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Corrigé du brevet de français 2023 : rédaction (Asie)

Le sujet en bref

Deux sujets au choix en Asie, liés au texte de Jean-Philippe Toussaint sur Monet pendant la Première Guerre mondiale. Le sujet d’imagination demande un dialogue entre le peintre et son petit-fils soldat. Le sujet de réflexion demande si l’art doit être un refuge ou affronter son époque. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.

Sujet officiel

Sujet d’imagination : le dialogue entre Monet et son petit-fils soldat (40 points)

Le sujet prolonge le texte de Toussaint, qui évoque la honte de peindre pendant que d’autres meurent. Ce qui suit est une proposition : un autre dialogue, bien construit, est aussi valable. Cette scène est inventée : elle ne rapporte aucune parole réelle de Monet.

Ce qu’attend le sujet

Écrire l’échange où un jeune soldat en permission accuse son grand-père peintre de se désintéresser de la guerre.

La forme. C’est un dialogue : il doit occuper l’essentiel de ta copie. Quelques lignes de récit situent la scène et montrent les gestes des personnages. Va à la ligne à chaque prise de parole et varie les verbes de parole.

La situation. Le soldat revient du front pour une courte permission. Le lieu le plus naturel est l’atelier de Giverny, décrit dans le texte. L’époque est celle de la Première Guerre mondiale : le texte parle de l’été 1916.

Le reproche. Il vient du petit-fils et porte sur deux points : le peintre s’enferme, et la guerre ne semble pas le concerner. Le soldat parle de ce qu’il a vécu : la peur, la boue, les morts.

La réponse du peintre. Le vieil homme défend son choix. Le texte te donne des idées aux lignes 19 à 27 : l’art comme abri, des recherches vitales pour lui, mais aussi la honte possible.

L’évolution. Évite deux monologues qui se succèdent. Chaque réplique répond à la précédente, et quelque chose doit changer entre le début et la fin.

La langue. Le présent convient aux répliques, le passé simple et l’imparfait au récit. Le soldat peut parler sèchement, mais ta langue reste soignée.

Conseil : Ne signe pas : le sujet l’interdit. Le petit-fils est un personnage fourni par le sujet : il n’a pas besoin de prénom. Grand-père et mon garçon suffisent.

Plan proposé

La situation. Le soldat entre dans l’atelier, où son grand-père travaille.

L’attaque. Il lui reproche de peindre pendant que d’autres meurent.

La défense. Le peintre répond qu’il ne peut rien faire d’autre.

La crise. Le soldat l’accuse de se cacher, et le vieil homme avoue sa honte.

Le rapprochement. Le soldat regarde la toile. Rien n’est réglé, mais chacun a compris l’autre.

Exemple rédigé

Le jeune homme poussa la porte de l’atelier sans frapper. Il portait encore sa vareuse, raidie par la boue sèche, et il s’arrêta sur le seuil, gêné par l’odeur de peinture et par cette clarté trop calme. Au fond de la pièce, son grand-père se tenait debout devant un immense panneau, la palette à la main. Il se retourna, et son visage s’éclaira.

– Te voilà enfin, mon garçon ! Viens que je te regarde. Comme tu as maigri !

– J’ai six jours de permission, grand-père, répondit le soldat sans avancer. J’en ai perdu deux dans les trains. Et je te retrouve ici, comme toujours, à barbouiller tes nénuphars.

Le vieil homme posa lentement sa palette.

– Tu es en colère.

– En colère ? Il y a trois semaines, mon meilleur camarade a été tué à côté de moi. Nous avons dû le laisser dans un trou d’obus jusqu’à la nuit. Et pendant ce temps, toi, tu te demandes si ton eau doit être plus verte ou plus bleue ! On dirait que cette guerre ne te regarde pas.

– Elle me regarde tous les matins, dit le peintre d’une voix sourde. Je lis les journaux. Je compte les garçons du village qui ne reviendront pas. Certains jours, on entend le canon jusqu’ici. Mais que veux-tu que je fasse ? Je suis un vieil homme. Je ne peux ni porter un fusil ni creuser une tranchée. Je ne sais rien faire d’autre que ceci.

– Tu pourrais au moins sortir d’ici ! Aller voir les blessés, parler aux familles ! Tout est si propre, si tranquille, dans ton atelier. Tu t’es construit un abri, voilà la vérité. Nous aussi, nous avons des abris, mais les nôtres s’écroulent.

Le coup porta. Le peintre baissa les yeux vers ses mains tachées de couleur et resta un moment sans répondre.

