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Corrigé du brevet de français 2023 : compréhension et grammaire (Nouvelle-Calédonie)

Le sujet en bref

Le sujet de Nouvelle-Calédonie s’appuie sur le discours de Victor Hugo sur la misère, prononcé en 1849, et sur un croquis d’orateur d’Eloi Vincent. Il fallait identifier le genre, dégager la thèse et les arguments, analyser l’art de convaincre et de persuader, puis réussir la réécriture au passé composé, notée sur 10 points.

Sujet officiel

Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)

Victor Hugo est mort en 1885 : son texte est libre de droits, ce corrigé le cite donc. Les lignes renvoient à la numérotation du sujet. D’autres réponses sont possibles si elles sont justifiées.

Question 1 (4 points)

Dire de quel genre relève le texte, avec trois preuves tirées du texte et de ce qui l’entoure.

Ce texte est un discours, plus précisément un discours politique qui cherche à faire agir ceux qui l’écoutent. Trois éléments le prouvent.

Le paratexte. La mention finale porte le titre « Discours sur la misère » et précise que le texte a été prononcé à l’Assemblée, le 9 juillet 1849.

L’adresse directe à un public. L’orateur parle en son nom et interpelle ses auditeurs : « Eh bien, messieurs, je dis » (ligne 1), « Vous n’avez rien fait » (ligne 11), « je vous conjure » (ligne 23).

Les indications entre parenthèses. En italique, elles notent les réactions de la salle pendant que l’orateur parle : « Bravo ! – Applaudissements. » (ligne 10), « Acclamation. » (ligne 18). La dernière le montre quittant la tribune (lignes 25 et 26). Seul un texte dit devant un public peut comporter de telles notes.

Un discours politique, à visée argumentative.

Conseil : Le sujet réclame des éléments du texte et du paratexte : prends au moins une preuve de chaque côté. Le paratexte, c’est ici la mention placée sous le texte.

Question 2 (3 points)

Préciser l’orateur, le lieu et les destinataires, avec des preuves.

Par qui. Le discours est prononcé par Victor Hugo, comme l’indique la mention finale.

Où. Il est prononcé à l’Assemblée, selon cette même mention. Le texte confirme le lieu : l’orateur parle à une « assemblée » (ligne 8) et descend de la « tribune » (ligne 26).

À qui. Il s’adresse aux membres de cette Assemblée. Il les appelle « messieurs » (lignes 1, 22 et 23), et il vise tous les camps : « majorité et minorité » (ligne 8). La note finale les nomme ses « collègues » (ligne 26). Ce sont bien des gens qui votent la loi : « Vous avez fait des lois » (ligne 24).

Par Victor Hugo, à l’Assemblée, devant ses collègues qui font les lois.

Question 3 (3 points)

Citer la phrase qui exprime le mieux l’idée défendue, puis la redire avec tes mots.

La thèse apparaît clairement à la fin du texte : « Vous avez fait des lois contre l’anarchie, faites maintenant des lois contre la misère ! » (lignes 24 et 25).

Reformulation. La misère n’est pas une fatalité. Les élus ont le devoir de voter des lois pour la combattre, avec autant d’énergie qu’ils en ont mis à rétablir l’ordre.

Il faut légiférer pour supprimer la misère.

Conseil : L’expression « l’abolition de la misère » (ligne 10) convient aussi. Dans tous les cas, ne te contente pas de citer : la reformulation fait partie de la réponse.

Question 4 (4 points)

Dégager deux arguments forts des deux derniers paragraphes, en les redisant et en les citant.

Premier argument, dans le troisième paragraphe (lignes 11 à 21) : rétablir l’ordre ne suffit pas. Hugo soutient qu’un ordre visible ne vaut rien s’il ne repose pas sur la justice : tant que « l’ordre matériel raffermi n’a point pour base l’ordre moral consolidé » (lignes 11 et 12), le travail des députés n’est pas fait. Une société n’est pas en paix si des hommes y souffrent : « Vous n’avez rien fait tant que le peuple souffre ! » (lignes 12 et 13).

