Le sujet en bref
Le sujet d’Asie s’appuie sur L’instant précis où Monet entre dans l’atelier de Jean-Philippe Toussaint et sur une photographie du peintre dans son atelier. Il fallait comprendre le projet de l’écrivain, le refuge de l’art en temps de guerre et une métaphore, comparer le texte et l’image, puis réussir la réécriture au passé, notée sur 10 points.
I. Compréhension et compétences d’interprétation (30 points)
Le texte de Jean-Philippe Toussaint date de 2022 : il reste protégé par le droit d’auteur. Ce corrigé le paraphrase et renvoie aux lignes. Sur ta copie, à chaque renvoi, recopie les mots du texte entre guillemets. D’autres réponses sont possibles si elles sont justifiées.
Question 1. a) (2 points)
Dire ce que l’écrivain se propose de faire dans la phrase d’ouverture.
L’écrivain veut capter un instant très bref : le moment où Monet pousse la porte de son atelier, à l’aube, pendant l’été 1916 (lignes 1 à 8).
Le verbe saisir a ici deux sens. Il veut dire attraper, comme on retient ce qui passe. Il veut dire aussi comprendre. L’écrivain ne raconte pas une vie entière : il cherche à fixer un seul geste et à dire ce qui s’y joue, le passage de la vie à l’art (lignes 11 et 12).
On peut penser qu’il fait avec les mots ce qu’un peintre ou un photographe fait avec l’image : il arrête le temps.
Fixer par l’écriture l’instant où Monet entre dans l’atelier, et comprendre ce passage de la vie à l’art.
Question 1. b) (2 points)
Montrer par quels moyens le projet reste visible d’un bout à l’autre du texte.
L’écrivain répète le même début de phrase à l’ouverture de chacun des trois paragraphes (lignes 1, 11 et 30). C’est une anaphore : elle rappelle le projet et organise le texte.
À chaque reprise, il repart du même instant pour le creuser. Le premier paragraphe pose le décor et la date. Le deuxième dit ce que Monet laisse derrière lui, la guerre. Le troisième fait entrer le lecteur dans l’atelier.
Le texte avance donc très lentement : Monet pousse la porte à la ligne 1, et il entre encore à la ligne 30. L’instant s’étire sur tout l’extrait. Le présent et l’heure précise (lignes 3 et 4) le rendent proche.
Par l’anaphore qui ouvre les trois paragraphes et étire le même instant.
Question 2 (2 points)
Situer dans l’histoire la période où Monet travaille à ses Nymphéas.
Monet peint pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918).
Le texte donne la date de la scène, l’été 1916 (lignes 7 et 8), et nomme ce conflit aux lignes 15 et 16. Il le rapproche de Giverny, comme une menace toute proche. Il rappelle aussi les hommes qui souffrent et qui meurent au combat (lignes 23 et 24).
La Première Guerre mondiale.
Question 3. a) (4 points)
Expliquer l’idée de refuge dans l’art aux lignes 20 et 21, avec des citations.
Cette expression veut dire que, pour Monet, la peinture est un abri. Le verbe se réfugier est celui de quelqu’un qui fuit un danger. Le mot familier boucan désigne un grand vacarme : ici, le bruit de la guerre et toute l’agitation du monde.
Plusieurs passages le confirment. Aux lignes 21 et 22, l’atelier est un lieu de paix, choisi pour ne plus penser à la tristesse de l’époque : le mot à relever est havre, qui désigne un port, un abri. Aux lignes 24 à 27, seules des questions de peinture occupent Monet, et elles sont vitales pour lui. Enfin, aux lignes 27 et 28, Monet quitte le monde chaque matin : l’expression à relever, prend congé, est celle de quelqu’un qui salue avant de s’en aller.
L’atelier forme ainsi une frontière (ligne 12). Le monde reste dehors, l’art attend dedans.
Ce refuge ne va pourtant pas sans malaise. Aux lignes 22 à 24, le texte se demande comment ne pas avoir honte de chercher des formes et des couleurs pendant que d’autres meurent. L’art ne supprime pas la guerre : il permet seulement à Monet de s’en tenir à distance.
Conseil : Le sujet réclame des citations précises : recopie les lignes indiquées et explique le mot important de chacune.
