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Corrigé du brevet de français 2024 : compréhension et grammaire (Asie)

Le sujet en bref

Le sujet d’Asie s’appuie sur Les Rendez-vous de Louis Aragon, poème né d’une rupture amoureuse, et sur le tableau Séparation d’Edvard Munch. Il fallait reconnaître le genre, expliquer l’aube et midi, analyser l’anaphore, la solitude et les images de l’amour, puis réussir la réécriture au futur de l’indicatif, notée sur 10 points.

Sujet officiel

I. Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)

Louis Aragon est mort en 1982 : son poème reste protégé par le droit d’auteur. Ce corrigé le paraphrase et renvoie aux vers. Sur ta copie, à chaque renvoi, recopie les mots du texte entre guillemets. D’autres réponses sont possibles si elles sont justifiées.

Question 1 (4 points)

Identifier le genre du texte et le prouver par trois éléments.

Ce texte appartient à la poésie. Trois éléments le montrent.

La disposition. Le texte est écrit en vers, avec une majuscule au début de chacun. Ses vingt vers sont groupés en trois strophes, de deux, six et douze vers. Il n’y a aucune ponctuation.

Les images. Le poète parle par images : une chambre devient un désert (vers 5), et la rupture est rapprochée d’une phrase interrompue (vers 12).

Le rythme et les répétitions. Les vers ont des longueurs variées et ne riment pas de façon régulière : ce sont des vers libres. Leur musique vient des reprises, comme le retour de Tu m’as quitté (vers 1, 9, 10 et 12).

On peut préciser que ce poème est lyrique : un je y exprime ses sentiments, ici la douleur d’avoir été quitté.

La poésie, plus précisément la poésie lyrique.

Conseil : Ici, ne parle pas de rimes : le poème n’en a pas de régulières. Dire vers libres montre que tu as bien regardé le texte.

Question 2. a) (2 points)

Dire qui est le destinataire du texte dans les vers 1 à 8, avec deux éléments.

Le poème s’adresse à la femme aimée, celle qui a quitté le poète.

Les pronoms de la deuxième personne. Le poète parle à quelqu’un : tu (vers 1, 2, 4 et 8), te ou t’ (vers 3 et 6), toi (vers 5). Cette personne n’est jamais nommée.

L’accord au féminin. Les participes cherchée et perdue (vers 3) montrent que cette personne est une femme. Le chapeau précise qu’il s’agit d’une rupture amoureuse, et le verbe du vers 1 dit que c’est elle qui est partie.

À la femme aimée qui l’a quitté.

Question 2. b) (2 points)

Expliquer le sens du vers 3.

Le vers résume une histoire d’amour en une seule journée. Le poète a commencé à chercher cette femme très tôt, dès le début du jour. Il l’a perdue quelques heures plus tard, à midi, bien avant la fin de la journée.

Il veut dire que cet amour a été une recherche, vite suivie d’une perte. L’opposition entre les deux verbes le montre : celle qu’il cherchait lui a échappé trop tôt.

Conseil : La question dit « d’après vous » : plusieurs explications sont possibles, à condition de tenir compte des deux verbes et des deux moments.

Question 2. c) (2 points)

Dire ce que peuvent symboliser les deux moments du jour cités dans ce vers.

On peut lire ces deux mots comme des symboles.

L’aube est le début du jour : elle peut représenter le commencement de l’amour, le moment de l’espoir, ou même la jeunesse.

Midi est le milieu de la journée, l’heure où le soleil est au plus haut : il peut représenter le plein de l’amour, ou le milieu de la vie. C’est à ce moment-là que la perte arrive, alors qu’il restait toute une moitié de jour à vivre.

Le début de l’amour et son plein, où survient la rupture.

Conseil : Une lecture à l’échelle d’une vie, de la jeunesse à l’âge mûr, se défend aussi. L’essentiel est de voir que la journée est une image.

Question 3 (4 points)

Nommer le procédé qui organise les vers 9 à 15 et dire ce qu’il met en avant.

Le procédé est l’anaphore : Tu m’as quitté revient au début des vers 9, 10 et 12, et encore à l’intérieur du vers 10.

