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Corrigé du bac de SES 2025 (Métropole, jour 2)

Le sujet en bref

Épreuve du mercredi 18 juin 2025. Le sujet offrait un choix. La dissertation demandait si une approche en termes de classes sociales suffit à décrire la société française actuelle. L’épreuve composée portait sur les asymétries d’information, le passager clandestin dans les négociations climatiques et les avantages du protectionnisme. Il fallait lire un tableau dans le bon sens et manier des indices base 100.

Sujet officiel

Dissertation : les classes sociales suffisent-elles à décrire la société française ?

Le dossier compte quatre documents : un témoignage publié par Le Monde, un tableau sur la localisation des actifs occupés selon la PCS, un graphique sur la consommation de tabac, un tableau sur les écarts de salaire entre femmes et hommes. Le sujet ne détaille pas de barème pour la dissertation. Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté est aussi valable.

Analyse du sujet

Évaluer si la grille des classes sociales permet, à elle seule, de décrire l’organisation de la société française d’aujourd’hui.

Les termes. Une classe sociale est un grand groupe d’individus qui partagent une position comparable dans la hiérarchie sociale, des conditions d’existence proches et, parfois, une conscience commune. La structure de la société désigne la manière dont les groupes sont organisés et hiérarchisés. « Actuelle » oblige à tenir compte des transformations récentes : salarisation, tertiarisation, élévation du niveau de qualification, féminisation des emplois.

Ce que le sujet attend. « Suffit-elle » appelle un jugement nuancé. Il faut d’abord montrer ce que cette approche permet de voir, puis ce qu’elle laisse dans l’ombre. Le programme indique les points de débat : les distances entre les classes et à l’intérieur des classes, l’articulation avec les rapports sociaux de genre, l’identification subjective à un groupe, les facteurs d’individualisation.

Document 1 : un cas, pas une statistique. C’est le témoignage d’une seule personne. Il illustre un mécanisme, il ne mesure rien. La phrase finale sur le caractère devenu courant de ces situations reste une affirmation des journalistes, sans chiffre à l’appui dans l’extrait.

Document 2 : le sens de lecture. Chaque ligne fait 100. On lit donc : parmi les cadres, 56,5 % se trouvent dans les grands centres urbains. On ne lit pas que 56,5 % des actifs de ces centres sont cadres. Pour conclure, compare chaque ligne à la ligne Ensemble. Le tableau ne précise ni l’année, ni s’il s’agit du lieu de résidence ou du lieu de travail. Il ne couvre que les actifs occupés.

Document 3 : des catégories qui ne sont pas les PCS. Le graphique porte sur des catégories socioéconomiques, dans le champ des personnes en emploi. Les grands fumeurs font partie des fumeurs quotidiens : les deux barres ne s’additionnent pas. Seules les valeurs 28,1 % et 8,2 % sont imprimées, dans la phrase de lecture. Ces 8,2 % se rapportent à tous les salariés peu qualifiés, pas aux seuls fumeurs. Les autres valeurs se lisent sur l’axe, avec le mot « environ ».

Document 4 : à temps de travail égal, pas à poste égal. Ce sont des salaires moyens du secteur privé. Le temps partiel est neutralisé. Le métier, le secteur et l’ancienneté ne le sont pas dans la ligne Ensemble. L’écart s’exprime en pourcentage du salaire des hommes : (2 794 − 2 402) ÷ 2 794 ≈ 14,0 %.

Les calculs utiles. Cadres et ouvriers, chez les hommes : 4 769 ÷ 1 992 ≈ 2,4. Chez les femmes : 4 021 ÷ 1 723 ≈ 2,3. Part de chaque groupe dans les espaces ruraux du document 2 (bourgs ruraux, rural à habitat dispersé et très dispersé) : ouvriers 19,0 + 20,0 + 3,0 = 42,0 %, cadres 10,1 + 9,0 + 1,1 = 20,2 %, ensemble 15,5 + 15,6 + 2,4 = 33,5 %.

Conseil : Les trois documents statistiques laissent de côté les chômeurs et les inactifs, et le document 4 ne couvre que le privé. Dis-le une fois : tu montres au correcteur que tu as repéré le champ, et tu évites d’étendre leurs résultats à toute la société.

Problématique

Parler de classes, c’est supposer que les inégalités forment des groupes durables, séparés et hiérarchisés. Or, les inégalités peuvent persister alors que ces groupes deviennent moins nets, et d’autres appartenances traversent les groupes professionnels. La question n’est donc pas de savoir si les classes existent encore, mais si elles épuisent l’explication.

