Le sujet en bref
Épreuve du mercredi 17 juin 2026. Le sujet offrait un choix. La dissertation demandait de juger si la politique européenne de la concurrence atteint ses objectifs. L’épreuve composée portait sur les tables de mobilité, le chômage structurel et les facteurs qui hiérarchisent l’espace social, au-delà du revenu et du diplôme. Il fallait lire chaque chiffre avec précision et repérer le champ de chaque document.
Dissertation : la politique européenne de la concurrence et ses résultats
Le dossier compte quatre documents : décisions sur des projets de concentration, amendes pour pratiques anticoncurrentielles, article de presse sur les éoliennes chinoises, parts de marché des moteurs de recherche. Le sujet ne détaille pas de barème pour la dissertation. Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté est aussi valable.
Analyse du sujet
Évaluer, avec nuance, l’écart entre ce que vise la politique européenne de la concurrence et ce qu’elle obtient.
Les termes. La politique européenne de la concurrence regroupe les règles et les décisions par lesquelles l’Union européenne, et d’abord la Commission, veille à ce que la concurrence ne soit pas faussée sur le marché intérieur. Elle vise à protéger les consommateurs (prix, choix, qualité), à stimuler l’efficacité et l’innovation des entreprises, et à maintenir des conditions égales entre les entreprises des pays membres.
Les outils. Ils sont au nombre de quatre : l’interdiction des ententes, la sanction des abus de position dominante, le contrôle des concentrations et le contrôle des aides d’État.
Ce que le sujet attend. « Dans quelle mesure » appelle un jugement nuancé. Un exposé des outils ne suffit pas : il faut confronter les objectifs aux résultats, puis montrer les limites de cette politique, y compris les tensions entre ses objectifs et d’autres priorités de l’Union.
Le dossier et son piège. Les documents 1 et 2 portent sur l’Autorité de la concurrence, qui est l’autorité française. Ils ne décrivent donc pas les décisions de la Commission. Tu peux les exploiter, à condition de le dire. Pour les amendes du document 2, cette autorité applique aussi le droit européen des ententes et des abus de position dominante, en réseau avec la Commission. Pour les concentrations du document 1, elle applique le droit français aux opérations qui ne relèvent pas de la Commission : ce document illustre donc la même logique de contrôle, à l’échelle nationale. Le document 3 est le seul qui concerne directement la Commission. Le document 4 donne des parts de marché mondiales, sur ordinateur seulement.
Conseil : Dans le document 1, les deux périodes n’ont pas la même durée : 7 ans pour 2009-2015, 8 ans pour 2016-2023. Pour comparer, ramène à l’année : 1 271 ÷ 7 ≈ 182 projets par an, puis 1 958 ÷ 8 ≈ 245 projets par an.
Problématique
La concurrence n’est pas une fin en soi. C’est un moyen au service des consommateurs et de l’efficacité économique. La question est donc de savoir si ce moyen fonctionne encore lorsque les marchés deviennent numériques et mondiaux.
Problématique proposée : la politique européenne de la concurrence parvient-elle à protéger les consommateurs et le marché intérieur, alors que les positions dominantes durables et la concurrence mondiale remettent en cause ses outils et ses priorités ?
Plan proposé : I. Sur le marché intérieur, elle atteint une grande partie de ses objectifs. II. Ses résultats restent incomplets face aux pouvoirs de marché durables. III. Ses objectifs entrent en tension avec d’autres priorités, ce qui oblige à la faire évoluer.
Partie I : des objectifs en grande partie atteints sur le marché intérieur
Idée directrice. Cette politique dispose d’outils réels, qui préviennent et sanctionnent les comportements nuisibles aux consommateurs.
Pourquoi intervenir. Une entreprise qui dispose d’un pouvoir de marché peut fixer un prix plus élevé et produire moins que sur un marché concurrentiel. Des entreprises qui s’entendent obtiennent le même résultat. Le consommateur paie plus cher, et l’incitation à innover diminue. L’intervention publique vise à corriger cette défaillance.
