Le sujet en bref
Le sujet offrait un choix. La dissertation portait sur la façon dont les questions environnementales deviennent un problème public. L’épreuve composée portait sur les chocs asymétriques dans la zone euro, le vote selon l’âge et le diplôme, puis le lien entre productivité des firmes et compétitivité. Il fallait lire les données avec précision et relier chaque chiffre à un mécanisme.
Dissertation : comment l’environnement devient un problème public
Le dossier compte quatre documents : publications scientifiques, sondage, investissements des entreprises, article de presse. Le sujet ne détaille pas de barème pour la dissertation. Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté est aussi valable.
Analyse du sujet
Expliquer par quels mécanismes une question d’environnement accède au statut de problème public.
Les termes. Un problème public est une situation jugée anormale par une partie de la société, pour laquelle on réclame une intervention des pouvoirs publics. Il ne se confond pas avec le phénomène lui-même : une pollution peut exister longtemps sans être un problème public. La mise à l’agenda politique est le moment où ce problème entre dans la liste des sujets que les pouvoirs publics décident de traiter.
Ce que le sujet attend. Le sujet demande un processus et ses conditions. Il ne demande ni une liste d’atteintes à l’environnement ni un exposé sur la taxe carbone ou les quotas, qui interviennent une fois le problème reconnu. Le cœur du devoir, c’est le programme de terminale sur l’action publique pour l’environnement : les acteurs (experts, ONG, mouvements citoyens, entreprises, partis, pouvoirs publics) et leurs relations de coopération et de conflit.
Le dossier. Le document 1 renvoie aux experts. Le document 2 mesure la place de l’environnement dans les priorités de l’opinion, face à d’autres enjeux. Le document 3 montre que les entreprises se sont saisies de la question. Le document 4 raconte l’alliance d’un militant et d’un dirigeant d’entreprise autour d’une cause commune.
Conseil : La ligne Total du document 1 n’est pas la somme des 15 pays : l’addition donne 56 714 publications en 2010 et 171 092 en 2020, contre 75 509 et 230 900 pour le Total. Le tableau ne précise pas ce que couvre cette ligne, qui inclut sans doute d’autres pays. N’écris donc pas que ces 15 pays publient 230 900 articles.
Problématique
Une dégradation de l’environnement est d’abord un fait physique. Elle ne devient pas automatiquement un sujet politique.
Problématique proposée : par quels processus et sous l’action de quels acteurs une question environnementale est-elle reconnue comme un enjeu collectif appelant l’action publique, et pourquoi cette reconnaissance reste-t-elle fragile ?
Plan proposé : I. La question doit être rendue visible par les experts, les médias et l’opinion. II. Elle est portée sur l’agenda par des acteurs qui coopèrent et s’affrontent. III. Son statut de problème public reste disputé et réversible.
Partie I : rendre le problème visible
Idée directrice. Une dégradation de l’environnement ne devient un enjeu collectif que si elle est mesurée, nommée et connue du public.
Les experts établissent les faits. Les scientifiques mesurent les pollutions, relient les causes aux effets et construisent des scénarios. Le GIEC, créé en 1988, joue ce rôle à l’échelle mondiale. Le document 1 montre l’ampleur de cette production : la ligne Total des publications sur la protection de l’environnement passe de 75 509 en 2010 à 230 900 en 2020, soit 3,1 fois plus en dix ans.
Cette expertise se diffuse dans le monde. En 2010, la Chine publiait moins que les États-Unis (10 709 contre 14 976). En 2020, elle les dépasse nettement (62 918 contre 24 783), avec un nombre de publications multiplié par 5,9. L’Iran (× 7,0) et l’Inde (× 5,4) progressent aussi très vite, alors que la France ne fait que × 1,9. La question n’est donc plus portée par les seuls vieux pays industriels.
La question doit être formulée comme un problème. Felstiner, Abel et Sarat décrivent trois étapes : nommer un dommage (naming), désigner un responsable (blaming), réclamer une réparation (claiming). Pour le climat, on nomme le réchauffement, on l’impute aux émissions de gaz à effet de serre, on réclame leur réduction. Ce travail est mené par des entrepreneurs de cause, sur le modèle des entrepreneurs de morale décrits par Howard Becker. La biologiste Rachel Carson a joué ce rôle en alertant sur les pesticides dans « Printemps silencieux » (1962).
