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Corrigé du brevet de français 2024 : rédaction (Polynésie française)

Le sujet en bref

Deux sujets en Polynésie française, liés au texte de Maud Fontenoy sur la fin de sa traversée du Pacifique à la rame. Le sujet d’imagination fait raconter ses premières heures à terre, à Hiva Oa. Le sujet de réflexion demande si nos rêves et nos ambitions peuvent nous pousser à nous surpasser. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.

Sujet officiel

Sujet d’imagination : les premières heures à Hiva Oa (40 points)

Le sujet reprend le récit là où le texte s’arrête, avec l’île en vue. Ce qui suit est une proposition : un autre récit, cohérent avec le texte et bien écrit, est aussi valable.

Ce qu’attend le sujet

Écrire à la place de la narratrice le récit de ce qu’elle vit juste après avoir débarqué aux Marquises.

La forme. C’est un récit à la première personne, puisque la narratrice raconte elle-même. Le je reste une femme : veille aux accords.

Le cadre. L’action se passe à Hiva Oa et dure quelques heures seulement. Il ne s’agit ni de raconter de nouveau la traversée, ni de résumer le séjour.

La cohérence avec le texte. Tu peux réutiliser ce que le texte annonce : on prépare son accueil sur l’île (ligne 6), sa famille doit s’impatienter (lignes 18 et 19), et elle rêve de se laver, de manger, de dormir et de ne plus être seule (lignes 21 à 26).

L’enrichissement. Après un si long voyage, tout est nouveau : marcher sur le sol, entendre des voix, sentir des odeurs. Fais appel aux sensations et montre des émotions mêlées, comme la joie, la fatigue, l’étonnement.

La langue. Le présent prolonge bien le texte, écrit à ce temps. Le passé simple et l’imparfait sont aussi possibles, à condition de garder le même système du début à la fin. Des images et des phrases de longueurs variées rendront le récit vivant.

Conseil : Ne te contente pas de cocher la liste des envies de la narratrice. Une surprise, ici une nuit moins simple que prévu, donne au récit un vrai moment fort.

Plan proposé

L’accostage. Le bruit de l’accueil après le silence, les premiers pas.

Les retrouvailles. Le corps qui chancelle, les fleurs, les odeurs, la famille.

Les plaisirs attendus. L’eau douce, le repas, le plaisir de ce qui ne bouge plus.

La surprise. Le sommeil ne vient pas comme elle l’avait imaginé.

La fin. Un dernier regard sur le bateau, puis le repos.

Exemple rédigé

Les dernières vagues me portent dans la baie, au milieu d’un vacarme que j’avais oublié. Des pirogues m’ont entourée, des enfants crient, des tambours résonnent sur la plage. Après tant de jours de silence, chaque voix me frappe comme une gifle joyeuse. Je lâche mes avirons. Mes doigts, eux, refusent de s’ouvrir : ils ont gardé la forme des poignées. Quelqu’un me tend la main. Je pose un pied sur le quai, puis l’autre.

Et la terre se met à bouger. Je titube, je ris, je m’accroche à un bras inconnu. Mon corps, habitué à la houle, cherche encore la vague sous ses pieds. On passe à mon cou des colliers de fleurs, si parfumés que la tête me tourne. Depuis des semaines, je ne sentais plus que le sel. Voici l’odeur de la terre mouillée, des feuilles, de la fumée. Soudain, ma famille fend la foule. Je retrouve des bras, des joues, des voix qui tremblent. Personne ne dit rien d’intelligent. Nous répétons seulement que c’est fini, que c’est bien fini.

Tout ce que j’avais promis à mon corps m’attend maintenant, et je ne sais plus par où commencer. Une femme du village tranche pour moi : elle me conduit vers une petite salle d’eau. L’eau douce coule sur ma peau brûlée. Je reste longtemps debout, les yeux fermés, à la laisser emporter le sel de tout ce voyage. Puis je m’attable. Il y a du poisson, du riz, des fruits dont le jus coule sur mes doigts. Je mange trop vite et je m’arrête bientôt, le ventre noué : mon estomac a perdu l’habitude. Autour de la table, on me pose mille questions. Je réponds de travers. Je regarde surtout les arbres, par la fenêtre. Ils ne bougent pas. Ils ne menacent personne. Comme c’est beau, un arbre !