Problématique proposée : alors que de fortes inégalités subsistent entre les groupes sociaux, leurs frontières se brouillent et d’autres facteurs, comme le sexe, l’âge, la situation familiale ou le territoire, hiérarchisent aussi les positions. Dans ces conditions, l’approche en termes de classes peut-elle, à elle seule, rendre compte de la structure sociale française ?

Plan proposé : I. L’approche en termes de classes reste indispensable pour décrire les inégalités durables. II. Elle se heurte pourtant au brouillage des frontières et au recul de la conscience de classe. III. Elle doit donc être articulée avec d’autres facteurs de structuration de l’espace social.

Partie I : une approche qui reste indispensable

Idée directrice. Les positions sociales restent très inégales, et ces inégalités dessinent des groupes dont les conditions de vie diffèrent.

Les outils de cette approche. Pour Karl Marx, les classes se définissent par leur place dans les rapports de production. Elles s’opposent, et une classe « en soi » peut devenir une classe « pour soi » lorsqu’elle prend conscience de ses intérêts. Pour Max Weber, la classe regroupe des individus qui ont des chances comparables sur le marché, et il la distingue du prestige et du pouvoir politique. Pierre Bourdieu décrit un espace social où les positions dépendent du volume et de la structure des capitaux, économique et culturel surtout.

Des écarts de salaires entre groupes. Le document 4 montre qu’en 2022, dans le secteur privé et à temps de travail égal, un homme cadre gagne en moyenne 4 769 euros nets par mois, contre 1 992 euros pour un homme ouvrier, soit environ 2,4 fois plus. Chez les femmes, le rapport est proche : 4 021 euros contre 1 723 euros, soit environ 2,3 fois plus. Dans ce tableau, la position professionnelle pèse plus que le sexe : l’écart entre femmes et hommes ne dépasse pas 748 euros dans une même catégorie socioprofessionnelle (chez les cadres), alors qu’une femme cadre gagne environ deux fois plus qu’un homme ouvrier (4 021 ÷ 1 992 ≈ 2,0).

Des modes de vie différents. Le document 3 montre que les écarts ne s’arrêtent pas au salaire. En 2019, environ 35 % des ouvriers qualifiés fument chaque jour, contre environ 15 % des personnes qui exercent une profession intellectuelle et scientifique, soit 20 points d’écart et un rapport d’environ 2,3. Pour les grands fumeurs, on passe de 8,2 % chez les salariés peu qualifiés à environ 2 % chez ces mêmes professions intellectuelles. Le graphique établit un lien, pas sa cause. Il rejoint toutefois l’idée que le corps et les pratiques portent la marque de la position sociale.

Une géographie différente. Le document 2 montre que 56,5 % des cadres sont localisés dans les grands centres urbains, contre 38,6 % de l’ensemble des actifs occupés (+17,9 points). Les ouvriers y sont sous-représentés : 28,4 %, soit 10,2 points de moins. À l’inverse, 42,0 % des ouvriers sont dans les espaces ruraux, contre 20,2 % des cadres et 33,5 % de l’ensemble. Les groupes sociaux ne se répartissent donc pas au hasard sur le territoire.

Des classes encore visibles aux deux extrémités. Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot décrivent une grande bourgeoisie mobilisée, qui préserve son patrimoine et son entre-soi : elle se rapproche d’une classe « pour soi ». Dans une partie des classes populaires, Olivier Schwartz observe une conscience sociale triangulaire : on se sent pris entre ceux d’en haut et ceux d’en bas. La conscience d’une position subsiste donc, même si elle n’oppose plus simplement deux camps. Le document 1 donne une image concrète de la condition populaire : une employée aux horaires décalés, sans marge dans son budget, à qui son employeur n’adapte pas son planning.

Conseil : Compare toujours à la ligne Ensemble du document 2. Dire que 56,5 % des cadres sont dans les grands centres ne suffit pas : il faut montrer qu’ils y sont surreprésentés par rapport aux 38,6 % de l’ensemble.

Partie II : des frontières brouillées, une conscience de classe affaiblie

Idée directrice. La hiérarchie sociale persiste, mais elle forme moins nettement des blocs homogènes et conscients d’eux-mêmes.

Une structure sociale transformée. La salarisation, la tertiarisation et l’élévation du niveau de qualification ont réduit le poids de l’opposition entre ouvriers et patrons. Pour Henri Mendras, les transformations de 1965 à 1984 ont gonflé le centre de la société, qu’il représente par une toupie plutôt que par une pyramide : c’est la thèse de la moyennisation. Les emplois d’employés et de professions intermédiaires occupent une position moins facile à ranger dans une opposition de classes.

