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Corrigé du brevet de français 2023 : compréhension et grammaire (Métropole)

Le sujet en bref

Le sujet s’appuie sur un extrait d’Histoire de ma vie de George Sand, où trois enfants jouent à traverser une rivière dessinée à la craie, et sur La ronde des pompons de Robert Doisneau. Il fallait montrer comment l’illusion s’empare des enfants, repérer la comparaison avec le théâtre, puis réussir la réécriture au pluriel, notée sur 10 points.

Sujet officiel

I. Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)

Le texte de George Sand date de 1855 : ce corrigé en cite de courts passages, avec leurs lignes. Une bonne réponse cite le texte, puis explique ce que la citation prouve. D’autres réponses sont possibles si elles sont justifiées.

Question 1 (2 points)

Dire qui désigne le pronom nous à la ligne 1.

Le pronom nous désigne les trois enfants : la narratrice, Aurore, son demi-frère Hippolyte et Ursule, la fille d’une servante.

Le texte d’introduction les présente, et la ligne 32 confirme leur nombre : la mère les voit « tous les trois ».

Aurore (la narratrice), Hippolyte et Ursule.

Conseil : Nomme les trois personnes. Répondre « les enfants » reste trop vague, et le texte d’introduction donne tous les noms.

Question 2 (5 points)

Dire où se passe la scène et expliquer la présence d’une rivière dans ce lieu, en citant le texte.

La scène se passe à l’intérieur d’une maison, dans une pièce : le texte parle de « cette grande chambre » (ligne 3). Les meubles le confirment, puisque les enfants vont « de la table au lit et de la cheminée à la porte » (ligne 14).

Cette rivière n’est pas réelle. Elle fait partie du jeu : les enfants l’ont tracée au sol, comme l’indique la phrase « La rivière était dessinée sur le carreau avec de la craie » (ligne 2). Le carreau désigne ici le carrelage.

Dans une grande chambre. La rivière est un dessin à la craie sur le carrelage, inventé pour le jeu.

Conseil : Deux questions, donc deux réponses, chacune avec sa citation. La vraie eau n’arrive que plus tard, quand Hippolyte vide le pot à eau (ligne 30).

Question 3 (6 points)

Trouver trois éléments qui montrent que les enfants sont pris par l’illusion.

La narratrice perd le sens du réel. Il lui faut moins de cinq minutes pour entrer dans le jeu. Elle dit perdre « la notion de la réalité » (ligne 11) et croire voir « les arbres, les eaux, les rochers » (ligne 11). Un ciel menaçant s’ajoute même à ce paysage (lignes 12 et 13).

Les enfants se conduisent comme devant un vrai danger. Ursule tâte le sable avant de passer (ligne 16), puis elle craint « des écrevisses » (ligne 25). Aurore veut protéger ses chaussures, car « nous avons encore bien du chemin à faire » (ligne 27). Personne ne sort du jeu.

Le corps est trompé à son tour. Une fois pieds nus, la narratrice écrit que « le froid du carreau me fit l’effet de l’eau véritable » (ligne 28). Une sensation réelle vient nourrir l’illusion.

Tu peux aussi retenir Hippolyte qui « nageait à sec » en se débattant (lignes 6 et 7), ou le vouvoiement que les enfants adoptent pour jouer (lignes 17 à 19).

Conseil : Choisis trois éléments différents. Trois citations sur la même idée ne valent qu’un seul élément.

Question 4. a) (3 points)

Dire à quoi le jeu est comparé et relever au moins quatre mots d’un même champ lexical.

Le jeu des enfants est comparé à une pièce de théâtre, c’est-à-dire à un spectacle joué par des acteurs.

Le champ lexical du théâtre parcourt tout le texte : « rôle » (ligne 6), « drame » (ligne 7), « scène » (ligne 19), « personnages » (ligne 20), « dialogues » et « acteurs » (ligne 21), « dénouement » et « représentation » (ligne 38).

Le jeu est comparé à une pièce de théâtre.

Conseil : Dans la consigne, comparé a un sens large : le jeu est rapproché du théâtre. Au sens strict, le texte n’emploie pas d’outil de comparaison. « Ces jeux-là sont tout un drame » (ligne 7) est une métaphore, reprise jusqu’à la dernière ligne : c’est une métaphore filée. Le texte cite aussi le roman, le poème et le voyage (ligne 8), mais une seule fois.

Question 4. b) (3 points)

Identifier au moins trois moments du récit où cette comparaison organise le jeu.

La distribution des rôles. Hippolyte tient un rôle comique, celui « du maladroit ou de l’homme ivre » (ligne 6). Comme un acteur, il garde ce personnage et se noie sans cesse (lignes 4 à 7).

La scène jouée. Aurore et Ursule se vouvoient et improvisent leurs répliques au bord de la rivière (lignes 15 à 17 et 23 à 27). Elles parlent comme des personnages, et non comme deux fillettes.

