Aller au contenu

Corrigé du brevet de français 2024 : compréhension et grammaire (Polynésie française)

Le sujet en bref

Le sujet de Polynésie française s’appuie sur un extrait du Pacifique à mains nues de Maud Fontenoy, qui raconte la fin de sa traversée à la rame et l’apparition de la terre, et sur un tableau de Winslow Homer. Il fallait réussir la réécriture avec elles, notée sur 10 points, analyser les images du récit, puis comparer méthodiquement le texte et la peinture.

Sujet officiel

Grammaire et compétences linguistiques (20 points)

Le sujet place la grammaire avant la compréhension. Le texte de 2005 reste protégé par le droit d’auteur : ce corrigé le paraphrase et renvoie aux lignes. Sur ta copie, à chaque renvoi, recopie les mots du texte entre guillemets.

Question 1. a. (1 point)

Trouver entre les lignes 16 et 38 une phrase exclamative qui traduit l’emballement de la narratrice.

Il faut recopier la phrase qui termine la ligne 29. La narratrice y annonce qu’elle aperçoit enfin la terre. Le point d’exclamation et les mains qui tremblent, juste avant, disent son excitation.

Conseil : La phrase de la ligne 22, où elle se réjouit de son bain, convient aussi : elle est exclamative et enthousiaste.

Question 1. b. (1 point)

Trouver dans le même passage une phrase interrogative qui traduit le doute.

Il faut recopier la phrase de la ligne 34, qui occupe la ligne à elle seule. La narratrice se demande si ce qu’elle voit à l’horizon n’est pas une illusion.

Question 2 : réécriture (10 points)

Transposer au pluriel le passage des lignes 35 à 37 avec le sujet elles.

Le sujet devient féminin pluriel : verbes, possessif et adjectif suivent. Reprends le passage du sujet et applique ces changements.

Verbes : Je tourne devient Elles tournent, regarde devient regardent, Je ne rêve pas devient Elles ne rêvent pas, je suis devient elles sont.

Déterminant possessif : mon visage bouleversé devient leur visage bouleversé. Chacune a un seul visage : le singulier convient. Tu peux aussi écrire leurs visages bouleversés : dans ce cas, les trois mots passent au pluriel.

Adjectif : Ivre devient Ivres. Il se rapporte à elles et s’accorde donc au féminin pluriel, même si sa forme est identique au masculin.

Comparaison : comme un enfant devient comme des enfants, pour rester logique avec un sujet pluriel. Le nom enfant a la même forme au masculin et au féminin : seul le nombre change.

Le reste ne change pas : le groupe la tête, la phrase sur la terre et le sujet un sourire immense, avec son verbe au singulier.

Conseil : Le verbe qui suit un sourire n’a aucun lien avec elles : son sujet reste singulier. Relis ensuite chaque verbe en cherchant son sujet.

Question 3. a. (1 point)

Donner le temps des trois verbes soulignés dans le passage des lignes 17 à 21.

Vient (venir), pense (penser) et vais (aller) sont conjugués au présent de l’indicatif.

Présent de l’indicatif.

Question 3. b. (2 points)

Préciser la valeur de chacun de ces verbes.

vient (de passer) : venir de suivi d’un infinitif exprime un passé récent. L’avion est passé il y a un instant.

pense : c’est un présent de narration. La narratrice raconte un moment déjà vécu, puisque le livre a paru après la traversée, mais le présent rend la scène vivante, comme si elle se déroulait sous nos yeux.

vais (me précipiter) : aller suivi d’un infinitif exprime un futur proche. Il annonce ce qu’elle fera dès son arrivée.

Conseil : Pour pense, un test : ici, le passage reste cohérent au passé simple. Si tu lis le texte comme écrit sur le moment, tu peux aussi défendre un présent d’énonciation, à condition de le justifier. Ces trois formes situent les faits autour du même moment : juste avant, à cet instant, juste après.

Question 4 (3 points)

Rendre verbale la phrase des lignes 13 et 14 sans changer son sens.

Cette phrase n’a pas de verbe conjugué : c’est une phrase non verbale. Il suffit d’ajouter un sujet et un verbe après la virgule, par exemple j’obtiens. Le reste de la phrase ne bouge pas.