Vient enfin le lit. Un vrai lit, large et immobile, où personne ne risque de se cogner. Je m’y laisse tomber, certaine de dormir jusqu’au lendemain soir. Pourtant, le sommeil ne vient pas. Le silence de la chambre m’inquiète. Par réflexe, je tends l’oreille vers un danger qui n’existe plus. J’attends le choc d’une vague contre la coque, le grincement des avirons. Je me lève alors et je sors, pieds nus, dans la nuit.

La lune éclaire la baie. Là-bas, amarré au quai, Océor se balance doucement, si petit que j’ai du mal à croire qu’il m’a portée jusqu’ici. Je reste un moment à le regarder, comme on regarde un vieil ami qui dort. Puis je retourne me coucher. Pour la première fois depuis mon départ, d’autres veillent à ma place. Je ferme les yeux.

Conseil : Ce modèle reprend les envies du texte, mais il ajoute un retournement : le lit tant désiré n’apporte pas tout de suite le sommeil. Il n’utilise aucun prénom et finit sur une image simple.

Sujet de réflexion : nos rêves peuvent-ils nous pousser à nous surpasser ? (40 points)

Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, avec d’autres exemples, est aussi valable.

Ce qu’attend le sujet

Dire, de façon argumentée, si ce que nous désirons accomplir nous aide à aller au-delà de nos limites.

La question. On peut y répondre par oui ou par non, mais le verbe peuvent invite à la nuance : dans quels cas, et à quelles conditions ?

Les mots clés. Un rêve est un désir qui paraît lointain. Une ambition est une volonté plus précise de réussir. Se surpasser, c’est faire mieux que ce que l’on croyait possible. Motiver, c’est donner l’envie et la force d’agir.

La forme. Un développement argumenté : une introduction qui pose la question, des paragraphes avec une idée et un exemple, une conclusion qui répond clairement.

Les exemples. Le sujet propose trois sources : tes lectures, des films vus, ton expérience personnelle ou familiale. Utilise-les toutes si tu peux. Le texte de Maud Fontenoy offre un premier exemple.

Conseil : Ici, une réponse seulement positive reste possible, mais une limite bien choisie montre que tu as réfléchi au mot peuvent.

Plan proposé

I. Un rêve donne un but et une énergie. Il fait accepter des efforts que l’on refuserait sans lui. Exemples : la traversée de Maud Fontenoy, le film Billy Elliot.

II. Une ambition aide à résister aux obstacles. Elle transforme les échecs en étapes. Exemples : le film Les Figures de l’ombre, une expérience personnelle.

III. Le rêve ne suffit pas toujours, et il peut égarer. Il faut agir et garder le sens des limites. Exemples : La Laitière et le Pot au lait de La Fontaine, Macbeth de Shakespeare.

Exemple rédigé

Traverser un océan à la rame semble impossible à la plupart d’entre nous. Pourtant, certains se lancent dans de telles aventures, parce qu’un rêve les porte. Nos rêves et nos ambitions peuvent-ils nous motiver à nous surpasser ? Ils nous donnent bien un but et une énergie, et ils nous aident à tenir face aux obstacles. Cependant, un rêve ne suffit pas toujours, et il peut même nous égarer.

D’abord, un rêve donne un sens à nos efforts. Quand nous savons pourquoi nous agissons, nous acceptons ce que nous refuserions autrement. Maud Fontenoy en est un bon exemple : dans son récit, elle endure la chaleur, le manque de sommeil et la solitude, car elle veut atteindre l’île qu’elle s’est fixée pour but. Sans ce projet, personne ne supporterait de telles épreuves. Le film Billy Elliot, de Stephen Daldry, le montre aussi. Un jeune garçon, fils de mineur, découvre la danse et rêve d’en faire son métier. Ce rêve le pousse à travailler sans relâche, alors que son père s’y oppose d’abord. Le rêve agit comme un moteur : il nous fait avancer quand la fatigue voudrait nous arrêter.

