Le sujet en bref
Sujet de la session de remplacement de septembre 2023, lié au texte de René Frégni sur l’écriture. Deux sujets au choix : évoquer sa saison préférée dans un journal intime en faisant partager ses sensations, ou expliquer ce qui peut inciter à écrire un peu chaque jour. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.
Sujet d’imagination : ta saison préférée dans ton journal intime (40 points)
Le sujet prolonge l’extrait de Je me souviens de tous vos rêves de la partie compréhension. Ce qui suit est une proposition : une autre page de journal, cohérente et bien écrite, est aussi valable.
Ce qu’attend le sujet
Évoquer ta saison préférée dans ton journal intime, la décrire et faire partager les sensations qu’elle provoque en toi.
La forme. C’est une page de journal intime : une date, la première personne, un ton personnel.
Le point de départ. Le sujet s’ouvre sur une phrase de la ligne 18, où l’auteur, devant son cahier, voit revenir ce qu’il a vécu. Tu peux reprendre cette situation : tu écris, et ta saison revient à ta mémoire.
Les deux demandes. Il faut décrire la saison, et faire partager tes sensations. Tu dois donc faire appel à plusieurs sens, et pas seulement à la vue, comme René Frégni aux lignes 23 à 27.
Le lecteur. Un journal s’écrit en principe pour soi, mais le sujet parle d’un lecteur. Choisis des détails assez précis pour qu’une autre personne ressente ce que tu ressens.
La langue. Le présent convient aux sensations et aux habitudes, le passé composé et l’imparfait aux souvenirs. Les comparaisons, les métaphores et les adjectifs précis enrichissent la description.
Conseil : La page de garde du sujet interdit de signer et de citer ton nom, celui d’un camarade ou celui de ton établissement. Date ta page, mais ne la signe pas, et écris « mon cousin » plutôt qu’un prénom.
Plan proposé
Date et situation d’écriture. Le moment où tu écris et ce qui déclenche le souvenir.
La saison vue. La lumière, les couleurs, le rythme des journées.
La saison entendue. Les bruits du matin, de midi, du soir.
La saison sentie. Le chaud et le froid sur la peau, les odeurs dans l’air.
Une scène précise. Un moment qui résume la saison, avec le goût s’il y a lieu.
Retour au présent. La page se referme, et il reste une émotion.
Exemple rédigé
17 novembre
Il pleut depuis trois jours. Ce soir, maman a ouvert le dernier pot de confiture d’abricots, et l’odeur m’a saisie. Je l’ai emporté dans ma chambre avec une cuillère, j’ai sorti ce cahier, et l’été est revenu d’un coup. C’est ma saison, celle que j’aime plus que toutes les autres, celle de la maison de mes grands-parents.
L’été commence pour moi le premier matin où je me réveille sans réveil, avec une bande de soleil sur le mur. Dès huit heures, la lumière est blanche. Le ciel a la couleur d’un vieux jean laissé sur le fil, et les collines tremblent un peu dans la chaleur. Tout paraît plus grand, plus lent. Les journées s’étirent comme un chat sur un muret.
J’aime les bruits de cette saison. Il y a le grincement du portail, le ronron lointain d’un tracteur, le volet qui bat, et à midi les cigales qui se mettent toutes ensemble à scier l’air. Le soir, c’est le choc des boules sur le gravier, et les voix des adultes qui traînent sur la terrasse et montent jusqu’à ma fenêtre ouverte.
J’aime aussi ce que l’été fait à ma peau. Le matin, je marche pieds nus sur les dalles encore fraîches. À deux heures, le même sol me brûle, et je file en sautillant jusqu’à l’ombre du tilleul. L’eau du tuyau d’arrosage me coupe le souffle quand mon cousin la dirige sur mon dos. Et puis il y a les odeurs : l’herbe sèche, le goudron qui ramollit, la crème solaire, le linge chaud qu’on décroche en fin de journée.