Les médias et l’opinion amplifient l’alerte. Canicules, marées noires et grands sommets offrent des moments de visibilité. Le document 2 en porte la trace : la part des sondés qui placent l’environnement au premier rang passe de 2 % en 2014 à 16 % en 2019. Cette année-là, il atteint le niveau de l’emploi (16 %) et devance l’immigration (14 %) et la hausse des prix (12 %). Ce pic coïncide avec les marches pour le climat et les grèves de lycéens de 2018-2019.
Conseil : Dans le document 2, une seule réponse était possible. Le chiffre mesure donc une priorité relative. En 2024, 9 % placent l’environnement en tête, ce qui ne veut pas dire que 91 % s’en désintéressent.
Partie II : porter la question sur l’agenda
Idée directrice. Une fois visible, la question doit être portée par des acteurs organisés, dont les intérêts convergent ou s’opposent.
Les ONG et les mouvements citoyens mobilisent. Ils font pression par la manifestation, la pétition, l’action spectaculaire ou le droit. Greenpeace s’est fait connaître par ses actions directes. En France, l’Affaire du siècle a réuni une pétition massive et un recours en justice : en 2021, le tribunal administratif de Paris a reconnu la faute de l’État. Dans le document 4, Paul Watson incarne ce militantisme : ses actions spectaculaires lui donnent une notoriété qu’il met au service de la défense des océans.
Les entreprises sont aussi des acteurs de la question. Le document 4 montre le PDG de Pernod Ricard aux côtés de Paul Watson : son groupe finance à 75 % l’institut océanographique à l’origine de l’opération. Le motif est en partie économique, car le dérèglement climatique menace les matières premières du groupe : le document cite le décalage des vendanges en Australie. Cette alliance a un autre effet : la parole d’un dirigeant touche d’autres publics, notamment les autres chefs d’entreprise.
Le document 3 confirme cette appropriation. En 2023, les établissements français de l’industrie et de l’énergie comptant 20 salariés ou plus investissent environ 660 millions d’euros dans les économies d’énergie et environ 560 millions dans les énergies renouvelables. Ce document montre surtout le résultat d’une question déjà reconnue. Il n’en donne pas les motifs, mais on peut penser que ces dépenses répondent aussi aux normes et au prix de l’énergie. Elles peuvent ensuite donner aux entreprises un intérêt à peser sur les règles à venir.
Les partis et les pouvoirs publics inscrivent la question à l’agenda. La France crée un ministère de l’Environnement en 1971. Les partis écologistes font de l’enjeu un thème électoral. La Convention citoyenne pour le climat (2019-2020) a ensuite nourri la loi Climat et résilience de 2021. L’échelle internationale joue un rôle d’entraînement : selon le document 4, la COP 21 a servi de déclic à la présidente de l’institut : elle a fait penser qu’un travail mené jusque-là à l’écart pouvait trouver un écho.
Conseil : Montre que les acteurs coopèrent et s’affrontent. Le document 4 illustre une coopération, mais une ONG peut aussi attaquer une entreprise ou l’État en justice.
Partie III : un statut disputé et réversible
Idée directrice. Devenir un problème public n’est jamais acquis. La question doit garder sa place et son cadrage face à d’autres enjeux et à des intérêts opposés.
Les problèmes publics se font concurrence. Hilgartner et Bosk ont montré que l’attention du public, des médias et des décideurs est limitée : un problème qui monte en chasse un autre. Le document 2 l’illustre. En 2022, la hausse des prix bondit à 38 % (contre 8 % en 2021) et l’environnement recule de 13 % à 10 %. En 2024, il n’est plus qu’à 9 %, à égalité avec la sécurité, derrière la hausse des prix (26 %) et l’immigration (15 %). Il perd 7 points par rapport à 2019.
