Le sujet en bref
Deux sujets au choix en Amérique du Nord, liés au souvenir de Michel Pastoureau et de son blazer. Le sujet d’imagination demande de raconter un moment où l’on s’est senti incompris dans ses goûts. Le sujet de réflexion demande si l’on aime les œuvres dont les héros sont des adolescents, et pourquoi. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.
Sujet d’imagination : un goût incompris (40 points)
Le sujet prolonge le texte de Michel Pastoureau, où un garçon ne parvient pas à faire admettre son idée d’un beau bleu. Ce qui suit est une proposition : un autre récit, sincère et bien écrit, est aussi valable. L’exemple rédigé est entièrement inventé.
Ce qu’attend le sujet
Raconter un épisode où ton goût n’a pas été compris, avec son contexte, tes émotions et ce qu’il t’a fait penser.
La forme. C’est un récit à la première personne, comme celui du texte. Tu parles de toi : le sujet part de ton expérience, même si tu peux l’imaginer ou l’arranger.
Le thème. Il s’agit de goûts : un vêtement, une musique, un livre, un film, une passion, une façon de décorer ta chambre. Choisis un objet précis. Un exemple simple suffit, s’il est raconté avec des détails : dans le texte, tout part d’une nuance de bleu.
Première demande : les circonstances. Où, quand, avec qui, et comment la scène s’engage. Le texte en donne un modèle : une date, un lieu, une occasion.
Deuxième demande : les sentiments. Le sujet dit d’insister sur eux. C’est le cœur de ta copie. Montre-les par des gestes et des sensations, et ne te contente pas de les nommer.
Troisième demande : les réflexions. Dis ce que ce moment t’a fait comprendre, sur toi, sur les autres ou sur les goûts. Garde de la place pour cette partie : le sujet la réclame.
La langue. L’imparfait et le passé simple, ou le passé composé, conviennent au récit. Le présent convient à ce que tu penses aujourd’hui, comme dans le texte de Michel Pastoureau.
Conseil : Ne signe pas, et ne nomme ni un camarade ni ton collège : le sujet l’interdit. Écris « mon voisin », « ma cousine », « le professeur de musique ».
Plan proposé
Les circonstances. Le cadre, le moment et ce que ce goût représente pour toi.
La scène. L’instant où les autres ne te comprennent pas, avec leurs réactions et leurs paroles.
Les sentiments. Ce que tu éprouves sur le moment et juste après.
Les réflexions. Ce que tu en as conclu avec le recul, et ce que cela a changé pour toi.
Exemple rédigé
Je n’ai rien oublié de ce jeudi de mars, en quatrième. Notre professeure de musique nous avait demandé d’apporter le morceau que nous aimions le plus et de le présenter en deux minutes. Depuis une semaine, je ne pensais qu’à cela. J’avais choisi une valse que mon grand-père jouait à l’accordéon, le dimanche, dans sa cuisine. Il m’avait appris à en suivre le souffle, à guetter l’instant où la mélodie semble hésiter avant de repartir. Je ne connaissais rien de plus beau.
Mes camarades passèrent l’un après l’autre. On entendit du rap, de la pop, la chanson d’un film. Quand vint mon tour, je reliai mon téléphone à l’enceinte, et les premières notes remplirent la salle. Un rire partit du fond, puis un autre. Quelqu’un mima un danseur de bal, le bras tendu, les yeux fermés, et toute la rangée éclata. Je voulus expliquer que l’accordéon respire comme un être vivant, mais ma voix tremblait et mes phrases s’emmêlaient. « C’est de la musique de maison de retraite ! » lança mon voisin. La professeure réclama le silence et me remercia poliment. Ce merci me fit presque plus mal que les rires : il fermait la discussion.
Je regagnai ma place les joues brûlantes, les yeux fixés sur mon cahier. J’avais honte, et j’avais honte d’avoir honte. J’en voulais à mes camarades, mais je m’en voulais plus encore d’avoir montré à toute la classe quelque chose d’aussi précieux. À la récréation, quand ils recommencèrent à fredonner ma valse en se moquant, je ris avec eux. C’est ce que je me suis le moins pardonné. Le dimanche suivant, dans la cuisine, je n’osai pas demander à mon grand-père de jouer, comme si je l’avais trahi.
