Le sujet en bref
Deux sujets au choix aux Antilles et en Guyane, liés au texte d’Illettré de Cécile Ladjali. Le sujet d’imagination demande de raconter comment Léo apprend à lire, du découragement à l’enthousiasme. Le sujet de réflexion demande pourquoi la lecture ouvre sur le monde, avec des exemples tirés de ton expérience de lecteur. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.
Sujet d’imagination : les leçons de lecture de Léo (40 points)
Le sujet prolonge l’extrait d’Illettré, où Léo regarde Violette lire. Ce qui suit est une proposition : un autre récit, cohérent avec le texte et bien écrit, est aussi valable.
Ce qu’attend le sujet
Raconter les semaines pendant lesquelles Léo apprend à lire, en montrant par quelles émotions il passe.
Le personnage. Le héros est Léo, jeune homme illettré. Le sujet ne parle pas de toi : le récit peut rester à la troisième personne, comme le texte. Tu peux aussi faire parler Léo à la première personne, si tu t’y tiens jusqu’au bout.
La cohérence avec le texte. Sibylle lui donne des leçons, et Violette, sa fille, vient d’apprendre à lire. Léo est leur voisin et il descend pour sa leçon (ligne 1) : on peut penser qu’il habite au-dessus de chez elles. Garde ces personnages et ces liens.
La durée. L’histoire se déroule sur quelques semaines. Il faut donc plusieurs étapes, avec des repères de temps clairs, et non une seule scène.
Le mouvement. Léo passe du découragement à l’enthousiasme. Ce changement ne se fait pas d’un coup : des rechutes rendent le récit plus vrai.
Le point d’arrivée. Léo vient à bout de quelques textes. Ta fin doit montrer cette réussite, sans en faire un miracle : il déchiffre, il ne lit pas encore tout.
Les émotions. Le sujet demande d’y insister. Montre-les par les gestes, les sensations et les pensées : la honte, la colère, l’espoir, la fierté.
La langue. L’extrait est écrit au présent : tu peux le garder, comme dans l’exemple ci-dessous. Un récit au passé simple et à l’imparfait convient aussi. L’essentiel est de ne pas changer en cours de route.
Conseil : Ne signe pas et ne cite ni ton nom, ni celui d’un camarade, ni ton établissement. Les prénoms du texte, Léo, Sibylle et Violette, sont ceux des personnages : tu peux les employer.
Plan proposé
Le début. Après la scène du texte, Léo se remet au travail, mais les lettres lui résistent.
Le découragement. Une humiliation dans la vie quotidienne le pousse à tout abandonner.
Le déclic. Un geste de Violette lui fait déchiffrer un premier mot qui compte pour lui.
Les progrès. Les mots viennent, avec encore des soirs de colère, et la ville se met à lui parler.
L’aboutissement. Il déchiffre un premier texte entier, et la fin répond à celle de l’extrait.
Exemple rédigé
Le lendemain, Léo reste longtemps sur le palier avant de descendre. La scène de la veille lui pèse encore : une enfant de cet âge lit, et lui, à son âge, tremble devant une page. Sibylle pose une feuille sur la table et y trace quelques syllabes. Les lettres sont là, noires, immobiles, et pourtant elles lui échappent dès qu’il veut les saisir. Il transpire. Au bout d’une heure, il n’a pas réussi à lire un seul mot entier. Il repousse sa chaise sans un regard pour elle.
La première semaine est la pire. Chaque soir, il s’assoit à sa table et se trompe sur les mêmes sons. Le b se retourne en d, le u devient n. Le jeudi, à la pharmacie, il prétend avoir oublié ses lunettes pour qu’on lui lise une notice. La vendeuse sourit. Il sort le visage brûlant, certain que tout le monde a compris. Rentré chez lui, il jette son cahier sous le lit. « À quoi bon ? murmure-t-il. C’est trop tard pour moi. » Le lundi suivant, quand Sibylle frappe à sa porte, il retient son souffle et ne répond pas.
Le soir même, une feuille glisse sous la porte. Violette y a tracé, en grosses lettres appliquées, un seul mot. Léo la ramasse sans y croire. Il pose le doigt sous la première lettre, comme il a vu faire la petite, et il souffle les sons l’un après l’autre. Il recommence. Son cœur se met à cogner. C’est son prénom. Il l’a recopié cent fois sur des formulaires, comme on dessine, mais ce soir, pour la première fois, il l’entend. Il rit tout seul dans sa cuisine, puis ses yeux se brouillent. Il se met à genoux et tire le cahier de sous le lit.
