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Corrigé du brevet de français 2023 : compréhension et grammaire (Amérique du Nord)

Le sujet en bref

Le sujet d’Amérique du Nord s’appuie sur un souvenir de Michel Pastoureau, tiré des Couleurs de nos souvenirs : à treize ans, il souffre de porter un blazer d’un bleu qu’il juge faux. Il fallait expliquer sa honte et le comique de la scène, relier le texte à la photographie Essayage de Richard Kalvar, puis réussir la réécriture au singulier, notée sur 10 points.

Sujet officiel

Compréhension et compétences d’interprétation (30 points)

Ce texte de 2010 est protégé par le droit d’auteur : ce corrigé le paraphrase et renvoie aux lignes. Sur ta copie, à chaque renvoi, recopie les mots du texte entre guillemets. D’autres réponses sont possibles si elles sont justifiées.

Question 1. a) (2 points)

Situer ce souvenir dans le temps et dans l’espace, d’après le début du texte.

Le lieu. La scène se passe dans un magasin de vêtements pour hommes, le plus grand d’une ville de la banlieue sud, où vit alors la famille (lignes 7 et 8).

Le moment. Le souvenir date du printemps 1960 (ligne 2). Le personnage a environ treize ans (ligne 1). L’achat prépare un mariage auquel il est invité avec ses parents (lignes 2 et 3).

Dans un magasin de vêtements de banlieue, au printemps 1960.

Question 1. b) (3 points)

Distinguer le personnage principal du narrateur et proposer un genre littéraire pour ce texte.

Le personnage principal est un garçon d’environ treize ans, qui va acheter sa première veste.

Le narrateur est l’adulte qui raconte à la première personne. C’est le même être, bien des années plus tard. Le présent de la ligne 8 le montre : le souvenir vit encore en lui au moment où il écrit.

Le genre. Selon moi, ce texte relève de l’autobiographie : un je raconte un épisode de sa propre vie, avec une date et des lieux précis. Le chapeau présente Michel Pastoureau comme un spécialiste des couleurs, et le garçon a déjà le sens des nuances (ligne 17). On peut donc penser que l’auteur, le narrateur et le personnage ne font qu’un. Le titre du livre, qui parle de souvenirs, va dans le même sens.

Le garçon de treize ans, l’adulte qu’il est devenu, et un récit autobiographique.

Conseil : Ici, le piège serait de voir deux personnes différentes. C’est un seul être à deux âges de sa vie, et l’adulte porte un regard amusé sur l’adolescent.

Question 2 (3 points)

Montrer par deux éléments distincts que cet achat compte dans la vie du personnage.

C’est une étape de sa vie. Il ne se souvient pas d’avoir porté de veste avant cet âge (ligne 1). Le narrateur présente cet achat comme la fin d’une liberté (lignes 1 et 2). On peut penser qu’il quitte l’enfance et que l’on commence à l’habiller comme un adulte.

Le souvenir est resté très précis. Le narrateur donne la date, le lieu, la couleur des vêtements et les paroles du vendeur, dont il entend encore la voix (ligne 8). Or le livre paraît en 2010, cinquante ans après les faits. Un moment aussi net a forcément marqué sa vie.

Conseil : D’autres éléments conviennent : la solennité de l’occasion (lignes 2 à 5) ou le nombre de personnes mobilisées (lignes 26 et 27). Veille seulement à ce que tes deux éléments soient vraiment différents.

Question 3 (3 points)

Donner ton avis sur le comportement du vendeur, preuves à l’appui.

Je trouve l’attitude du vendeur désagréable et même méprisante.

Il se moque de son client. Il commente le corps du garçon devant sa mère, avec une formule polie qui cache une raillerie : « ce jeune homme est cambré » (ligne 9). Le narrateur en explique aussitôt le sens (lignes 9 et 10). Un commerçant ne devrait pas humilier un adolescent sur son apparence.

Il est hypocrite. La note 2 éclaire l’adjectif appliqué à sa voix (ligne 8) : il paraît poli sans l’être vraiment. Il s’adresse à la mère plutôt qu’au garçon, et il obtient d’elle qu’elle renonce au modèle souhaité, à cause du physique de son fils (lignes 12 et 13).

Il savoure sa victoire. À la fin, il ricane (ligne 31), ce qui montre qu’il prend plaisir à la défaite du garçon.

Il faut pourtant se souvenir que l’on ne connaît cet homme que par le narrateur, qui le qualifie d’odieux (ligne 12) : ce portrait vient d’un adolescent blessé.