Il m’a fallu des semaines pour comprendre ce qui s’était passé ce jour-là. Mes camarades n’avaient pas ri de moi. Ils avaient ri d’un son qu’ils n’avaient jamais écouté. Ils n’avaient pas, eux, la cuisine, le dimanche, les mains de mon grand-père sur le soufflet. Je sais maintenant qu’un goût porte avec lui des personnes et des souvenirs, et que l’on ne peut pas transmettre tout cela en deux minutes. On peut être seul à aimer quelque chose sans avoir tort. Je ne cache plus cette valse, et je ne cherche plus à la défendre : je l’écoute, et cela me suffit. Depuis, quand quelqu’un me parle d’une passion qui me paraît étrange, je retiens mon sourire et je lui demande d’où elle vient.
Conseil : Ce récit est inventé pour l’exemple : prends un goût à toi. Il répond aux trois demandes dans l’ordre, et la fin du dernier paragraphe, au présent, fait entendre celui qui se souvient, comme chez Michel Pastoureau.
Sujet de réflexion : aimes-tu les œuvres dont les héros sont des adolescents ? (40 points)
Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, avec d’autres exemples, est aussi valable. Les souvenirs racontés à la première personne dans l’exemple sont inventés.
Ce qu’attend le sujet
Dire si tu apprécies les livres et les films centrés sur des adolescents, et en donner les raisons avec des exemples précis.
La question. Elle s’adresse à toi : on attend ton avis, à la première personne, et des raisons. Tu peux répondre oui, non, ou oui avec des réserves. La deuxième question, pourquoi, est la plus importante : c’est elle qui organise le devoir.
Les mots clés. Lire ou voir invite à varier : romans, récits, bandes dessinées, pièces, films, séries. Le sujet parle de personnages principaux : un adolescent qui apparaît dans une scène ne suffit pas.
La forme. Un développement organisé : une introduction, des paragraphes avec une idée chacun, une conclusion.
Les exemples. Le sujet réclame des exemples précis, tirés d’œuvres littéraires et artistiques. Prends au moins un livre et une œuvre d’une autre sorte, comme un film. Le texte de Michel Pastoureau peut servir, mais il ne doit pas être le seul.
Conseil : Ici, le piège est de raconter tes œuvres préférées. Après chaque exemple, dis ce qu’il t’apporte : c’est cela, la réponse au pourquoi.
Plan proposé
I. Je m’y reconnais. Exemples : le texte de Michel Pastoureau, le Journal d’Anne Frank.
II. Elles m’ouvrent à d’autres vies et me donnent du courage. Exemples : L’Ami retrouvé de Fred Uhlman, Les Quatre Cents Coups de François Truffaut, Hunger Games de Suzanne Collins.
III. Ces œuvres ne doivent pourtant pas être les seules. Exemple : le regard de l’adulte sur l’adolescent chez Michel Pastoureau.
Exemple rédigé
Dans les bibliothèques comme sur les écrans, on croise sans cesse des héros de quatorze ou seize ans. Quand on a soi-même cet âge, on peut se demander si l’on aime ces personnages parce qu’ils nous ressemblent, ou simplement parce qu’on nous les propose. Pour ma part, j’aime lire et voir ces œuvres. Je m’y reconnais, elles m’ouvrent à d’autres vies et elles me donnent du courage. Je ne voudrais pourtant pas me limiter à elles.
D’abord, j’aime ces œuvres parce que je m’y retrouve. À notre âge, on se croit souvent seul à éprouver ce que l’on éprouve. Dans le texte de Michel Pastoureau, un garçon de treize ans souffre pour une nuance de bleu que personne ne remarque. On pourrait en rire, et l’auteur en sourit d’ailleurs lui-même. Pourtant, j’ai moi aussi cru un jour que toute ma classe regardait mes chaussures. Dans son Journal, Anne Frank, cachée avec sa famille à Amsterdam, confie ses disputes avec sa mère et sa peur de ne pas être comprise. Ma vie n’a rien à voir avec la sienne, et pourtant ses colères m’ont paru familières. Ces personnages me montrent que je ne suis pas un cas à part.