Une hiérarchie moins régulière qu’on ne l’attend. Le document 3 ne dessine pas une échelle simple. Les cadres dirigeants (environ 21,5 % de fumeurs quotidiens) sont très proches des professions intermédiaires (environ 22 %), et les employés qualifiés (environ 24 %) sont au niveau de l’ensemble (environ 24 %). Les ouvriers qualifiés fument davantage (environ 35 %) que les salariés peu qualifiés (28,1 %), alors que les seconds sont moins qualifiés. Les petits entrepreneurs ont l’une des plus fortes parts de grands fumeurs (environ 8,5 %), mais leur part de fumeurs quotidiens se situe dans la moyenne.

Des écarts à l’intérieur des groupes. Toujours dans le document 3, le haut de l’échelle n’est pas homogène : environ 6,5 points séparent les cadres dirigeants des professions intellectuelles et scientifiques. On peut y voir, sans que le graphique le prouve, la différence entre une position riche en capital économique et une position riche en capital culturel. Jean-Paul Fitoussi et Pierre Rosanvallon ont souligné la montée des inégalités à l’intérieur d’une même catégorie. Deux employés de même profession peuvent ainsi vivre des situations très différentes selon leur contrat, leur secteur ou leur patrimoine.

Un sentiment d’appartenance en recul. Une classe au sens fort suppose une conscience commune. Or, le déclin de la grande industrie et l’éclatement des collectifs de travail ont affaibli les formes d’organisation qui soutenaient cette conscience. Louis Chauvel montre que les inégalités objectives peuvent persister alors que la conscience de classe recule. En termes marxistes, la classe « en soi » demeure, sans former une classe « pour soi ».

Des parcours plus individualisés. Ulrich Beck décrit une individualisation des trajectoires, où les risques sont vécus comme des épreuves personnelles. François Dubet parle d’inégalités multiples, ressenties individuellement. Le dernier paragraphe du document 1 peut s’y rattacher, avec prudence : la femme interrogée relativise sa situation parce que des proches la partagent (un frère, une amie, des collègues, des voisines). Le point commun cité est la séparation, pas la classe. Le texte ne dit toutefois rien de son sentiment d’appartenance.

Conseil : Ne conclus pas à la disparition des classes. Moins de conscience de classe ne signifie pas moins d’inégalités : c’est la distinction entre la dimension objective et la dimension subjective, et le correcteur l’attend.

Partie III : articuler les classes avec d’autres facteurs de hiérarchie

Idée directrice. Le sexe, l’âge, la composition du ménage et le lieu de vie structurent aussi l’espace social. Ils traversent les groupes professionnels et ils se combinent à eux.

Le sexe. Le document 4 indique qu’en 2022 les femmes salariées du privé gagnent en moyenne 14,0 % de moins que les hommes, à temps de travail égal (2 402 euros contre 2 794 euros). Cet écart existe dans chaque catégorie : 15,7 % chez les cadres, 13,5 % chez les ouvriers, 11,9 % dans les professions intermédiaires, 3,9 % chez les employés. Il ne suit donc pas la hiérarchie sociale de façon régulière, et une analyse par PCS seule le masque. La socialisation différenciée, l’orientation vers des métiers moins valorisés, le partage inégal du travail domestique et les discriminations y contribuent. Le tableau ne permet pas de mesurer la part de chacun.

L’âge. Le même document montre que l’écart monte de 4,7 % chez les moins de 25 ans à 26,1 % chez les 60 ans ou plus. Le salaire augmente aussi avec l’âge : celui des hommes passe de 1 766 à 3 719 euros, celui des femmes de 1 683 à 2 748 euros. L’âge s’accompagne donc de forts écarts, et il se combine au sexe. Prudence : le tableau compare des générations différentes en 2022. Il ne suit pas les mêmes personnes, et il ne dit pas si l’écart vient de la carrière ou de la génération.

La composition du ménage. Le document 1 montre comment une séparation modifie une position sociale. La femme interrogée a été caissière puis vendeuse à l’accueil : dans les deux cas, elle relève des employés. Pourtant, elle ne peut plus rembourser 900 euros par mois et quitte sa maison pour un logement social, obtenu au bout de six mois. Avec 1 600 euros de salaire et 210 euros de pension alimentaire, souvent versée en retard, elle assume seule ses enfants. La monoparentalité change son patrimoine, son logement et son temps disponible, sans que sa catégorie socioprofessionnelle change. Une grille fondée sur la profession ne le voit pas.

Le lieu de vie. Le document 2 rappelle qu’aucun groupe ne se limite à un seul espace : 28,4 % des ouvriers sont dans les grands centres urbains et 42,0 % dans les espaces ruraux. Si cette localisation renvoie au lieu de résidence, deux ouvriers de même salaire n’ont pas le même accès à l’emploi, aux services ou aux transports. Le document 1 en donne un exemple : un trajet de vingt kilomètres vers le travail et une vie dans une cité que la femme interrogée n’a pas choisie.

