Le sujet en bref
Le sujet d’Amérique du Sud s’appuie sur un extrait des Cerfs-volants de Romain Gary, où le jeune Ludo rencontre Lila dans les bois, et sur la photographie Paulette et André. Il fallait analyser les sentiments du garçon, juger l’attitude de la fillette, confronter le texte et l’image, puis réussir la réécriture avec nous au féminin pluriel, notée sur 10 points.
Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)
Le roman de Romain Gary date de 1980 et reste protégé par le droit d’auteur : ce corrigé le paraphrase et renvoie aux lignes. Sur ta copie, à chaque renvoi, recopie les mots du texte entre guillemets. D’autres réponses sont possibles si elles sont justifiées.
Question 1 (4 points)
Compter les personnages de la scène et les nommer, preuves à l’appui.
Deux personnages sont présents : un garçon et une fillette.
Le garçon s’appelle Ludovic. Le chapeau donne ce prénom, et il se présente lui-même sous le diminutif Ludo à la ligne 23. C’est lui qui raconte : il dit je dès la ligne 1.
La fillette s’appelle Lila. Son prénom n’apparaît qu’une fois, à la ligne 4, dans un commentaire du narrateur devenu adulte. Dans la scène, elle refuse de le donner (ligne 25). Le lecteur le connaît donc avant le jeune garçon.
Deux personnages : Ludovic, dit Ludo, et Lila.
Conseil : L’oncle est évoqué aux lignes 27 à 30, mais il n’est pas dans la scène et le texte ne le nomme pas. Si tu le comptes parmi les personnages du texte, précise qu’il est seulement cité.
Question 2 (6 points)
Nommer deux émotions du garçon et les prouver par le texte.
Une attirance mêlée de trouble. Dès qu’il voit la fillette, Ludo ressent une émotion qu’il ne s’explique pas (lignes 4 et 5). Le mot apparition (ligne 8) la rend presque irréelle, et l’offrande de fraises part d’un élan qu’il ne maîtrise pas (lignes 6 à 8). Le mot amour n’est pas écrit, mais on peut penser que ce trouble est celui d’un premier amour : le narrateur adulte juge ce geste définitif (ligne 7).
La peur de la perdre. Tout ce qu’il fait ensuite vise à la retenir. Il court chercher le sucre (lignes 14 à 17), et quand elle n’en veut plus, il cherche aussitôt un moyen de la revoir. Le mot désespoir (ligne 21) montre que la seule idée de ne plus la retrouver le bouleverse.
Conseil : L’admiration ou la gêne (ligne 29) conviennent aussi. Nomme chaque sentiment par un mot précis, puis prouve-le : les actions du garçon comptent autant que ses mots.
Question 3 (4 points)
Montrer par deux moyens, texte à l’appui, comment Ludo tente de faire impression sur la fillette.
Par ses actes. Il lui offre ses fraises (lignes 7 et 8), puis il obéit à sa remarque sans discuter. Sa course jusqu’à la Motte, aller et retour, montre son empressement (lignes 14 à 17). La comparaison avec un boulet de canon (ligne 16) souligne sa vitesse. On peut penser qu’il veut lui prouver qu’il ferait tout pour elle.
Par ses paroles. Il sent que le vrai métier de son oncle ne fera pas d’effet (ligne 29). Il lui donne donc un titre qui fait rêver (ligne 30), puis il le compare à celui d’un capitaine (ligne 33). Il transforme un métier ordinaire en aventure. La ruse fonctionne : la fillette paraît impressionnée (ligne 31).
Question 4. a) (2 points)
Trouver dans le texte une formule qui exprime la même idée que la phrase de la fillette aux lignes 25 et 26.
La formule la plus proche se trouve à la ligne 35 : « Je suis très imprévisible ».
La construction est la même, et la fillette s’y décrit encore comme une personne que l’on ne peut pas deviner.
L’expression de la ligne 35, avec l’adjectif imprévisible.
Conseil : L’annonce qu’il ne la reverra sans doute plus (ligne 26) reprend aussi cette idée, mais de façon moins directe.
Question 4. b) (4 points)
Expliquer ce qui pousse la fillette à se présenter ainsi.
Selon moi, la fillette ne dit pas cela par simple franchise : elle joue un rôle pour garder l’avantage.
Elle veut dominer la rencontre. Elle refuse de dire son nom (ligne 25), mais elle pose les questions : son identité, ses parents, le métier de son oncle, son âge (lignes 22 à 36). Elle obtient tout de lui et ne donne presque rien.
Elle veut se rendre intéressante. En se disant mystérieuse, elle pique la curiosité du garçon et lui donne envie de revenir. Le fait de l’annoncer elle-même prête à sourire : une personne vraiment mystérieuse n’a pas besoin de le dire. On peut penser qu’à onze ans et demi (ligne 38), elle imite le comportement de quelqu’un de plus âgé.