Le poids de la conjoncture. La même source montre que les priorités évoluent vite : l’emploi passe de 37 % en 2013 à 5 % en 2024. La place de l’environnement dépend donc aussi de ce qui inquiète les ménages au même moment.
La définition du problème est un enjeu de conflit. Qui doit payer, et qui doit changer de comportement ? Le mouvement des gilets jaunes, parti fin 2018 de la hausse des taxes sur les carburants, a rappelé qu’une mesure écologique jugée injuste suscite un rejet. Les entreprises peuvent aussi privilégier ce qui leur rapporte. Dans le document 3, économies d’énergie et énergies renouvelables pèsent environ 1,2 milliard d’euros, soit près de la moitié de la somme des barres bleues (un peu plus de 2,6 milliards, en additionnant des valeurs lues). La récupération et le stockage du carbone reçoivent moins de 20 millions. L’image verte peut enfin servir de communication sans changement réel : c’est l’écoblanchiment.
La reconnaissance varie selon les échelles. Le climat est un bien commun mondial. Chaque pays peut être tenté de laisser les autres agir : c’est le comportement de passager clandestin. Un problème reconnu dans un pays ne garantit donc pas une action coordonnée à l’échelle mondiale, comme le rappellent les négociations difficiles des COP.
Introduction rédigée
En décembre 2015, la COP 21 s’achève à Paris par un accord sur le climat salué dans le monde entier. Pourtant, le réchauffement n’a pas commencé avec cette conférence : plusieurs décennies ont séparé les premières alertes scientifiques de cette reconnaissance politique.
Un problème public est une situation jugée anormale par une partie de la société, pour laquelle on attend une intervention des pouvoirs publics. Or, une dégradation de l’environnement ne devient pas d’elle-même un problème public. Elle doit être mesurée, nommée, portée par des acteurs, puis trouver sa place sur un agenda déjà chargé.
Dès lors, par quels processus et sous l’action de quels acteurs une question environnementale est-elle reconnue comme un enjeu collectif appelant l’action publique, et pourquoi cette reconnaissance reste-t-elle fragile ?
Nous verrons d’abord que la question doit être rendue visible par les experts, les médias et l’opinion. Nous montrerons ensuite qu’elle est portée sur l’agenda par des acteurs qui coopèrent et s’affrontent. Nous soulignerons enfin que ce statut reste disputé et réversible.
Conclusion rédigée
Une question environnementale devient un problème public au terme d’une construction sociale. Les experts établissent les faits, les entrepreneurs de cause les transforment en revendication, et les médias les rendent visibles. ONG, entreprises, partis et pouvoirs publics, parfois alliés et parfois opposés, les portent ensuite jusqu’à l’agenda politique, du niveau local au niveau international.
Ce statut n’est toutefois jamais définitivement acquis. Le recul de l’environnement dans les priorités des Français après 2021, face à la hausse des prix, montre que l’attention publique est limitée, et les conflits sur le partage de l’effort rappellent que la définition du problème reste disputée.
Reste alors à savoir comment passer de la reconnaissance à l’action : réglementation, taxation, marchés de quotas ou subventions à l’innovation verte n’ont ni le même coût ni la même acceptabilité sociale.
Épreuve composée, partie 1 : mobilisation des connaissances (4 points)
Question
Montrer, sur un point précis, pourquoi un choc asymétrique pose problème à un pays qui partage l’euro.
Un choc asymétrique est un événement économique qui touche un seul pays ou quelques pays d’une zone, ou qui les touche avec une intensité différente. Il peut s’agir de l’éclatement d’une bulle immobilière ou de la crise d’un secteur très présent dans un pays.
La zone euro a une politique monétaire unique. La Banque centrale européenne fixe ses taux directeurs pour tous les pays membres, en fonction de la situation d’ensemble de la zone et de son objectif de stabilité des prix. Un pays touché par un choc ne peut donc ni baisser lui-même ses taux d’intérêt pour relancer l’activité, ni dévaluer sa monnaie pour regagner de la compétitivité-prix.