Sanctionner les ententes et les abus. Le document 2 montre que ces pratiques sont effectivement poursuivies. L’Autorité de la concurrence, autorité française qui applique aussi le droit européen, inflige 1 427,6 millions d’euros d’amendes en 2024. De 2014 à 2024, le total atteint environ 8,6 milliards d’euros (8 559,9 millions en additionnant les onze valeurs), soit environ 778 millions par an en moyenne. Ces montants visent à rendre l’infraction peu rentable. À l’échelle européenne, la Commission a sanctionné en 2016 le cartel des fabricants de camions, pour près de 3 milliards d’euros. Le programme de clémence, qui réduit la sanction de l’entreprise qui dénonce une entente, aide à détecter ces accords secrets.
Prévenir par le contrôle des concentrations. Une concentration peut réduire le nombre de concurrents. Elle est donc examinée avant d’être réalisée : par la Commission pour les plus grandes opérations, par les autorités nationales pour les autres. À l’échelle française, le document 1 recense 3 229 projets examinés entre 2009 et 2023, et le rythme s’accélère : environ 182 projets par an en 2009-2015, environ 245 en 2016-2023, soit à peu près un tiers de plus. Le contrôle ne vise pas à bloquer toute opération, car une concentration peut aussi apporter des gains d’efficacité. De fait, 96,59 % des projets sont autorisés sans condition. Les 108 autorisations sous conditions (3,35 %) montrent que l’autorité peut corriger un risque sans interdire. Il y a seulement 2 interdictions (0,06 %), mais la simple existence du contrôle peut décourager les projets les plus risqués, ce que le tableau ne permet pas de mesurer.
Contrôler les aides d’État. Ce contrôle empêche un pays membre d’avantager ses entreprises au détriment des autres, et il évite une course aux subventions. En 2016, la Commission a estimé que l’Irlande avait accordé à Apple un avantage fiscal illégal et a exigé la récupération d’environ 13 milliards d’euros. La Cour de justice de l’Union européenne a confirmé cette décision en 2024. Ce contrôle protège ainsi l’unité du marché intérieur.
Conseil : Un fort taux d’autorisation ne prouve pas à lui seul que le contrôle est inefficace. Le document 1 ne compte que les décisions rendues : il ne dit rien des projets abandonnés ou jamais présentés.
Partie II : des résultats incomplets face aux pouvoirs de marché durables
Idée directrice. Sanctionner a posteriori ne suffit pas toujours à rétablir la concurrence, surtout quand la domination d’une entreprise s’installe dans la durée.
Des sanctions irrégulières et difficiles à interpréter. Dans le document 2, les amendes passent de 1 785,7 millions d’euros en 2020 à 167,6 millions en 2023, soit environ 10,7 fois moins, avant de remonter à 1 427,6 millions en 2024. Aucune tendance nette ne se dégage. Ces montants dépendent surtout de quelques grandes affaires. Leur lecture reste ambiguë : des amendes élevées peuvent signaler une détection efficace, mais aussi la persistance des pratiques. Le graphique ne mesure ni le nombre d’infractions commises ni leur recul.
Un contrôle des concentrations qui bloque rarement. Seuls 2 projets sur 3 229 ont été interdits en quinze ans par l’autorité française (document 1), et la part des autorisations sous conditions recule de 4,0 % en 2009-2015 à 2,9 % en 2016-2023 (51 ÷ 1 271 puis 57 ÷ 1 958). Prise une à une, chaque opération peut sembler acceptable. Leur accumulation peut pourtant concentrer un marché. On ne peut pas conclure au laxisme à partir de ce seul tableau, mais il invite à s’interroger.
Des positions dominantes qui durent. Le document 4 montre que Google détient encore 81,9 % du marché mondial des moteurs de recherche sur ordinateur en janvier 2024, soit 7,8 fois la part de Bing (10,5 %). Sa part recule de 5,6 points depuis janvier 2018 (87,5 %), alors que Bing gagne 4,7 points, mais la domination reste écrasante. Rappelons que le droit européen n’interdit pas la position dominante : il interdit d’en abuser.
Une action lente sur des marchés rapides. En 2017, la Commission a infligé à Google une amende de 2,42 milliards d’euros, parce que l’entreprise favorisait son propre comparateur de prix. La Cour de justice de l’Union européenne n’a confirmé la sanction qu’en 2024, soit sept ans plus tard. Or les marchés numériques sont marqués par de forts effets de réseau : plus un service a d’utilisateurs, plus il accumule de données et plus il attire. Une amende, même lourde, ne recrée pas à elle seule des concurrents.