Les semaines suivantes ne se ressemblent plus. Les syllabes se laissent attraper une à une, puis viennent des mots courts : pain, rue, porte. Il y a encore des soirs de colère, quand une phrase est si longue qu’il en perd le début avant d’atteindre la fin. Mais Sibylle ne s’impatiente jamais, et le découragement ne dure plus. Dans la rue, Léo se surprend à murmurer ce qui est écrit sur les vitrines. La ville, muette depuis toujours, se met à lui parler. Un matin, il pousse la porte de la pharmacie et déchiffre la notice tout seul, devant le comptoir, sans se presser.
Un soir de la quatrième semaine, Sibylle lui tend l’album de Violette. La petite s’assoit en face de lui, très sérieuse, comme un professeur. Léo pose son doigt sur la première ligne. Il avance lentement, il trébuche, il reprend. Une phrase s’achève, puis une autre. Au bas de la page, il s’aperçoit qu’il ne pense plus aux lettres : il veut savoir ce qui arrive ensuite. Il tourne la page lui-même. Violette applaudit. Sibylle ne dit rien et pose une bière devant lui. Elle n’a plus le même goût. La lumière, ce soir, est douce. Dans sa poitrine, quelque chose se referme, un peu, pas tout à fait encore.
Conseil : Ce modèle montre les émotions par des gestes : le cahier jeté, le souffle retenu, le doigt sur la ligne. Sa dernière scène reprend la bière et la lumière de l’extrait pour marquer le changement.
Sujet de réflexion : pourquoi la lecture ouvre-t-elle sur le monde ? (40 points)
Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, avec d’autres exemples, est aussi valable.
Ce qu’attend le sujet
Expliquer en quoi lire permet de découvrir le monde, à partir de tes propres lectures.
La question. Elle commence par pourquoi : le sujet admet que la lecture ouvre sur le monde et te demande d’en donner les raisons. Il attend donc plusieurs raisons classées, et non un oui ou un non.
L’image. Une porte ouverte est un passage : elle permet de sortir de chez soi et d’aller vers ce que l’on ne connaît pas. Le monde peut désigner les pays et les époques, mais aussi les autres êtres humains et la société où tu vis.
Les mots selon vous. Le sujet veut ton avis : tu peux dire je, en particulier dans les exemples.
La forme. Une réponse développée, c’est-à-dire une introduction, des paragraphes organisés et une conclusion.
Les exemples. Ils doivent venir de ton expérience de lecteur : dis ce qu’un livre précis t’a fait découvrir. Romans, récits, bandes dessinées, articles de presse peuvent servir.
Le lien avec le texte. Tu peux t’appuyer sur l’extrait d’Illettré : Violette franchit cette porte, et Léo reste devant.
Conseil : Ici, le piège est le catalogue de titres. Après chaque livre, dis ce qu’il t’a ouvert : un lieu, une époque, une manière de penser.
Plan proposé
I. La lecture fait voyager dans l’espace et le temps. Exemples : Le Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne, Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas.
II. Elle fait entrer dans la vie des autres. Exemples : le Journal d’Anne Frank, L’Ami retrouvé de Fred Uhlman.
III. Elle aide à comprendre le monde et à y prendre sa place. Exemples : l’extrait d’Illettré, Les Misérables de Victor Hugo.
Exemple rédigé
Un livre fermé ne pèse pas lourd, et pourtant il peut nous emmener plus loin qu’un long voyage. Dans l’extrait d’Illettré de Cécile Ladjali, la petite Violette entre dans ce pouvoir, tandis que Léo reste au bord, incapable de la suivre. Qu’est-ce qui fait de la lecture un tel passage vers le monde ? Elle nous fait d’abord découvrir des lieux et des époques que nous ne connaîtrons jamais. Elle nous fait aussi entrer dans la vie des autres. Enfin, elle nous aide à comprendre le monde pour y trouver notre place.