– Tu as raison, c’est un abri. Crois-tu que je n’aie pas honte ? Chaque matin, en poussant cette porte, je pense à toi. Je me dis qu’il est indécent de chercher une couleur pendant que des garçons de ton âge meurent dans la boue. Et chaque matin, j’entre quand même. Si je m’arrêtais, il ne me resterait que ma peur pour toi.

Le jeune homme se tut. Il ne s’attendait pas à cet aveu.

– Alors, tu fuis, dit-il plus doucement.

– Peut-être. Ou peut-être que je garde quelque chose. Là-bas, on détruit tout : les villages, les arbres, les hommes. Moi, je peins une eau, quelques fleurs, une lumière. Quand tout sera fini, il faudra bien qu’il reste de quoi se rappeler que le monde peut être beau. Ce n’est pas du courage comme le tien. C’est seulement ce que je sais faire.

Le soldat s’approcha du panneau et resta longtemps devant lui, les mains dans les poches. Les reflets bougeaient à peine sur la toile.

– Près de notre tranchée, murmura-t-il, il y a un trou d’obus plein d’eau. Le matin, le ciel s’y reflète. C’est la seule chose que je puisse regarder sans avoir mal. Je ne te pardonne pas tout, grand-père.

– Je ne te le demande pas.

– Mais ne t’arrête pas. Quand je repartirai là-bas, j’aimerais savoir qu’il reste un endroit comme celui-ci.

Le vieil homme reprit sa palette. Sa main tremblait un peu. Le jeune homme alla s’asseoir sur le canapé, au milieu des vêtements jetés là, et, pour la première fois depuis des mois, il s’endormit sans peur.

Conseil : Ce modèle fait évoluer les deux personnages : le soldat passe de la colère à une demande, le peintre de la défense à l’aveu. Le trou d’obus plein d’eau rapproche à la fin le front et le bassin. Sur ta copie, mets un tiret à chaque changement de personne qui parle.

Sujet de réflexion : l’art doit-il être un refuge ou affronter son époque ? (40 points)

Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, avec d’autres exemples, est aussi valable.

Ce qu’attend le sujet

Dire si l’art doit protéger du bruit de l’actualité ou si les artistes doivent s’emparer des problèmes de leur temps.

La question. Elle pose une alternative, avec deux thèses. Tu peux en défendre une seule, ou montrer que l’on peut dépasser l’opposition. Dans tous les cas, donne ton avis : le sujet dit « selon vous ».

Les mots clés. Le verbe devoir est essentiel : il ne s’agit pas de dire ce que l’art fait, mais ce qu’il doit faire. Un refuge est un lieu où l’on se protège. Le boucan du monde, ce sont les guerres, les injustices et les crises. Affronter, c’est regarder ces problèmes en face et les montrer dans une œuvre.

La forme. Un développement organisé : une introduction, des paragraphes avec une idée chacun, une conclusion.

Les exemples. Le sujet les veut pris dans les œuvres littéraires et artistiques : des livres, mais aussi des tableaux, des films ou des chansons.

Le lien avec le sujet. Monet est un exemple tout trouvé pour le refuge, mais il ne doit pas être le seul.

Conseil : Ici, le piège est de ne traiter qu’un côté de la question. Même si ton avis est tranché, dis ce que l’on peut répondre à l’inverse.

Plan proposé

I. L’art peut être un refuge légitime. Exemples : les Nymphéas de Claude Monet, L’Invitation au voyage de Charles Baudelaire, le Journal d’Anne Frank.

II. Les artistes ont aussi le pouvoir de témoigner et de dénoncer. Exemples : Le Feu d’Henri Barbusse, Les Châtiments de Victor Hugo, Guernica de Pablo Picasso.

III. Ces deux rôles ne s’opposent pas vraiment. Exemples : Liberté de Paul Éluard, le Journal d’Anne Frank, le don des Nymphéas.

Exemple rédigé

En pleine Première Guerre mondiale, Claude Monet s’enferme dans son atelier de Giverny pour peindre ses Nymphéas, comme le rappelle Jean-Philippe Toussaint. Au même moment, d’autres artistes racontent l’horreur des tranchées. Ces deux attitudes posent une question : l’art doit-il nous protéger du « boucan du monde » ou regarder en face les problèmes de son temps ? L’art peut d’abord être un refuge légitime. Les artistes ont pourtant aussi le pouvoir de témoigner et de dénoncer. Il faut enfin se demander si ces deux rôles s’opposent vraiment.