La politique européenne ne fait pas naître de rivaux européens. Dans le document 4, aucune entreprise de l’Union européenne ne figure parmi les six moteurs cités. Les moteurs américains cumulent 95,8 % du marché en janvier 2024 (81,9 + 10,5 + 2,7 + 0,7), contre 96,7 % en janvier 2018. Ce n’est pas l’objectif direct de la politique de la concurrence, mais cela montre ses limites.
Conseil : Ne fais pas dire au document 4 ce qu’il ne dit pas. Il porte sur le monde, pas sur l’Union, et il ne couvre pas les téléphones. Le recul de Google ne peut donc pas être attribué à la politique européenne.
Partie III : des objectifs en tension, une politique qui doit évoluer
Idée directrice. Conçue pour le marché intérieur, cette politique se heurte à la concurrence mondiale et à d’autres objectifs de l’Union. Elle s’adapte, ce qui prouve que ses outils initiaux ne suffisaient plus.
Des règles qui ne s’imposent pas aux États tiers. Le contrôle des aides d’État lie les pays membres, pas la Chine. Le document 3 relate l’enquête annoncée en avril 2024 par la Commission sur les fabricants chinois d’éoliennes, qui s’ajoute à d’autres procédures visant les voitures électriques, le rail et le solaire. D’après WindEurope, qui représente la filière européenne, ces éoliennes se vendent jusqu’à 50 % moins cher que celles des concurrents européens. Il s’agit d’une source intéressée et d’un soupçon, pas d’un fait établi par l’enquête. Mais si des subventions publiques expliquent cet écart, les entreprises européennes subissent une concurrence faussée, alors qu’elles sont soumises à des règles plus strictes. L’Union s’est dotée d’un règlement sur les subventions étrangères, applicable depuis 2023, pour combler cette lacune.
Un conflit entre le consommateur d’aujourd’hui et celui de demain. À court terme, des éoliennes moins chères profitent aux acheteurs et peuvent accélérer la transition énergétique. À long terme, si les producteurs européens disparaissent, l’Union dépend d’un fournisseur dominant qui pourra relever ses prix. Le document 3 évoque une domination de ce type pour les panneaux solaires : la commissaire reproche à la Chine d’avoir conquis ce marché par ses subventions tout en fermant le sien aux étrangers.
Concurrence ou champions européens. En 2019, la Commission a interdit la fusion d’Alstom et de Siemens dans le ferroviaire, parce qu’elle aurait réduit la concurrence sur plusieurs marchés européens. Cette décision a été critiquée : ses opposants estimaient que l’Europe avait besoin d’un acteur de taille mondiale face aux groupes chinois. Le débat oppose la protection immédiate de la concurrence et une logique de politique industrielle.
Une tension avec l’innovation. Selon Joseph Schumpeter, la perspective d’un monopole temporaire incite à innover. Une concurrence trop vive pourrait donc réduire les profits qui financent la recherche. La politique de la concurrence ne peut pas se limiter à faire baisser les prix à court terme : elle doit aussi préserver l’incitation à investir.
Des outils renouvelés. Le règlement sur les marchés numériques (DMA), adopté en 2022 et dont les obligations s’appliquent depuis 2024, impose des règles à l’avance aux très grandes plateformes, sans attendre la preuve d’un abus. Les règles sur les aides d’État ont aussi été assouplies pendant la crise sanitaire de 2020. La politique de la concurrence n’est donc plus seulement défensive : elle prend en compte la souveraineté économique et la transition écologique, sans que l’équilibre entre ces objectifs soit stabilisé.
Conseil : Le document 3 ne parle pas d’une entente ou d’un abus entre entreprises, mais de subventions d’un État extérieur à l’Union. C’est tout son intérêt : il montre une zone que les outils classiques couvrent mal.
Introduction rédigée
En avril 2024, la Commission européenne annonce une enquête sur les fabricants chinois d’éoliennes, soupçonnés de bénéficier de subventions qui faussent le marché européen. Cet épisode rappelle que la concurrence n’est pas seulement un état du marché : c’est aussi une politique, menée à l’échelle de l’Union.
