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Corrigé du brevet de français 2024 : compréhension et grammaire (Antilles, Guyane)

Le sujet en bref

Le sujet des Antilles et de la Guyane s’appuie sur un extrait d’Illettré de Cécile Ladjali, où la petite Violette se met à lire sous les yeux de Léo, jeune homme illettré, et sur une affiche contre l’illettrisme. Il fallait expliquer les pouvoirs du lecteur et la souffrance de Léo, analyser deux subordonnées, puis réussir la réécriture au masculin pluriel, notée sur 7 points.

Sujet officiel

Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)

Le roman de Cécile Ladjali date de 2016 et reste protégé par le droit d’auteur, comme l’affiche : ce corrigé les paraphrase et renvoie aux lignes. Sur ta copie, à chaque renvoi, recopie les mots du texte entre guillemets. D’autres réponses sont possibles si elles sont justifiées.

Question 1 (5 points)

Retenir le meilleur des trois titres proposés et défendre ce choix par deux arguments.

Je choisis le titre 1 : Magie de la première lecture.

Première justification : il s’agit bien d’une première lecture. Sibylle croit d’abord que sa fille récite de mémoire une histoire souvent entendue (lignes 3 et 4). Elle comprend ensuite que l’enfant lit pour de bon, et que cela vient d’arriver, d’un seul coup (ligne 8). L’extrait raconte donc ce tout premier moment.

Deuxième justification : ce moment est présenté comme magique. Le mot magie apparaît à la ligne 22. L’événement surgit sans prévenir (ligne 8), il éblouit l’enfant (ligne 7) et stupéfie sa mère (ligne 12). Les images de la fleur et du soleil (lignes 8 et 9) en font un petit miracle.

Les autres titres conviennent moins bien. Léo vient pour une leçon (ligne 1), mais elle n’a pas lieu dans l’extrait, et Violette a appris seule, comme le dit le chapeau. Quant à Sibylle, elle ne raconte rien ici : elle écoute et observe.

Titre 1 : Magie de la première lecture.

Conseil : Le sujet attend deux justifications : écarter les autres titres n’en remplace aucune, mais cela renforce ton choix.

Question 2. a) (3 points)

Relever au moins trois groupes nominaux qui désignent l’enfant avant que son prénom n’apparaisse.

Quatre groupes nominaux désignent Violette dans ces lignes :

la petite (ligne 1) ;

sa fille (ligne 2) ;

la gamine (ligne 4) ;

l’enfant (ligne 6).

La petite, sa fille, la gamine, l’enfant.

Conseil : Un groupe nominal contient un nom : un pronom comme lui, à la ligne 4, ne convient pas.

Question 2. b) (4 points)

Dire comment Sibylle voit Violette dans ces lignes, avec deux preuves prises dans le texte.

Sibylle perçoit Violette à la fois comme son enfant et comme une élève.

Son enfant. Le groupe sa fille (ligne 2) marque le lien de parenté. Le mot gamine (ligne 4), familier, et l’adjectif joli (ligne 6), appliqué au cou de la fillette, montrent le regard tendre d’une mère.

Une élève. Sibylle nomme exercice (ligne 3) ce que fait la petite : c’est un mot de l’école. Elle écoute ensuite la voix de l’enfant et en juge le ton (ligne 5), comme un professeur qui évalue une lecture. Le chapeau rappelle d’ailleurs qu’elle donne des cours à Léo.

Les deux : une fille aimée et une élève qu’elle évalue.

Conseil : Tes deux relevés doivent prouver deux idées différentes : un pour la mère, un pour le professeur.

Question 3 (2 points)

Nommer la figure des lignes 8 et 9, puis dire ce qu’elle apporte.

La figure est la métaphore. Aucun outil de comparaison n’apparaît : le texte présente directement l’événement comme un perce-neige, puis comme une petite fleur et un soleil naissant. Ces images se suivent et viennent toutes de la nature à la fin de l’hiver : on peut parler de métaphore filée.

Interprétation : le perce-neige est une petite fleur qui sort de terre alors que l’hiver n’est pas fini. Comme lui, la lecture naît de façon discrète et inattendue. Elle annonce un printemps, c’est-à-dire une vie nouvelle pour l’enfant, et le soleil ajoute l’idée de lumière : lire éclaire le monde.

