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Corrigé du brevet de français 2024 : rédaction (Amérique du Sud)

Le sujet en bref

Deux sujets au choix en Amérique du Sud, liés à l’extrait des Cerfs-volants de Romain Gary. Le sujet d’imagination demande de raconter la rencontre du point de vue de la fillette, en insistant sur ses pensées et ses sentiments. Le sujet de réflexion demande pourquoi tant d’écrivains racontent l’enfance. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.

Sujet officiel

Sujet d’imagination : la rencontre vue par la fillette (40 points)

Dans le texte, le lecteur ne connaît la fillette que par ce qu’en voit Ludo. Ce qui suit est une proposition : un autre récit, cohérent et bien écrit, est aussi valable.

Ce qu’attend le sujet

Raconter de nouveau la scène en adoptant le regard de la fillette et en montrant ce qui se passe en elle.

Le point de vue. Tout passe par la fillette : ce qu’elle voit, ce qu’elle comprend, ce qu’elle ignore. Le plus simple est de la faire parler à la première personne. Un récit à la troisième personne convient aussi, s’il reste dans ses pensées.

Les faits. Il s’agit de cette scène, pas d’une autre. Garde les étapes du texte : la découverte du garçon, le panier, le sucre, le dialogue, le rendez-vous, le départ. Ta fillette ne sait pas ce que Ludo pense : elle ne peut que le deviner.

Le mot clé : pensées et sentiments. C’est ce que le sujet te demande de mettre en avant. Le texte décrit une fillette sévère et sûre d’elle. Tu dois imaginer ce qu’il y a derrière : curiosité, ennui, gêne, plaisir d’être admirée, trouble.

L’écart entre le dedans et le dehors. Ta meilleure ressource est de montrer la différence entre ce qu’elle dit et ce qu’elle ressent. Le lecteur s’amuse alors de voir la scène à l’envers.

La langue. Le passé simple et l’imparfait conviennent, comme dans le texte. Le vocabulaire des émotions doit être précis et varié.

Conseil : Ne recopie pas les répliques du texte. Reformule-les, ou passe au discours indirect : ce sont ses pensées que le correcteur veut lire. Ne signe pas et n’inscris aucun nom réel.

Plan proposé

Avant la rencontre. Pourquoi elle est là, dans quel état d’esprit, ce qu’elle voit en arrivant.

Le regard et les fraises. Sa surprise, sa décision de paraître sévère, le panier.

L’attente. Le départ du garçon, ce qu’elle ressent une fois seule.

Le dialogue. Le retour, ses questions, ce qu’elle cache et ce qui la touche.

Le départ. Ce qu’elle montre, puis ce qu’elle ressent quand il ne la voit plus.

Exemple rédigé

Je m’ennuyais tant, en ce début d’été, que j’aurais parlé à un arbre. Je m’étais enfoncée dans le bois pour fuir la maison, où personne ne s’occupait de moi, lorsque je découvris une cabane. Un garçon y dormait, la bouche barbouillée de rouge, à côté d’un panier. Je restai debout à le regarder, très droite. J’étais vexée de trouver quelqu’un dans un endroit que je croyais à moi, et j’étais curieuse. Je décidai que cela ne se verrait pas : j’avais remarqué qu’on obéit plus vite aux gens qui ne sourient pas.

Il ouvrit les yeux et me fixa comme si j’étais tombée du ciel. Personne ne m’avait jamais regardée ainsi. Mon cœur fit un petit saut ridicule, que je punis aussitôt en fronçant les sourcils. Sans un mot, il me présenta des fraises, à pleine main. Je faillis le remercier. Mais je n’avais pas envie qu’on me permette quoi que ce soit. Je m’assis près de lui et je pris le panier.

Les fraises étaient tièdes et délicieuses. Je les mangeai presque toutes, en sentant qu’il me regardait faire sans oser bouger. Vers la fin, une petite honte me vint. Pour la cacher, je lui rendis le panier et je lui fis remarquer qu’il y manquait du sucre. Je disais cela pour dire quelque chose. À ma grande stupeur, il bondit et disparut entre les arbres, comme si un général lui avait donné un ordre. Je restai seule, et le silence du bois me parut soudain moins agréable. Une coccinelle monta sur ma main. S’il revenait, me dis-je, c’est qu’il était fou. Je crois que je l’espérais.