Des facteurs qui se cumulent. Ces facteurs ne remplacent pas la classe : ils s’y combinent. Le cas du document 1 cumule une position d’employée, le fait d’être une femme, la monoparentalité et un logement subi. L’effet d’un même événement dépend aussi de la position de départ : on peut penser qu’une cadre séparée dispose de plus de moyens pour conserver son logement ou faire garder ses enfants, même si le dossier ne le montre pas. C’est l’apport de la notion d’intersectionnalité, proposée en 1989 par Kimberlé Crenshaw à propos des femmes noires aux États-Unis, puis étendue à la classe : les rapports sociaux se croisent et ne s’additionnent pas simplement.

Conseil : L’écart de 14,0 % n’est pas une mesure de la discrimination. Il compare des moyennes à temps de travail égal, pas des postes identiques. Écris « à temps de travail égal », jamais « à travail égal ».

Introduction rédigée

Une employée d’hypermarché se sépare de son conjoint et doit quitter la maison du couple pour un logement social. Son métier n’a pas changé de catégorie, mais sa place dans la société, si. Cet exemple, rapporté par Le Monde en 2024, invite à se demander ce qui classe réellement les individus dans la France actuelle.

Une classe sociale désigne un grand groupe qui partage une position comparable dans la hiérarchie sociale, des conditions d’existence proches et, parfois, une conscience commune. Cette approche, héritée de Marx et de Weber, décrit la société comme un ensemble de groupes durables et inégaux. Or, si les inégalités persistent, la salarisation, la tertiarisation et la féminisation des emplois ont modifié la structure sociale, tandis que d’autres appartenances pèsent sur les positions.

Dès lors, alors que de fortes inégalités subsistent mais que les frontières entre groupes se brouillent et que d’autres facteurs hiérarchisent aussi les positions, l’approche en termes de classes peut-elle, à elle seule, rendre compte de la structure sociale française ?

Nous verrons d’abord que cette approche reste indispensable pour décrire des inégalités durables. Nous montrerons ensuite qu’elle se heurte au brouillage des frontières et au recul de la conscience de classe. Nous soulignerons enfin qu’elle doit être articulée avec d’autres facteurs de structuration de l’espace social.

Conclusion rédigée

L’approche en termes de classes ne suffit donc pas à elle seule, mais elle reste nécessaire. Elle fait apparaître des écarts durables de salaires, de pratiques et de localisation entre les groupes sociaux. Elle rend toutefois moins bien compte d’une société où les frontières sont plus floues, où les écarts internes aux groupes comptent et où la conscience de classe s’est affaiblie.

Surtout, le sexe, l’âge, la composition du ménage et le lieu de vie hiérarchisent aussi les positions, et ils se combinent à la position professionnelle. Décrire la société française demande donc de croiser ces facteurs plutôt que de les opposer.

Reste à savoir si ces inégalités croisées peuvent nourrir de nouvelles solidarités, ou si elles rendent plus difficile toute mobilisation collective.

Épreuve composée, partie 1 : mobilisation des connaissances (4 points)

Question

Expliquer comment un défaut d’information entre employeurs et salariés peut produire du chômage structurel.

Le chômage structurel est la part du chômage qui ne dépend pas de la conjoncture. Il tient au fonctionnement du marché du travail et persiste même lorsque l’activité est bonne. Il y a asymétrie d’information lorsqu’une partie à un échange détient une information que l’autre n’a pas. Sur le marché du travail, le salarié connaît mieux que l’employeur ses compétences réelles et l’effort qu’il fournit.

Avant l’embauche : un risque d’anti-sélection. L’employeur ne distingue pas facilement les candidats les plus productifs des autres. S’il propose un salaire moyen, les plus productifs, qui peuvent trouver mieux ailleurs, risquent de refuser. Il attire alors surtout les moins productifs. Pour éviter cette sélection défavorable, il a intérêt à offrir un salaire plus élevé, qui attire les meilleurs candidats.

Après l’embauche : un risque d’aléa moral. Une fois le contrat signé, l’employeur ne peut pas contrôler en permanence l’effort du salarié. Celui-ci peut relâcher son effort sans que cela se voie aussitôt. Un salaire supérieur à ce que le salarié obtiendrait ailleurs rend la perte de l’emploi plus coûteuse pour lui. Il l’incite à l’effort et à rester dans l’entreprise, ce qui limite les départs et les frais de recrutement.

