Le sujet en bref
Deux sujets au choix dans les Pays du groupe 1, liés à l’extrait de Bérénice de Racine. Le sujet d’imagination fait écrire la lettre de Titus à Bérénice, à la fin de son règne. Le sujet de réflexion demande pourquoi il est intéressant de voir, d’entendre ou de lire un personnage exprimer ses sentiments. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.
Sujet d’imagination : la lettre de Titus à Bérénice (40 points)
Le sujet prolonge la scène de rupture de la partie compréhension, des années plus tard. Ce qui suit est une proposition : une autre lettre, cohérente avec le texte et bien écrite, est aussi valable.
Ce qu’attend le sujet
Écrire à la place de Titus, vers la fin de son règne, une lettre où il repense à toute son histoire avec Bérénice.
La forme. C’est une lettre : une formule d’appel, des paragraphes, une formule d’adieu. Le je est Titus et le vous est Bérénice, comme dans le texte, où il l’appelle Madame (vers 8).
Le contenu imposé. Quatre points doivent apparaître : la rencontre, l’histoire d’amour, la rupture, et les sentiments de Titus. Aucun ne peut manquer.
Le moment de l’écriture. Titus écrit à la fin de son règne. Il a donc du recul, et il peut juger ses choix. Ce regard en arrière fait l’intérêt de la lettre.
La cohérence avec le texte. Bérénice est une princesse étrangère, le peuple refuse leur amour (chapeau), et Titus a choisi son devoir. Il peut répondre aux reproches de Bérénice : elle lui demandait pourquoi il ne l’avait pas prévenue (vers 29 à 34). Le texte ne dit rien de leur rencontre : tu peux l’inventer.
La langue. Le niveau de langue est soutenu et le ton est lyrique, avec des phrases exclamatives et des images. L’imparfait et le passé composé racontent le passé. Le présent dit ce que Titus ressent encore, et le conditionnel passé exprime les regrets.
Conseil : Le sujet interdit de signer ta composition : termine par un adieu, sans aucun nom. Le lecteur sait qui écrit, puisque le je parle de son règne.
Plan proposé
L’ouverture. Le lieu et le moment, l’appel, la raison pour laquelle Titus écrit maintenant.
La rencontre. Un souvenir précis du premier regard.
L’histoire d’amour. Le bonheur, mais aussi le silence de Titus sur les lois de Rome.
La rupture. Le jour de la séparation, vu avec le recul : ce qu’il a dit et ce qu’il a caché.
Les sentiments d’aujourd’hui. Le bilan du règne, le regret, un amour intact, l’adieu.
Exemple rédigé
Rome, dans les derniers temps de mon règne.
Madame,
Mon règne s’achève et mes forces me quittent. Autour de moi, on me parle de mes victoires, de mes monuments, de la gloire que je laisserai. Moi, je ne pense qu’à vous. Depuis votre départ, je n’ai jamais osé vous écrire. Aujourd’hui, je n’ai plus rien à perdre : laissez parler l’homme, puisque l’empereur va bientôt se taire.
Vous souvenez-vous du jour où je vous ai vue pour la première fois ? Vous êtes entrée dans la grande salle, étrangère parmi tant de Romains qui vous dévisageaient. Vous ne baissiez pas les yeux. On m’avait annoncé une princesse lointaine, et j’ai découvert une femme qui ne craignait pas de me répondre. Ce soir-là, pour la première fois de ma vie, j’ai oublié les affaires de l’État.
Puis sont venues ces années dont je n’ai parlé à personne. Nous marchions dans les jardins à la tombée du jour, et vous me racontiez votre pays. Près de vous, je n’étais plus un prince : j’étais un homme heureux. Vous aviez confiance, et je vous laissais espérer. Car je connaissais les lois de Rome, Madame. Je savais que le peuple n’accepterait jamais une reine étrangère. Vous me l’avez reproché, et vous aviez raison : j’aurais dû parler plus tôt. J’ai préféré le bonheur à la vérité. Ce silence a été ma première faute.