Il revint hors d’haleine, les joues rouges, un carton à la main. Personne n’avait jamais couru pour moi. J’en fus si troublée que je repoussai le sucre et que je lui fis seulement un compliment, qui m’échappa et que je regrettai aussitôt. Il voulut savoir mon nom. Si je le lui donnais, que me resterait-il ? Je lui répondis que c’était trop tôt, et je lui laissai entendre que j’étais une personne pleine de secrets. C’était faux : je n’avais aucun secret, mais il suffisait qu’il le croie. Je l’interrogeai plutôt sur sa famille. Il n’avait pas de parents, et il le dit très simplement. Je ne sus que répondre, alors je demandai le métier de son oncle. Il hésita un instant, puis il prononça un titre si étrange, avec des cerfs-volants et un capitaine dans le ciel, que j’en oubliai de froncer les sourcils. Je ne savais pas s’il disait vrai. Je savais seulement que je n’avais jamais rien entendu d’aussi beau.

Je me levai, car je sentais que j’allais sourire. Je lui fis observer qu’il était bien jeune pour moi, ce qui était vrai. Mais je reparlai des fraises pour me donner une raison de revenir, et je lui ordonnai de m’attendre le lendemain, si rien de mieux ne m’occupait. Je savais déjà que rien de mieux ne m’occuperait. Je lui lançai un dernier regard, le plus dur que je pus trouver, et je m’éloignai sans me retourner. Je tins jusqu’au premier tournant du chemin. Là, je me mis à courir, sans savoir pourquoi, et je ris toute seule au milieu des arbres.

Conseil : Ce modèle suit les étapes du texte, mais chaque geste y prend un autre sens : la sévérité devient un masque. Les paroles passent au discours indirect, et la fin ajoute un moment que Ludo ne pouvait pas voir.

Sujet de réflexion : pourquoi tant d’écrivains racontent-ils l’enfance ? (40 points)

Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, avec d’autres exemples, est aussi valable. Dans l’exemple rédigé, le souvenir de lecture à la première personne (Persepolis) est inventé pour l’exemple : sur ta copie, parle de tes vraies lectures.

Ce qu’attend le sujet

Donner ton avis, exemples à l’appui, sur les raisons qui poussent les auteurs à écrire sur les jeunes années.

Le point de vue. La question porte sur les écrivains : tu cherches leurs raisons d’écrire. Tu peux parler du lecteur, à condition de montrer que l’auteur cherche à le toucher.

Les mots clés. Pourquoi appelle plusieurs raisons, classées, et non un oui ou un non. De nombreux écrivains invite à citer plusieurs auteurs. Raconter vise aussi bien les récits de vie que les romans dont le héros est un enfant.

Selon vous. Le sujet attend ton avis : tu peux dire je, à condition de justifier ce que tu avances.

La forme. Une introduction, un développement en paragraphes, une conclusion.

Les exemples. Ils viennent de tes lectures et de tes connaissances personnelles. Tu peux citer un livre étudié en classe, une bande dessinée ou l’extrait du sujet.

Conseil : Ici, un titre ne vaut rien sans explication. Pour chaque œuvre, dis en une phrase ce qu’elle raconte, puis la raison d’écrire qu’elle illustre.

Plan proposé

I. Pour se comprendre. L’enfance est l’origine de l’adulte. Exemples : Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, Enfance de Nathalie Sarraute, l’extrait des Cerfs-volants.

II. Pour témoigner. L’enfant subit ce que décident les adultes. Exemples : L’Enfant de Jules Vallès, Un sac de billes de Joseph Joffo, Persepolis de Marjane Satrapi.

III. Pour retrouver un regard neuf et toucher tous les lecteurs. Exemples : Le Petit Nicolas de René Goscinny et Jean-Jacques Sempé, Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry.

Exemple rédigé

Tous les écrivains ont été des enfants, mais rien ne les oblige à s’en souvenir. Pourtant, cette période revient sans cesse dans les livres, à travers des souvenirs vrais ou des personnages inventés. Selon moi, si tant d’auteurs racontent l’enfance, c’est d’abord pour se comprendre eux-mêmes. C’est aussi pour témoigner de ce qu’ils ont vu ou subi. Enfin, le regard d’un enfant leur offre une façon unique d’écrire et de toucher leurs lecteurs.