Une métaphore : la lecture est une naissance fragile et lumineuse.

Conseil : Il y a deux gestes à faire : nommer la figure, puis dire ce qu’elle signifie ici. Le nom seul ne répond qu’à la moitié de la question.

Question 4 (4 points)

Expliquer, par deux éléments, l’image du cœur troué appliquée à Léo.

L’expression est une métaphore : elle dit que Léo souffre d’un vide intérieur. Deux explications se complètent.

Un manque de savoir. Léo est illettré, d’après le chapeau. Il voit une petite fille réussir seule ce que lui, jeune homme, ne sait pas faire. La conjonction tandis que (ligne 24) oppose l’enfant qui sait lire à celui qui en est incapable. On peut penser qu’il ressent de la honte ou de l’envie.

Un manque d’amour. Juste avant, le texte rattache à l’amour ce que la lecture a de magique (lignes 22 et 23). La ligne 24 insiste aussi sur le fait que Violette est une fille aimée. Le texte ne dit rien de l’enfance de Léo, mais on peut penser qu’il lui a manqué cet amour qui transmet la lecture.

La fin du paragraphe confirme cette douleur : tout lui paraît amer et triste (ligne 25), et son malaise devient physique (lignes 25 et 26).

Conseil : Ne t’arrête pas à l’illettrisme : le passage sur l’amour, juste avant, donne le second élément attendu.

Question 5 (8 points)

Montrer, à partir de ce que vit Violette, ce que la lecture donne au lecteur, en t’appuyant sur quatre passages ou plus.

Pour Violette, apprendre à lire est bien plus qu’acquérir une technique. À travers son expérience, le texte prête au lecteur plusieurs pouvoirs.

Le pouvoir de se libérer. Violette ne répète plus un texte appris : elle lit vraiment (ligne 8). Sa voix à elle remplace désormais la voix maternelle (ligne 20). Le lecteur n’a plus besoin de personne pour entrer dans une histoire.

Le pouvoir de créer. L’enfant a le sentiment d’avoir écrit elle-même les lettres qu’elle lit (lignes 12 et 13). Le texte élargit cette idée : il fait du lecteur le véritable auteur de ce qu’il lit, un créateur tout-puissant qui donne naissance à un sens (lignes 13 et 14). Lire, ce n’est donc pas seulement recevoir.

Le pouvoir de se transformer. En lisant, Violette devient l’héroïne de son album préféré (ligne 19). Elle en tire une grande fierté (ligne 17) et va jusqu’à prétendre qu’elle lisait dès sa naissance (lignes 18 et 19). La lecture change l’image que le lecteur a de lui-même.

Le pouvoir de rejoindre les hommes. Par sa voix, le lecteur prend place dans l’univers (lignes 14 et 15). Il apporte sa part à une histoire commune, à la mémoire et à la dignité de tous (lignes 15 et 16). Lire n’est donc pas un geste solitaire.

Enfin, le lecteur garde vivant l’amour qu’il a reçu : dans le livre lu par Violette, on entend encore la mère (lignes 21 à 23).

Conseil : Le sujet fixe un minimum de quatre éléments : ici, chaque pouvoir s’appuie sur un passage différent. Pars de Violette, puis passe au lecteur en général, comme le fait le texte.

Question 6 : image (6 points)

Dire dans quelle mesure l’affiche correspond au texte, en analysant le slogan et l’image, et en la rapprochant du texte sur trois points ou plus.

Cette affiche illustre en partie le texte : elle rejoint la fin de l’extrait, c’est-à-dire la souffrance de Léo, mais pas la joie de Violette.

Ce que montre l’image. C’est une photographie en noir et blanc. Un homme aux cheveux et à la barbe blancs, avec des lunettes et un blouson sombre, est le seul personnage net. Autour de lui, des silhouettes floues, dont plusieurs de dos, forment une foule sur un fond très sombre. Il ne semble parler à personne. La netteté attire l’œil sur lui et le sépare des autres, alors qu’il se tient au milieu d’eux.

Premier lien : le thème. Le mot illettrisme figure sur l’affiche. C’est la situation de Léo, que le chapeau présente comme illettré, et le roman s’intitule justement Illettré.