La politique européenne de la concurrence regroupe l’interdiction des ententes, la sanction des abus de position dominante, le contrôle des concentrations et celui des aides d’État. Elle vise à protéger les consommateurs, à stimuler l’innovation et à garantir des conditions égales sur le marché intérieur. Or, ses outils ont été conçus pour ce marché intérieur, alors que les plateformes numériques et les grandes puissances subventionnées jouent à l’échelle mondiale.
Dès lors, la politique européenne de la concurrence parvient-elle à protéger les consommateurs et le marché intérieur, alors que les positions dominantes durables et la concurrence mondiale remettent en cause ses outils et ses priorités ?
Nous verrons d’abord que, sur le marché intérieur, elle atteint une grande partie de ses objectifs. Nous montrerons ensuite que ses résultats restent incomplets face aux pouvoirs de marché durables. Nous soulignerons enfin que ses objectifs entrent en tension avec d’autres priorités, ce qui oblige à la faire évoluer.
Conclusion rédigée
La politique européenne de la concurrence atteint donc ses objectifs en partie. Elle sanctionne les ententes et les abus, contrôle les concentrations et limite les aides d’État, ce qui protège le marché intérieur et les consommateurs. Mais elle agit souvent tard, avec des résultats difficiles à mesurer, et elle n’empêche pas des positions dominantes de durer, comme le montre la place de Google.
Surtout, la concurrence mondiale et les subventions d’États tiers révèlent une tension entre la défense du consommateur à court terme et d’autres objectifs : la politique industrielle, l’innovation, la souveraineté. Les outils récents traduisent cette prise de conscience.
Reste à savoir si l’Union peut concilier ces objectifs sans revenir aux protections nationales que cette politique cherchait justement à éviter.
Épreuve composée, partie 1 : mobilisation des connaissances (4 points)
Question
Présenter deux arguments montrant ce qu’apportent les tables de mobilité pour mesurer la mobilité sociale.
Une table de mobilité est un tableau à double entrée qui croise la position sociale des individus avec celle de leurs parents, le plus souvent à partir des groupes socioprofessionnels. Construite à partir d’enquêtes de l’Insee, elle sert à mesurer la mobilité sociale intergénérationnelle.
Premier intérêt : elle donne une mesure chiffrée et d’ensemble des flux. Elle remplace les impressions et les parcours exceptionnels par une description de toute la population étudiée. Elle sépare les immobiles, restés dans le groupe de leur parent, et les mobiles, qui en ont changé. Lue en table de destinée, elle indique ce que deviennent les enfants d’un groupe social, par exemple la part des enfants d’ouvriers devenus cadres. Lue en table de recrutement, elle indique d’où viennent les membres d’un groupe, par exemple la part des cadres issus d’une famille de cadres. On peut ainsi repérer l’ampleur de la reproduction sociale et distinguer la mobilité ascendante de la mobilité descendante.
Second intérêt : elle permet des comparaisons, dans le temps et entre groupes. Comme les enquêtes sont répétées, on peut savoir si la mobilité progresse. La comparaison des marges de la table fait apparaître ce qui vient de l’évolution de la structure des emplois : si les emplois d’ouvriers reculent et ceux de cadres progressent d’une génération à l’autre, une partie de la mobilité est contrainte, c’est la mobilité structurelle. La comparaison des chances relatives d’accès à une position, avec les odds ratios, mesure la fluidité sociale. La table permet donc de distinguer une société réellement plus ouverte d’une société dont seuls les emplois ont changé. Elle permet aussi de comparer les trajectoires des femmes et des hommes.
Conseil : Le sujet demande les intérêts, pas les limites. Ne parle pas des défauts des tables. Pour chaque argument, annonce l’idée, explique-la, puis donne une illustration. Les exemples ci-dessus n’ont pas besoin de chiffres.
Épreuve composée, partie 2 : étude d’un document (6 points)
Le document est un tableau tiré de l’enquête Besoins en main-d’œuvre 2025 de France Travail. Il porte sur les établissements susceptibles de recruter qui anticipent des difficultés d’embauche, de 2015 à 2025. Plusieurs réponses étaient possibles.
Question 1 (2 points)
Décrire, avec un calcul simple, comment la difficulté liée au manque de candidats a évolué de 2015 à 2025.