D’abord, raconter son enfance permet de se comprendre. Les premières années laissent des traces durables, et l’adulte y cherche l’origine de ce qu’il est devenu. Dans Les Confessions, Jean-Jacques Rousseau raconte qu’il a été puni, enfant, pour un peigne cassé qu’il affirme n’avoir pas brisé, et il présente cette injustice comme une blessure qui ne l’a jamais quitté. Dans Enfance, Nathalie Sarraute va plus loin : elle dialogue avec une voix qui met ses souvenirs en doute, comme si écrire servait à vérifier ce que l’on croit savoir de soi. L’extrait des Cerfs-volants le montre à sa façon : des années plus tard, le narrateur revient sur une rencontre dont il mesure seulement maintenant l’importance.

Ensuite, écrire sur l’enfance permet de témoigner. Un enfant subit les décisions des adultes, et son histoire révèle donc leurs fautes. Dans L’Enfant, Jules Vallès dénonce une éducation brutale à travers Jacques Vingtras, un garçon battu par sa mère. Dans Un sac de billes, Joseph Joffo raconte comment, petit garçon juif sous l’Occupation, il a dû fuir avec son frère. Dans la bande dessinée Persepolis, Marjane Satrapi montre la révolution iranienne par les yeux de la fillette qu’elle était. En la lisant, j’ai mieux compris cette période qu’avec un simple résumé, car je la voyais à travers quelqu’un qui ne pouvait rien y changer. Le regard d’un enfant rend ainsi l’injustice plus évidente.

Enfin, l’enfance offre à l’écrivain un regard neuf. Un enfant voit le monde sans les habitudes des adultes : il s’étonne, il se trompe, il dit tout haut ce que les autres taisent. Dans Le Petit Nicolas, René Goscinny fait parler un écolier, et ses naïvetés font sourire le lecteur. Dans Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry se sert d’un enfant pour montrer combien les grandes personnes sont étranges. De plus, chaque lecteur a été un enfant. Une première peur ou un premier amour, comme celui que l’on devine chez Ludo, parle donc à tout le monde. En racontant cette période, l’écrivain est sûr de rejoindre ce que nous avons tous en commun.

Ainsi, les écrivains racontent l’enfance pour se comprendre, pour témoigner et pour retrouver un regard que l’âge leur a fait perdre. Cette période est un pays que chacun a quitté. Écrire est peut-être le seul moyen d’y retourner, et d’y emmener les autres.

Conseil : Le souvenir de lecture de ce modèle est inventé pour l’exemple. Remplace ces exemples par tes propres lectures si tu les connais mieux. Si tu hésites sur un détail d’une œuvre, reste général plutôt que d’inventer.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Recopier les répliques du texte en changeant seulement quelques mots autour.

    Reformuler les paroles et donner la priorité aux pensées de la fillette.

    Le sujet demande d’insister sur ses pensées et ses sentiments. Un dialogue recopié ne montre aucun travail d’écriture.

  • Raconter ce que pense Ludo, ou ce que le narrateur sait une fois adulte.

    Rester dans la tête de la fillette, qui ne peut que deviner les pensées du garçon.

    Le sujet impose son point de vue : elle ne sait que ce qu’elle voit, entend et ressent.

  • Inventer une autre rencontre, avec d’autres événements.

    Garder les étapes du texte et changer l’éclairage.

    Le sujet parle de cette scène de rencontre : tout l’intérêt est de la relire autrement.

  • Expliquer pourquoi on aime lire des histoires d’enfants.

    Chercher les raisons des écrivains : se comprendre, témoigner, retrouver un regard.

    La question porte sur ceux qui écrivent. Le lecteur n’intervient que comme destinataire de leur projet.

  • Aligner des titres de livres sans rien en dire.

    Résumer chaque œuvre en une phrase et la relier à ton idée.

    Un exemple doit prouver un argument. Sans explication, il ne prouve rien.

Questions fréquentes

Combien de temps dure la rédaction du brevet 2024 en Amérique du Sud et combien de points vaut-elle ?

Le sujet indique 1 h 30, sur une copie distincte. L’épreuve de rédaction vaut 40 points et la calculatrice est interdite.

Le dictionnaire est-il autorisé pour la rédaction ?

Oui. Le sujet autorise le dictionnaire de langue française ou bilingue. Il reste interdit dans la partie compréhension et grammaire.

Faut-il écrire à la première personne dans le sujet d’imagination ?

Le sujet ne l’impose pas : il demande seulement le point de vue de la fillette. La première personne est le moyen le plus simple de faire entendre ses pensées, mais la troisième personne convient si le récit reste centré sur elle.

Faut-il traiter les deux sujets ?

Non. Tu en choisis un seul, soit le sujet d’imagination, soit le sujet de réflexion.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.