Conseil : La question te demande ce que tu penses. Commence par ton jugement, puis prouve-le par le texte.

Question 4 (3 points)

Expliquer d’où vient le sentiment de honte du jeune homme.

Plusieurs raisons s’ajoutent.

La couleur lui paraît fausse. On l’oblige à porter un blazer d’un bleu qu’il juge trop clair, et donc vulgaire (lignes 15 à 18, puis 21). À ses yeux, ce n’est pas un vrai bleu marine.

Il se compare. Des camarades de familles plus bourgeoises portent déjà le bon bleu (lignes 19 à 21). On peut penser que cette nuance lui rappelle qu’il n’appartient pas tout à fait à leur milieu. Sa honte serait donc aussi sociale.

Il imagine le regard des autres. Personne ne remarque rien : ses camarades sont absents et peu d’invités le connaissent (lignes 33 à 35). Il lui suffit pourtant de savoir la vérité pour se croire observé de tous (lignes 35 à 37).

Sa honte naît donc de son imagination plus que du regard réel des autres.

Conseil : Fais ressortir le paradoxe du texte : une honte immense pour un écart minuscule, que personne ne remarque le jour du mariage (lignes 34 à 36).

Question 5 (3 points)

Dire ce qui fait sourire dans la phrase des lignes 26 à 28.

Le comique vient d’un décalage : on déploie de très grands moyens pour une toute petite affaire.

L’énumération. La phrase commence par une suite de noms séparés par des virgules. La scène défile à toute vitesse, comme le compte rendu d’un conflit ou d’une négociation.

La répétition. Le nom réessayage ramène la scène à son point de départ : la dispute tourne en rond.

L’escalade. On passe d’un vendeur à un autre, puis au chef de rayon. L’affaire monte les échelons comme une crise grave, alors qu’il s’agit d’une nuance de bleu.

L’exagération. L’adjectif considérable (ligne 27) est ironique. Il grandit un simple chef de rayon, vu par les yeux d’un garçon de treize ans.

L’adulte sourit ainsi de l’adolescent qu’il a été : c’est de l’autodérision.

Conseil : Ne te contente pas de dire que c’est drôle : nomme le procédé, puis explique l’effet qu’il produit.

Question 6 (3 points)

Expliquer de façon développée la place de ce souvenir pour le narrateur.

Ce souvenir me semble important pour trois raisons.

Il marque la fin de l’enfance. Le narrateur y situe la fin d’une liberté (lignes 1 et 2). Il découvre l’obligation de s’habiller pour les autres et le poids de leur jugement.

Il a laissé une blessure durable. Il affirme avoir rarement éprouvé une honte pareille (ligne 33), et cinquante ans plus tard il en parle encore avec précision.

Il annonce ce qu’il deviendra. Le chapeau le présente comme un spécialiste des couleurs. Or, à treize ans, il voit déjà une nuance que sa mère juge sans importance (lignes 15 à 18 et 28 à 31). Il comprend aussi qu’une couleur n’est pas neutre : elle peut dire un milieu et faire souffrir. On peut penser que cet épisode est, pour lui, l’une des origines de sa passion.

Conseil : Le sujet demande une réponse développée : plusieurs raisons, chacune appuyée sur une ligne du texte.

Question 7 (4 points)

Porter un jugement sur le comportement du garçon et dire si tu le comprends.

Je juge son attitude excessive, mais je la comprends.

Elle est excessive. Il fait toute une affaire d’un écart qu’il qualifie lui-même d’infime (ligne 36). Il s’obstine, il mobilise plusieurs adultes, et il reconnaît en être responsable (ligne 11). Le mot caprices (ligne 30) rend l’opinion de sa mère, et ce ne sont pas les premiers. À la fin, il prête à un vêtement des défauts que l’on reproche d’ordinaire à une personne (lignes 36 et 37).

Elle est compréhensible. Il vient d’être humilié sur son corps (lignes 9, 10 et 13), à un âge où l’on y est très sensible. On peut penser qu’il veut ressembler à ses camarades (lignes 19 et 20). Il ne se trompe d’ailleurs pas forcément : il voit une différence réelle, et le chef de rayon lui donne raison (lignes 27 et 28), même si l’intérêt du magasin peut expliquer cet appui (lignes 31 et 32).

Le narrateur adulte l’excuse lui-même : les adolescents ont leur propre idée de ce qui est vulgaire et peinent à l’expliquer aux adultes (lignes 22 à 24). Je comprends donc qu’il se sente seul contre tous.