Second argument, dans le quatrième paragraphe (lignes 22 à 26) : la misère est la cause profonde du désordre. Pour Hugo, « c’est l’anarchie qui ouvre les abîmes, mais c’est la misère qui les creuse » (lignes 23 et 24). Lutter contre elle n’est donc pas seulement un acte de bonté. C’est un choix raisonnable, qui protège la société entière : Hugo en appelle à la « sagesse » (ligne 23) des députés autant qu’à leur « générosité » (ligne 22).

Conseil : Un argument est une raison, pas un exemple. La liste des malheureux des lignes 14 à 18 illustre le premier argument, elle ne le remplace pas.

Question 5. a) (2 points)

Donner ton avis sur la réussite de Hugo auprès de son public et le justifier.

Oui, Victor Hugo semble avoir réussi, si l’on en croit les réactions notées dans le texte. Convaincre, c’est agir sur la raison. Persuader, c’est agir sur les sentiments.

Il a convaincu : les auditeurs approuvent son raisonnement, avec une « Vive et unanime adhésion » (ligne 12) et le cri « C’est vrai ! c’est vrai ! » (ligne 24).

Il a aussi persuadé : la salle s’émeut, comme le montrent les applaudissements (ligne 10), l’« Acclamation » (ligne 18) et le « Mouvement prolongé sur tous les bancs » (ligne 25). À la fin, ses collègues le félicitent (ligne 26).

Une nuance s’impose : certains bravos ne viennent que de la gauche (ligne 13), et le texte ne dit pas si des lois ont suivi. On peut donc parler d’une réussite dans la salle, sans en savoir davantage.

Conseil : La question dit « selon vous » : une réponse nuancée est permise, à condition de s’appuyer sur le texte. Les notes entre parenthèses sont tes meilleures preuves.

Question 5. b) (9 points)

Analyser trois moyens employés par l’orateur, avec des citations commentées.

Premier moyen : l’anaphore. La formule « Vous n’avez rien fait » revient six fois entre les lignes 11 et 19, souvent suivie de « tant que ». Cette répétition martèle l’idée et crée un rythme de plus en plus pressant. Elle agit comme une accusation : le pronom vous place les députés devant leur responsabilité. Chaque reprise ajoute une nouvelle situation, si bien qu’aucun auditeur ne peut se dire que le travail est achevé.

Deuxième moyen : le tableau concret de la souffrance. Hugo ne parle pas seulement de la misère en général : il montre des êtres humains. Ceux qui travaillent peuvent être « sans pain », les vieillards « sans asile » (ligne 15), et « on meurt de faim dans nos villes » (ligne 16). Ces énumérations et ces phrases construites de la même façon relèvent du registre pathétique : elles visent à émouvoir. La pitié de l’auditeur s’éveille, et il a envie d’agir.

Troisième moyen : la métaphore. Dans « c’est l’anarchie qui ouvre les abîmes, mais c’est la misère qui les creuse » (lignes 23 et 24), le désordre social devient un gouffre sous les pieds de la société. La phrase en deux temps, avec le connecteur mais, oppose la cause visible à la cause profonde. Cette image frappe et fait peur : elle donne à un raisonnement la force d’un danger que l’on voit. Elle reste facile à retenir, à la fin du discours.

On pourrait aussi analyser l’engagement personnel de l’orateur, qui se dit « complice et solidaire » (ligne 4), ou ses impératifs : « songez-y » (ligne 23), « faites » (ligne 25).

Conseil : Pour chaque moyen, suis trois temps : le nom du procédé, la citation, l’effet sur l’auditoire. Une liste de figures sans commentaire ne répond pas à la question.

Question 6 (3 points)

Présenter l’image puis dire ce qu’elle montre.

Présentation. Il s’agit d’un croquis en couleurs d’Eloi Vincent, daté de 1910. Son titre annonce qu’il doit servir à illustrer l’histoire de l’éloquence, c’est-à-dire l’art de bien parler en public.

Description. Sur un fond clair, le dessinateur a juxtaposé plusieurs vues d’un orateur à barbe blanche, en costume sombre. Il semble s’agir du même homme, saisi à différents moments d’un discours. Six figures sont grandes, deux autres sont toutes petites.

Les gestes changent d’une figure à l’autre. En haut à gauche, à côté du mot exorde, qui désigne le début d’un discours, il tend le bras et désigne quelque chose vers le bas. Ailleurs, il porte les mains à son visage, se penche par-dessus la tribune, pointe un doigt menaçant devant lui. Au centre, la plus grande figure se tient debout, tête renversée, bouche ouverte, le bras levé vers le ciel. En bas à droite, il semble assis et lève le doigt pour réclamer le droit de parler.