La difficulté vient de là : une même décision ne convient pas à tous. Une baisse des taux aiderait le pays en récession, mais elle risquerait d’alimenter l’inflation dans les pays en expansion. Si la BCE ne bouge pas, le pays touché reste sans soutien monétaire.
L’ajustement repose alors sur d’autres mécanismes, plus coûteux. La politique budgétaire nationale reste possible, mais elle est encadrée par les règles européennes, et le budget de l’Union est trop faible pour opérer de grands transferts. La mobilité des travailleurs entre pays reste limitée. Il reste la baisse des salaires et la hausse du chômage.
Ainsi, après la crise de 2008, l’Espagne, frappée par l’éclatement de sa bulle immobilière, a connu un chômage très élevé alors que l’Allemagne se redressait plus vite. Sans monnaie propre, elle a dû regagner de la compétitivité par la baisse de ses coûts, au prix d’un ajustement social douloureux.
Conseil : Le sujet demande une seule difficulté : développe-la avec une définition, un mécanisme et un exemple. Un autre angle est recevable, par exemple la difficulté à coordonner des politiques budgétaires nationales.
Épreuve composée, partie 2 : étude d’un document (6 points)
Le document est un tableau tiré d’une étude de l’Insee sur le vote à tous les tours des élections nationales d’une même année (présidentielle et législatives) en 2002, 2012 et 2022, en % des inscrits.
Question 1 (2 points)
Chiffrer ce qui a changé de 2012 à 2022 pour le vote à tous les tours, chez les plus jeunes et chez tous les inscrits, puis rapprocher les deux résultats.
Écart en points de pourcentage, 18-29 ans : 17,3 − 26,8 = −9,5 points.
Écart en points de pourcentage, ensemble de la population : 37 − 47,8 = −10,8 points.
Taux de variation, 18-29 ans : (17,3 − 26,8) ÷ 26,8 × 100 ≈ −35,4 %.
Taux de variation, ensemble de la population : (37 − 47,8) ÷ 47,8 × 100 ≈ −22,6 %.
D’après les données de l’Insee, le vote systématique recule dans les deux cas entre 2012 et 2022. En points, le recul est un peu plus fort pour l’ensemble (−10,8 points contre −9,5). Mais rapporté au niveau de départ, il est bien plus marqué chez les 18-29 ans : leur taux baisse de plus d’un tiers, celui de l’ensemble de moins d’un quart. En 2022, moins d’un jeune inscrit sur cinq a voté à tous les tours (17,3 %), contre 37 % de l’ensemble des inscrits.
Entre 2012 et 2022 : −35,4 % pour les 18-29 ans et −22,6 % pour l’ensemble. Le recul relatif est nettement plus fort chez les jeunes.
Conseil : Le calcul en points, seul, conduit ici à une conclusion trompeuse. Pose aussi le taux de variation. Sans calculatrice, arrondis : 9,5 ÷ 26,8 dépasse un tiers, et 10,8 ÷ 47,8 reste sous un quart.
Question 2 (4 points)
Établir, tableau et cours à l’appui, que l’âge, le diplôme et d’autres caractéristiques sociales pèsent sur la façon de s’engager en politique.
L’engagement politique désigne les formes d’implication dans la vie de la cité : vote, militantisme, participation à une manifestation, engagement associatif, consommation engagée. Il ne se répartit pas au hasard, car il dépend de l’âge, du diplôme, de la catégorie socioprofessionnelle et du genre.
L’âge et la génération. En 2022, 47,7 % des inscrits de 65 ans et plus ont voté à tous les tours, contre 17,3 % des 18-29 ans : l’écart est de 30,4 points, soit un taux 2,8 fois plus élevé. Il s’est creusé, puisqu’il n’était que de 24,3 points en 2002. Cet écart tient d’abord au cycle de vie : les jeunes sont moins installés, plus mobiles, et leur inscription électorale correspond moins souvent à leur lieu de vie. Il tient aussi à un effet de génération : le vote est moins vécu comme un devoir et davantage comme un choix, d’où un vote intermittent.