Deuxième lien : une solitude invisible. Le slogan, en haut à droite, parle de solitudes que les autres ne remarquent pas. La photographie le traduit : cet homme est entouré, et pourtant seul. De même, Léo se trouve dans la pièce avec Sibylle et Violette, mais rien n’indique qu’elles voient sa peine. Sa souffrance reste intérieure (lignes 24 à 26).

Troisième lien : un spectateur de la vie des autres. L’homme de l’affiche semble observer en silence, comme Léo qui regarde Violette (lignes 23 et 24). Tous deux restent au bord d’une scène qui se passe sans eux. Le fond noir de l’image répond à la lumière triste de la ligne 25.

Nuances. Léo est jeune, d’après le chapeau, alors que cet homme paraît âgé : on peut penser que l’affiche veut toucher tous les âges. Le texte célèbre surtout le bonheur de lire, absent de l’image. Enfin, la phrase du bas de l’affiche affirme que les personnes concernées ne sont pas seules. Cet espoir n’apparaît pas à la fin de l’extrait, mais il rejoint les leçons que Sibylle donne à Léo : quelqu’un l’aide déjà.

Conseil : Le sujet te laisse nuancer : réponds « oui, en partie ». Chaque lien doit réunir un détail précis de l’affiche et un passage précis du texte.

Compétences linguistiques et grammaticales (18 points)

Les mots analysés sont donnés isolément. Pour les phrases entières, reporte-toi au sujet.

Question 7. a) (1 point)

Donner la classe grammaticale de apprivoisés (ligne 11).

Apprivoisés est un participe passé, celui du verbe apprivoiser. Avec l’auxiliaire avoir, il forme ici un passé composé.

Participe passé du verbe apprivoiser.

Question 7. b) (1 point)

Expliquer l’accord de ce mot par la règle qui s’applique.

Le mot est au masculin pluriel.

Règle : employé avec l’auxiliaire avoir, le participe passé ne s’accorde jamais avec le sujet. Il s’accorde avec le COD, si celui-ci est placé avant le verbe.

Ici, le COD est le pronom relatif que, placé avant le verbe. Il a pour antécédent ceux, qui reprend le nom mots, masculin pluriel. Le participe prend donc la marque -és.

Conseil : Remonte toute la chaîne : que, puis ceux, puis mots. Le sujet Violette, au féminin singulier, ne joue aucun rôle dans cet accord.

Question 8. a) (5 points)

Relever les deux subordonnées de la phrase, puis donner pour chacune sa nature et sa fonction.

La phrase compte trois verbes conjugués : lit, a et racontent. Elle contient donc trois propositions : une principale et deux subordonnées.

Quand elle lit : proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de temps, introduite par la conjonction de subordination quand. Elle est complément circonstanciel de temps du verbe de la principale.

« qui lui racontent une histoire » : proposition subordonnée relative, introduite par le pronom relatif qui, dont l’antécédent est le nom lettres. Elle est complément de l’antécédent lettres (on dit aussi complément du nom).

Une conjonctive circonstancielle de temps (complément circonstanciel de temps) et une relative (complément de l’antécédent lettres).

Conseil : Le groupe construit sur avoir tracé n’est pas une subordonnée : c’est un infinitif passé, qui n’est pas conjugué.

Question 8. b) (2 points)

Indiquer deux manipulations pour chacune de ces propositions.

Pour la subordonnée de temps. Le déplacement : elle peut passer à la fin de la phrase, après le mot histoire, et la phrase reste correcte. La suppression : si on la retire, la phrase commence alors par le groupe la petite et reste correcte. Un groupe que l’on peut déplacer et supprimer est un complément circonstanciel.

Pour la subordonnée relative. La suppression : on peut la retirer, et la phrase s’arrête alors au nom lettres. Le remplacement : on peut mettre à sa place un adjectif ou un complément du nom, par exemple de cette histoire, ce qui prouve qu’elle complète le nom lettres.

En revanche, la relative ne peut pas être déplacée : elle doit rester derrière son antécédent. Ce test la distingue de la subordonnée de temps.

Conseil : Sur ta copie, écris la phrase obtenue après chaque manipulation : c’est la preuve demandée.