Question 3. b) (1 point)
Dire pourquoi, selon toi, l’auteur cite des conflits postérieurs à l’époque de Monet.
Monet ne peut pas connaître ces guerres : c’est l’écrivain d’aujourd’hui qui les nomme. Il veut montrer que le conflit précis importe peu, ce que dit la fin de la ligne 16.
Ce que vit Monet pourrait arriver à un artiste de n’importe quelle époque. Le cas du peintre devient une réflexion générale sur le lien entre l’art et les malheurs du monde.
Pour élargir le cas de Monet à tous les artistes, à toutes les époques.
Question 4. a) (1 point)
Identifier la personne désignée par le pronom je aux lignes 2 et 3.
Le je désigne l’écrivain, Jean-Philippe Toussaint. C’est lui qui annonce son projet dès la ligne 1 et qui dit ici son heure préférée. Monet, lui, est désigné à la troisième personne.
L’écrivain.
Question 4. b) (2 points)
Dire, selon toi, qui le pronom nous rassemble dans cette phrase.
Le nous réunit l’écrivain et Monet, et au-delà tous les artistes. L’œuvre à faire attend aussi bien celui qui écrit que celui qui peint.
L’écrivain se place ainsi à côté du peintre. Le pronom on de la ligne 4 produit le même effet : il semble quitter la maison avec lui.
L’écrivain et Monet, et plus largement les créateurs.
Conseil : On peut aussi y inclure le lecteur, invité à entrer avec eux. Mais le mot œuvre renvoie d’abord au travail de ceux qui créent.
Question 5. a) (2 points)
Nommer la figure de style de la phrase des lignes 35 et 36.
C’est une métaphore. Les pinceaux sont assimilés à des fleurs, sans mot de comparaison. L’image est prolongée par deux mots : bouquet et éclosions. On peut donc parler de métaphore filée.
Une métaphore.
Question 5. b) (2 points)
Expliquer le sens de cette image dans le texte.
Dressés dans de grands vases, les pinceaux ressemblent à des fleurs : c’est d’abord une image visuelle, facile à se représenter.
Une éclosion est aussi le moment où une fleur s’ouvre. Ce mot donne de la vie à des objets immobiles. L’atelier fait alors penser au jardin de Giverny et aux fleurs que Monet peint.
On peut y lire enfin une idée de la création : l’œuvre va naître de ces pinceaux, comme une fleur s’ouvre. L’atelier sombre contient déjà une promesse.
Question 6 (4 points)
Juger si l’écrivain a réussi ce qu’il voulait, en réutilisant les réponses précédentes.
À mon avis, l’auteur réussit son projet, pour trois raisons.
D’abord, il fait durer l’instant. L’anaphore, le présent et la précision de la date et de l’heure fixent ce moment et l’installent sous nos yeux (question 1).
Ensuite, il nous y fait entrer par les sens. Le lecteur sent la fraîcheur de l’aube (ligne 3), entend le silence et les oiseaux (lignes 4 à 6), perçoit les odeurs et la lumière de l’atelier (lignes 31 à 33). Il franchit le seuil avec Monet.
Enfin, il ne décrit pas seulement un geste : il en dégage le sens. Cette porte sépare la guerre et l’art (question 3), et la métaphore des pinceaux annonce l’œuvre à venir (question 5).
Une réserve reste possible : cet instant est imaginé, et l’écrivain doit s’y reprendre à trois fois, comme s’il lui échappait. Mais ces reprises sont justement ce qui le rend présent.
Conseil : La question dit « selon vous » : un avis nuancé se défend aussi, à condition de t’appuyer sur tes réponses précédentes.
Question 7. a) (4 points)
Décrire la façon dont la photographie montre le peintre, avec des éléments précis.
La photographie en noir et blanc montre Monet debout, de profil et en entier, face à une immense toile.
Un vieil homme. Il a les cheveux blancs très courts et une longue barbe blanche. Il porte une veste épaisse et sombre, un pantalon et des chaussures noires brillantes. Une cigarette est à ses lèvres. Sa silhouette paraît lourde et solide.
Un peintre au travail. Il tient devant lui une grande palette ronde couverte de peinture et plusieurs pinceaux. Pourtant, il ne peint pas à cet instant : il se tient immobile et regarde la toile. Il semble concentré et absorbé par ce qu’il voit.