Le diplôme. En 2022, 43,7 % des diplômés du supérieur votent à tous les tours, contre 28,8 % des inscrits sans diplôme, soit un écart de 14,9 points. Il était de 8,9 points en 2002. Le diplôme apporte des connaissances politiques et un sentiment de compétence, qui donnent l’impression d’être légitime pour s’exprimer. Daniel Gaxie parle de cens caché : le suffrage est universel, mais la participation reste socialement inégale.
Une nuance de lecture. La hiérarchie n’est pas parfaitement régulière : en 2022, les bacheliers votent moins (33,3 %) que les titulaires d’un diplôme inférieur au bac (38,1 %). Une explication possible est un effet d’âge, les bacheliers étant en moyenne plus jeunes. Le document ne permet pas de le vérifier, car il ne croise pas l’âge et le diplôme.
La catégorie socioprofessionnelle et le genre. Les cadres et les professions intellectuelles sont plus présents que les ouvriers et les employés parmi les militants et les élus. Le genre joue aussi : les femmes votent aujourd’hui autant que les hommes, mais elles restent moins nombreuses aux postes de responsabilité politique, malgré les lois sur la parité depuis 2000.
Enfin, ce document ne mesure qu’une forme d’engagement, chez les seuls inscrits. Un jeune qui vote peu peut s’engager autrement, par exemple dans une marche pour le climat ou une association. La forme de l’engagement dépend donc elle aussi de ces variables.
Conseil : Exploite les deux variables du document et ajoutes-en au moins une tirée de tes connaissances. Pour chacune, donne un chiffre quand c’est possible et le mécanisme qui l’explique.
Épreuve composée, partie 3 : raisonnement sur dossier documentaire (10 points)
Trois documents : un graphique sur le commerce extérieur de trois secteurs français, un article sur un sous-traitant aéronautique, un tableau comparant salaires et productivité dans cinq pays. Le sujet demande de montrer : il n’y a pas à discuter la thèse. Ce plan est une proposition parmi d’autres.
Analyse du sujet et lecture du dossier
Démontrer que la capacité d’un pays à exporter repose sur la productivité de ses entreprises.
Les termes. La productivité rapporte la production aux facteurs utilisés. La productivité globale des facteurs (PGF) mesure l’efficacité de l’ensemble du travail et du capital. Elle reflète le progrès technique et l’organisation. La compétitivité est ici définie par le sujet : l’aptitude d’un pays à exporter.
Document 1 : les calculs à faire. L’excédent est la différence entre exportations et importations.
Aéronautique et spatial : 57,1 − 27,7 = 29,4 milliards d’euros.
Chimie, parfums et cosmétiques : 75,4 − 55,4 = 20,0 milliards d’euros.
Produits agricoles et agroalimentaires : 82,0 − 75,5 = 6,5 milliards d’euros.
Document 3 : ce que signifient les indices. Entre 2000 et 2022, le salaire moyen par tête augmente de 21 % en France et la PGF de 1 %. En Allemagne : +15 % et +12 %. Aux États-Unis : +27 % et +17 %. Au Japon : 0 % et +9 %. En Espagne : 0 % et +2 %.
Conseil : Avec une base 100 en 2000, le tableau compare des évolutions, pas des niveaux. Un indice de 101 pour la France et de 102 pour l’Espagne ne dit pas que la productivité espagnole est plus élevée.
Introduction rédigée
Un pays n’exporte pas : ce sont ses entreprises qui exportent. Sa place dans le commerce international dépend donc de leur efficacité. La productivité mesure le rapport entre la production obtenue et les facteurs utilisés. La compétitivité d’un pays désigne son aptitude à exporter, c’est-à-dire à vendre ses produits sur les marchés étrangers face à la concurrence.
Nous montrerons que la productivité des firmes soutient cette aptitude de trois façons. Elle réduit les coûts et renforce la compétitivité-prix. Elle permet ensuite de monter en gamme et nourrit la compétitivité hors-prix. Enfin, ce sont les firmes les plus productives qui portent les exportations d’un pays.
Première étape : la productivité renforce la compétitivité-prix
La compétitivité-prix est la capacité à vendre moins cher que ses concurrents, à qualité égale. Or, un gain de productivité permet de produire davantage avec les mêmes facteurs : le coût unitaire de production baisse. L’entreprise peut alors baisser ses prix de vente, ou les maintenir et améliorer ses marges.