Conseil : Appuie ta réponse sur son attitude dans tout le dialogue, pas seulement sur la phrase citée.
Question 5 (6 points)
Donner ton opinion sur l’attitude de la fillette, en deux points justifiés.
Je la trouve d’abord autoritaire et ingrate. Elle ignore le cadeau du garçon, prend tout le panier et n’en rend que le fond (lignes 9 à 11). Elle lui reproche même l’absence de sucre (lignes 11 à 13), puis elle n’en veut plus quand il le rapporte en courant (ligne 20). Elle lui donne des ordres (ligne 39) et rappelle qu’il est trop jeune pour elle (ligne 38). Sa question sur les parents (ligne 26) laisse même penser qu’elle juge les gens d’après leur famille.
Je la trouve aussi attachante. Sa sévérité ressemble à un jeu. Elle a attendu le retour du garçon, tranquillement occupée à observer une coccinelle (lignes 17 et 18), et elle lui adresse un compliment (ligne 20). Surtout, elle fixe un rendez-vous pour le lendemain, tout en faisant semblant de ne pas y tenir (lignes 39 et 40). On peut penser qu’elle s’intéresse au garçon plus qu’elle ne veut le montrer.
Son comportement est donc agaçant, mais il reste celui d’une enfant qui s’amuse de son pouvoir.
Conseil : Tu peux la juger très sévèrement ou au contraire la trouver drôle : seule compte la justification. Deux éléments sont attendus, avec un passage précis pour chacun.
Question 6 : image (6 points)
Dire si la photographie Paulette et André convient à ce texte, en partant de sa description.
Description. Cette photographie en noir et blanc, datée de 1949, montre deux enfants assis côte à côte sur un rebord de pierre, devant une vitrine, au-dessus d’un trottoir. La fillette porte une robe claire et un nœud dans les cheveux. Elle tourne la tête vers lui, les yeux baissés, le menton rentré, les mains posées sur ses genoux. Le garçon, en vêtement sombre à boutons et en culotte courte, a les jambes croisées. Il se penche vers elle et lui sourit. Dans la vitrine, derrière eux, on distingue la silhouette d’un homme.
Oui, pour la relation entre les deux enfants. Le garçon se tourne vers la fillette, comme Ludo qui ne vit plus que pour attirer l’attention de Lila. La fillette, elle, garde les yeux baissés. Cela peut rappeler la façon dont Lila ignore l’offrande de Ludo (lignes 9 et 10). On peut penser qu’elle garde ses pensées pour elle, comme celle qui joue au mystère. Comme dans le texte, c’est le garçon qui semble faire le premier pas.
Non, pour le décor et certains détails. La scène de la photo se passe dans une rue, alors que celle du texte se déroule dans les bois, sous les branches et dans l’herbe (lignes 3 et 17). On ne voit ni panier ni chapeau de paille. Les cheveux de la fillette paraissent foncés, alors que Lila est très blonde (ligne 2). Enfin, la fillette de la photo semble plutôt timide que sévère, et les deux enfants ont l’air à l’aise ensemble.
Selon moi, cette image pourrait donc illustrer le texte, non pour ce qu’elle montre du lieu, mais pour ce qu’elle dit d’une complicité naissante entre deux enfants.
Conseil : Une réponse négative se défend aussi, si elle s’appuie sur les mêmes détails. Sépare ce qui se voit de ce que tu en déduis : on ne sait pas ce que pensent ces enfants.
Grammaire et compétences linguistiques (18 points)
Les mots analysés sont donnés isolément. Pour les phrases entières, reporte-toi au sujet.
Question 7 (2 points)
Justifier le pluriel de fraises et le singulier de sucre.
Ces deux noms sont compléments du nom : ils suivent la préposition de. Ils ne s’accordent pas avec le nom qu’ils complètent. Leur nombre dépend du sens.
fraises est au pluriel, car une poignée contient plusieurs fraises : ce nom désigne des choses que l’on peut compter.
sucre est au singulier, car c’est une matière que l’on ne compte pas : le carton contient du sucre.
Conseil : Pour trouver le bon nombre, demande-toi : une poignée de quoi ? De plusieurs fraises. Un carton de quoi ? De sucre, en poudre ici.
Question 8. a) (0,5 point)
Isoler par des crochets la proposition subordonnée de la phrase donnée.
Sur ta copie, recopie la phrase du sujet. Ouvre le crochet juste avant Lorsqu’il et ferme-le juste après fraises, avant la virgule.
La subordonnée commence par la conjonction de subordination lorsque, et son verbe conjugué est resta. La suite de la phrase, avec le verbe rendit, forme la proposition principale.
Question 8. b) (1 point)
Indiquer la fonction de cette subordonnée.
Elle est complément circonstanciel de temps du verbe rendit : elle indique à quel moment la fillette rend le panier.
Complément circonstanciel de temps.
Conseil : Ne réponds pas subordonnée conjonctive : c’est sa nature. La question porte sur sa fonction.