De courtes inscriptions manuscrites accompagnent ces figures, comme des répliques ou des étapes du discours.

Conseil : Présenter, c’est donner l’auteur, la date, la nature et le titre. Décrire, c’est dire ce qui se voit : garde les interprétations pour la question suivante.

Question 7 (4 points)

Juger si l’image convient au texte, avec au moins quatre éléments précis.

Cette image est bien choisie, car elle donne à voir ce que le texte fait entendre, même si elle n’en est pas l’illustration directe.

La tribune. Le croquis montre l’orateur penché sur un rebord, et une petite silhouette paraît se tenir sur des marches. Le texte, lui, s’achève sur l’orateur qui descend de la tribune (lignes 25 et 26).

L’accusation. Le doigt pointé, à gauche et en bas à droite, correspond à l’adresse directe de Hugo, avec « Vous n’avez rien fait » (ligne 11).

L’avertissement. L’inscription « Et moi je vous dis : prenez garde ! » rejoint l’appel des lignes 23 et 24 : « Messieurs, songez-y », suivi de l’image des abîmes.

L’élan du discours. La grande figure centrale, le bras levé, est légendée comme le sommet d’une période, c’est-à-dire d’une longue phrase bien construite. Elle fait penser aux lignes 14 à 18, où la phrase s’allonge et monte en puissance, ou à l’élan des lignes 9 et 10 vers un but sublime.

Une nuance. Le croquis date de 1910, soit soixante et un ans après le discours, et sa légende ne nomme pas l’orateur. Rien n’indique donc qu’il représente la séance de 1849 : on peut penser qu’il illustre l’éloquence en général. Ses gestes exagérés ont même quelque chose d’amusant, alors que le texte est grave. Enfin, il ne montre ni le public ni la misère.

Oui, pour la gestuelle de l’orateur, même si rien n’indique que le croquis représente cette séance.

Conseil : La question appelle ton jugement. Un avis plus réservé se défend aussi, tant que tu relies au moins quatre éléments du texte et de l’image.

Grammaire et compétences linguistiques (18 points)

Le sujet reprend sa numérotation à 1 pour cette partie.

Grammaire 1. a) (2 points)

Trouver deux mots apparentés à l’adjectif de la ligne 17.

Deux mots de la même famille que fraternelles sont fraternité et fraterniser. On peut aussi citer fraternellement ou frère.

Fraternité et fraterniser, par exemple.

Grammaire 1. b) (1 point)

Expliquer le sens de la base de cet adjectif.

Le radical fratern- renvoie à l’idée de frère. Des lois fraternelles traitent donc les pauvres comme des frères, avec solidarité.

Le radical signifie frère.

Grammaire 2. a) (1,5 point)

Découper le passage de la ligne 1 en propositions.

Le passage contient trois verbes conjugués : dis, sont et doivent. Il y a donc trois propositions.

[je dis] [que ce sont là des choses] [qui ne doivent pas être]

Conseil : Cherche d’abord les verbes conjugués : autant de verbes conjugués, autant de propositions. Être, à la fin, est un infinitif qui dépend de doivent, il ne compte pas.

Grammaire 2. b) (2,5 points)

Nommer chaque proposition.

je dis est la proposition principale.

que ce sont là des choses est une proposition subordonnée conjonctive complétive. Elle est introduite par la conjonction de subordination que et elle est COD du verbe dis.

qui ne doivent pas être est une proposition subordonnée relative. Elle est introduite par le pronom relatif qui, dont l’antécédent est le nom choses.

Conseil : Ne confonds pas les deux mots subordonnants : que, conjonction, ne remplace rien, alors que qui remplace choses. La relative est insérée dans la complétive, puisqu’elle complète un nom de cette proposition.

Grammaire 3. a) (0,5 point)

Identifier le temps des deux verbes de la note finale.

Descend et reçoit sont conjugués au présent de l’indicatif.

Présent de l’indicatif.

Grammaire 3. b) (0,5 point)

Indiquer la valeur de ce temps dans cette note.