Un homme entouré de son œuvre. De très grands panneaux occupent l’espace. Celui de droite est monté sur un support à roulettes, et le bord de la photographie le coupe : il paraît plus grand encore. Ces toiles dépassent le peintre. On peut penser qu’il s’agit des panneaux des Nymphéas dont parle le texte.
La légende indique une photographie de presse : on peut penser que le peintre pose, et que cette image veut montrer un maître devant son œuvre.
Conseil : Ici, ne dis pas que Monet peint : aucun pinceau ne touche la toile. Ce qui se voit, c’est un homme qui observe.
Question 7. b) (4 points)
Comparer l’image de Monet dans son atelier que donnent le texte et la photographie.
Pas tout à fait. Les deux œuvres se rejoignent sur plusieurs points, mais elles ne montrent pas le même moment.
Les ressemblances. Dans les deux cas, Monet est seul, et son corps est massif (ligne 13). Les panneaux sont immenses (lignes 9 et 10). Rien de la guerre n’entre dans l’image, et le texte dit que Monet la laisse dehors. L’écrivain et le photographe cherchent tous deux à fixer un instant.
Les différences. L’écrivain saisit le seuil : il fait encore sombre, le travail n’a pas commencé, et l’art reste invisible (lignes 28 et 29). Le photographe montre Monet déjà devant sa toile, palette en main, dans un atelier bien éclairé.
Le texte décrit un lieu intime, encombré de vêtements, de jarres et de toiles posées à terre (lignes 33 à 37). La photographie montre au contraire un grand espace dégagé.
Surtout, l’écrivain entre dans les pensées de Monet et parle de sa honte possible, alors que le photographe ne montre que le dehors de l’homme. L’un offre un portrait intérieur et imaginé, l’autre une image publique du peintre.
Non : même solitude et même grandeur, mais le texte montre l’instant d’avant et la vie intérieure, la photographie l’artiste déjà devant son œuvre.
II. Grammaire et compétences linguistiques (20 points)
Les mots analysés sont donnés isolément. Pour les phrases entières, reporte-toi au sujet.
Question 8. a) (1 point)
Trouver un verbe de la famille de l’adjectif de la ligne 19.
Le verbe de la même famille est importuner, qui veut dire déranger, gêner.
Importuner.
Question 8. b) (1 point)
Donner le sens de ce groupe de mots.
C’est un bruit confus qui dérange, qui arrive sans qu’on le souhaite. Ici, ce bruit désigne l’écho de la guerre, qui vient troubler Monet malgré lui.
Un bruit gênant, qui dérange et que l’on ne veut pas entendre.
Question 9. a) (1 point)
Dire ce que la seconde phrase a de particulier sur le plan grammatical.
C’est une phrase nominale : elle ne contient aucun verbe conjugué. Elle est construite autour du nom tourment, complété par deux adjectifs. Elle répond à la question posée juste avant.
Une phrase nominale, sans verbe conjugué.
Question 9. b) (1 point)
Fondre la question et sa réponse en une seule phrase.
Une réponse possible : Pour l’artiste qui crée, les événements du monde sont un tourment lointain et invisible.
La question devient une phrase déclarative. Le verbe sont est conservé, et le groupe nominal de la seconde phrase devient attribut du sujet.
Conseil : Tu peux aussi garder la forme interrogative en reliant les deux phrases par sinon.
Question 10. a) (1 point)
Trouver le sujet du verbe être suivi de ce participe, aux lignes 33 à 35.
Le sujet est formé de trois groupes nominaux juxtaposés, qui désignent la robe de chambre, le chapeau et la cape (lignes 34 et 35). Il est placé après le verbe : c’est un sujet inversé. Sur ta copie, recopie ces trois groupes en entier, avec leurs déterminants et leurs adjectifs.
Les trois groupes nominaux placés après le verbe : la robe de chambre, le chapeau et la cape.
Conseil : Le piège est ici le pronom lequel. Il reprend le nom canapé, mais avec la préposition sur il forme un complément, pas le sujet.
Question 10. b) (1 point)
Expliquer la terminaison du participe jetés.
Employé avec l’auxiliaire être, le participe passé s’accorde en genre et en nombre avec le sujet.
