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Corrigé du brevet de français 2023 : rédaction (Pays du groupe 1)

Le sujet en bref

Deux sujets au choix dans les Pays du groupe 1, liés au rouge-gorge de Philippe Jaccottet. Le sujet d’imagination demande le récit d’une rencontre inattendue et émouvante. Le sujet de réflexion demande si l’art te touche plus quand il défend une cause ou quand il éclaire un détail. Ce corrigé donne pour chacun les attentes, un plan et un exemple rédigé.

Sujet officiel

Sujet d’imagination : le récit d’un moment minuscule (40 points)

Le sujet part de la ligne 9 du texte de Jaccottet. Ce qui suit est une proposition : un autre récit, sincère et bien écrit, est aussi valable. Le récit donné en exemple est inventé.

Ce qu’attend le sujet

Raconter à ton tour une rencontre imprévue et touchante, qui tient en un instant presque sans importance.

La forme. C’est un récit, avec un narrateur qui dit je, comme le poète. Tu peux écrire au passé, avec le passé simple et l’imparfait, ou au présent, comme Jaccottet. Garde le même système de temps d’un bout à l’autre.

La rencontre. Elle doit être inattendue et rester petite. Le sujet ne dit pas avec qui ou avec quoi : un animal, un enfant, un inconnu conviennent. Il ne s’agit pas d’un grand événement, mais d’un moment qui aurait pu passer inaperçu.

La description. Le sujet demande d’y insister. Montre le lieu, la lumière, les couleurs et la rencontre elle-même, avec des détails précis.

Les sensations. Passe par plusieurs sens : la vue, mais aussi l’ouïe, le toucher, l’odorat. Le texte de Jaccottet va ainsi du regard à l’écoute.

Les sentiments. Dis ce que le narrateur éprouve : la surprise, la tendresse, la paix, parfois une émotion qu’il a du mal à nommer. Le lecteur doit comprendre pourquoi cet instant compte.

L’écriture. Quelques comparaisons et métaphores bien choisies valent mieux qu’une longue liste d’adjectifs.

Conseil : Ici, le piège est d’écrire une aventure. Le sujet attend un moment qui n’est presque rien : c’est ta façon de le regarder qui doit le rendre émouvant. Et ne signe pas ta copie.

Plan proposé

Le cadre. Un moment ordinaire, un lieu, l’humeur du narrateur.

La rencontre. Un détail attire son attention, et il s’arrête.

La description. Il observe : ce qu’il voit, entend, sent et touche.

L’émotion. Ce que cet instant change en lui.

La fin. La rencontre s’achève, et il ne reste presque rien, sauf le souvenir.

Exemple rédigé

Ce soir de novembre, je rentrais à pied du gymnase, le sac sur l’épaule et la gorge serrée. Nous avions perdu le match, et c’était ma faute : j’avais raté le dernier tir, et personne, dans le vestiaire, ne m’avait adressé la parole. Il faisait déjà nuit. La pluie venait de cesser, et le trottoir luisait sous les réverbères. Je marchais vite, les yeux baissés, en refaisant ce tir dans ma tête pour la centième fois.

C’est alors que j’entendis un bruit tout près de moi, dans les feuilles mortes entassées au pied d’un mur. Un froissement, puis un silence, puis un autre froissement. Je m’arrêtai. Je crus d’abord à un rat et je reculai d’un pas. Mais une petite boule sombre sortit des feuilles et s’avança sur le trottoir, dans le rond de lumière. C’était un hérisson.

Je n’en avais jamais vu d’aussi près. Il n’était pas plus gros que mes deux poings réunis. Ses piquants mouillés brillaient comme des aiguilles de pin après l’averse, bruns à la racine et clairs à la pointe. Il trottinait, le museau levé, avec l’air d’un vieux monsieur en retard. Je m’accroupis lentement. Le froid du trottoir me traversa les semelles, et une odeur de terre humide me monta au visage. Dans le silence, j’entendais son souffle, un reniflement minuscule et régulier, comme une petite machine qui tournerait toute seule dans la nuit. Il s’arrêta à quelques centimètres de ma chaussure. Son œil, une perle noire, sembla se poser sur moi. Je retins ma respiration.