La mise en scène. Hippolyte verse le pot à eau pour imiter « un torrent et une cascade » (lignes 30 et 31). Il crée un effet spécial, comme on le ferait pour le décor d’une pièce.

La fin du spectacle. La colère de la mère arrête tout. La narratrice appelle cela un dénouement et écrit que « la toile tomba » (ligne 39). La toile désigne le rideau de scène, qui se baisse à la fin de la pièce.

Conseil : Suis l’ordre du récit : rôles, répliques, décor, fin. Cet ordre montre que le jeu avance comme une pièce, du début à la chute du rideau.

Question 5 (5 points)

Donner deux réflexions sur l’enfance que cet épisode inspire à la narratrice, avec des citations.

L’imagination des enfants transforme le monde. Pour eux, un jeu n’est jamais un simple passe-temps : il peut devenir « tout un drame » ou « tout un voyage » (lignes 7 et 8). Une exclamation résume cette idée : « Dans quel vaste espace les enfants croient agir » (ligne 13). Quelques pas dans une chambre leur semblent une immense expédition. La narratrice adulte s’en émerveille.

Les enfants sont des acteurs naturels. Ils respectent leurs personnages et suivent la situation de départ (lignes 19 et 20). Ils trouvent aussi des répliques si justes que « des acteurs de profession seraient bien embarrassés » de les improviser (lignes 21 et 22). La narratrice admire leur inventivité et la place au-dessus du savoir-faire des adultes.

Conseil : Pour trouver ces réflexions, cherche les passages au présent de vérité générale (lignes 7 à 9, 13 et 14, 17 à 22). La narratrice y interrompt son récit au passé pour parler de tous les enfants, et plus seulement d’elle.

Question 6 : image (8 points)

Expliquer pourquoi la photographie pourrait illustrer le texte, avec deux arguments et une citation pour chacun.

La photographie de Robert Doisneau pourrait illustrer le texte pour deux raisons.

Un simple dessin à la craie crée le décor. Prise d’en haut, l’image montre sur la chaussée un voilier tracé à la craie, posé sur une ligne de vagues. Ce dessin suffit à faire exister la mer. Le jeu de George Sand repose sur le même moyen : « La rivière était dessinée sur le carreau avec de la craie » (ligne 2). Dans les deux cas, quelques traits sur le sol font surgir l’eau là où il n’y en a pas.

Des enfants partagent une aventure imaginaire. Ils forment une ronde autour du bateau et se tiennent par la main. Leurs chapeaux blancs à pompon rappellent ceux des marins, comme s’ils formaient l’équipage de ce bateau. Autour d’eux, on voit pourtant une rue ordinaire, avec son trottoir et sa haie : seul le jeu en fait un voyage sur la mer. Le texte le dit : pour les enfants, ces jeux sont « tout un voyage » (ligne 8), et ils agissent dans un « vaste espace » qui n’existe que pour eux (ligne 13).

Conseil : Chaque argument relie un détail précis de la photographie à une citation. Décrire l’image sans revenir au texte ne répond pas à la question.

II. Grammaire et compétences linguistiques (18 points)

Question 7. a) (1 point)

Donner la fonction de En de certains endroits et de fort profonde.

En de certains endroits est complément circonstanciel de lieu : ce groupe indique où la rivière est profonde.

Fort profonde est attribut du sujet elle. Le verbe d’état était relie ce groupe adjectival au sujet, qui représente la rivière. Le mot fort signifie ici très.

Complément circonstanciel de lieu ; attribut du sujet elle.

Question 7. b) (2 points)

Justifier l’analyse du premier groupe par des manipulations.

Le déplacement. Le groupe peut changer de place : « Elle était fort profonde en de certains endroits. » La phrase reste correcte.

La suppression. Le groupe peut être retiré : « Elle était fort profonde. » La phrase reste correcte, même si elle perd une précision.

Un groupe que l’on peut déplacer et supprimer est un complément circonstanciel. Comme il répond à la question où, il exprime le lieu.

Conseil : Le sujet demande des manipulations : poser la question où ne suffit pas. Fais-les sur la phrase et écris le résultat. Fort profonde, lui, ne peut pas être supprimé : il reste « elle était », qui n’a plus de sens ici.

Question 8. a) (1 point)

Recopier la phrase, mettre la subordonnée entre crochets et entourer le subordonnant.

« [Si nous rencontrons des écrevisses], elles nous mangeront les pieds. »

Sur ta copie, entoure le mot Si, marqué ici en gras. C’est une conjonction de subordination. La subordonnée a pour verbe rencontrons, et la principale a pour verbe mangeront.

Subordonnée : Si nous rencontrons des écrevisses. Subordonnant : Si.

Question 8. b) (1 point)

Donner la fonction de cette subordonnée.

Cette proposition est complément circonstanciel de condition. Elle pose la condition dont dépend l’action de la principale : les pieds ne seront mangés que si les enfants croisent des écrevisses.

Complément circonstanciel de condition.