D’abord, l’art a le droit d’être un abri. Quand le réel devient insupportable, une œuvre permet de respirer. Monet en est l’exemple : devant ses toiles, il cherche des couleurs pendant que la guerre gronde, et cette recherche le tient debout. Le lecteur aussi a besoin de tels refuges. Dans L’Invitation au voyage, Charles Baudelaire imagine un pays de beauté et de calme, loin de la vie ordinaire. De même, Anne Frank, cachée avec sa famille à Amsterdam pendant la guerre, confie à son journal ce qu’elle ne peut dire à personne : écrire l’aide à tenir. La beauté n’est donc pas un luxe, car elle aide à ne pas désespérer.

Cependant, un artiste vit dans son temps et il peut difficilement se taire devant le malheur. Certaines œuvres agissent comme des cris. Dans Le Feu, publié en 1916, Henri Barbusse, qui a combattu, raconte le quotidien des soldats : la boue, la fatigue, la mort. Il fait connaître à ceux de l’arrière ce que Monet tente d’oublier. Victor Hugo, exilé, attaque Napoléon III dans Les Châtiments. En 1937, Pablo Picasso peint Guernica après le bombardement de cette ville espagnole : ses corps disloqués font voir au monde entier la souffrance des civils. Ces œuvres prouvent que l’art peut réveiller les consciences. Si tous les artistes se détournaient de leur époque, nous perdrions une part de notre mémoire.

Pourtant, il n’est pas nécessaire de choisir entre ces deux rôles, car le refuge peut devenir une forme de résistance. En 1942, sous l’Occupation, Paul Éluard publie Liberté, un poème qui ressemble d’abord à un chant d’amour et qui devient un appel à résister. Le journal d’Anne Frank, commencé comme un abri, est devenu un témoignage bouleversant sur la persécution des Juifs. Même les Nymphéas ne sont pas une simple fuite : après la guerre, Monet en a offert de grands panneaux à la France, et on peut les voir au musée de l’Orangerie, à Paris. Peindre la paix au milieu de la guerre, c’est aussi refuser que la guerre ait le dernier mot.

Ainsi, l’art peut protéger comme il peut dénoncer. À mon avis, on ne doit pas obliger un artiste à s’engager, car une œuvre imposée perd sa vérité. Mais un refuge n’a de valeur que s’il aide à revenir vers le monde. L’art le plus fort est peut-être celui qui nous console sans nous faire oublier.

Conseil : Ces œuvres sont des exemples : remplace-les par celles que tu connais le mieux. Si tu hésites sur un détail, reste général plutôt que d’inventer. Après chaque exemple, dis ce qu’il prouve.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Écrire un récit avec seulement quelques répliques.

    Donner la première place au dialogue et garder le récit pour le cadre et les gestes.

    Le sujet demande d’imaginer un dialogue entre les deux personnages.

  • Faire de Monet celui qui adresse des reproches au soldat.

    Faire venir l’accusation du petit-fils et laisser le peintre se défendre.

    La situation est fixée par le sujet : c’est le jeune soldat qui reproche à son grand-père de rester à l’écart.

  • Faire parler le soldat de la Seconde Guerre mondiale ou d’objets d’aujourd’hui.

    Rester dans la guerre de 1914-1918.

    Le texte situe Monet à l’été 1916. Les guerres citées aux lignes 17 et 18 n’ont pas encore eu lieu.

  • Ne prendre que l’exemple de Monet dans le sujet de réflexion.

    Ajouter d’autres œuvres littéraires et artistiques.

    Le sujet réclame des exemples pris dans les œuvres que tu connais, et un seul cas ne prouve rien.

  • Résumer longuement l’intrigue d’un livre.

    Dire en deux phrases ce que l’œuvre montre sur le rôle de l’art.

    La question porte sur ce que l’art doit faire, pas sur l’histoire que raconte l’œuvre.

Questions fréquentes

Combien de temps dure la rédaction du brevet 2023 en Asie et combien de points vaut-elle ?

Le sujet indique 1 h 30 pour 40 points, sur une copie distincte. La calculatrice est interdite.

Le dictionnaire est-il autorisé pour la rédaction ?

Oui. Le sujet autorise le dictionnaire de langue française ou bilingue. Il reste interdit dans la partie compréhension et grammaire.

Faut-il traiter les deux sujets ?

Non. Tu en choisis un seul, soit le sujet d’imagination, soit le sujet de réflexion.

Peut-on donner un prénom au petit-fils de Monet ?

Le sujet n’en donne pas, et rien ne t’oblige à en inventer un. Il interdit de citer ton nom ou celui d’un camarade : grand-père et mon garçon suffisent pour éviter tout risque.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.