Ensuite, ces œuvres me font découvrir des vies très éloignées de la mienne. Parce que le héros a mon âge, j’entre plus facilement dans un monde que je ne connais pas. Dans L’Ami retrouvé, Fred Uhlman raconte l’amitié de deux lycéens de Stuttgart, Hans, qui est juif, et Conrad, issu d’une famille noble, que la montée du nazisme va séparer. Cette amitié m’a fait sentir cette période de l’intérieur. Dans Les Quatre Cents Coups, François Truffaut suit Antoine Doinel, un garçon délaissé par ses parents et malmené à l’école, jusqu’à sa fuite vers la mer. Ces héros me donnent aussi du courage. Dans Hunger Games, Katniss se porte volontaire à la place de sa petite sœur : cette histoire n’est pas réaliste, mais elle dit que le courage n’attend pas l’âge adulte.
Cependant, ces œuvres ne doivent pas être les seules. Certaines séries ramènent l’adolescence à quelques clichés, comme la popularité au lycée, et finissent par se ressembler toutes. De plus, ces personnages sont presque toujours imaginés par des adultes. Ce n’est pas forcément un défaut : c’est même ce qui fait le charme du texte de Michel Pastoureau, où l’adulte regarde avec humour l’adolescent qu’il a été. Mais cela montre que j’ai aussi besoin d’autres regards. Si je ne lisais que des histoires de jeunes, je ne découvrirais jamais ce que vivent mes parents ou mes grands-parents.
Ainsi, j’aime ces œuvres parce qu’elles me rassurent sur ce que je vis, qu’elles m’ouvrent à d’autres existences et qu’elles me donnent du courage. Je les lis pourtant à côté d’autres œuvres, car grandir, c’est aussi apprendre à s’intéresser à ceux qui ne me ressemblent pas.
Conseil : Ce je est un exemple, et ses souvenirs sont inventés : remplace-les par les tiens et ces œuvres par celles que tu connais le mieux. Si tu hésites sur un détail, reste général plutôt que d’inventer.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Raconter la dispute sans dire ce que tu en as pensé ensuite.
Terminer par les réflexions que ce moment a fait naître.
Le sujet demande les circonstances, les sentiments et les réflexions : aucune de ces trois demandes n’est facultative.
Se contenter d’écrire « j’étais triste » ou « j’avais honte ».
Montrer le sentiment par des gestes, des sensations et des pensées.
Le sujet demande d’insister sur les sentiments : une simple mention ne suffit pas.
Donner le prénom d’un camarade ou le nom de ton collège.
Écrire « mon voisin », « ma meilleure amie », « mon collège ».
Le sujet l’interdit, pour respecter l’anonymat de la copie.
Répondre au sujet de réflexion à la troisième personne, sans jamais dire ton avis.
Dire clairement ce que tu aimes ou non, à la première personne.
La question est posée directement au candidat : elle attend une préférence justifiée.
Résumer longuement l’intrigue d’un roman ou d’un film.
Présenter l’œuvre en une ou deux phrases, puis dire ce qu’elle t’apporte.
La question porte sur les raisons de ton goût, pas sur le contenu des œuvres.
Questions fréquentes
Combien de temps dure la rédaction du brevet 2023 en Amérique du Nord et combien de points vaut-elle ?
Le sujet indique 1 h 30 pour 40 points, sur une copie distincte. La calculatrice est interdite.
Le dictionnaire est-il autorisé pour la rédaction ?
Oui. Le sujet autorise le dictionnaire de langue française ou bilingue. Il reste interdit dans la partie compréhension et grammaire.
Faut-il traiter les deux sujets ?
Non. Tu en choisis un seul, soit le sujet d’imagination, soit le sujet de réflexion.
Peut-on répondre non au sujet de réflexion ?
Oui. La question te demande ton goût : tu peux dire que ces œuvres ne t’attirent pas, à condition d’en donner les raisons et de t’appuyer sur des œuvres précises.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.