptifs précis et des citations.
Oui, cette photographie peut illustrer le texte, car elle montre, comme lui, un moment où deux ennemis cessent de se voir en ennemis.
Deux hommes de camps opposés. La légende l’indique et les tenues le confirment. À gauche, un soldat assis porte un casque plat à large bord, des sangles et un sac sur le dos. À droite, un soldat debout porte un long manteau d’uniforme au col relevé. Le texte oppose lui aussi deux camps : le résistant et le soldat de l’armée allemande. Cite ici le passage de la ligne 21 où ces deux camps sont mis côte à côte.
Un geste de paix. Au centre de l’image, les mains des deux hommes se rejoignent autour d’un objet sombre et plat, peut-être une gourde ou une boîte, que tous deux tiennent. Ils se font face, et aucune arme n’est pointée. L’autre main du soldat assis repose sur sa cuisse. Le texte montre lui aussi une violence suspendue : le narrateur ne peut plus tirer. Cite ici les lignes 37 et 38.
Un décor calme. Les deux hommes sont en plein air, sur un sol de pierres et d’herbes, devant un fond clair et flou. Aucun combat n’est visible. La scène du texte se passe aussi dans la nature, au bord de l’eau, dans une atmosphère paisible. Cite ici les lignes 16 et 17.
Le rapprochement a pourtant ses limites. La photographie date de la Première Guerre mondiale, alors que la scène du texte se passe pendant la Seconde. Surtout, elle montre un échange réel entre deux hommes, alors que, dans le texte, l’Allemand ignore qu’on l’observe : le changement se passe seulement dans l’esprit du narrateur. Ces différences ne changent pas la réponse : l’image et le texte montrent tous deux un ennemi qui redevient un homme.
Conseil : La consigne impose trois éléments de l’image, chacun relié à une citation. Décris avec précision ce que tu vois, puis fais le lien. L’objet n’est pas identifiable avec certitude : ne prétends pas le reconnaître.
II. Grammaire et compétences linguistiques (18 points)
Les mots analysés sont donnés isolément. Pour les phrases entières, reporte-toi au sujet, aux lignes indiquées.
Question 7. a) (1 point)
Donner la fonction du groupe souligné à la ligne 36.
Ce groupe est complément circonstanciel de manière. Il répond à la question comment : il indique la façon dont le soldat chante.
Complément circonstanciel de manière.
Conseil : Groupe nominal prépositionnel est sa nature, pas sa fonction. Ici, c’est la fonction qui est demandée.
Question 7. b) (2 points)
Citer deux manipulations qui permettent de reconnaître cette fonction.
Le déplacement. Place le groupe en tête de phrase, devant le sujet : la phrase reste correcte.
La suppression. Efface le groupe : il reste le sujet, le verbe et son infinitif. La phrase reste correcte et perd seulement une précision.
Un groupe que l’on peut déplacer et supprimer est un complément circonstanciel.
Le déplacement et la suppression.
Conseil : Nomme chaque manipulation, puis écris sur ta copie la phrase qu’elle donne. Poser la question comment n’est pas une manipulation.
Question 8. a) (1 point)
Recopier la phrase des lignes 9 et 10 et encadrer la proposition subordonnée.
Cherche d’abord les verbes conjugués. Il y en a deux, savions et avaient pris : la phrase contient donc deux propositions.
La principale tient en deux mots, au début de la phrase : le pronom sujet et le verbe savions.
Le cadre commence à la conjonction que, à la ligne 9, et se termine après le mot endroit, à la ligne 10. Il contient donc toute la fin de la phrase, sauf le point.
La subordonnée va de que (ligne 9) à endroit (ligne 10).
Conseil : Les infinitifs venir et se rafraîchir ne forment pas une nouvelle subordonnée : ils ne sont pas conjugués et restent à l’intérieur du cadre.
Question 8. b) (2 points)
Préciser la fonction de cette proposition subordonnée.
Cette proposition subordonnée conjonctive complétive est complément d’objet direct (COD) du verbe savions.
Pour le vérifier, pose la question savions quoi ? La réponse est la subordonnée. Tu peux aussi la remplacer par un pronom : nous le savions, nous savions cela.
COD du verbe savions.
Conseil : Le mot que ne reprend aucun nom : il n’a pas d’antécédent. C’est une conjonction de subordination, et non un pronom relatif.
Question 9. a) (1 point)
Proposer deux mots de la même famille que le verbe souligné à la ligne 6.
Le verbe fabuler appartient à la famille du nom fable. On peut citer aussi fabuleux, fabuliste, fabulateur ou affabulation.
Par exemple : fable et fabuleux.
