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L’État en philosophie : définition, thèses et sujets

L’essentiel

En philosophie, l’État est l’autorité souveraine qui gouverne un territoire et sa population par le droit. Selon Weber, il détient le monopole de la violence physique légitime. Le problème est de savoir s’il garantit la liberté, comme le pensent Spinoza et Rousseau, ou s’il la menace, comme le soutiennent ses critiques.

Définition de l’État en philosophie

L’État est l’ensemble des institutions qui exercent une autorité souveraine sur une population et un territoire. Il se distingue du gouvernement, qui passe, et de la nation, qui est une communauté culturelle et historique. On écrit l’État avec une majuscule, pour le distinguer de l’état d’une chose.

Weber, dans Le Savant et le Politique (1919), le définit par un moyen : il revendique avec succès le monopole de la violence physique légitime. Seul l’État peut user de la force ou en autoriser l’usage, et il doit le faire selon des règles reconnues.

État, gouvernement, nation
MotSensExemple
ÉtatL’institution durable de la souverainetéLa République française
GouvernementCeux qui exercent le pouvoir exécutif à un moment donnéLe Premier ministre et ses ministres
NationUne communauté unie par une histoire et une volonté communeLe peuple français

Pourquoi un État ? Nature ou contrat

Aristote affirme dans la Politique que l’homme est par nature un animal politique : la cité n’est pas un artifice, elle accomplit la nature humaine.

Les modernes partent au contraire d’un état de nature fictif, sans pouvoir commun, et imaginent un contrat qui crée l’État.

Trois théories du contrat
AuteurŒuvreÉtat de natureBut de l’État
HobbesLéviathan (1651)Guerre de chacun contre chacunAssurer la sécurité par un souverain absolu
LockeSecond Traité du gouvernement civil (1690)Liberté et droits, mais sans jugeProtéger la vie, la liberté et la propriété
RousseauDu contrat social (1762)Liberté et indépendanceFaire régner la volonté générale

Astuce : Hobbes et Rousseau ne décrivent pas un fait historique : l’état de nature est une hypothèse, destinée à dire ce qui rend le pouvoir légitime.

L’État garantit-il la liberté ?

Spinoza écrit dans le Traité théologico-politique (1670) que la fin de l’État est en réalité la liberté. Hegel, dans les Principes de la philosophie du droit (1820), le voit comme la réalisation de la vie éthique : la liberté n’est pas contre l’État, elle s’y accomplit.

Montesquieu rappelle pourtant le danger : tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. Il faut donc que, par la disposition des choses, « le pouvoir arrête le pouvoir » (De l’esprit des lois, 1748). C’est l’idée de la séparation des pouvoirs.

Les critiques de l’État

Ces critiques ne visent pas toutes la même chose. Marx veut dépasser l’État lui-même ; Tocqueville veut seulement le limiter par les libertés locales, les associations et la presse.

L’État comme danger
AuteurŒuvreCritique
Marx et EngelsManifeste du parti communiste (1848)L’État moderne sert les intérêts de la classe dominante.
TocquevilleDe la démocratie en Amérique (1835-1840)La démocratie peut produire un despotisme doux, un pouvoir tutélaire qui dispense de penser et d’agir.
NietzscheAinsi parlait Zarathoustra (1883-1885)L’État est, selon sa formule, le plus froid de tous les monstres froids.
ArendtLes Origines du totalitarisme (1951)Le totalitarisme vise à détruire toute vie privée et toute pensée libre, par la terreur et l’idéologie.

Exemples de sujets sur l’État

  • L’État est-il l’ennemi de la liberté ?
  • Peut-on se passer de l’État ?
  • Le rôle de l’État est-il de nous rendre heureux ?
  • Faut-il toujours obéir à l’État ?
  • L’État a-t-il tous les droits ?

Les erreurs à éviter

  • Confondre l’État et le gouvernement. L’État demeure, le gouvernement change.

    Critiquer un gouvernement n’est pas rejeter l’État. Un sujet porte sur l’institution.

  • Présenter l’état de nature comme un fait historique. C’est une hypothèse de raisonnement.

    Rousseau le dit lui-même : il commence par écarter tous les faits.

  • Écrire « l’état » sans majuscule pour l’institution. L’État avec une majuscule.

    La majuscule distingue l’institution politique de l’état d’une chose.

Exercices corrigés

  1. 1. Laquelle de ces réalités peut changer après une élection, sans que l’État change ?

    Voir la correction

    Le gouvernement. Le gouvernement passe, l’État demeure.

  2. 2. Selon Weber, l’État se définit par…

    Voir la correction

    le monopole de la violence physique légitime. Il le définit par ce moyen propre, et non par ses buts.

  3. 3. Pour Hobbes, l’État naît…

    Voir la correction

    de la peur de la mort violente. La guerre de tous contre tous pousse chacun à accepter un souverain.

  4. 4. Qui a écrit « le pouvoir arrête le pouvoir » ?

    Voir la correction

    Montesquieu. La formule se trouve au livre XI de De l’esprit des lois.

  5. 5. Quelle est la crainte de Tocqueville ?

    Voir la correction

    Un despotisme doux qui rend les citoyens passifs. Il décrit un pouvoir tutélaire qui prend soin de tout et dispense d’agir.

  6. 6. Quelle distinction permet de dire qu’un État peut utiliser la force sans être une simple bande armée ?

    Voir la correction

    Légal et légitime. Sa force se fonde sur des lois et sur la reconnaissance de leur légitimité.

Questions fréquentes

Quelle est la définition de l’État selon Max Weber ?

L’État est la communauté humaine qui revendique avec succès, sur un territoire, le monopole de la violence physique légitime.

L’État est-il nécessaire ?

Pour Hobbes, oui : sans lui, c’est la guerre. Les anarchistes le contestent, et Marx imagine une société où il disparaîtrait à terme. Le sujet invite à peser sécurité et liberté.

Quelle est la différence entre l’État et la société ?

La société désigne les relations entre individus, qui existent sans institution politique. L’État est l’institution qui les organise par le droit et la contrainte.

Pour aller plus loin