Elle souligne d’abord l’obsession du poète. Il répète la même phrase comme une plainte, parce qu’il ne parvient pas à penser à autre chose.

Elle montre ensuite que cet abandon est total. Chaque reprise ajoute une manière de quitter : sans bouger (vers 9), en tout lieu (vers 10), en cessant de le regarder (vers 10), jusque dans les rêves (vers 11).

Enfin, la dernière reprise ouvre une comparaison prolongée par une énumération (vers 12 à 15). Elle l’a laissé comme on laisse une phrase interrompue, un objet sans importance, un lieu de vacances, une carte oubliée. Il se sent délaissé comme ces choses.

Une anaphore, qui souligne l’obsession et l’abandon total du poète.

Conseil : Le verbe quitter prend ici plusieurs sens : au vers 10, on reconnaît l’expression quitter des yeux. Remarquer ce jeu enrichit ta réponse.

Question 4 (6 points)

Analyser les moyens par lesquels le poète exprime sa solitude.

Le poète fait sentir sa solitude à travers les temps, les figures de style et les pronoms.

Les temps. Le passé composé présente la rupture comme un fait accompli (vers 1 à 3, 9, 10 et 12). L’imparfait du vers 4 installe une absence qui dure. Le présent du vers 8 montre que la souffrance continue au moment où il parle : il appelle encore, et personne ne répond.

Les figures de style. La métaphore du Sahara (vers 5) transforme une simple chambre en immense désert. Elle reprend le mot déserts du vers 2. La foule du vers 6 crée un contraste : le poète reste seul au milieu des autres, car aucun visage ne remplace celui de la femme aimée. La comparaison du vers 7 rend le temps vide, plus vide encore qu’une jetée.

Les négations. Les mots du manque se multiplient : nulle part (vers 4), sans (vers 5), rien (vers 6), ne… pas (vers 8), ne… jamais (vers 17). Le monde semble s’être vidé.

Les pronoms personnels. Je et tu sont sans cesse face à face, mais ne se rejoignent pas. Le pronom nous n’apparaît jamais. Dans les vers qui reviennent, tu agit et le poète subit, réduit au complément m’. Au vers 19, il se dit même absent d’un soupir de cette femme.

La question finale reste sans réponse (vers 20) : le poème se ferme sur un dialogue impossible.

Conseil : Le sujet te donne trois pistes : traite-les l’une après l’autre, avec un exemple précis pour chacune et l’effet produit.

Question 5 (6 points)

Dégager les visions de l’amour que propose l’ensemble du poème.

Le poème donne de l’amour trois images principales.

Un amour absolu. La femme aimée occupe tout l’espace du poète. Les mots de la totalité le montrent : toutes les portes et tous les déserts (vers 1 et 2), partout (vers 10), toute la vie (vers 16). Sans elle, le monde n’est plus qu’un vide : une chambre, un dimanche, une journée (vers 5 à 7).

Un amour douloureux. Aimer, c’est ici chercher sans trouver (vers 3) et appeler sans réponse (vers 8). L’amour est une chute (vers 16), et les pleurs restent cachés (vers 17). On peut noter l’ironie du titre : ces rendez-vous sont tous manqués.

Un amour inégal et fragile. Le poète aime une femme qui se détourne de lui (vers 17 à 19). Il se sent oublié comme un simple objet (vers 13 à 15). Ce lien peut se défaire sans départ : elle l’a quitté en restant là (vers 9). Il reste donc inachevé, comme la phrase du vers 12.

Le dernier vers évoque l’ombre de cette femme, aux pieds du poète (vers 20). On peut y voir une présence dérisoire, tout ce qui lui reste d’elle. On peut aussi penser qu’il se confond avec cette ombre, et qu’il réclame ainsi de la pitié pour lui-même. Ce poème dit que l’on peut aimer de tout son être, même sans être aimé en retour.

Conseil : Le sujet demande de t’appuyer sur l’ensemble du texte : prends des exemples dans les trois strophes, pas seulement au début.