Conseil : Des mots de même famille partagent le même radical et un lien de sens. Un mot proche par le sens seulement, comme mentir, n’en fait pas partie.
Question 9. b) (1 point)
En déduire le sens de ce verbe dans le texte.
Une fable est un récit inventé. Fabuler, c’est donc inventer, raconter comme vraie une chose imaginée.
Dans le texte, le narrateur s’interrompt pour avouer qu’il imagine un détail : de loin, la couleur des yeux du soldat lui échappait. Il ne l’a découverte que plus tard (lignes 6 à 8).
Fabuler signifie ici inventer, imaginer un détail qu’on présente comme vrai.
Conseil : Pars des mots trouvés en a), puis reviens au texte : le sujet écrit déduisez-en. Le présent de cette parenthèse montre que le narrateur parle au moment où il écrit.
Question 10 : réécriture (10 points)
Réécrire le passage des lignes 18 et 19 en remplaçant il par ils, sans mettre mitraillette au pluriel.
Le nouveau sujet est à la troisième personne du pluriel, au masculin. Recopie le passage du sujet et applique ces changements dans l’ordre.
Première phrase : Il devient Ils, était devient étaient, détendu devient détendus. L’attribut du sujet s’accorde avec ils.
Deuxième phrase, avant les deux-points : il devient ils, était devient étaient, resté devient restés. Le verbe rester se conjugue avec être : le participe passé s’accorde avec le sujet. Puis ses devient leurs, avec un s, car gardes est au pluriel.
Après les deux-points : sa devient leur, sans s, car mitraillette reste au singulier. lui devient leur, sans s : ce pronom personnel est invariable.
Dans la subordonnée relative : il devient ils et avait devient avaient.
Le reste ne bouge pas. Le verbe barrait garde le singulier, car son sujet est mitraillette. Le participe suspendue se rapporte aussi à mitraillette. Le participe passée reste au féminin singulier : avec avoir, il s’accorde avec le COD placé avant lui, le pronom qu’, qui reprend bretelle. Les mots poitrine et cou restent au singulier : chaque homme n’a qu’une poitrine et qu’un cou, et aucun accord ne les touche.
Onze mots changent : Ils, étaient, détendus, ils, étaient, restés, leurs, leur, leur, ils, avaient.
Conseil : Compte tes onze changements avant de rendre ta copie. Le piège est dans les trois leur : un seul prend un s, et c’est celui de gardes.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Écrire leurs mitraillettes dans la réécriture.
Écrire leur mitraillette.
La consigne impose le singulier. Le déterminant leur s’accorde avec ce nom, donc il ne prend pas de s.
Écrire leurs barrait, ou mettre barrait au pluriel.
Écrire leur sans s, et laisser barrait au singulier.
Devant un verbe, leur est un pronom personnel invariable. Le sujet de barrait est mitraillette, qui reste au singulier.
Accorder passée avec ils et écrire passés.
Garder passée.
Avec l’auxiliaire avoir, le participe ne s’accorde jamais avec le sujet. Il s’accorde avec le COD placé avant, qui reprend bretelle.
Répondre groupe nominal prépositionnel à la question 7. a).
Répondre complément circonstanciel de manière.
La question demande une fonction. Groupe nominal prépositionnel indique la nature du groupe.
Écrire à la question 5 que le chant sauve le soldat.
Dire que le narrateur ne peut plus tirer à cet instant, sans préjuger de la suite.
L’extrait s’arrête sur l’impossibilité de tirer, et la ligne 7 indique que le narrateur verra le soldat mort.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la session de remplacement de septembre ?
C’est une session organisée en septembre pour les candidats qui n’ont pas pu passer les écrits de juin à cause d’un cas de force majeure, avec l’autorisation du recteur. Ce n’est pas un rattrapage après un échec. L’épreuve garde la même forme qu’en juin 2024 : mêmes durées et même barème, avec un autre texte.
Combien de temps dure cette partie et combien de points vaut-elle ?
Le sujet indique 1 h 10 pour 50 points : 32 points de compréhension et 18 points de grammaire. La réécriture compte à elle seule pour 10 points.
Le dictionnaire est-il autorisé pour ces questions ?
Non. Le sujet interdit le dictionnaire et la calculatrice dans cette partie. Les six notes placées sous le texte expliquent les mots difficiles, dont vareuse et villégiatures.
Quel est le lien avec la rédaction de septembre 2024 ?
Le sujet demande de conserver le texte pour la rédaction. Les deux sujets au choix le prolongent : l’un porte sur une musique qui ramène à un souvenir, l’autre sur le pouvoir de la littérature et des arts.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.