Je ne saurais pas dire combien de temps cela dura. Une minute, peut-être. Je sentis mes épaules se desserrer et ma gorge s’ouvrir. J’aurais voulu tendre la main, mais je n’osai pas. Cette petite bête n’avait que faire de mon match, de mon tir et de ce que les autres pensaient de moi. Elle traversait sa nuit à elle, avec son souffle et ses piquants, et elle était là, vivante, à côté de moi. J’eus envie de rire, et mes yeux se mouillèrent en même temps.

Puis il reprit sa route. Il traversa le trottoir et disparut sous la haie d’en face. Il ne resta plus que la lumière du réverbère et l’eau qui gouttait des branches. Je demeurai encore un moment accroupi, sans savoir pourquoi. Enfin, je remontai mon sac sur mon épaule et je repartis, plus lentement. Personne ne m’a jamais demandé ce qui m’était arrivé ce soir-là. Je n’aurais rien eu à répondre : ce n’était presque rien. Je n’ai pourtant rien oublié de cette minute.

Conseil : Ce récit est inventé pour l’exemple : garde la méthode, pas l’histoire. L’événement reste minuscule, mais le lecteur passe par la vue, l’ouïe, le toucher et l’odorat. La gorge serrée du début, qui s’ouvre ensuite, montre ce que l’instant a changé.

Sujet de réflexion : les œuvres qui défendent une cause ou celles du détail ? (40 points)

Ce plan est une proposition : un autre plan bien argumenté, avec d’autres exemples, est aussi valable. Le sujet te demande ce qui te touche : ta réponse peut être différente.

Ce qu’attend le sujet

Dire ce qui t’émeut le plus dans l’art : le combat pour une cause ou l’attention portée à une chose infime.

La question. Elle compare deux sortes d’œuvres et te demande laquelle te touche le plus. Il n’y a pas de bonne réponse : on attend ton point de vue, justifié. Le je est donc naturel.

Les mots clés. Les œuvres artistiques sont à prendre au sens large : poèmes, romans, tableaux, films, chansons, photographies. Toucher, c’est émouvoir. Défendre une cause, c’est s’engager, par exemple contre la guerre ou l’injustice. Un presque rien, comme le rouge-gorge de Jaccottet, est un détail de la vie ordinaire.

La forme. Un développement organisé : une introduction, des paragraphes avec une idée chacun, une conclusion.

Les exemples. Le sujet en réclame de deux sortes : des exemples issus de ta culture personnelle et d’autres tirés des œuvres étudiées à l’école. Il faut les deux.

Le lien avec le sujet. Le texte de Jaccottet et le tableau de Monet sont deux exemples de presque rien, mais ils ne doivent pas être les seuls.

Conseil : Ici, le piège est de présenter deux listes d’œuvres. Après chaque exemple, dis ce qui te touche et pourquoi.

Plan proposé

I. Les œuvres engagées touchent par la force de leur combat. Exemples : Guernica de Pablo Picasso, Les Misérables de Victor Hugo.

II. Les presque rien touchent de plus près, car ils parlent de nos vies. Exemples : le texte de Philippe Jaccottet, Déjeuner du matin de Jacques Prévert, La Laitière de Johannes Vermeer, une expérience personnelle.

III. Les œuvres les plus fortes réunissent les deux. Exemples : Le Dormeur du val d’Arthur Rimbaud, le Journal d’Anne Frank.

Exemple rédigé

Un tableau qui crie contre la guerre et un texte sur un rouge-gorge semblent n’avoir rien en commun. Le premier veut changer le monde, le second se contente de le regarder. Lequel me touche le plus ? Les œuvres engagées m’émeuvent par la grandeur de leur combat. Mais les « presque rien » m’atteignent souvent plus profondément, parce qu’ils parlent de ma propre vie. Je me demande pourtant si les deux ne se rejoignent pas dans les œuvres les plus fortes.

D’abord, les œuvres qui défendent une cause ont une force immédiate. Devant Guernica, que Pablo Picasso peint en 1937 après le bombardement d’une ville espagnole, on ne peut pas rester indifférent : les corps disloqués et la mère qui crie, son enfant mort dans les bras, font sentir ce que subissent les civils. Dans Les Misérables, Victor Hugo nous émeut par le sort de Cosette, enfant exploitée par les Thénardier, et plaide ainsi pour tous les pauvres. Ces œuvres me touchent parce qu’elles m’ouvrent les yeux. Elles provoquent en moi de la colère et de la pitié, et elles me donnent envie d’agir.