Conseil : Il y a bien deux questions : un jugement, puis ta compréhension. Un avis plus sévère se défend aussi, s’il s’appuie sur le texte.

Question 8 : image (6 points)

Rapprocher le texte et la photographie de Richard Kalvar, en décrivant celle-ci.

La description. Cette photographie en noir et blanc montre une scène de rue dans une ville : on voit une camionnette, des immeubles et, au loin, un passant devant un véhicule clair. Au premier plan, une femme en bonnet sombre et en manteau clair tend le bras. De sa main gantée, elle ajuste une coiffure claire et froissée sur la tête d’une personne vêtue de sombre, au col de fourrure, dont le visage reste caché. Derrière elle, une autre femme, en chapeau noir, se tient tout près et paraît observer la scène.

L’essayage. Le titre de la photographie est le mot qui ouvre les lignes 26 à 28. Dans le texte, on essaie un vêtement. Sur la photographie, d’après ce titre, on essaie cette coiffure. Dans les deux cas, cela se passe sous les yeux d’autrui.

Une personne agit sur une autre. La femme agit, et la personne coiffée semble se laisser faire. Cela peut rappeler le garçon, à qui l’on impose un choix qu’il refuse (lignes 28 à 32).

La rue. L’essayage a lieu dehors, à la lumière du jour. C’est aussi dans la rue que la mère va juger la couleur du blazer (lignes 28 et 29).

Le regard des autres. La scène se déroule en public, devant un témoin. Cela fait écho aux regards que le garçon imagine sur lui (lignes 36 et 37).

Le sourire. On peut trouver cette image amusante : on met un grand sérieux à arranger une simple coiffure, en pleine rue. C’est le même décalage que dans le texte.

Une différence. La photographie est en noir et blanc, alors que le texte repose sur une nuance de couleur. Elle montre des adultes, et non un adolescent.

Conseil : Décris d’abord ce que tu vois, puis formule chaque lien en citant une ligne du texte. Ne décris pas ce que l’image ne montre pas : le visage de la personne coiffée est caché.

Compétences linguistiques et grammaticales (20 points)

Les mots analysés sont donnés isolément. Pour les phrases entières, reporte-toi au sujet.

Question 9. a) (1 point)

Identifier le temps et le mode des trois verbes soulignés.

Entends, ont et sont sont conjugués au présent de l’indicatif.

Présent de l’indicatif.

Question 9. b) (2 points)

Expliquer pourquoi ce temps est employé dans chacune des deux phrases.

Ligne 8. C’est un présent d’énonciation : il renvoie au moment où le narrateur écrit. Le récit est au passé, mais ce présent, renforcé par l’adverbe encore, montre que le souvenir reste vivant pour lui aujourd’hui.

Ligne 22. C’est un présent de vérité générale : le narrateur quitte son histoire pour énoncer une idée qu’il estime valable pour tous les adolescents, à toutes les époques.

Présent d’énonciation à la ligne 8, présent de vérité générale à la ligne 22.

Conseil : À la ligne 8, ne réponds pas présent de narration : ce verbe ne fait pas avancer l’histoire de l’achat, il parle de l’adulte d’aujourd’hui.

Question 10. a) (1,5 point)

Décomposer le mot importable.

Ce mot est formé de trois éléments :

le préfixe im-, qui exprime le contraire : c’est la forme que prend in- devant un p ;

le radical port-, celui du verbe porter ;

le suffixe -able, qui exprime la possibilité.

Il signifie donc : que l’on ne peut pas porter.

Im- + port- + -able : que l’on ne peut pas porter.

Conseil : Ici, ne le rattache pas au verbe importer : le contexte parle d’un vêtement impossible à mettre.

Question 10. b) (0,5 point)

Indiquer la classe grammaticale de ce mot.

C’est un adjectif qualificatif. Il caractérise ce bleu, comme les deux adjectifs qui le suivent à la ligne 25.

Adjectif qualificatif.

Question 10. c) (1 point)

Fabriquer sur ce modèle un mot à partir du verbe imaginer.

On obtient inimaginable : préfixe in-, radical imagin-, suffixe -able. Le mot signifie : que l’on ne peut pas imaginer.

Devant une voyelle, le préfixe garde sa forme in-.

Inimaginable.

Question 11. a) (1 point)

Donner la fonction de ma mère.

Ma mère est complément d’objet direct (COD) du verbe convainquit. Ce groupe nominal se rattache au verbe sans préposition et désigne la personne sur qui porte l’action.