Il est au pluriel, car le sujet réunit trois noms. Il est au masculin, car ces noms sont de genres différents, deux féminins et un masculin : l’accord se fait alors au masculin.
Accord avec le sujet inversé : masculin pluriel.
Question 10. c) (1 point)
Refaire la phrase en substituant un nom féminin à un chapeau.
Deux changements suffisent.
un chapeau devient une casquette.
jetés devient jetées : les trois noms du sujet sont maintenant féminins.
L’adjectif volumineux ne change pas, car il se rapporte à canapé.
Question 11. a) (1 point)
Dire quelle est la valeur du présent dans cette proposition, et pourquoi.
C’est un présent d’énonciation. L’action se déroule au moment où l’on parle : l’écrivain dit son désir à l’instant même où il écrit. Le je désigne ici l’écrivain, et non un personnage du passé.
Présent d’énonciation.
Question 11. b) (2 points)
Citer un autre présent du texte et nommer sa valeur.
On peut relever pousse (ligne 1). C’est un présent de narration : l’action a lieu en 1916, mais elle est racontée au présent pour paraître plus vivante.
D’autres réponses conviennent : sont (ligne 18) est un présent de vérité générale, car la question vaut pour tous les artistes. a, dans l’expression de la ligne 6, est un présent d’habitude, à cause de tous les jours.
Pousse : présent de narration.
Question 12 : réécriture (10 points)
Transposer au passé le passage des lignes 6 à 10, à partir du début imposé.
Le début imposé installe le récit au passé. Le présent devient donc imparfait, et le passé composé devient plus-que-parfait. Reprends le passage du sujet et applique ces changements.
C’est devient C’était, comme le sujet l’indique.
il y en a devient il y en avait.
bordent devient bordaient : le sujet, placé après le verbe, reste pluriel.
Nous sommes devient Nous étions.
a pris possession devient avait pris possession : l’action reste antérieure au moment raconté.
s’est fait construire devient s’était fait construire. Le participe fait reste invariable devant un infinitif.
Les infinitifs pouvoir et travailler ne changent pas. Tout le reste est inchangé, y compris Depuis quelques mois et la date.
Conseil : Six formes verbales changent, et trois d’entre elles sont dans des subordonnées : relis le passage verbe par verbe. N’écris pas prenait possession : tu perdrais l’idée d’antériorité.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Écrire que bordait l’Eure et la Seine dans la réécriture.
Écrire bordaient, au pluriel.
Le sujet est placé après le verbe et réunit deux noms : l’accord se fait au pluriel.
Transformer a pris possession en prenait possession.
Écrire avait pris possession.
Le passé composé marque ici une action antérieure : dans un récit au passé, il devient plus-que-parfait.
Dire que le je de la ligne 2 désigne Monet.
Dire qu’il désigne l’écrivain.
Monet est toujours désigné à la troisième personne, et ce je est celui qui annonce le projet à la ligne 1.
Donner canapé ou lequel comme sujet de sont jetés.
Donner les trois groupes nominaux placés après le verbe.
C’est la robe de chambre, le chapeau et la cape que l’on a jetés, et non le canapé.
Garder jetés après le remplacement de un chapeau.
Écrire jetées.
Il n’y a plus aucun nom masculin dans le sujet : l’accord se fait au féminin pluriel.
Questions fréquentes
Combien de temps dure cette partie de l’épreuve de français 2023 en Asie ?
Le sujet indique 1 h 10 pour 50 points : 30 points de compréhension et 20 points de grammaire. La réécriture compte à elle seule pour 10 points.
Le dictionnaire est-il autorisé pour ces questions ?
Non. Le sujet interdit le dictionnaire et la calculatrice dans cette partie. Six notes sous le texte expliquent les mots difficiles et datent deux guerres.
Faut-il connaître la vie de Monet pour répondre ?
Non. Le chapeau et le texte donnent ce qu’il faut savoir : les dates du peintre, Giverny, les Nymphéas et la guerre. Pour la photographie, la légende et l’observation suffisent.
Quel est le lien avec la rédaction de ce sujet ?
Le sujet demande de conserver le texte pour la rédaction. Les deux sujets au choix le prolongent : l’un imagine un dialogue entre Monet et son petit-fils soldat, l’autre demande si l’art doit être un refuge ou affronter son époque.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.