Écart en points de pourcentage : 80,3 − 73,2 = +7,1 points.
Taux de variation : (80,3 − 73,2) ÷ 73,2 × 100 ≈ +9,7 %.
D’après France Travail, parmi les établissements qui s’attendent à des difficultés d’embauche, la part de ceux qui citent une pénurie de candidats passe de 73,2 % en 2015 à 80,3 % en 2025, soit une hausse de 7,1 points. Plus de quatre établissements concernés sur cinq la mentionnent désormais.
Cette hausse n’est pas régulière. La part atteint un sommet de 86,1 % en 2022, soit +12,9 points par rapport à 2015, avec des replis en 2019 (78,9 %) et en 2021 (77,0 %), puis elle retombe de 5,8 points entre 2022 et 2025.
Depuis 2018, la pénurie de candidats est la difficulté la plus citée. Elle passe devant le profil inadéquat des candidats, qui arrivait en tête de 2015 à 2017. En 2025, l’écart entre les deux est toutefois faible : 80,3 % contre 79,3 %.
De 2015 à 2025 : +7,1 points, soit +9,7 % environ. La hausse est irrégulière, avec un sommet à 86,1 % en 2022.
Conseil : Sans calculatrice, 7,1 ÷ 73,2 est proche de 7 ÷ 70, soit environ 10 %. N’écris pas « +7,1 % » : l’écart de 7,1 s’exprime en points. Rappelle aussi la base : 80,3 % ne concerne pas tous les employeurs, seulement ceux qui anticipent des difficultés.
Question 2 (4 points)
Expliquer, document et cours à l’appui, deux causes distinctes de chômage structurel.
Le chômage structurel est la part du chômage qui ne s’explique pas par un ralentissement de l’activité. Il dépend du fonctionnement du marché du travail et persiste même lorsque la conjoncture est bonne. Des chômeurs et des emplois vacants peuvent alors coexister : c’est ce que suggère le document, où des employeurs prévoient de ne pas trouver les salariés qu’ils cherchent.
Première source : les problèmes d’appariement. L’offre et la demande de travail ne se rencontrent pas, alors que des postes sont à pourvoir. L’inadéquation peut porter sur les qualifications : les compétences des personnes en recherche d’emploi ne correspondent pas à celles que demandent les entreprises. Le progrès technique et la destruction créatrice font disparaître certains métiers et en créent d’autres, plus vite que les travailleurs ne se reconvertissent. Le document en porte la trace : en 2025, 79,3 % des établissements concernés citent le profil inadéquat des candidats, par exemple le manque d’expérience, de diplôme ou de compétences. Un ouvrier licencié d’une usine qui ferme ne peut pas occuper du jour au lendemain un poste de technicien informatique, même si ce poste est vacant.
L’inadéquation peut aussi être spatiale : les emplois disponibles ne se trouvent pas là où résident les chômeurs. Les coûts du déménagement, le prix du logement, la situation du conjoint ou le manque de transports freinent la mobilité géographique. Dans le document, 19,2 % des établissements concernés citent en 2025 l’accès au lieu de travail et les problèmes de transports, contre 14,6 % en 2019, soit +4,6 points. Un bassin d’emploi touché par la désindustrialisation peut ainsi garder un chômage élevé, alors qu’une métropole voisine manque de main-d’œuvre.
Seconde source : les asymétries d’information et le salaire d’efficience. Un employeur observe mal la productivité et l’effort réels d’un salarié, avant comme après l’embauche. Pour attirer les candidats les plus productifs, les inciter à l’effort et les garder, il peut verser un salaire supérieur au salaire d’équilibre : c’est le salaire d’efficience. À ce salaire, l’offre de travail dépasse la demande de travail : une partie des actifs reste au chômage, même si la conjoncture est bonne.
Le document ne mesure pas ce mécanisme, mais il en donne deux indices. La motivation, difficile à observer avant l’embauche, fait partie des critères du profil inadéquat. Le salaire compte aussi pour attirer les candidats : 34,7 % des établissements concernés citent en 2025 la nature du poste, qui regroupe les horaires, la pénibilité et le salaire, sans que le tableau isole la part de ce dernier.