On peut aussi utiliser deux verbes : j’entends devant le premier groupe, et je vois devant le second.

Conseil : Sur ta copie, réécris toute la phrase. Choisis un verbe qui convient à la fois aux cris et aux mouvements, ou mets-en deux. Un participe ou un infinitif ne compterait pas : il faut un verbe conjugué.

Question 5 (2 points)

Déduire du contexte le sens du mot accostage, à la ligne 7.

L’accostage est l’action de s’approcher de la côte et d’y arriver avec son bateau. Ici, c’est le moment où la narratrice touchera l’île. Le contexte le montre : à terre, on prépare son accueil (ligne 6) et on veut savoir à quel moment elle arrivera.

L’arrivée du bateau au rivage.

Compréhension et compétences d’interprétation (30 points)

D’autres réponses sont possibles si elles sont justifiées.

Question 6 (3 points)

Identifier la narratrice, l’océan traversé et l’archipel de destination.

La narratrice est Maud Fontenoy, l’auteure du livre : c’est un récit de sa propre aventure, comme le précise le chapeau.

L’océan est le Pacifique. Le titre du livre le dit, ainsi que la ligne 41.

L’archipel est celui des îles Marquises : à la ligne 16, ce sont les Marquisiens qui l’attendent. L’île qu’elle voit apparaître, à la dernière ligne, s’appelle Hiva Oa.

Maud Fontenoy, l’océan Pacifique, les îles Marquises.

Question 7 (3 points)

Expliquer le rapprochement avec Pénélope dans le premier paragraphe.

Dans le mythe rappelé par le texte, Pénélope, l’épouse d’Ulysse, défait sa broderie pendant qu’elle attend le retour de son mari (lignes 2 à 5). Son ouvrage n’avance donc jamais.

La narratrice a la même impression : les distances parcourues le jour semblent s’effacer pendant la nuit (lignes 3 et 4). Les derniers kilomètres deviennent un travail sans fin (ligne 2).

Cette référence exprime sa lassitude et son impatience : elle fait de grands efforts, et l’arrivée ne se rapproche pas. Comme Pénélope, elle vit aussi une longue attente.

Conseil : Ne te contente pas de raconter le mythe. Dis ce qu’il permet de comprendre de l’état de la narratrice.

Question 8 (2 points)

Dire pourquoi la narratrice ne peut pas prévoir son heure d’arrivée.

Elle ne le sait pas parce qu’elle voyage à la rame : son embarcation n’a ni voile ni moteur (lignes 7 et 8). Elle ne dispose donc que de données approximatives (ligne 8). On peut penser que sa vitesse dépend de ses forces et de la mer, et qu’elle ne peut pas être calculée avec précision.

Question 9. a. (2 points)

Expliquer la souffrance de la narratrice par quatre mots d’un même champ lexical.

La narratrice souffre de la chaleur, qui l’accable et la rend fiévreuse. Elle pense aux gens à terre, qui ont, eux, de quoi s’abriter et se rafraîchir (lignes 11 et 12).

Quatre mots du champ lexical de la chaleur : cuisante (ligne 9), gril (ligne 10), four (ligne 11), thermostat (ligne 11). On peut aussi retenir toaste (ligne 11).

Question 9. b. (3 points)

Repérer et nommer une figure de style des lignes 12 à 15, puis l’interpréter.

La figure est une personnification : « quelques nuages me jettent des regards nonchalants » (lignes 14 et 15). Les nuages reçoivent des yeux, une attitude et presque une parole, puisqu’ils semblent lui répondre à la ligne 15. Ils sont même installés à leur aise sur l’horizon.

Cette figure montre l’indifférence de la nature. La narratrice est pressée, et les nuages ne le sont pas. Le contraste rend son impatience plus forte, mais aussi un peu drôle. Les oiseaux, qu’elle interroge du regard (lignes 12 et 13), ne lui répondent pas davantage.

On peut aussi penser que cette figure révèle sa solitude : à force d’être seule, elle parle avec le ciel.