Surtout, il y a les abricots. J’en mords un en haut de l’échelle : la chair est tiède, le jus coule dans ma manche, et une douceur un peu acide me reste sur la langue. Dans la grande bassine de cuivre, ma grand-mère les fait fondre en remuant lentement, et toute la maison sent le sucre chaud. Si je devais expliquer le bonheur à quelqu’un, je crois que je lui tendrais simplement un abricot.
Il est dix heures. La pluie coule toujours sur la vitre, et le radiateur tiédit à peine ma chambre. Pourtant j’ai chaud aux joues, comme si je rentrais de la rivière. Il reste deux cuillerées au fond du pot. Je les garde. Il y a encore sept mois à attendre, et il me faudra bien quelque chose pour tenir jusque-là.
Conseil : Ce modèle part d’une sensation présente, une odeur, pour faire revenir la saison, puis il sollicite les sens un par un. Il est daté, il n’a pas de signature et il ne donne aucun prénom. Écrire l’été en novembre rend le souvenir plus fort, par contraste.
Sujet de réflexion : pourquoi écrire un peu chaque jour ? (40 points)
Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, avec d’autres exemples, est aussi valable.
Ce qu’attend le sujet
Expliquer, avec plusieurs arguments, ce qui peut t’inciter à écrire un peu chaque jour, en t’appuyant sur tes lectures et tes pratiques d’écriture.
Les mots clés. Le sujet reprend la formule de la ligne 10. Il demande des raisons, et non un oui ou un non. Il s’adresse à toi : tu peux écrire je.
La régularité. Le sujet parle d’une petite quantité, mais chaque jour. Explique pourquoi cette habitude a un intérêt, et pas seulement pourquoi on écrit.
La forme. Une introduction, un développement organisé en paragraphes, une conclusion. Chaque paragraphe défend une raison et l’appuie sur un exemple précis, expliqué.
Les exemples. Le sujet impose deux sources : tes lectures et tes pratiques d’écriture. Il faut donc au moins un livre et une expérience personnelle : journal, carnet de voyage, poèmes, lettres.
Le lien avec le texte. L’extrait de René Frégni te donne déjà un exemple, car il dit ce que l’écriture lui apporte.
Conseil : Parler de toi est permis ici, mais ce n’est pas un récit : chaque expérience personnelle doit servir un argument.
Plan proposé
I. On écrit pour garder ce qui passe. Exemples : le texte de René Frégni, un carnet de vacances.
II. On écrit pour se comprendre et tenir bon. Exemples : le Journal d’Anne Frank, Robinson Crusoé de Daniel Defoe, un journal personnel.
III. On écrit pour mieux regarder le monde et mieux écrire. Exemples : le journal retravaillé par Anne Frank, une habitude de notes quotidiennes.
Exemple rédigé
« Écrire quelques mots chaque jour » : René Frégni en a fait une habitude. L’idée peut surprendre à l’âge des messages et des photos, qui conservent tout en un instant. Quelles raisons peuvent pourtant me pousser à prendre chaque soir un stylo ? Écrire permet d’abord de garder ce qui passe. Cela aide aussi à se comprendre et à traverser les moments difficiles. Enfin, c’est une façon d’apprendre à mieux regarder le monde et à mieux le dire.
D’abord, j’écrirais pour garder ce que le temps efface. Une journée ordinaire disparaît vite de la mémoire : il n’en reste parfois rien une semaine plus tard. René Frégni explique qu’il rentre de ses promenades avec des fragments de vie, et que son cahier les recueille. J’ai fait la même expérience l’été dernier. Pendant un séjour à la montagne, j’ai tenu un petit carnet, à raison de trois lignes par soir. En le relisant, j’ai retrouvé une phrase de mon grand-père, une odeur de foin, un fou rire, tous ces détails qu’une photo n’aurait pas gardés. Quelques mots suffisent, à condition de les écrire le jour même.