La conséquence sur le chômage. Dans les deux cas, l’entreprise choisit un salaire d’efficience, supérieur au salaire d’équilibre du marché du travail, parce qu’il est rentable pour elle. À ce niveau de salaire, l’offre de travail des actifs dépasse la demande de travail des entreprises : une partie des actifs reste au chômage.

Ce chômage dure, car le mécanisme habituel d’ajustement ne joue pas. Même si des chômeurs acceptent de travailler pour moins, l’entreprise n’a pas intérêt à baisser le salaire : elle craindrait de perdre les meilleurs salariés et de voir l’effort diminuer. Ce chômage ne vient pas d’un manque de débouchés, mais du fonctionnement du marché du travail. Il s’agit donc bien d’un chômage structurel.

Conseil : Le sujet ne porte que sur les asymétries d’information. Ne déroule pas les inadéquations de qualifications ou le salaire minimum : ce sont d’autres sources de chômage structurel. Le correcteur attend le lien complet : asymétrie d’information, salaire d’efficience, excès d’offre de travail, chômage durable.

Épreuve composée, partie 2 : étude d’un document (6 points)

Le document est un graphique du ministère de la Transition écologique. Il donne les émissions de gaz à effet de serre de six ensembles (États-Unis, UE à 27, France, Chine, Inde, Monde) de 1990 à 2021, en indice base 100 en 1990. Les valeurs ne sont pas imprimées : elles se lisent sur la courbe, à quelques points près.

Question 1 (2 points)

Comparer, avec des données du graphique, comment les émissions de la Chine et du monde ont évolué de 1990 à 2021.

Lecture : en 2021, l’indice vaut environ 380 pour la Chine et environ 158 pour le monde.

Chine : 380 ÷ 100 = 3,8, soit (380 − 100) ÷ 100 × 100 = +280 %.

Monde : 158 ÷ 100 = 1,58, soit (158 − 100) ÷ 100 × 100 = +58 %.

D’après le ministère de la Transition écologique, les émissions de gaz à effet de serre ont été multipliées par 3,8 environ en Chine entre 1990 et 2021, soit une hausse d’environ 280 %. Elles ont été multipliées par 1,6 environ dans le monde, soit une hausse d’environ 58 %. En pourcentage, la hausse chinoise est donc près de cinq fois plus forte (280 ÷ 58 ≈ 4,8).

Les deux évolutions n’ont pas le même profil. La Chine connaît sa plus forte hausse entre 2002 et 2013, où son indice passe d’environ 148 à environ 333. Il se stabilise ensuite jusque vers 2016, puis il remonte jusqu’à 380. Le monde progresse plus régulièrement, d’environ 114 en 2002 à environ 150 en 2013 et 157 en 2019. Il recule à environ 153 en 2020, alors que la courbe chinoise ne fléchit pas cette année-là.

De 1990 à 2021 : Chine ×3,8 environ (+280 %), monde ×1,6 environ (+58 %). La hausse chinoise est près de cinq fois plus forte en pourcentage.

Conseil : Un indice de 380 signifie +280 %, pas +380 %. Un indice base 100 compare des évolutions, pas des niveaux : ce graphique ne dit pas quel pays émet le plus, ni en total ni par habitant. Le monde inclut la Chine : ce sont deux courbes emboîtées, pas deux ensembles séparés.

Question 2 (4 points)

Montrer, document et cours à l’appui, que la recherche par chaque État de l’avantage sans le coût limite les négociations sur l’environnement.

Le climat est un bien commun à l’échelle mondiale : aucun pays ne peut être exclu de ses bénéfices, quel que soit son effort, et il est rival, car les émissions des uns le dégradent pour tous. Un passager clandestin est un agent qui profite d’un bien sans contribuer à son coût. Appliquée aux États, cette stratégie consiste à laisser les autres réduire leurs émissions pour profiter du résultat sans en supporter le prix.

Le mécanisme. Réduire ses émissions coûte cher à l’État qui le fait : il faut transformer la production d’énergie, l’industrie et les transports, et ses entreprises peuvent perdre en compétitivité. Ce coût est national. Le bénéfice, lui, est partagé par toute la planète, et il dépend de ce que font les autres. Chaque État a donc intérêt à attendre, même si tous gagneraient à coopérer. Si tous raisonnent ainsi, les émissions continuent de monter.

Ce que montre le document. Les trajectoires divergent. Entre 1990 et 2021, l’indice recule à environ 72 pour l’UE à 27, environ 77 pour la France et environ 92 pour les États-Unis. Il monte à environ 260 pour l’Inde et 380 pour la Chine. Le monde atteint environ 158. Ainsi, même une baisse d’environ 28 % dans l’UE n’empêche pas une hausse mondiale d’environ 58 %. La baisse dans une seule zone ne suffit pas, alors que cette zone en supporte le coût : c’est ce qui rend tentant de ne pas agir, et qui fragilise les négociations.

