Aller au contenu

La religion en philosophie : définition, thèses et sujets

L’essentiel

En philosophie, la religion est un ensemble de croyances et de pratiques relatives au sacré, qui relient les croyants entre eux. Le problème est double : la foi peut-elle s’accorder avec la raison, et la religion est-elle un besoin humain ou une illusion, comme le pensent Marx et Freud ?

Définition de la religion en philosophie

Le mot religion a deux étymologies anciennes. Cicéron le rattache à relegere, relire, recueillir avec soin : la religion est un scrupule attentif. Lactance, un auteur chrétien, le rattache à religare, relier. Dans ce second sens, elle lie les hommes à Dieu et entre eux.

Durkheim, dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912), la définit comme un système de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, qui unit en une même communauté ceux qui y adhèrent. Cette définition sociologique ne suppose ni un dieu ni une vérité de ces croyances.

Mots à distinguer
MotSensExemple
FoiL’adhésion confiante à ce qu’on ne peut pas prouverCroire en Dieu
ReligionDes croyances, des rites, une communautéLe judaïsme, le bouddhisme
SuperstitionUne croyance sans fondement à des forces ou à des signesÉviter le chiffre 13
LaïcitéLe principe politique de neutralité de l’ÉtatLa loi française de 1905

Foi et raison : peut-on les accorder ?

Averroès, dans le Discours décisif, soutient que la vérité de la philosophie ne contredit pas celle de la révélation : le vrai ne peut pas s’opposer au vrai. Thomas d’Aquin pense que la raison peut établir l’existence de Dieu, et que la foi la complète.

Pascal refuse ces preuves : le Dieu de la foi est sensible au cœur, non à la raison. Il propose pourtant un calcul dans les Pensées. C’est le pari : si Dieu existe, on gagne tout à croire, et s’il n’existe pas, on ne perd presque rien.

Kant montre dans la Critique de la raison pure (1781) que l’existence de Dieu ne peut être ni prouvée ni réfutée. Il laisse ainsi une place à la foi : Dieu est un objet de croyance raisonnable, et la morale n’a pas besoin de lui pour fonder le devoir.

La religion est-elle une illusion ?

Nietzsche fait annoncer par un insensé que Dieu est mort (Le Gai Savoir, 1882). Il ne parle pas d’un fait théologique, mais d’une crise des valeurs : si le fondement des valeurs s’effondre, il faut en créer d’autres.

Trois critiques de la religion
AuteurŒuvreThèse
FeuerbachL’Essence du christianisme (1841)L’homme projette en Dieu ses propres qualités, et s’en dépossède.
MarxCritique de la philosophie du droit de Hegel, introduction (1844)La religion est « l’opium du peuple » : elle soulage la misère au lieu de la combattre.
FreudL’Avenir d’une illusion (1927)La religion est une illusion née du désir d’être protégé par un père tout-puissant.

Astuce : Pour Freud, une illusion n’est pas forcément une erreur : c’est une croyance qui naît d’un désir. La nuance vaut des points.

La religion et la politique

Spinoza défend dans le Traité théologico-politique (1670) la liberté de philosopher : l’État doit garantir la paix, et il n’a pas à contrôler ce que chacun pense. Locke, dans la Lettre sur la tolérance (1689), sépare le rôle du magistrat de celui de l’Église.

En France, la loi du 9 décembre 1905 sépare les Églises et l’État. Elle assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes. La laïcité n’est pas un refus de la religion : elle protège la liberté de croire comme celle de ne pas croire.

Exemples de sujets sur la religion

  • Peut-on se passer de religion ?
  • La foi s’oppose-t-elle à la raison ?
  • La religion rend-elle meilleur ?
  • La science peut-elle remplacer la religion ?
  • L’État doit-il se préoccuper de religion ?

Les erreurs à éviter

  • Confondre religion et foi. La foi est une adhésion personnelle, la religion comprend aussi des rites et une communauté.

    On peut avoir la foi sans pratiquer, ou pratiquer sans avoir la foi.

  • Résumer Marx par « la religion est un mensonge des puissants ». Elle est à la fois expression de la détresse réelle et protestation contre elle.

    L’image de l’opium indique un soulagement, pas seulement une tromperie.

  • Assimiler la laïcité à l’athéisme. La laïcité est un principe politique, l’athéisme une position personnelle.

    L’État laïque ne prend pas parti : il garantit la liberté de chacun.

Exercices corrigés

  1. 1. À quel verbe latin Cicéron rattache-t-il le mot religion ?

    Voir la correction

    Relegere. Il le rattache à relegere, relire. C’est Lactance qui propose religare, relier.

  2. 2. La définition de Durkheim insiste sur…

    Voir la correction

    le sacré et la communauté. Il définit la religion par son rôle social, sans se prononcer sur sa vérité.

  3. 3. Le pari de Pascal est un argument…

    Voir la correction

    qui montre l’intérêt de croire. Il ne démontre pas l’existence de Dieu, il compare les gains et les pertes.

  4. 4. Qui soutient que l’homme projette ses qualités en Dieu ?

    Voir la correction

    Feuerbach. L’Essence du christianisme fait de Dieu une projection de l’homme.

  5. 5. Pour Freud, une illusion est…

    Voir la correction

    une croyance issue d’un désir. Une illusion se définit par son origine : le désir, et non par sa fausseté.

  6. 6. Un élève dit : « Dans un État laïque, la religion est interdite. » Quelle correction est juste ?

    Voir la correction

    La laïcité garantit le libre exercice des cultes. La loi de 1905 assure la liberté de conscience et sépare les Églises et l’État.

Questions fréquentes

La religion est-elle opposée à la science ?

Leurs objets diffèrent : la science explique comment les phénomènes se produisent, la religion répond à la question du sens. Il y a conflit quand l’une prétend répondre à la place de l’autre.

Qui a dit que la religion est l’opium du peuple ?

Karl Marx, dans l’introduction de sa Critique de la philosophie du droit de Hegel, publiée en 1844.

Peut-on être moral sans religion ?

Kant répond que oui : la loi morale vient de la raison. Rien n’empêche un croyant d’y voir aussi un commandement divin.

Pour aller plus loin