Conseil : Une figure seule ne suffit pas : nomme-la, cite-la, puis dis ce qu’elle révèle ici. La danse des oiseaux, à la ligne 12, est une autre personnification possible.

Question 10. a. (1 point)

Dire ce qui rend le sommeil difficile à bord.

Elle doit se réveiller souvent pour échapper aux dangers, et son bateau est si étroit qu’elle doit se replier sur elle-même pour ne pas se cogner (lignes 23 à 25). Elle ne dort donc jamais longtemps ni tranquillement.

Question 10. b. (2 points)

Lister ce qu’elle veut faire en premier une fois à terre.

Ses priorités sont des besoins très simples, qu’elle énumère en hésitant sur l’ordre (lignes 21 à 26) :

Se laver et se baigner : une douche, plutôt un bain, et même nager.

Manger : un vrai repas, copieux.

Dormir : longtemps, sans peur et sans rester sur ses gardes.

Ne plus être seule : pouvoir enfin compter sur les autres.

Conseil : La dernière priorité n’est pas un besoin du corps. Elle montre ce que la solitude lui a coûté.

Question 11 (2 points)

Relever ce qui donne au dernier paragraphe sa dimension poétique.

Le dernier paragraphe (lignes 39 à 45) ressemble à un poème en prose, pour plusieurs raisons.

Les couleurs et la lumière. Le coucher de soleil peint tout en orange, en rouge, en or et en rose (lignes 40 à 42). La pleine lune s’y ajoute (ligne 43).

Les personnifications. Le soleil rejoint l’océan avec sensualité (ligne 39), le bateau rougit comme une personne émue (ligne 43), et l’île sort lentement de l’eau (ligne 45).

La métaphore de la naissance. Une terre nouvelle semble naître sous ses yeux (lignes 40 et 41). Cette image, ainsi que le vocabulaire de l’envoûtement (ligne 44), donne à la scène une dimension presque magique.

Conseil : Ici, la question vaut 2 points : va à l’essentiel, par exemple les couleurs et une figure de style, chacune avec sa ligne.

Question 12 (6 points)

Montrer par quels procédés variés l’auteure fait ressentir à son lecteur la force de ce qu’elle a vécu.

Maud Fontenoy veut nous faire vivre sa traversée de l’intérieur. Elle utilise pour cela plusieurs moyens.

Un récit comme en direct. Elle écrit à la première personne et au présent : le lecteur découvre les événements en même temps qu’elle. L’attente lui paraît aussi longue qu’à elle (lignes 1 et 17).

Des images frappantes. La référence à Pénélope (lignes 2 à 5) fait sentir une attente sans fin. La comparaison de la chaleur avec un four (lignes 10 et 11) rend la souffrance concrète et un peu humoristique. Celle de l’enfant la veille de Noël (ligne 37) exprime une joie simple. La personnification des nuages (lignes 14 et 15) fait comprendre sa solitude.

Le rythme et la ponctuation. Les phrases courtes, les phrases sans verbe et les paragraphes d’une seule ligne (lignes 27, 30 et 34) créent de la tension. Les exclamations et les questions transmettent l’émotion. La longue énumération des lignes 21 à 25, pleine d’hésitations, imite son envie de tout faire à la fois.

Les sensations du corps. Le lecteur ressent avec elle la fièvre (ligne 9), la gorge serrée, les mains qui tremblent et les joues brûlantes (lignes 28 à 30).

Le contraste. Le texte passe de la colère et de la souffrance à l’émerveillement du dernier paragraphe. Ce renversement fait mesurer la force de son soulagement.

Tous ces moyens donnent au lecteur l’impression de partager l’épuisement, puis le bonheur de la narratrice.

Conseil : Le mot variés compte : classe tes moyens (énonciation, images, rythme, sensations) et donne pour chacun un exemple situé dans le texte. Réutilise tes réponses aux questions 7, 9 et 11.

Question 13 (6 points)

Mettre en regard le texte et le tableau de Winslow Homer, de façon organisée, en dégageant ressemblances et différences.

Le tableau de 1885 montre un homme seul, sans doute un pêcheur, en vêtements sombres, assis dans une petite barque de bois. Il tient ses deux avirons, et de gros poissons blancs sont posés devant lui, au fond de la barque. Il tourne la tête vers un navire minuscule, à l’horizon, sous une bande de nuages gris.