Ces deux sources sont structurelles, car une reprise de l’activité ne les fait pas disparaître. La première appelle plutôt des politiques de formation et d’aide à la mobilité.
Conseil : Le document mesure les difficultés déclarées par les employeurs, pas le chômage. Les inadéquations de qualifications et les inadéquations spatiales sont deux formes d’une même source, l’appariement : ne les présente pas comme deux sources différentes. Comme seconde source, tu peux aussi choisir les institutions du marché du travail (salaire minimum, protection de l’emploi). La pénurie de candidats, elle, est un symptôme : ce n’est pas une source en soi.
Épreuve composée, partie 3 : raisonnement sur dossier documentaire (10 points)
Trois documents : un tableau de l’Insee sur les salaires selon le sexe et le niveau de rémunération, un extrait d’un rapport de l’OCDE sur les facteurs de la rémunération, un tableau de l’Insee sur le statut d’occupation du logement selon la composition du ménage. Le sujet demande de montrer : il n’y a pas à discuter la thèse. Ce plan est une proposition parmi d’autres.
Analyse du sujet et lecture du dossier
Démontrer que d’autres facteurs que le revenu et le diplôme organisent et classent les positions sociales.
Les termes. L’espace social désigne l’ensemble des positions occupées par les individus et les groupes dans une société. Il est structuré, car on peut y distinguer des groupes. Il est hiérarchisé, car ces positions donnent un accès inégal aux ressources, au prestige et au pouvoir. Le programme cite la catégorie socioprofessionnelle, le revenu, le diplôme, la composition du ménage, la position dans le cycle de vie, le sexe et le lieu de résidence.
Ce que le sujet attend. Le revenu et le diplôme comptent, le sujet ne le nie pas. Il faut montrer que d’autres facteurs interviennent, soit en plus d’eux, soit à revenu ou à diplôme donné.
Document 1 : les calculs à faire. Les chiffres sont des seuils de salaire, propres à chaque sexe, en équivalent temps plein. On compare les hommes et les femmes au même rang de leur distribution.
Seuil des 10 % les moins bien payés : 1 539 − 1 487 = 52 euros, soit 52 ÷ 1 539 ≈ 3,4 % de moins pour les femmes.
Salaire médian : 2 275 − 2 069 = 206 euros, soit 206 ÷ 2 275 ≈ 9,1 % de moins.
Seuil des 10 % les mieux payés : 4 607 − 3 875 = 732 euros, soit 732 ÷ 4 607 ≈ 15,9 % de moins.
Seuil du 1 % le mieux payé : 11 431 − 8 392 = 3 039 euros, soit 3 039 ÷ 11 431 ≈ 26,6 % de moins.
Document 3 : le calcul à faire. La part de propriétaires est de 74,6 % chez les couples sans enfant et de 37,9 % dans les familles monoparentales, soit 36,7 points d’écart.
Conseil : Dans le document 1, le rapport imprimé pour l’ensemble (6,98) ne correspond pas à la division des deux seuils : 10 222 ÷ 1 512 ≈ 6,76. L’écart de 8 710 euros confirme pourtant ces deux seuils, et les rapports Hommes (7,4) et Femmes (5,6) se vérifient. Ce rapport n’est pas utile à la démonstration : appuie-toi sur les colonnes Hommes et Femmes.
Introduction rédigée
Deux salariés de même diplôme, payés à peu près le même salaire, n’occupent pas forcément la même place dans la société. L’un peut être locataire et élever seul ses enfants, l’autre propriétaire et vivre en couple. L’espace social désigne l’ensemble des positions sociales, organisées en groupes et classées selon l’accès aux ressources, au prestige et au pouvoir.
Le revenu et le diplôme comptent parmi les principaux facteurs de ce classement, mais ils n’en sont pas les seuls. Nous montrerons d’abord que le sexe hiérarchise les positions, à diplôme et à temps de travail comparables. Nous verrons ensuite que la position professionnelle et le moment du cycle de vie différencient des individus de même niveau de formation. Enfin, nous montrerons que la composition du ménage et le lieu de résidence pèsent aussi sur la position sociale.
Première étape : le sexe hiérarchise l’espace social
Le sexe est un facteur de hiérarchie qui ne se réduit pas au diplôme. En France, les filles réussissent mieux à l’école et les femmes sont en moyenne plus diplômées que les hommes dans les jeunes générations. Pourtant, leurs salaires restent inférieurs.