Conseil : Le présent après si, suivi du futur dans la principale, marque une condition qui peut se réaliser. On parle aussi de complément circonstanciel d’hypothèse.

Question 9. a) (1,5 point)

Identifier et nommer les trois éléments qui composent dénouement.

dé- est un préfixe, qui marque l’action contraire.

nou- est le radical, celui du verbe nouer.

-ment est un suffixe, qui sert à former un nom à partir du verbe.

Préfixe dé-, radical nou-, suffixe -ment.

Conseil : Le e de dénouement ne s’entend pas, mais il s’écrit : le dictionnaire note le suffixe -(e)ment. Si tu le places avec le radical, nou(e), le découpage en trois éléments reste le même.

Question 9. b) (1,5 point)

Expliquer le sens de ce mot à partir de ses éléments et du texte.

Nouer, c’est faire un nœud. Le préfixe dé- inverse cette action, et le suffixe -ment en fait un nom. Mot à mot, le dénouement est donc l’action de défaire un nœud.

Dans une pièce ou un récit, le nœud est la difficulté qui crée l’intrigue. Le dénouement désigne donc le moment où elle se résout : c’est la fin de l’histoire.

Ici, le mot désigne la fin du jeu. La mère découvre la scène, punit les enfants et les sépare (lignes 32 à 38). Le mot convient d’autant mieux que la narratrice parle de leur représentation.

Conseil : Trois appuis sont attendus : le sens des éléments, le sens du mot et le lien avec le passage. Ne t’arrête pas à « la fin ».

Question 10 : réécriture (10 points)

Réécrire les lignes 4 à 7 en remplaçant Hippolyte par ils, sans modifier le groupe nominal indiqué.

Le nouveau sujet est à la troisième personne du pluriel, au masculin. Reprends le passage dans l’ordre et applique ces changements.

Sujet : Hippolyte devient Ils, avec une majuscule, car il ouvre la phrase.

Plus-que-parfait : s’était devient s’étaient, et noyé devient noyés. Avec le verbe pronominal se noyer, le participe passé s’accorde ici avec le sujet ils.

Pronom complément : l’aidions devient les aidions. Le verbe aidions ne change pas, car son sujet reste nous.

Imparfait : il tombait devient ils tombaient, il faisait devient ils faisaient, il nageait devient ils nageaient. Le pronom et le verbe changent à chaque fois.

Le reste ne bouge pas. Le sujet interdit de modifier le groupe nominal qu’il indique. L’infinitif se retirer reste invariable, et le pronom se vaut pour le singulier comme pour le pluriel. Les gérondifs en se débattant et en se lamentant sont invariables.

Ils s’étaient déjà noyés plusieurs fois, nous les aidions à se retirer des grands trous où ils tombaient toujours, car ils faisaient le rôle du maladroit ou de l’homme ivre, et ils nageaient à sec sur le carreau en se débattant et en se lamentant.

Conseil : Dix mots changent : compte-les avant de rendre ta copie. Vérifie ensuite que la ponctuation est conservée.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Dans la réécriture, écrire « ils s’étaient déjà noyé ».

    Écrire noyés, avec un s.

    Avec ce verbe pronominal, le participe passé s’accorde avec le sujet ils, au masculin pluriel.

  • Oublier de changer le pronom, ou écrire nous leur aidions.

    Écrire nous les aidions.

    Le pronom l’ représentait Hippolyte. Le verbe aider se construit sans préposition : on aide quelqu’un, donc les est COD.

  • Mettre au pluriel les rôles des maladroits dans la réécriture.

    Recopier ce groupe sans y toucher.

    Le sujet l’interdit en gras. Toute modification de ce groupe devient une erreur.

  • Dire que fort profonde est complément du verbe, ou épithète de la rivière.

    Répondre attribut du sujet elle.

    Le groupe suit le verbe d’état était et donne une caractéristique du sujet.

  • Répondre « subordonnée conjonctive » à la question 8. b).

    Répondre complément circonstanciel de condition.

    Conjonctive donne la classe de la proposition. La question porte sur sa fonction.

Questions fréquentes

Combien de temps dure cette partie de l’épreuve de français 2023 ?

Le sujet indique 1 h 10 pour 50 points : 32 points de compréhension et 18 points de grammaire. La réécriture compte à elle seule pour 10 points.

Le dictionnaire est-il autorisé pour ces questions ?

Non. Le sujet interdit le dictionnaire et la calculatrice dans cette partie. Les notes de bas de page expliquent les mots difficiles, comme guéable ou cloaque.

Faut-il garder le sujet après cette partie ?

Oui. Tu rends ta copie, mais le sujet demande de conserver le texte comme support pour l’épreuve de rédaction.

Quel est le lien avec la rédaction de 2023 ?

Les deux sujets au choix prolongent cet extrait. L’un demande de raconter un jeu devenu une aventure imaginaire, l’autre de réfléchir aux raisons d’écrire une autobiographie.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.