Le document 2 illustre ce mécanisme. Le sous-traitant aéronautique Aequs Aerospace France, à Cholet, investit 2 millions d’euros dans une machine d’usinage à très haute vitesse, capable de tourner en continu. Cet investissement répond à une exigence de productivité de son principal client. Le directeur est clair : « Sans cet investissement, nous perdions le marché ». Sans gain de productivité, l’entreprise perd donc son débouché.
À l’échelle d’un pays, la productivité permet aussi de verser des salaires élevés sans dégrader la compétitivité-prix. Ce qui compte, c’est le coût salarial unitaire, c’est-à-dire le coût du travail rapporté à la production. Le document 3 le suggère : entre 2000 et 2022, la hausse des salaires reste proche de celle de la PGF en Allemagne (+15 % contre +12 %). En France, l’écart est bien plus grand (+21 % contre +1 %), ce qui pèse sur les coûts. À l’inverse, au Japon, la PGF progresse de 9 % alors que le salaire moyen par tête ne bouge pas.
Une prudence s’impose : la PGF n’est pas la productivité du travail, et le document ne précise pas si les salaires sont corrigés de l’inflation. Il ne donne donc qu’une indication sur l’évolution des coûts.
Deuxième étape : la productivité nourrit la compétitivité hors-prix
La compétitivité hors-prix repose sur tout ce qui fait préférer un produit à prix donné : qualité, innovation, image de marque, service, fiabilité. Elle est décisive pour les pays à salaires élevés, qui ne peuvent pas rivaliser sur les seuls prix.
Les gains de productivité y contribuent, car ils dégagent des profits que l’entreprise peut consacrer à la recherche-développement et à de nouveaux équipements. Celle-ci améliore à son tour les produits et les procédés. La productivité et l’innovation se renforcent mutuellement.
Le document 2 en donne un exemple. L’entreprise de Cholet usine des pièces complexes, à haute valeur ajoutée, et se développe sur le prototypage. Ce marché très spécialisé la place auprès de ses clients pour les prochaines motorisations produites en série. Le document met en avant son savoir-faire, pas un prix bas.
Le document 1 montre l’effet de cette spécialisation pour la France. Malgré des salaires qui progressent plus vite que la PGF (document 3), elle dégage ses plus forts excédents industriels dans des secteurs où technologie et image comptent beaucoup : 29,4 milliards d’euros dans l’aéronautique et le spatial, 20,0 milliards dans la chimie, les parfums et les cosmétiques.
Ces secteurs importent aussi beaucoup : 55,4 milliards d’euros pour la chimie, les parfums et les cosmétiques. On peut y voir le commerce entre pays comparables, où s’échangent des produits proches mais différenciés par la qualité et la marque.
Troisième étape : les firmes les plus productives portent les exportations du pays
Exporter a un coût fixe : il faut prospecter, respecter des normes étrangères, s’implanter dans des réseaux de distribution. Selon les travaux de Marc Melitz, seules les firmes les plus productives peuvent couvrir ces coûts et accéder aux marchés extérieurs. Les exportations d’un pays sont donc concentrées sur ses firmes les plus performantes.
Le document 1 montre où se trouvent ces points forts, à l’échelle des secteurs : les trois secteurs représentés dégagent 55,9 milliards d’euros d’excédent (29,4 + 20,0 + 6,5). L’aéronautique se distingue : ses exportations représentent plus du double de ses importations (57,1 ÷ 27,7 ≈ 2,1). Pour l’agroalimentaire, premier exportateur des trois avec 82,0 milliards, le rapport n’est que de 1,1 (82,0 ÷ 75,5).
Cette performance se construit tout au long de la chaîne de valeur. Dans le document 2, le sous-traitant fournit des pièces pour Safran Landing Systems et équipe des appareils comme l’Airbus A320, l’ATR 72 ou le Falcon 7X. La productivité de cette PME de 70 salariés soutient donc la compétitivité de grands donneurs d’ordres exportateurs. Le document ne dit pas que la PME exporte directement. C’est par ses clients qu’elle contribue aux exportations.