Le document montre aussi que les baisses ont été inégales et tardives. Les États-Unis restent à un indice proche ou supérieur à 100 jusqu’en 2019, avec environ 115 au milieu des années 2000, alors que l’UE à 27 est déjà sous 100. Le graphique ne révèle pas les intentions des États. Il montre seulement que les évolutions ne convergent pas, ce qui est cohérent avec la stratégie de passager clandestin.

Les conséquences sur les accords. Faute d’autorité mondiale capable de sanctionner, un accord repose sur le bon vouloir de chaque État, qui peut ne pas s’engager ou se retirer. Les États-Unis ont signé le protocole de Kyoto de 1997 sans le ratifier, et le Canada a annoncé son retrait en 2011, effectif en 2012. L’accord de Paris de 2015 repose sur des engagements fixés par chaque État, sans sanction en cas de non-respect. Les États-Unis l’ont quitté en 2020, y sont revenus en 2021, puis l’ont quitté de nouveau, avec un retrait notifié en janvier 2025 et effectif en janvier 2026. Ces accords sont donc souvent moins contraignants que ce qu’exigerait l’enjeu, car une règle trop lourde pousse certains pays à rester à l’écart.

Conseil : Ne qualifie pas la Chine ou l’Inde de passagers clandestins à partir de la seule courbe. Leur hausse reflète aussi leur développement. Les inégalités de développement sont un autre obstacle aux négociations, distinct du passager clandestin : le sujet porte sur le second. Explique le mécanisme avant de citer un accord.

Épreuve composée, partie 3 : raisonnement sur dossier documentaire (10 points)

Trois documents : un article de La Tribune sur la politique commerciale et industrielle des États-Unis, un graphique sur la production mondiale de panneaux solaires, un graphique sur la part des secteurs d’activité dans les heures travaillées en France. Le sujet demande de montrer : il n’y a pas à discuter la thèse. Ce plan est une proposition parmi d’autres.

Analyse du sujet et lecture du dossier

Démontrer que limiter ou défavoriser les importations peut apporter des gains au pays qui le fait.

Les termes. Le protectionnisme regroupe les mesures qui limitent les importations ou qui favorisent la production nationale face à la concurrence étrangère. Il peut être tarifaire (droits de douane) ou non tarifaire (quotas, normes, subventions réservées aux producteurs locaux).

Ce que le sujet attend. « Peut présenter » indique une possibilité. Il faut exposer plusieurs avantages, chacun avec son mécanisme, sans dresser un bilan du protectionnisme. Les trois arguments doivent être réellement différents : préserver des emplois existants, bâtir une production nouvelle, réduire une dépendance.

Document 1 : une politique, pas un bilan. L’article décrit des objectifs et des effets attendus. Il ne mesure ni les emplois sauvés ni les gains obtenus. Les subventions de l’Inflation Reduction Act relèvent du protectionnisme parce qu’elles favorisent ce qui est produit sur le territoire américain ou dans sa zone, comme l’aide de 7 500 dollars par ménage pour une voiture électrique fabriquée dans les pays de l’ALENA.

Document 2 : les calculs à faire. Chine et Europe : 77,8 ÷ 0,6 ≈ 130. La Chine produit environ 130 fois plus que l’Europe. Chine et États-Unis : 77,8 ÷ 1,9 ≈ 41. Le graphique ne précise pas l’année des données : le rapport cité date de 2023.

Document 3 : ne pas forcer la lecture. Il s’agit de parts dans les heures travaillées, pas d’un nombre d’emplois. D’après la phrase de lecture, l’industrie hors construction passe de 20 % en 1950 à 10 % en 2020 : sa part est divisée par deux, avec un sommet à environ 23 % au début des années 1970. La courbe se lit un peu au-dessus (environ 21 % et 11 %) : retiens les valeurs de la phrase de lecture. Le graphique n’indique pas les causes de ce recul.

Conseil : Le recul de l’industrie dans le document 3 ne vient pas seulement du commerce international. Les gains de productivité, la hausse de la demande de services et l’externalisation de tâches vers les services y contribuent. Présente la concurrence étrangère comme un facteur possible, pas comme la cause unique.

Introduction rédigée

En 2018, les États-Unis ont relevé leurs droits de douane, et l’administration suivante les a conservés tout en lançant de vastes programmes de subventions. Ce retour du protectionnisme va à l’encontre de l’idée selon laquelle le libre-échange profite à tous grâce à la spécialisation.