Le jour où Rome a exigé ce sacrifice, je suis venu vers vous comme on marche au supplice. Je vous ai demandé de m’aider à vous perdre. Quelle cruauté ! Je vous parlais de devoir et d’honneur, et je retenais mes larmes à grand-peine. Vous m’avez appelé cruel, et ce mot me poursuit encore. Quand votre navire a quitté le port, je suis resté seul avec mes lois, vainqueur d’une bataille que je n’avais jamais voulu gagner.
J’ai régné, Madame. J’ai servi Rome de mon mieux, et Rome m’a applaudi. Je ne regrette pas d’avoir fait mon devoir, mais je regrette qu’il vous ait coûté si cher. Il n’est pas un jour où je n’aie cherché votre visage dans la foule. Le temps n’a rien effacé : il a seulement appris à mon chagrin à se taire devant les autres.
Cette lettre ne vous demande rien. Elle arrive trop tard pour cela. Je voulais seulement que vous sachiez ceci : celui qui vous a renvoyée ne vous a jamais quittée.
Adieu, Madame. Je vous aime encore.
Conseil : Cette lettre répond aux reproches du texte : l’aveu sur les lois de Rome reprend les vers 29 et 30, et le mot cruel vient du vers 26. Ces reprises prouvent que tu as lu l’extrait de près.
Sujet de réflexion : l’intérêt de voir un personnage exprimer ses sentiments (40 points)
Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, avec d’autres exemples, est aussi valable.
Ce qu’attend le sujet
Expliquer, avec des exemples, ce que nous apporte comme public l’expression des sentiments d’un personnage.
Le point de vue. La question porte sur toi, en tant que spectateur, auditeur ou lecteur. Il ne s’agit pas de dire pourquoi les personnages parlent, mais ce que leurs paroles t’apportent.
Les mots clés. Les trois verbes voir, entendre et lire couvrent le théâtre, le cinéma, la peinture, la chanson et les livres. Le mot intéressant invite à chercher plusieurs raisons : l’émotion, la compréhension, le plaisir.
La forme. Une réponse développée : une introduction, des paragraphes organisés autour d’une idée chacun, une conclusion. La question demande pourquoi : le sujet attend donc des raisons organisées, et non un oui ou un non.
Les exemples. Ils viennent d’œuvres littéraires et artistiques, vues en classe ou découvertes par toi-même. Tu peux t’appuyer sur Bérénice, sans t’y limiter.
Conseil : Ici, un exemple ne doit pas devenir un résumé. Deux ou trois phrases sur l’œuvre suffisent, puis reviens à ce qu’elle apporte au public.
Plan proposé
I. Nous partageons ce que vit le personnage. L’émotion fait le plaisir de l’œuvre. Exemples : Bérénice de Racine, Ne me quitte pas de Jacques Brel.
II. Nous comprenons le personnage de l’intérieur. Ses paroles éclairent ses actes. Exemples : Le Cid de Corneille, le film Vice-Versa.
III. Nous apprenons à nommer nos propres émotions. L’œuvre met des mots ou des images sur ce que nous sentons confusément. Exemples : Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, Le Cri d’Edvard Munch.
Exemple rédigé
Au théâtre, au cinéma ou dans un livre, nous passons des heures à écouter des personnages dire qu’ils aiment, qu’ils souffrent ou qu’ils ont peur. Ces êtres n’existent pas, et pourtant leurs émotions nous retiennent. Pourquoi est-il intéressant de voir, d’entendre ou de lire un personnage exprimer ses sentiments ? Cela nous fait d’abord partager ce qu’il vit. Cela nous aide ensuite à comprendre ce qui se joue en lui. Enfin, cela nous apprend à mettre des mots sur nos propres émotions.
D’abord, un personnage qui exprime ses sentiments nous émeut, et cette émotion fait une grande partie du plaisir de l’œuvre. Dans Bérénice de Racine, Titus annonce la rupture sans pouvoir retenir ses larmes, et le spectateur souffre avec lui. Sans ces paroles, il ne resterait qu’une décision politique. La chanson produit le même effet sur l’auditeur. Dans Ne me quitte pas, Jacques Brel fait entendre un homme qui supplie celle qu’il aime de rester. Cette voix qui semble sur le point de se briser me touche, alors que je n’ai jamais vécu une telle rupture. L’expression des sentiments nous fait ainsi vivre une autre vie que la nôtre.