Ensuite, écrire aide à se comprendre et à tenir bon. Sur une page, personne ne me juge, et je peux dire ce que je n’ose pas dire à voix haute. Anne Frank, cachée à Amsterdam avec sa famille pendant la guerre, confie à son journal, qu’elle appelle Kitty, ses peurs, ses colères et ses espoirs. Ce cahier devient l’amie à qui elle peut tout dire. Dans Robinson Crusoé, de Daniel Defoe, le naufragé tient lui aussi un journal sur son île, tant qu’il lui reste de l’encre. À ma petite échelle, quand je suis en colère contre un ami, noter ce qui s’est passé me calme, et je comprends souvent mieux ce qui m’a blessé. La régularité compte ici : on se confie mieux à une page que l’on ouvre tous les jours.
Enfin, écrire chaque jour apprend à mieux regarder et à mieux écrire. Celui qui sait qu’il notera quelque chose le soir ouvre davantage les yeux pendant la journée. René Frégni affirme que l’écriture permet de percevoir ce que le silence cache. Anne Frank, elle, a fini par voir dans son journal un vrai travail d’écrivain : en 1944, elle en a retravaillé une grande partie, avec l’idée d’en faire un livre après la guerre. De même, mes rédactions ont changé quand j’ai commencé à noter chaque soir une image ou un mot nouveau. Comme un sportif, on progresse par petites séances. Cinq lignes par jour apprennent plus qu’une longue page une fois par an.
Ainsi, écrire un peu chaque jour permet de garder sa vie, de se connaître et d’affûter son regard. Ce geste ne demande ni talent ni beaucoup de temps : un cahier et quelques minutes suffisent. C’est peut-être ce qui le rend précieux, car il donne de l’importance à une journée qui semblait ne rien contenir.
Conseil : Les expériences personnelles de ce modèle sont inventées pour l’exemple : remplace-les par les tiennes, et par tes propres lectures si tu les connais mieux. Si tu hésites sur un détail d’une œuvre, reste général plutôt que d’inventer.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Raconter une journée ou une aventure sans décrire la saison.
Décrire ce qui fait le caractère de cette saison, puis ce qu’elle te fait ressentir.
Le sujet demande une description et des sensations, pas un récit d’événements.
Ne décrire que ce que l’on voit.
Faire appel à plusieurs sens : les bruits, les odeurs, le toucher, le goût.
Le sujet insiste sur les sensations. Le passage des lignes 23 à 27 montre comment les faire partager.
Écrire une description sans aucune marque du journal intime.
Dater la page, écrire je et adopter un ton personnel.
La forme fait partie de la consigne, et le correcteur vérifie qu’elle est respectée.
Terminer la page de journal par son prénom.
S’arrêter sur la dernière phrase, sans signature.
La page de garde du sujet interdit de signer ou de citer son nom, pour que la copie reste anonyme.
Dans le sujet de réflexion, ne parler que de ses propres habitudes.
Mêler des exemples de lectures et des exemples de pratiques d’écriture.
Le sujet impose ces deux sources d’exemples.
Questions fréquentes
Combien de temps dure la rédaction du brevet de septembre 2023 et combien de points vaut-elle ?
Le sujet indique 1 h 30 pour 40 points, sur une copie distincte. Le dictionnaire est autorisé, la calculatrice est interdite.
Faut-il traiter les deux sujets ?
Non. Tu en choisis un seul, soit le sujet d’imagination, soit le sujet de réflexion.
Faut-il commencer par « Cher journal » ?
Non, ce n’est pas obligatoire. Une date suffit à montrer que tu écris dans un journal, et le ton personnel fait le reste.
Comment faire si je n’ai jamais tenu de journal ?
Le sujet de réflexion parle de pratiques d’écriture au sens large. Un carnet de voyage, une lettre, un poème ou des notes prises pour toi conviennent. Tu peux aussi expliquer ce qu’une telle habitude pourrait t’apporter.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.