Question 9. a) (1,5 point)

Décomposer le mot illettré pour montrer sa formation.

C’est un mot dérivé, formé de trois éléments.

il- est un préfixe, forme que prend in- devant un l. Il exprime la négation ou le manque.

-lettr- est le radical, celui du nom lettre.

-é est un suffixe, qui permet de former ici un adjectif.

Le préfixe se termine par un l et le radical commence par un l : c’est pourquoi le mot prend deux l.

Préfixe il-, radical -lettr-, suffixe -é.

Question 9. b) (0,5 point)

Déduire le sens de ce mot de sa construction.

Le préfixe marque le manque et le radical renvoie aux lettres. Est donc illettré celui qui est privé des lettres : il ne maîtrise pas la lecture et l’écriture. C’est le cas de Léo, d’après le chapeau.

Qui ne maîtrise pas la lecture et l’écriture.

Question 10 : réécriture (7 points)

Réécrire le passage des lignes 17 et 18 en donnant un frère à Violette, à partir du début imposé.

Violette et son frère agissent désormais ensemble. Ce qui s’accorde passe au masculin pluriel, puisqu’un nom féminin et un nom masculin réunis entraînent le masculin. Reprends le passage du sujet et applique ces changements.

Début imposé : sa fille devient ses enfants, comme le demande le sujet.

Deuxième phrase : Violette est fière devient Violette et son frère sont fiers. Le sujet est double : le verbe et l’adjectif passent au pluriel, et l’adjectif prend le masculin.

Troisième phrase, verbe principal : Elle dit devient Ils disent.

Déterminant possessif : sa mère devient leur mère, sans s, car les deux enfants ont la même mère.

Subordonnée : qu’elle sait devient qu’ils savent.

Dernière phrase : Qu’elle a devient Qu’ils ont.

Deux éléments ne bougent pas. Le participe su reste invariable : employé avec avoir, il n’a pas de COD placé avant lui. Le groupe on faisait ne change pas non plus, car le pronom on ne désigne pas les deux enfants.

Tout le reste est inchangé, ponctuation comprise.

Conseil : Autre choix défendable : Les enfants sont fiers ou Ils sont fiers. La suite ne change pas. Relis l’ensemble en vérifiant le pluriel de chaque verbe.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Dans la réécriture, écrire fières ou garder fière.

    Écrire fiers, au masculin pluriel.

    Le sujet réunit une fille et un garçon : l’accord se fait au masculin pluriel.

  • Écrire leurs mères dans la réécriture.

    Écrire leur mère.

    Plusieurs enfants ont une seule mère : le possessif est leur, au singulier.

  • Justifier le participe apprivoisés par le sujet de la phrase.

    Accorder avec le COD que, qui reprend ceux, donc les mots.

    Avec avoir, le participe passé ne s’accorde jamais avec le sujet.

  • Répondre comparaison à la question 3.

    Répondre métaphore.

    Il n’y a ni comme, ni pareil à, ni aucun autre outil de comparaison dans ces trois phrases.

  • Présenter le groupe construit sur avoir tracé comme une proposition subordonnée.

    Compter les verbes conjugués : lit, a, racontent.

    Un infinitif passé n’est pas conjugué. La question annonce d’ailleurs deux subordonnées seulement.

Questions fréquentes

Combien de temps dure cette partie de l’épreuve de français 2024 aux Antilles et en Guyane ?

Le sujet indique 1 h 10 pour 50 points : 32 points de compréhension et 18 points de grammaire. La réécriture vaut 7 points.

Le dictionnaire est-il autorisé pour ces questions ?

Non. Le sujet interdit le dictionnaire et la calculatrice dans cette partie. Trois notes de bas de page expliquent les mots les plus difficiles.

Faut-il rédiger la réponse à la question sur l’affiche ?

Oui. Le sujet demande un développement organisé, avec au moins trois liens entre l’affiche et le texte. Il invite aussi à nuancer le propos.

Quel est le lien avec la rédaction de ce sujet ?

Le sujet demande de conserver le texte pour la rédaction. L’un des sujets au choix raconte les leçons de lecture de Léo, l’autre interroge ce que la lecture apporte pour découvrir le monde.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.