Le document 1 le montre pour les salariés du secteur privé. Le salaire médian des femmes est de 2 069 euros nets par mois, contre 2 275 euros pour les hommes, soit 9,1 % de moins. Ces chiffres sont en équivalent temps plein : l’écart ne vient donc pas du temps partiel, plus fréquent chez les femmes.
Cet écart se creuse quand on monte dans la hiérarchie. Il est de 3,4 % au seuil des 10 % les moins bien payés, de 15,9 % à celui des 10 % les mieux payés et de 26,6 % à celui du 1 % le mieux payé. Ce phénomène évoque le plafond de verre : les femmes accèdent moins aux positions les plus élevées et les mieux rémunérées.
Le document 2 confirme que ce n’est pas un simple effet de formation. Selon l’OCDE, la rémunération varie selon le sexe dans tous les pays, quels que soient l’âge, le niveau de formation et la filière.
Plusieurs mécanismes l’expliquent. La socialisation différenciée oriente filles et garçons vers des filières et des métiers différents, souvent moins valorisés pour les femmes. Le partage inégal des tâches domestiques pèse sur les carrières féminines. Des discriminations peuvent s’y ajouter à l’embauche et à la promotion.
Deuxième étape : position professionnelle et cycle de vie différencient à diplôme égal
À niveau de formation identique, tous les individus n’occupent pas la même position. Le document 2 indique que le gain salarial lié au diplôme n’est pas le même selon l’âge, la filière suivie et la discipline. Un même niveau d’études ne donne donc pas le même accès aux positions élevées.
La catégorie socioprofessionnelle compte aussi. Les PCS de l’Insee classent les individus selon leur métier, leur statut, leur qualification et leur position dans l’entreprise. Elles rassemblent des personnes aux conditions de travail et aux modes de vie proches. Un artisan et un cadre peuvent gagner autant sans partager la même autonomie, le même prestige ou la même sécurité de l’emploi.
Le document 2 souligne d’autres facteurs liés à l’emploi. Le temps de travail en est un : les salariés à temps partiel gagnent moins, même en valeur relative. Les règles et les usages comptent également : salaire minimum, droit du travail, poids des syndicats, conventions collectives, qualité des conditions de travail. Deux salariés de même diplôme n’ont donc pas la même position selon leur secteur et leur statut d’emploi.
La position dans le cycle de vie joue enfin. L’âge rapproche ou éloigne de l’emploi stable, de la progression de carrière et de la constitution d’un patrimoine. Un jeune diplômé en début de carrière, parfois en contrat court, n’occupe pas la même place qu’un salarié de même diplôme installé depuis vingt ans.
Troisième étape : composition du ménage et lieu de résidence
La position sociale se joue aussi à l’échelle du ménage. Le document 3 montre que la composition du ménage est fortement liée au statut d’occupation du logement. En France métropolitaine, au 1er janvier 2020, 57,6 % des ménages sont propriétaires de leur résidence principale. Cette part atteint 74,6 % pour les couples sans enfant et 67,8 % pour les couples avec enfants, mais seulement 45,4 % pour les personnes seules et 37,9 % pour les familles monoparentales.
L’écart est de 36,7 points entre les couples sans enfant et les familles monoparentales. Ces dernières sont locataires à 60,2 %, soit près de deux fois plus que les couples avec enfants (30,4 %).
Ces écarts hiérarchisent bien l’espace social. Être propriétaire, c’est détenir un patrimoine, ne pas payer de loyer et ne plus avoir de mensualités une fois le crédit remboursé, disposer d’une sécurité pour la retraite et pouvoir transmettre à ses enfants. Vivre en couple permet de cumuler deux revenus, de partager les dépenses et d’emprunter plus facilement. Une séparation peut au contraire faire reculer la position sociale d’un individu, sans que son diplôme ait changé.
Les facteurs se cumulent. Les familles monoparentales ont le plus souvent une mère à leur tête : le sexe et la composition du ménage se renforcent alors. On peut aussi penser que les couples sans enfant comptent beaucoup de retraités dont les enfants sont partis, ce qui renvoie au cycle de vie. Le tableau ne permet pas de le vérifier, car il ne croise pas la composition du ménage avec l’âge ou le revenu.