D’abord, lire permet de voyager sans quitter sa chambre. En lisant Le Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne, j’ai suivi Phileas Fogg d’un continent à l’autre, en bateau, en train et même à dos d’éléphant. Je ne connaissais rien de ces pays, et j’ai ouvert un atlas pour vérifier son trajet. La lecture ouvre aussi la porte du passé. Avec Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas, je me suis retrouvé à la cour de Louis XIII, au milieu des complots et des duels. Aucun voyage ne peut conduire à une autre époque. Un livre, si.
Ensuite, la lecture nous fait entrer dans la vie de personnes très différentes de nous. Le Journal d’Anne Frank m’a marqué pour cette raison. Cette jeune fille juive, cachée avec sa famille à Amsterdam pendant la guerre, a presque mon âge quand elle écrit. Un cours d’histoire m’avait donné les faits. Son journal m’a fait sentir la peur, l’ennui, mais aussi ses disputes et ses rêves d’adolescente. De même, L’Ami retrouvé de Fred Uhlman raconte l’amitié de deux garçons que la montée du nazisme sépare, en Allemagne. J’ai compris en le lisant ce que cela fait de voir son monde se fermer. Lire, c’est se mettre à la place d’un autre.
Enfin, la lecture nous aide à comprendre le monde dans lequel nous vivons. Celui qui ne sait pas lire reste à la porte de bien des choses : une notice, un contrat, un article de journal. C’est ce que suggère la fin de l’extrait, quand Léo regarde une enfant accéder à ce qui lui est refusé. Les livres nous apprennent aussi à réfléchir. Dans Les Misérables, Victor Hugo raconte comment Jean Valjean, condamné au bagne pour avoir volé un pain, est rejeté par la société à sa sortie. Ce roman m’a fait m’interroger sur la pauvreté et sur la justice. Une porte ouverte sur le monde donne ainsi envie, parfois, de le changer.
Ainsi, la lecture est une porte ouverte sur le monde parce qu’elle nous emmène ailleurs, parce qu’elle nous rapproche des autres et parce qu’elle nous fait réfléchir. On ne sort jamais tout à fait le même d’un livre qui nous a touchés. C’est pourquoi apprendre à lire à ceux qui ne le savent pas, comme le fait Sibylle pour Léo, revient à leur ouvrir cette porte.
Conseil : Ce je est un exemple : remplace ces titres par tes propres lectures et dis ce que tu y as vraiment découvert. Si tu hésites sur un détail d’un livre, reste général plutôt que d’inventer.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Raconter que Léo sait lire au bout de quelques jours.
Montrer plusieurs étapes, sur quelques semaines, avec des rechutes.
Le sujet parle de différentes étapes, du découragement à l’enthousiasme. Un succès immédiat supprime ce mouvement.
Enchaîner les leçons sans dire ce que ressent Léo.
Montrer ses émotions par ses gestes, ses sensations et ses pensées.
Le sujet demande d’insister sur ses émotions : c’est le cœur du récit.
Oublier Sibylle et Violette, ou changer leur rôle.
Garder les personnages et les liens donnés par le texte.
Le récit prolonge l’extrait : il doit rester cohérent avec lui.
Aligner des titres de livres dans le sujet de réflexion.
Expliquer ce que chaque lecture t’a fait découvrir.
Un exemple prouve une idée seulement si tu dis ce qu’il t’a apporté.
Répondre seulement que lire permet de voyager.
Donner plusieurs raisons : découvrir des lieux, comprendre les autres, réfléchir à la société.
Le mot monde est large, et la question pourquoi attend une réponse développée.
Questions fréquentes
Combien de temps dure la rédaction du brevet 2024 aux Antilles et en Guyane et combien de points vaut-elle ?
Le sujet indique 1 h 30 pour 40 points, sur une copie distincte. La calculatrice est interdite.
Le dictionnaire est-il autorisé pour la rédaction ?
Oui. Le sujet autorise le dictionnaire pour cette partie. Il reste interdit dans la partie compréhension et grammaire.
Faut-il traiter les deux sujets ?
Non. Tu en choisis un seul, soit le sujet d’imagination, soit le sujet de réflexion.
Peut-on employer les prénoms Léo, Sibylle et Violette malgré l’anonymat ?
Oui. Ce sont les personnages du texte. L’interdiction concerne ton nom, celui d’un camarade et celui de ton établissement.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.