Le protectionnisme regroupe les mesures qui limitent les importations ou qui favorisent la production nationale face à la concurrence étrangère. Si le commerce international procure des gains moyens, notamment une baisse des prix, il fait aussi des perdants et crée des dépendances. Un pays peut donc avoir des raisons de se protéger.

Nous montrerons d’abord que le protectionnisme peut préserver des activités et des emplois menacés. Nous verrons ensuite qu’il peut aider à bâtir de nouvelles spécialisations. Nous montrerons enfin qu’il peut réduire des dépendances stratégiques et répondre aux pratiques d’autres États.

Première étape : préserver des activités et des emplois menacés

Un droit de douane augmente le prix des produits importés sur le marché intérieur. Les producteurs nationaux retrouvent de la compétitivité-prix, ce qui soutient leurs ventes, leur production et leurs emplois.

C’est l’objectif affiché par les États-Unis. Le document 1 explique qu’en 2018 Donald Trump a instauré divers droits de douane pour soulager des industries affaiblies par les importations, en visant d’abord la Chine, et que l’administration Biden les a maintenus.

L’enjeu est réel pour un pays industrialisé. En France, le document 3 montre que la part de l’industrie dans les heures travaillées est passée de 20 % en 1950 à 10 % en 2020. Plusieurs causes l’expliquent, mais la concurrence étrangère peut y participer, et la protection vise à freiner cette part du recul.

Cet avantage s’explique par les effets du commerce international. L’ouverture procure des gains moyens, mais elle peut creuser les inégalités de revenus à l’intérieur d’un pays. Les salariés peu qualifiés des secteurs concurrencés peuvent perdre leur emploi, et ils ne retrouvent pas toujours un poste dans les secteurs qui se développent. Une protection, surtout temporaire, étale ces pertes et laisse le temps de se reconvertir. Elle réduit ainsi le coût social de l’ajustement, notamment dans les territoires qui dépendent d’une seule industrie.

Deuxième étape : bâtir de nouvelles spécialisations

L’avantage comparatif n’est pas figé : il peut se construire. Une industrie jeune a des coûts élevés, car elle ne bénéficie encore ni des économies d’échelle ni de l’expérience de ses concurrents installés. En libre-échange, elle risque de disparaître avant d’être compétitive. Friedrich List défendait donc un protectionnisme éducateur : protéger temporairement une industrie naissante jusqu’à ce qu’elle puisse affronter la concurrence.

Le document 2 suggère ce que peut produire un soutien public massif. La Chine réalise 77,8 % de la production mondiale de panneaux solaires, contre 1,9 % pour les États-Unis et 0,6 % pour l’Europe, soit environ 130 fois plus que cette dernière. La note précise que cette production a été fortement subventionnée. Le graphique ne prouve pas que la subvention soit la seule cause de cette domination, mais il montre qu’elle a accompagné une position dominante dans une industrie d’avenir.

Le document 1 décrit la même logique aux États-Unis. L’Inflation Reduction Act prévoit près de 400 milliards de dollars sur 10 ans, en subventions et en exonérations fiscales, pour les industries liées à la transition énergétique. Le CHIPS and Science Act consacre un peu plus de 50 milliards de dollars, sur un programme de plus de 280 milliards, à la création d’une industrie de microprocesseurs avancés. L’aide publique peut produire un effet de levier, en attirant des investissements privés américains et étrangers.

Le pays qui se protège peut ainsi attirer des activités qui se seraient installées ailleurs. Le document 1 cite la société australienne Fortescue : avec les aides américaines, un projet d’hydrogène vert rapporte davantage aux États-Unis, et l’Union européenne attire moins. C’est un gain pour le pays protecteur, obtenu au détriment des autres : il s’agit d’un avantage national, qui ne vaut pas pour l’ensemble du monde.

Conseil : Une subvention réservée aux producteurs locaux est bien une mesure protectionniste, même sans droit de douane. Dis-le explicitement, sinon le document 2 semble hors sujet.

Troisième étape : réduire les dépendances et répondre aux pratiques des autres États

Le commerce international crée des dépendances. Lorsqu’un bien essentiel vient d’un très petit nombre de producteurs, un conflit, une crise sanitaire ou une décision politique peut interrompre l’approvisionnement et bloquer toute une filière.

Le document 1 en donne un exemple : les composants les plus avancés, gravés à moins de 10 nanomètres, sont entièrement produits en Asie, à 90 % à Taïwan et à 10 % en Corée du Sud, alors que les États-Unis et l’Europe sont bien placés dans leur conception. Le document 2 montre une concentration comparable : la Chine assure 77,8 % de la production mondiale de panneaux solaires, et les pays d’Asie cités en assurent ensemble 92,9 %. Or, ces panneaux sont utiles à la transition énergétique.