Le lieu de résidence est un dernier facteur. Il conditionne l’accès à l’emploi, aux services, aux établissements scolaires et aux transports. Le prix du logement sépare les quartiers et les territoires, et cette ségrégation spatiale peut se transmettre. À revenu égal, habiter un centre de métropole ou un quartier éloigné de l’emploi n’offre pas les mêmes ressources.
Conseil : Le statut de propriétaire dépend aussi du revenu. Ne présente pas le document 3 comme une preuve que seule la composition du ménage compte. Montre que ce facteur s’ajoute au revenu et qu’il agit en partie à travers lui.
Conclusion rédigée
Le revenu et le diplôme ne suffisent donc pas à situer un individu dans l’espace social. Le sexe introduit une hiérarchie qui se creuse vers le haut de l’échelle des salaires, même à temps de travail comparable. La position professionnelle, le statut d’emploi et le moment du cycle de vie différencient des personnes de même formation. La composition du ménage et le lieu de résidence pèsent sur le patrimoine et l’accès aux ressources.
Ces facteurs se cumulent et se renforcent, comme le montre la situation des familles monoparentales. C’est pourquoi l’analyse de la société française gagne à croiser plusieurs critères plutôt qu’à classer les individus sur une seule échelle.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Écrire que la pénurie de candidats a augmenté de 7,1 % entre 2015 et 2025.
Écrire +7,1 points de pourcentage, ou +9,7 % environ en taux de variation.
La différence entre deux pourcentages s’exprime en points. Le taux de variation rapporte cette différence au niveau de départ, 73,2 %.
Écrire que 80,3 % des employeurs français manquent de candidats en 2025.
Écrire que 80,3 % des établissements susceptibles de recruter qui anticipent des difficultés citent une pénurie de candidats.
La base du tableau ne comprend que les établissements qui pensent avoir des difficultés d’embauche. Plusieurs réponses étant possibles, les pourcentages d’une année ne s’additionnent pas à 100.
Présenter les documents 1 et 2 de la dissertation comme des décisions de la Commission européenne.
Préciser qu’il s’agit de l’Autorité de la concurrence française. Elle applique aussi le droit européen pour les ententes et les abus, mais le droit français pour les concentrations qu’elle contrôle.
Le sujet porte sur la politique européenne. Le correcteur attend que tu repères le champ de chaque document et que tu ne confondes pas les deux échelles.
Conclure de 96,59 % d’autorisations sans condition que le contrôle des concentrations ne sert à rien.
Présenter deux lectures possibles : le contrôle peut dissuader en amont, ou se montrer peu contraignant.
Le tableau ne compte que les décisions rendues. Il ne dit rien des projets abandonnés, et une concentration n’est pas nuisible par nature.
Écrire que les femmes du 1 % le mieux payé gagnent 8 392 euros, ou comparer des moyennes à partir du document 1.
Écrire que 1 % des femmes gagnent plus de 8 392 euros par mois.
Les chiffres du tableau sont des seuils, calculés séparément pour chaque sexe. Ce ne sont pas des salaires moyens.
Questions fréquentes
Combien de temps dure l’épreuve de SES du bac et la calculatrice est-elle permise ?
L’épreuve dure 4 heures. Le sujet du 17 juin 2026 interdit la calculatrice et le dictionnaire : les calculs se font à la main, avec des arrondis.
Faut-il traiter la dissertation et l’épreuve composée ?
Non. Le candidat choisit l’une des deux et l’indique sur sa copie. Ce corrigé traite les deux pour que tu puisses t’entraîner sur chacune.
Comment sont répartis les points de l’épreuve composée ?
Le sujet indique 4 points pour la mobilisation des connaissances, 6 points pour l’étude d’un document (2 points puis 4 points) et 10 points pour le raisonnement sur dossier documentaire.
Le rapport de 6,98 du document 1 de la partie 3 est-il exact ?
Il ne correspond pas aux autres données du tableau : 10 222 ÷ 1 512 donne environ 6,76. Les autres rapports du tableau se vérifient. Le plus sûr est d’utiliser les colonnes Hommes et Femmes, ou de signaler ton propre calcul.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.