Question 6 : image (6 points)

Expliquer pourquoi le tableau de Munch fait écho au poème, en décrivant l’image et en citant le texte.

Le tableau de Munch semble traduire en images ce que dit le poème, pour plusieurs raisons.

Une séparation. À droite, une femme en longue robe claire, vue de profil, s’éloigne vers la mer. À gauche, un homme vêtu de sombre reste près d’un arbre. Un large espace les sépare : c’est la situation de tout le poème, avec une femme qui part et un homme qui reste (vers 1 et 2). Le rivage et la mer peuvent aussi rappeler la jetée du vers 7.

Une douleur silencieuse. L’homme baisse la tête, les yeux presque fermés, et il pose sur sa poitrine une main marquée de rouge. Au sol, à ses pieds, s’élève une forme rouge vif. On peut y voir sa souffrance, comme un cœur blessé. Il ne crie pas : cela correspond aux pleurs cachés du vers 17.

Une femme qui ne regarde plus. Elle s’éloigne sans se retourner. Son visage, de profil, est à peine esquissé, et son œil semble fermé. Elle ne le voit plus, comme le poète le reproche à la femme aimée : « Ton regard au diable de moi » (vers 18).

Un lien qui persiste. Ses longs cheveux blonds flottent pourtant en arrière, traversent le ciel et semblent rejoindre la tête de l’homme. Elle s’en va, mais quelque chose d’elle reste auprès de lui. On peut en rapprocher l’ombre de la femme aimée, restée aux pieds du poète à la fin du texte (vers 20).

Les couleurs renforcent ce rapprochement : la clarté de la femme s’oppose à la silhouette sombre de l’homme, comme la présence de l’aimée s’oppose au vide du poète.

Conseil : Le sujet réclame des citations précises : sur ta copie, recopie les vers indiqués ici et décris un détail du tableau pour chacun.

II. Grammaire et compétences linguistiques (18 points)

Les mots analysés sont donnés isolément. Pour les vers entiers, reporte-toi au sujet.

Question 7 (2 points)

Justifier la terminaison du participe cherchée au vers 3.

Cherchée est le participe passé du verbe chercher, employé avec l’auxiliaire avoir : le verbe est au passé composé.

Avec avoir, le participe passé ne s’accorde pas avec le sujet. Il s’accorde avec le COD, si celui-ci est placé avant le verbe.

Ici, le COD est le pronom t’, placé avant le verbe. Il désigne la femme aimée, au féminin singulier. Le participe prend donc un e.

Accord avec le COD t’, féminin singulier, placé avant l’auxiliaire avoir.

Conseil : Comparer avec le vers 1 aide : dans m’as quitté, le COD m’ désigne le poète, un homme. Il n’y a donc pas de e.

Question 8. a) (2 points)

Donner la fonction grammaticale de à l’aube.

À l’aube est complément circonstanciel de temps : ce groupe indique à quel moment le poète a cherché cette femme.

Complément circonstanciel de temps.

Question 8. b) (1 point)

Prouver cette analyse par une manipulation, nommée et expliquée.

Le déplacement. Le groupe peut passer en tête de la proposition, devant le pronom je, suivi d’une virgule. La phrase reste correcte et garde le même sens.

Un groupe que l’on peut déplacer ainsi n’est pas essentiel à la construction du verbe : c’est un complément circonstanciel. Comme il répond à la question quand, il exprime le temps.

Conseil : La suppression convient aussi : sans ce groupe, la proposition reste correcte. Une seule manipulation est demandée.

Question 9 (1 point)

Identifier l’emploi du présent au vers 4.

C’est un présent d’habitude, aussi appelé présent de répétition. L’action se répète : chaque fois que le poète arrive quelque part, la femme aimée n’y est pas. Autrement dit, dans aucun des lieux où il arrive, il ne la trouve.

Présent d’habitude (de répétition).

Conseil : Pour vérifier, ajoute chaque fois que : le sens ne change pas. Un présent de narration se défendrait, puisque le verbe voisin est à l’imparfait, mais l’idée de répétition est la plus forte.

Question 10. a) (1 point)

Encadrer de crochets la subordonnée du vers 19.