Ensuite, l’ambition aide à résister aux obstacles. Celui qui a un objectif voit un échec comme une étape, et non comme une fin. Dans le film Les Figures de l’ombre, trois scientifiques noires de la NASA doivent lutter contre la ségrégation pour faire reconnaître leur travail. Leur ambition leur permet de ne pas renoncer et de se montrer plus fortes que les injustices. Cette force existe aussi à notre échelle. L’an dernier, j’ai voulu finir le cross du collège sans marcher. Le sport n’était pas mon fort, et mes premiers essais m’ont découragé. Pendant deux mois, j’ai couru chaque dimanche avec ma sœur. Le jour venu, je n’ai pas gagné, mais j’ai tenu jusqu’au bout, et je sais désormais de quoi je suis capable.

Pourtant, le rêve ne suffit pas toujours. S’il nous fait oublier la réalité, il reste une illusion. Dans la fable La Laitière et le Pot au lait, La Fontaine montre Perrette qui imagine déjà sa fortune en allant vendre son lait. Emportée par ses projets, elle fait tomber son pot, et tout disparaît. De plus, une ambition sans limites peut nous perdre. Dans Macbeth, Shakespeare raconte l’histoire d’un homme qui tue son roi pour prendre sa place : son ambition ne le pousse pas à devenir meilleur, mais à commettre des crimes. Il faut donc distinguer se surpasser et se perdre. Une belle ambition nous fait grandir sans écraser les autres.

Ainsi, nos rêves et nos ambitions peuvent nous motiver à nous surpasser, car ils donnent un but à nos efforts et du courage devant les obstacles. Ils y parviennent à condition d’être accompagnés de travail et de lucidité. Un rêve ne remplace pas les coups de rame, mais il aide à tenir les avirons.

Conseil : Remplace ces exemples par tes propres lectures et tes propres expériences si tu les connais mieux. L’expérience personnelle de ce modèle est inventée pour l’exemple : la tienne sera plus juste. Si tu hésites sur un détail d’une œuvre, reste général.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Raconter de nouveau la traversée dans le sujet d’imagination.

    Commencer à l’arrivée et rester sur les premières heures à terre.

    Le sujet porte sur ces heures-là. La traversée peut revenir en souvenir, mais elle n’est pas le récit attendu.

  • Écrire à la troisième personne, ou oublier les accords au féminin.

    Écrire je et accorder comme pour une narratrice : certaine, portée.

    Le sujet indique que la narratrice raconte elle-même, et le je du texte est une femme.

  • Oublier ce que le texte a annoncé.

    Reprendre l’accueil, la famille et les envies des lignes 21 à 26.

    Le récit prolonge le texte : il doit rester cohérent avec lui.

  • Ne citer que Maud Fontenoy dans le sujet de réflexion.

    Varier : une lecture, un film, une expérience personnelle ou familiale.

    Le sujet indique ces trois sources. Un seul exemple ne suffit pas à fonder une réponse argumentée.

  • Répondre par une liste d’exemples sans idée directrice.

    Commencer chaque paragraphe par une idée, puis la prouver par un exemple.

    Le sujet demande un développement argumenté. L’exemple sert à prouver un argument.

Questions fréquentes

Combien de temps dure la rédaction du brevet 2024 en Polynésie française et combien de points vaut-elle ?

Le sujet indique 1 h 30 pour 40 points. Le dictionnaire est autorisé, la calculatrice est interdite.

Faut-il traiter les deux sujets ?

Non. En règle générale, le brevet propose deux sujets au choix et tu n’en traites qu’un seul, imagination ou réflexion. Le sujet de Polynésie ne le rappelle pas.

Faut-il écrire le sujet d’imagination au présent ?

Le sujet ne l’impose pas. Le présent prolonge bien le texte, mais un récit au passé convient aussi s’il reste cohérent du début à la fin.

Peut-on parler de sa propre vie dans le sujet de réflexion ?

Oui. Le sujet propose ton expérience personnelle ou familiale, à côté de tes lectures et des films que tu as vus. Ce sujet ne le rappelle pas, mais les copies du brevet sont anonymes : ne donne ni ton nom, ni celui de ton établissement.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.