C’est un présent d’énonciation. La note accompagne le discours comme une didascalie : elle indique ce qui se passe à l’instant où l’orateur finit de parler, au même titre que les réactions de la salle notées entre parenthèses. Aucun récit au passé ne l’entoure.

Présent d’énonciation.

Conseil : L’année 1849 est du passé pour toi, mais cela ne suffit pas : le je dis de Hugo est lui aussi un présent d’énonciation. Un présent de narration se défend pourtant, si l’on estime que la note raconte la scène après coup. Ce n’est en tout cas pas une vérité générale.

Grammaire 4 : réécriture (10 points)

Passer au passé composé les verbes au présent de l’indicatif des lignes 22 à 24, sauf les tournures avec c’est.

Six verbes changent. Le sujet met à part les tournures avec c’est. Voici les transformations, dans l’ordre.

Vous le voyez devient Vous l’avez vu. Le pronom le reprend une idée et non un nom masculin : il n’entraîne pas d’accord particulier. Il s’élide devant avez.

je le répète devient je l’ai répété.

je m’adresse devient je me suis adressé. Un verbe pronominal se conjugue avec être. Le participe s’accorde avec je, ici un homme.

je vous conjure devient je vous ai conjurés. Le COD vous, placé avant l’auxiliaire avoir, désigne les députés : le participe prend la marque du masculin pluriel.

qui ouvre les abîmes devient qui a ouvert les abîmes. Le COD est placé après le verbe : il n’y a pas d’accord.

qui les creuse devient qui les a creusés. Le COD les, placé avant, reprend abîmes, un nom masculin pluriel : le participe s’accorde.

Restent inchangés ce n’est pas, les trois c’est, le gérondif en terminant, l’infinitif réfléchir et songez-y. Ce dernier verbe est à l’impératif, et non à l’indicatif.

« Vous l’avez vu, messieurs, je l’ai répété en terminant, ce n’est pas seulement à votre générosité que je me suis adressé, c’est à votre sagesse, et je vous ai conjurés d’y réfléchir. Messieurs, songez-y, c’est l’anarchie qui a ouvert les abîmes, mais c’est la misère qui les a creusés. »

Conseil : Ici, deux participes s’accordent avec un COD placé avant : conjurés et creusés. Avant de les écrire, demande-toi ce que remplacent vous et les.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Écrire qui les a creusé dans la réécriture.

    Écrire qui les a creusés.

    Avec avoir, le participe s’accorde avec le COD placé avant. Le pronom les reprend abîmes, au masculin pluriel.

  • Écrire je vous ai conjuré, sans accord.

    Écrire je vous ai conjurés.

    Le pronom vous, COD placé avant le verbe, désigne ici plusieurs hommes, les messieurs de l’Assemblée.

  • Transformer songez-y en vous y avez songé.

    Laisser songez-y tel quel.

    La consigne vise les verbes au présent de l’indicatif. Songez-y est à l’impératif.

  • Écrire je m’ai adressé.

    Écrire je me suis adressé.

    Les verbes pronominaux forment leur passé composé avec l’auxiliaire être.

  • Affirmer que le croquis représente Victor Hugo à la tribune en 1849.

    Dire que le croquis, daté de 1910, montre un orateur que sa légende ne nomme pas.

    Soixante et un ans séparent le discours de l’image, et rien dans le sujet n’identifie l’homme dessiné.

Questions fréquentes

Combien de temps dure cette partie du brevet de français 2023 en Nouvelle-Calédonie ?

Le sujet indique 1 h 10 pour 50 points : 32 points de compréhension et 18 points de grammaire. La réécriture compte à elle seule pour 10 points.

Le dictionnaire est-il autorisé pour ces questions ?

Non. Le sujet interdit le dictionnaire et la calculatrice dans cette partie.

Quelle différence faire entre convaincre et persuader à la question 5 ?

Convaincre, c’est agir sur la raison par des arguments. Persuader, c’est agir sur les sentiments, par exemple par la pitié ou la peur. Le discours de Hugo fait les deux à la fois.

Quel est le lien avec la rédaction de ce sujet ?

Le sujet demande de conserver le texte pour la rédaction. L’un des deux sujets au choix propose d’écrire un discours à la manière de Hugo, l’autre demande si les œuvres peuvent faire évoluer la société.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.