Ici, l’argument n’est pas le coût. Produire sur place peut coûter plus cher, mais cette dépense fonctionne comme une assurance : elle réduit le risque de rupture et préserve la capacité de décision du pays. Protéger une production stratégique, c’est donc rechercher une plus grande souveraineté économique.

Le protectionnisme peut enfin répondre à une concurrence faussée. Si un État subventionne fortement ses producteurs, comme l’indique la note du document 2 pour la Chine, les prix de ses exportations ne reflètent plus seulement leur efficacité. Des droits de douane peuvent compenser cet avantage et rétablir des conditions plus égales. La menace de telles mesures donne aussi un moyen de pression dans les négociations commerciales.

Conseil : Le document 1 signale que la subvention est moins efficace pour le climat qu’une taxe carbone. Le sujet portant sur les avantages, tu n’as pas à développer ce point.

Conclusion rédigée

Le recours au protectionnisme peut donc présenter plusieurs avantages. Il peut préserver des activités et des emplois menacés par la concurrence étrangère, en réduisant le coût social de l’ajustement. Il peut aider à bâtir de nouvelles spécialisations, comme le suggèrent les exemples des panneaux solaires chinois et des aides américaines. Il peut enfin réduire des dépendances stratégiques et répondre aux subventions d’autres États.

Ces avantages restent des possibilités : ils dépendent des secteurs visés, de la durée des mesures et de la réaction des partenaires commerciaux.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Écrire que 56,5 % des actifs des grands centres urbains sont des cadres.

    Écrire que 56,5 % des cadres sont localisés dans les grands centres urbains, contre 38,6 % de l’ensemble des actifs occupés.

    Dans le document 2, chaque ligne fait 100. Le tableau décrit la répartition de chaque PCS entre les espaces, pas la composition de chaque espace.

  • Présenter les 14,0 % du document 4 comme l’écart de salaire « à travail égal », ou comme la mesure de la discrimination.

    Écrire que les femmes gagnent en moyenne 14,0 % de moins que les hommes à temps de travail égal, dans le secteur privé.

    Le temps partiel est neutralisé, mais le métier, le secteur et l’ancienneté ne le sont pas dans cette moyenne. Le tableau ne permet pas d’isoler la discrimination.

  • Écrire que les émissions de la Chine ont augmenté de 380 %, ou qu’elle émet plus que les États-Unis d’après ce graphique.

    Écrire qu’elles ont été multipliées par 3,8 environ, soit une hausse d’environ 280 %, depuis 1990.

    Un indice se lit par rapport à 100. Chaque courbe a sa propre base : le graphique compare des évolutions, pas des quantités émises.

  • Répondre à la partie 1 avec le salaire minimum ou les inadéquations de qualifications.

    Expliquer le salaire d’efficience : l’employeur paie plus que le salaire d’équilibre, ce qui crée un excès d’offre de travail durable.

    Ces autres explications relèvent bien du chômage structurel, mais pas des asymétries d’information, qui sont le seul objet de la question.

  • Consacrer une partie du raisonnement sur le protectionnisme à ses inconvénients, ou attribuer tout le recul de l’industrie du document 3 au libre-échange.

    Montrer seulement les avantages, chacun avec son mécanisme, et présenter la concurrence étrangère comme un facteur parmi d’autres.

    La consigne est « vous montrerez » : elle ne demande pas de discuter. Le document 3 décrit une évolution, sans en indiquer les causes.

Questions fréquentes

Combien de temps dure l’épreuve de SES du bac et la calculatrice est-elle permise ?

L’épreuve dure 4 heures. Le sujet du 18 juin 2025 interdit la calculatrice et le dictionnaire : les calculs se font à la main, avec des arrondis.

Faut-il traiter la dissertation et l’épreuve composée ?

Non. Le candidat choisit l’une des deux et l’indique sur sa copie. Ce corrigé traite les deux pour que tu puisses t’entraîner sur chacune.

Comment sont répartis les points de l’épreuve composée ?

Le sujet indique 4 points pour la mobilisation des connaissances, 6 points pour l’étude d’un document (2 points puis 4 points) et 10 points pour le raisonnement sur dossier documentaire.

Faut-il des valeurs exactes pour le graphique des émissions ?

Non. Les valeurs ne sont pas imprimées : donne une lecture arrondie, comme 380 pour la Chine et 158 pour le monde, et annonce-la avec « environ ». Une lecture proche, par exemple 160 pour le monde, se défend si le calcul qui suit est cohérent.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.