Les ressemblances.

Le sujet. Les deux œuvres montrent un être humain seul sur une toute petite embarcation à rames, face à l’immensité de la mer. La narratrice et le pêcheur dépendent tous deux de la force de leurs bras.

Le regard. Dans les deux cas, tout se joue au loin. Le pêcheur tourne la tête vers le navire, à peine visible. La narratrice, elle aussi, se retourne (ligne 27) et fixe la terre, qui n’est d’abord qu’une mince ligne (lignes 31 à 33). On peut penser que ce point sur l’horizon représente le salut.

Les différences.

L’atmosphère. Le tableau est froid et sombre : mer d’un bleu très foncé, vagues aux crêtes blanches, large masse de nuages gris. Le titre annonce le brouillard, et la barque penche sur la houle. On peut penser que le pêcheur est inquiet, car ce navire pourrait disparaître de sa vue. La fin du texte est au contraire lumineuse, avec des couleurs chaudes (lignes 39 à 42) et une impression de douceur. La souffrance y laisse place à la joie.

La situation. Le pêcheur semble au travail, comme le suggèrent les poissons pris. Maud Fontenoy, elle, accomplit un exploit choisi, sans assistance.

Le moyen d’expression. Le récit dure, et il donne accès aux pensées de la narratrice par le je. Le tableau fixe un seul instant et montre le personnage de l’extérieur : le spectateur doit deviner ce qu’il éprouve d’après sa posture et son regard.

Les deux œuvres disent la fragilité de l’être humain devant l’océan, mais le tableau laisse sentir une menace, alors que le texte s’achève sur le bonheur d’arriver.

Conseil : Méthodique veut dire organisé : compare point par point, en annonçant chaque critère. Une description du tableau suivie d’un résumé du texte ne serait pas une comparaison.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Dans la réécriture, oublier d’accorder Ivre.

    Écrire Ivres, au pluriel.

    L’adjectif se rapporte au sujet elles, placé juste après lui. Sa position en tête de phrase peut le faire oublier.

  • Écrire leurs visage ou leur visages.

    Écrire leur visage bouleversé ou leurs visages bouleversés.

    Le possessif, le nom et l’adjectif doivent s’accorder ensemble, au singulier ou au pluriel.

  • Répondre que vient de passer est au passé et que vais me précipiter est au futur à la question 3. a.

    Dire que les verbes conjugués sont au présent, puis donner leur valeur à la question 3. b.

    Le temps de conjugaison est le présent. Le passé récent et le futur proche sont des valeurs.

  • À la question 4, ajouter un infinitif ou un participe.

    Ajouter un verbe conjugué avec son sujet, comme j’obtiens.

    Le sujet réclame un verbe conjugué. La phrase doit devenir une phrase verbale.

  • Décrire le tableau, puis résumer le texte à la question 13.

    Comparer point par point : sujet, regard, atmosphère, situation, moyen d’expression.

    Le sujet demande une comparaison méthodique. Il faut relier les deux œuvres à chaque étape.

Questions fréquentes

Combien de temps dure cette partie du brevet de français 2024 en Polynésie française ?

Le sujet indique 1 h 10 pour 50 points : 20 points de grammaire et 30 points de compréhension. La réécriture compte à elle seule pour 10 points.

Le dictionnaire est-il autorisé pour ces questions ?

Non. Le sujet interdit le dictionnaire et la calculatrice dans cette partie. Le sens d’accostage doit donc se déduire du contexte, comme le demande la question 5.

Faut-il connaître l’histoire de Pénélope pour répondre ?

Non. Le texte rappelle l’essentiel aux lignes 2 à 5 : l’épouse d’Ulysse défait sa broderie en attendant le retour de son mari. Il reste à expliquer ce que cette référence apporte.

Quel est le lien avec la rédaction de ce sujet ?

Les deux sujets de rédaction prolongent le texte. L’un fait raconter les premières heures de la narratrice à Hiva Oa, l’autre demande si nos rêves et nos ambitions peuvent nous pousser à nous surpasser.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.