Les crochets entourent [dont j’étais absent]. Sur ta copie, recopie tout le vers : seuls le déterminant et le nom du début restent hors des crochets.

La proposition subordonnée commence au mot subordonnant dont. Elle contient le verbe conjugué étais et va jusqu’à la fin du vers.

Conseil : Le sujet parle de phrase, mais ce vers ne contient pas de proposition principale : c’est un groupe nominal complété par la relative.

Question 10. b) (1 point)

Nommer précisément cette subordonnée.

C’est une proposition subordonnée relative. Elle est introduite par le pronom relatif dont, qui a pour antécédent le nom soupir.

Proposition subordonnée relative.

Question 11 : réécriture (10 points)

Transposer au futur les huit premiers vers du poème.

Le passage contient dix verbes conjugués : chacun passe au futur simple. Reprends les vers du sujet et applique ces changements.

Vers 1 : Tu m’as quitté devient Tu me quitteras. Le verbe commence maintenant par une consonne : le pronom m’ reprend sa forme me.

Vers 2 : Tu m’as laissé devient Tu me laisseras.

Vers 3 : Je t’ai cherchée devient Je te chercherai et je t’ai perdue devient je te perdrai. Le participe passé disparaît, et l’accord au féminin avec lui. Le pronom t’ redevient te.

Vers 4 : Tu n’étais devient Tu ne seras et j’arrive devient j’arriverai. La négation s’adapte : n’ redevient ne.

Vers 5 : saurait devient saura. Le radical saur- est le même, seule la terminaison change.

Vers 6 : ressemble devient ressemblera.

Vers 7 : il n’y a pas de verbe conjugué, donc le vers reste identique.

Vers 8 : j’appelle devient j’appellerai, avec deux l, et tu ne réponds pas devient tu ne répondras pas.

Tout le reste est inchangé. Garde la disposition en vers et l’absence de ponctuation.

Conseil : Le futur de l’indicatif est ici le futur simple. Le futur antérieur, tu m’auras quitté, ne répond pas à la consigne. À la première personne, écris -ai sans s : avec un s, tu obtiens un conditionnel.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Écrire je te chercherais ou je te perdrais dans la réécriture.

    Écrire je te chercherai et je te perdrai, sans s.

    La terminaison -ais est celle du conditionnel. Au futur simple, la première personne du singulier se termine par -ai.

  • Écrire j’appelerai avec un seul l.

    Écrire j’appellerai.

    Le verbe appeler double le l devant un e muet, comme au présent.

  • Laisser saurait tel quel, parce que ce verbe n’est pas au passé.

    Écrire saura.

    La consigne porte sur tout le passage : le conditionnel passe lui aussi au futur.

  • Expliquer le e de cherchée par le sujet je.

    Expliquer l’accord par le COD t’, placé avant le verbe.

    Avec avoir, le participe passé ne s’accorde jamais avec le sujet, et ce je est d’ailleurs un homme.

  • Justifier le genre poétique par les rimes.

    Parler de vers libres, de strophes, d’images et de répétitions.

    Le poème ne présente pas de rimes régulières : cet argument serait faux ici.

Questions fréquentes

Combien de temps dure cette partie de l’épreuve de français 2024 en Asie ?

Le sujet indique 1 h 10 pour 50 points : 32 points de compréhension et 18 points de grammaire. La réécriture compte à elle seule pour 10 points.

Le dictionnaire est-il autorisé pour ces questions ?

Non. Le sujet interdit le dictionnaire et la calculatrice dans cette partie. Il ne donne aucune note de vocabulaire sous le poème.

Faut-il connaître le tableau de Munch pour répondre ?

Non. Le sujet demande de t’appuyer sur la description de l’image : il suffit d’observer ce qu’elle montre et de le relier à des citations du poème.

Quel est le lien avec la rédaction de ce sujet ?

Le sujet demande de conserver le texte pour la rédaction. Les deux sujets au choix prolongent le thème : l’un demande une lettre à une personne perdue de vue, l’autre porte sur les œuvres d’art et l’amour.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.