Cependant, ce qui m’atteint le plus, ce sont souvent les œuvres discrètes. Le rouge-gorge de Philippe Jaccottet ne défend rien : il montre seulement qu’une petite tache de couleur peut éclairer un moment de travail. Dans Déjeuner du matin, Jacques Prévert décrit un homme qui boit son café, fume et s’en va sans un mot. Ces gestes ordinaires suffisent à faire sentir un éloignement, peut-être une séparation. La Laitière de Vermeer ne montre qu’une servante qui verse du lait, et pourtant ce geste paraît suspendu hors du temps. Ces œuvres me touchent parce qu’elles ressemblent à ma vie. Je n’ai jamais connu la guerre, mais je connais le silence d’une table. Après avoir lu le poème de Prévert, j’ai regardé autrement ma grand-mère, qui sort encore deux tasses le matin depuis la mort de mon grand-père.

Pourtant, cette opposition n’est pas si nette, car les œuvres les plus fortes défendent souvent une cause à travers un détail. Dans Le Dormeur du val, Arthur Rimbaud décrit un jeune soldat allongé dans l’herbe, au soleil. Seul le dernier vers révèle les deux trous rouges à son côté : ce petit détail dénonce la guerre mieux qu’un long discours. De même, le Journal d’Anne Frank parle de disputes de famille et d’un marronnier aperçu par une fenêtre. Ces petites choses rendent la persécution plus proche que n’importe quel chiffre. Une cause me touche vraiment quand elle prend le visage d’une personne.

Ainsi, les œuvres engagées m’ébranlent et me font réfléchir, mais ce sont les presque rien qui restent le plus longtemps en moi. Les premières parlent à ma conscience, les seconds à ma sensibilité. L’art me touche sans doute le plus lorsqu’il défend une grande cause avec un petit détail.

Conseil : La grand-mère et les deux tasses sont un exemple personnel inventé : remplace-le par un souvenir à toi. Remplace aussi ces œuvres par celles que tu connais le mieux. Si tu hésites sur un détail, reste général plutôt que d’inventer.

Les erreurs à éviter sur ce sujet

  • Raconter une aventure spectaculaire, avec un sauvetage ou un danger.

    Rester sur un moment minuscule, qui aurait pu passer inaperçu.

    Le sujet demande un moment qui n’est presque rien : l’émotion vient de la façon de le regarder.

  • Enchaîner les actions sans s’arrêter sur ce que le narrateur perçoit.

    Prendre le temps de décrire, de faire sentir et de dire ce qu’il éprouve.

    Le sujet demande d’insister sur les éléments descriptifs, les sensations et les sentiments.

  • Raconter à nouveau la rencontre du rouge-gorge au jardin.

    Inventer ta propre rencontre.

    Le sujet dit à votre tour : il attend un moment à toi, pas une copie du texte.

  • Parler de l’art en général sans dire ce qui te touche.

    Donner ton avis à la première personne et l’expliquer.

    La question t’est posée directement : elle porte sur les œuvres qui te touchent.

  • Ne citer que des œuvres vues en classe, ou seulement des films et des chansons.

    Mêler des exemples de ta culture personnelle et des œuvres étudiées.

    Le sujet réclame ces deux sources d’exemples.

Questions fréquentes

Combien de temps dure la rédaction du brevet 2023 dans les Pays du groupe 1 et combien de points vaut-elle ?

Le sujet indique 1 h 30 pour 40 points, sur une copie distincte. La calculatrice est interdite.

Le dictionnaire est-il autorisé pour la rédaction ?

Oui. Le sujet autorise le dictionnaire pour cette partie. Il reste interdit dans la partie compréhension et grammaire.

Faut-il traiter les deux sujets ?

Non. Tu en choisis un seul, soit le sujet d’imagination, soit le sujet de réflexion.

La rencontre du sujet d’imagination doit-elle se faire avec un animal ?

Non. Le sujet ne le précise pas. Un inconnu, un enfant ou une vieille personne conviennent aussi, si l’instant reste petit et émouvant.

Les cours à revoir

Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.