Question 8. c) (1,5 point)
Nommer et expliquer la manipulation qui révèle cette fonction.
Le déplacement. Je place la subordonnée après la proposition principale, à la fin de la phrase. La phrase reste correcte et garde son sens. Cette mobilité montre ici un complément circonstanciel.
Le remplacement précise ensuite la circonstance : je peux mettre à ce moment-là à la place de la subordonnée. Elle exprime donc le temps.
Conseil : Sur ta copie, écris la phrase obtenue. La suppression convient aussi : sans la subordonnée, la principale reste correcte.
Question 9. a) (1 point)
Donner la classe grammaticale de instinctivement.
C’est un adverbe, plus précisément un adverbe de manière. Il est invariable et précise la façon dont le garçon agit.
Adverbe.
Question 9. b) (1 point)
Décomposer ce mot pour montrer comment il est construit.
Il est formé à partir de l’adjectif instinctif, mis au féminin, instinctive, auquel s’ajoute le suffixe -ment.
C’est la formation habituelle des adverbes de manière. L’adjectif vient lui-même du nom instinct.
Instinctive + -ment.
Question 9. c) (1 point)
Repérer dans l’extrait un autre mot de cette classe.
sévèrement (ligne 2) est aussi un adverbe de manière, formé sur l’adjectif sévère.
Sévèrement.
Conseil : Confusément (ligne 29) et favorablement (ligne 31) conviennent aussi.
Question 10 : réécriture (10 points)
Réécrire la première phrase du texte à la première personne du pluriel, ce nous désignant plusieurs filles.
Ce nous représente un groupe de filles : ce qui s’accorde avec lui passe au féminin pluriel. Reprends la phrase du sujet et applique ces changements.
Plus-que-parfait pronominal : le début de la phrase devient nous nous étions gavées et assoupies. Le pronom réfléchi suit le sujet, l’auxiliaire passe à la première personne du pluriel, et les deux participes s’accordent avec nous.
Passé simple : le verbe ouvrir donne nous ouvrîmes, et le verbe voir donne nous vîmes. Ces deux formes prennent un accent circonflexe.
Pronom après la préposition devant : moi devient nous.
Pronom complément devant regardait : me devient nous. Le sujet de ce verbe est qui, mis pour la fillette : le verbe reste au singulier.
Ne changent pas : les yeux, toute la description de la fillette et l’adverbe final.
Conseil : Après le début donné par le sujet, dix mots changent : compte-les avant de rendre ta copie. Garde la ponctuation du passage.
Les erreurs à éviter sur ce sujet
Dans la réécriture, écrire gavés et assoupis, au masculin.
Écrire gavées et assoupies.
Le sujet précise que nous désigne un groupe de filles.
Écrire qui nous regardaient.
Écrire qui nous regardait.
Le pronom qui reprend la fillette, qui reste seule. Nous est ici complément, pas sujet.
Écrire nous ouvrimes et nous vimes.
Écrire nous ouvrîmes et nous vîmes.
Au passé simple, la première personne du pluriel prend un accent circonflexe.
À la question 7, dire que fraises s’accorde avec poignée.
Expliquer que le nombre dépend du sens : on compte les fraises, pas le sucre.
Poignée est au singulier, et fraises au pluriel : il n’y a pas d’accord entre ces deux noms.
À la question 6, ne relever que les ressemblances, ou donner un avis sans décrire.
Décrire la photo, puis montrer ce qui correspond au texte et ce qui s’en écarte.
Le sujet demande une réponse développée, appuyée sur une description de l’image.
Questions fréquentes
Combien de temps dure cette partie de l’épreuve de français 2024 en Amérique du Sud ?
Le sujet indique 1 h 10 pour 50 points : 32 points de compréhension et 18 points de grammaire. La réécriture compte à elle seule pour 10 points.
Le dictionnaire est-il autorisé pour ces questions ?
Non. Le sujet interdit le dictionnaire et la calculatrice dans cette partie. Deux notes de bas de page expliquent le mot irrévocable et l’expression désignant la coccinelle.
Y a-t-il une seule bonne réponse sur le comportement de la fillette ?
Non. Le sujet te demande ton jugement, et aucune opinion n’est imposée. Il attend deux éléments, justifiés par le texte.
Quel est le lien avec la rédaction de ce sujet ?
Le sujet demande de conserver le texte pour la rédaction. L’un des deux sujets au choix demande de raconter la rencontre du point de vue de la fillette, l’autre porte sur les écrivains qui racontent l’enfance.
Les cours à revoir
Proposition de corrigé rédigée par Meilleur Étudiant, sans valeur officielle : le ministère ne publie pas de corrigé, et le barème réel appartient aux correcteurs. Ce sujet date d’avant la note sur 20 du brevet : son barème suit l’ancienne notation. Une erreur ? Écris-nous à contact@meilleuretudiant.fr.