Ensuite, ces paroles nous font comprendre un personnage de l’intérieur. Elles montrent ce que les actes seuls ne disent pas. Dans Le Cid de Corneille, Rodrigue doit venger son père en affrontant le père de Chimène, la femme qu’il aime. Ses stances nous font suivre son hésitation : nous voyons alors que son choix est un déchirement, et non un simple acte de courage. Le film Vice-Versa, des studios Pixar, pousse cette idée très loin. Il montre les émotions d’une petite fille sous la forme de personnages, au moment où sa famille déménage. Le spectateur comprend ainsi ce qu’elle ressent, même lorsqu’elle ne le dit pas à ses parents. Connaître ce qu’un personnage éprouve, c’est comprendre pourquoi il agit.
Enfin, ces œuvres nous donnent des mots et des images pour ce que nous ressentons nous-mêmes. Il n’est pas toujours facile de dire ce que l’on éprouve. Dans Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, Cyrano aime Roxane, mais il se croit trop laid pour le lui dire, et il prête ses mots à un autre. Tout lecteur qui a eu peur de ne pas être aimé se reconnaît dans cette timidité cachée sous de brillantes paroles. La peinture peut produire cet effet sans aucun mot. Dans Le Cri d’Edvard Munch, une silhouette se tient la tête entre les mains, la bouche ouverte. Devant ce tableau, on reconnaît une angoisse que l’on ne saurait pas forcément décrire. L’œuvre donne alors une forme à ce que nous sentions confusément.
Ainsi, il est intéressant de voir, d’entendre ou de lire un personnage exprimer ses sentiments, parce que cela nous émeut, nous éclaire et nous aide à nous comprendre. Un personnage qui parle de lui nous parle souvent de nous. C’est peut-être pour cela que des pleurs écrits il y a plusieurs siècles nous touchent encore.
Conseil : Remplace ces exemples par tes propres lectures et tes propres expériences si tu les connais mieux. Si tu hésites sur un détail d’une œuvre, reste général plutôt que d’inventer.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Parler seulement de la rupture dans la lettre.
Traiter la rencontre, l’amour, la rupture et les sentiments de Titus.
Le sujet énumère ces quatre points. Ils forment le plan naturel de la lettre.
Tutoyer Bérénice ou écrire dans une langue familière.
Garder le vous et un niveau de langue soutenu.
Dans le texte, Titus la vouvoie et l’appelle Madame. La lettre doit rester cohérente avec la scène.
Finir la lettre par une signature.
Terminer par une formule d’adieu, sans aucun nom.
Le sujet demande de ne pas signer ta composition. La lettre reste claire sans signature.
Expliquer pourquoi les personnages expriment leurs sentiments.
Expliquer ce que cette expression apporte au spectateur, à l’auditeur ou au lecteur.
La question porte sur l’intérêt pour le public, et non sur les motivations des personnages.
Résumer longuement une œuvre dans le sujet de réflexion.
Présenter l’exemple en quelques phrases, puis en tirer une idée.
Un exemple sert à prouver une raison. Sans ce lien avec l’idée, il ne répond pas à la question.
Questions fréquentes
Combien de temps dure la rédaction du brevet 2024 dans les Pays du groupe 1 et combien de points vaut-elle ?
Le sujet indique 1 h 30 pour 40 points, sur une copie distincte. La calculatrice est interdite.
Le dictionnaire est-il autorisé pour la rédaction ?
Oui, le sujet l’autorise pour la rédaction. Il reste interdit dans la partie compréhension et grammaire.
Faut-il traiter les deux sujets ?
Non. Le sujet demande d’en choisir un seul, soit le sujet d’imagination, soit le sujet de réflexion.
Faut-il connaître toute la pièce de Racine pour écrire la lettre ?
Non. L’extrait et son chapeau suffisent. La rencontre n’y est pas racontée : tu peux l’imaginer, tant que ton récit reste cohérent avec le texte.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.