Le cercle peut être vertueux. Le chiffre d’affaires de l’entreprise passe de 6,5 à 11 millions d’euros depuis 2022, soit +69 % (4,5 ÷ 6,5 ≈ 0,69). Il devrait atteindre 15 millions pour l’exercice 2025-2026. Dix postes ont été créés en deux ans : la recherche de productivité va ici de pair avec l’emploi local, car les débouchés augmentent. Le fait que la filiale d’un groupe indien investisse à Cholet suggère aussi qu’un site productif peut attirer les capitaux étrangers.
Conclusion rédigée
La productivité des firmes sous-tend la compétitivité d’un pays par trois canaux. Elle abaisse les coûts unitaires et soutient la compétitivité-prix. Elle finance l’investissement et l’innovation, sources de compétitivité hors-prix. Elle détermine enfin quelles firmes accèdent aux marchés étrangers, et par elles la spécialisation du pays.
L’exemple français montre que ces canaux se combinent : un pays dont les salaires augmentent plus vite que la PGF peut rester très excédentaire dans l’aéronautique, grâce à des firmes très performantes. Mais la faible progression de la PGF française depuis 2000 invite à la vigilance, car elle conditionne à terme ces positions à l’export.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Conclure que le vote des 18-29 ans recule moins que celui de l’ensemble, parce qu’une baisse de 9,5 points est plus faible qu’une baisse de 10,8 points.
Comparer aussi les taux de variation : −35,4 % pour les 18-29 ans, −22,6 % pour l’ensemble.
Les jeunes partent d’un niveau beaucoup plus bas (26,8 % contre 47,8 %). À baisse en points proche, leur recul relatif est bien plus fort.
Écrire que seuls 9 % des Français s’intéressent à l’environnement en 2024.
Écrire que 9 % des sondés le placent au premier rang de leurs priorités.
Le sondage n’autorise qu’une seule réponse. Il mesure un classement entre enjeux, pas le niveau de préoccupation.
Déduire du document 3 que la productivité est plus élevée en Espagne (102) qu’en France (101).
Lire +2 % et +1 % depuis 2000 : les indices comparent des évolutions.
Chaque pays a sa propre base 100 en 2000. Un indice ne donne aucun niveau.
Présenter l’agroalimentaire comme le secteur le plus excédentaire, parce qu’il exporte 82,0 milliards d’euros.
Calculer le solde : 6,5 milliards d’euros pour l’agroalimentaire, 29,4 milliards pour l’aéronautique et le spatial.
L’excédent est la différence entre exportations et importations. Le premier exportateur des trois secteurs a ici le plus petit excédent.
Traiter la dissertation comme un exposé sur la taxe carbone et les quotas.
Centrer le devoir sur la construction du problème et la mise à l’agenda, avec ses acteurs.
Les instruments de politique climatique interviennent une fois le problème reconnu. Ils relèvent, au mieux, de l’ouverture.
Questions fréquentes
Combien de temps dure l’épreuve de SES du bac et la calculatrice est-elle permise ?
L’épreuve dure 4 heures. Le sujet du 16 juin 2026 interdit la calculatrice et le dictionnaire : les calculs demandés se font à la main, avec des arrondis.
Faut-il traiter la dissertation et l’épreuve composée ?
Non. Le candidat choisit l’une des deux et l’indique sur sa copie. Ce corrigé traite les deux pour que tu puisses t’entraîner sur chacune.
Comment sont répartis les points de l’épreuve composée ?
Le sujet indique 4 points pour la mobilisation des connaissances, 6 points pour l’étude d’un document (2 points puis 4 points) et 10 points pour le raisonnement sur dossier documentaire.
Faut-il utiliser tous les documents dans la dissertation ?
Le sujet demande de mobiliser les informations pertinentes, notamment celles du dossier. Exploite chaque document pour une idée précise, en citant ses chiffres, et ajoute tes connaissances. Le dossier ne suffit pas à lui seul.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.