COD du verbe convainquit.

Question 11. b) (1 point)

Prouver cette fonction par une manipulation.

La pronominalisation. On remplace le groupe par le pronom la, placé devant le verbe : le vendeur la convainquit. Ce pronom est un pronom COD.

Conseil : Le passage à la voix passive convient aussi : le COD devient sujet, ma mère fut convaincue par le vendeur.

Question 12. a) (1 point)

Nommer le rapport logique que les deux points expriment dans cette phrase.

Les deux points expriment la cause : la seconde proposition explique la première. Si cet écart bouleverse le garçon, c’est parce qu’il imagine que tout le monde regarde son blazer.

Un lien de cause.

Conseil : On peut aussi lire une conséquence, avec donc : son trouble le pousse à imaginer ces regards. La cause reste la lecture la plus naturelle.

Question 12. b) (1 point)

Refaire la phrase avec une conjonction de coordination à la place des deux points.

Remplace les deux points par une virgule suivie de car, puis recopie le reste sans rien changer.

Le mot car est une conjonction de coordination qui exprime la cause.

Car.

Conseil : Parce que exprime aussi la cause, mais c’est une conjonction de subordination : ici, il ne répond pas à la consigne. Si tu as retenu la conséquence au a), écris donc.

Question 13 : réécriture (10 points)

Transposer le passage au singulier, à partir des deux remplacements imposés.

Reprends le passage du sujet et applique ces changements, dans l’ordre du texte.

Sujet et verbe : Les adolescents ont devient Un adolescent a.

Les deux remplacements font changer la relative : des idées qui leur sont propres devient un avis qui lui est propre. Le pronom qui reprend avis : le verbe et l’adjectif passent au singulier, et leur devient lui, car il ne reste qu’un adolescent.

Deuxième phrase : Ils seraient devient Il serait.

Les pronoms reprennent maintenant un avis, au masculin singulier : de les expliquer devient de l’expliquer, et de les faire partager devient de le faire partager.

Le déterminant possessif s’adapte : leur vulgaire devient son vulgaire.

Le pronom final aussi : pour eux devient pour lui.

Le reste ne change pas, en particulier à des adultes, le vulgaire et le verbe a, dont le sujet était déjà au singulier.

Conseil : Pour chaque mot de reprise, demande-toi quel nom il remplace : certains renvoient à l’adolescent, d’autres à son avis.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Garder leur vulgaire dans la réécriture, en pensant que leur ne dépend pas des remplacements.

    Écrire son vulgaire.

    Ce possessif renvoie à l’adolescent, qui est maintenant seul : leur devient son.

  • Écrire qui lui sont propres ou qui leur est propre.

    Écrire qui lui est propre.

    Il faut faire deux changements distincts : le verbe et l’adjectif s’accordent avec avis, et le pronom renvoie à un adolescent.

  • Oublier de modifier les dans les deux infinitifs de la réécriture.

    Écrire de l’expliquer et de le faire partager.

    Ces pronoms reprenaient idées. Ils reprennent désormais avis, un nom masculin singulier.

  • Répondre parce que à la question 12. b).

    Répondre car.

    Le sujet demande une conjonction de coordination, et parce que est une conjonction de subordination.

  • Expliquer importable à partir du verbe importer.

    Y voir le préfixe im-, le radical du verbe porter et le suffixe -able.

    Le texte parle d’un blazer impossible à porter, pas d’une marchandise que l’on fait venir de l’étranger.

Questions fréquentes

Combien de temps dure cette partie de l’épreuve de français 2023 en Amérique du Nord ?

Le sujet indique 1 h 10 pour 50 points : 30 points de compréhension et 20 points de grammaire. La réécriture compte à elle seule pour 10 points.

Le dictionnaire est-il autorisé pour ces questions ?

Non. Le sujet interdit le dictionnaire et la calculatrice dans cette partie. Il donne quatre notes de vocabulaire sous le texte, dont celles d’obséquieuse et de rédhibitoire.

Faut-il connaître Richard Kalvar pour répondre à la question sur l’image ?

Non. Le sujet demande de t’appuyer sur une description de la photographie : il suffit d’observer ce qu’elle montre et de le relier au texte.

Quel est le lien avec la rédaction de ce sujet ?

Le sujet demande de conserver le texte pour la rédaction. Les deux sujets au choix le prolongent : l’un porte sur un moment où tu t’es senti incompris dans tes goûts, l’autre sur les œuvres dont les héros sont des adolescents.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.